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LES MUTUALITES MATERNELLES — LES DAMES VISITEUSES

Sommaire. — Première mutualité maternelle fondée en France par M. Poussineau. — Description du fonctionnement. — Principales mutualités à Paris et dans les départements. — La commission médico-mutualiste. — Le Congrès des mutualités maternelles. — Vœux émis. — Les dames visiteuses. — Le rôle de la femme dans le contrôle de l'élevage des enfants. — Ce qu'il est à Paris. — Extension de leur rôle et de leurs fonctions en Angleterre et en Amérique, — Énumération de diverses institutions pour la protection de la première enfance en France.

Ces institutions, dont le nom seul indique bien le but essentiel, ont pris un grand développement en France, ces dernières années, et l'on ne saurait trop rendre hommage à leur principal initiateur, M. Félix Poussineau, qui a déployé le plus grand zèle et le plus grand dévouement pour propager les mutualités maternelles.

Étant donné que la meilleure sauvegarde de la vie du nouveau-né c'est l'allaitement maternel, on doit s'attacher par tous les moyens à faciliter, à stimuler les femmes du peuple à donner le sein à leurs enfants. Nous avons établi antérieurement que les obstacles d'ordre social à l'allaitement étaient incomparablement plus nombreux que les obstacles d'ordre physique; aussi, donner à la mère, dans les premiers temps qui suivent l'accouchement, les ressources nécessaires pour qu'elle puisse conserver et soigner elle-même son enfant, est une méthode indirecte très sûre de lutter contre la mortalité infantile.

C'est pourquoi les médecins n'ont pas hésité, ces derniers temps, à faire cause commune avec les mutualistes, pour montrer les bienfaits qu'on peut attendre dans notre pays de ces institutions, qui sont appelées au plus grand avenir.

Nous empruntons au dernier rapport de M. FéUx Poussineau les détails qui suivent sur l'origine et le fonctionnement des mutualités maternelles (1).

« La question de l'interdiction de travail aux accouchées a été agitée au Congrès de Berlin, en 1890. A l'unanimité, les dix-.scpt États européens représentés à ce Congrès ont émis le vœu : « Que les femmes accouchées ne soient admises au travail que quatre semaines après

(1) /{apport sur les Mutualités maternelles, par M. l'"élix Poussineau, président de la Mutualité maternelle de Paris.

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l'accouchement. » Ce vote unanime a été émis à la suite d'un discours du regretté M. Jules Simon, l'homme qui, malgré l'âge et la fatigue, n'avait cessé de mettre ses forces, sa plume et sa parole entraînante et persuasive au service de toutes les œuvres généreuses de son temps. Il est inutile de rappeler ici toutes les raisons qui justifient l'interdiction du travail aux femmes accouchées, ces raisons ayant été longuement énumérées dans les différents rapports publiés sur cette question.

Ce qui n'a pu être fait par voie légale, en France, a du moins été partiellement réalisé par l'initative privée. Quelques fabricants et négociants, frappés des conséquences terribles d'une reprise trop hâtive du travail après l'accouchement, résolurent d'épargner ces conséquences au plus grand nombre d'ouvrières possible, et en mai 1891, La Mutualité maternelle était fondée sous le haut patronage de Mme Carnot et approuvée par arrêté ministériel, en date du 21 février 1892.

La Mutualité maternelle, c'est-à-dire l'Association mutuelle des mères pauvres et riches, a pour but de donner aux sociétaires, lorsqu'elles sont en couches, une indemnité suffisante pour qu'elles puissent s'abstenir de travailler pendant quatre semaines et pour leur permettre aussi de se soigner et de donner à leur entant les soins qu'il réclame pendant les premières semaines qui suivent la naissance.

Au moment de la fondation, pouvait faire partie de la Société, toute ouvrière de nationalité française, âgée de 16 ans au moins, habitant Paris ou le département de la Seine, travaillant ou ayant travaillé au moins un an dans l'une des trois industries suivantes : confection et couture; dentelles et broderies; passementerie, mercerie, boutons et rubans. Les Chambres syndicales de ces trois industries parisiennes ont pris la Société sous leur patronage et, au début, ont versé ensemble une somme de 10.000 francs; le Conseil d'administration comprenait six membres patrons et six ouvrières ou employées de chacune des trois industries. Depuis, la Société, par addition à ses statuts, a admis des Syndicats adhérents; c'est ainsi que les bienfaits de La Mutualité maternelle ont pu être étendus aux ouvrières de la confection pour hommes et enfants.

Les fondateurs de cette Association n'ont pas voulu qu'elle fût considérée comme un œuvre de bienfaisance; ils ont voulu permettre aux Sociétaires de réclamer un droit et leur épargner la douloureuse nécessité de mendier une aumône. Les participants ont donc à verser une cotisation annuelle primitivement fixée à 6 francs, et réduite, depuis le 1" janvier 1895, à 3 francs, soit 0 fr. 25 par mois.

En fixant tout d'abord la cotisation à 6 francs, on avait pensé pouvoir compter sur la participation des ouvrières travaillant dans les grandes maisons de couture et qui gagnent en moyenne 5 francs par jour; il en a été autrement. Les participantes sont en grande majorité de pauvres ouvrières confectionneuses, travaillant la plupart pour des entrepreneurs et dont le salaire varie de 0 fr. 75 à 1 fr. 25 par jour. Presque toutes ont une nombreuse famille et n'arrivent que difficilement à payer la modique somme de 3 francs.

Chaque sociétaire a droit, pendant quatre semaines à dater du jour de l'accouchement, à une indemnité de 12 francs par semaine, à condition qu'elle soit inscrite depuis neuf mois au moins et qu'elle s'abstienne de tout travail pendant ces quatre semaines. Cette indemnité est payée alors même que l'enfant viendrait à mourir avant l'expiration des quatre semaines.

L'indemnité peut être prolongée pendant une ou deux semaines sur la demande de l'accouchée et sur l'attestation de l'un des médecins de l'Association motivant l'impossibihté de reprendre le travail.

Une prime de 10 francs est accordée à toute sociétaire qui allaite elle-même son enfant.

Les fondateurs de la Société, convaincus que leur but ne pourrait être atteint par le simple versement d'une indemnité de repos, et préoccupés non seulement de la vie de l'enfant, mais de la santé de la mère, décidèrent d'assurer aux sociétaires les soins médicaux, aussi bien avant l'accouchement qu'après les relevailles.

Un dispensaire gratuit a été fondé où toutes les mères sociétaires reçoivent des consultations gratuites pour elles et pour leurs enfants; des médicaments gratuits leur sont donnés également; ces consultations ont lieu trois fois par semaine; une réduction importante sur les médicaments a été consentie par les pharmaciens de Paris. Un service médical fut assuré permettant aux sociétaires d'avoir à leur disposition des médecins d'une sérieuse notoriété,

se chargeant de raccouchement et des soins consécutifs, moyennant la modique somme de 30 francs. Il a été créé un service de layettes et de berceaux, etc.

Grâce à des dons spéciaux, nous avons pu constituer un fonds de secours nous permettant d'accorder une indemnité réduite aux ouvrières qui, par ignorance ou imprévoyance, ne se sont pas fait inscrire, en temps voulu, pour avoir droit à l'indemnité statutaire. Ces sociétaires sont dénommées extra-statutaires.

Le fonctionnement de La Mutualité maternelle est fort simple :

Dès qu'une sociétaire vient d'accoucher et qu'elle a prévenu la Société, une inspectrice se rend immédiatement à son domicile pour lui porter sa première semaine d'indemnités. Cette inspectrice fait de sa visite un rapport détaillé. La seconde et la troisième indemnité hebdomadaires sont également portées à domicile et l'inspectrice peut ainsi s'assurer que l'ouvrière n'est pas retournée au travail. La participante, sauf le cas de maladie, vient toucher ellemême sa quatrième semaine au siège social, où se trouve le dispensaire; elle y touche également sa prime d'allaitement.

Telle est l'oeuvre de La Mutualité maternelle. Elle assure à la mère son gain pendant le repos des quatre semaines, lui procure le linge nécessaire pour elle et son enfant, une garde vigilante pendant les neuf premiers jours, soigne la mère et l'enfant par les consultations de nourrissons jusqu'au sevrage, assure aux mères qui ne peuvent plus nourrir un lait garanti pur, que l'Œuvre sociale du Bon Lait fournit à 0 fr. 20, veille enfin à l'amélioration des logements.

Ainsi peuvent se résumer les soins et les secours qu'apporte aux mères cette œuvre qui comprend dans son ensemble tout ce qui peut contribuer à soulager la misère et tout ce qui garantit à la femme le droit d'être mère, sans les terribles angoisses d'une maternité sans douceurs, sans fierté et sans joie.

Des mutualités maternelles similaires se sont fondées en province : à Vienne (Isère), en 1894; Lille, en 1897. 50 autres se sont fondées depuis ces trois dernières années; les plus nombreuses sont celles en voie de formation.

L'élan est donné, à l'étranger l'idée se propage. En Italie, à Turin, l\Iilan, existent des Caisses de maternité copiées sur La Mutualité maternelle. Il en est de même en Hollande et en Belgique. Ces temps derniers, un homme d' État éminent, Sir Charles Dilke, faisait demander tous les documents nécessaires pour aider à la fondation de ces œuvres en Angleterre. »

Voici, d'après le D^ Paul Grasset, quelles étaient, en 1907, les principales Mutualités maternelles en fonctionnement. Depuis lors, leur nombre s'est bien accru (1).

La Mutualité maternelle

dePa

iris comprend les sections suivantes:

Alforlville.

Ivry.

Plaisance.

Asnières.

Krcmlin-Bicêtre.

Point-du-Jour.

Bellcville.

Faubourg Saint- Denis.

Puteaux.

Bellevue-Meudon.

Le Ferreux.

Saint-Denis-Nord.

Billancourt-Boulogne.

Levallois-Perret.

Saint-Maur.

Bondy-Noisy-le-Sec.

Maisons- Alfort.

Sèvres.

Cliarenton-le-Pont.

Monge.

Vincennes.

Chaville.

Nanterre.

XIV arrondissement

Clamart.

Charonne.

La Chapelle.

Clignancourt.

Clichy.

Les Lilas.

Courbevoie.

Lamotte-Piquet.

Bagnolet.

Cr('teil.

Neuilly.

Trocadéro.

Genlilly.

Nogent-sur-Marne.

Passy.

Issy-les-Moulineaux.

Pavillons-sous-Bois.

Bourg-la-Reine.

Italie.

Plaine Saint-Denis.

(1) Orscri/ilion drs œuvres cl itistilittinnu rrip/'fs en France pour lutter contre la morlalité infantile, parle D'I'aiil (iras.sot. (Rapport au II'" Con),'rùs iiilornalional des Gouttes de lail, l'J07.)

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Mutualité maternelle de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne).

La première mutualité de province a été fondée à Dammarie-les-Lys, par M. Poussineau, en 1896.

La population de Dammarie-les-Lys est en partie agricole et en partie ouvrière. Les résultats obtenus étaient intéressants à comparer avec ceux d'une ville ouvrière comme Paris.

Pendant les sept années qui ont précédé la création de la mutualité, la moyenne annuelle des décès de 1 à 30 jours est de : pour 1.000 habitants, 1,6 % ; pour 100 naissances, 8 %.

De 1894 (fondation de la Mutualité) à 1900,1a moyenne annuelle des décès de 1 à 30 jours est de : pour 1.000 habitants, 1 % ; pour 100 naissances, 4 %.

Cette moyenne n'est que de 2 % pour les enfants de la Mutualité maternelle.

La mortalité infantile s'est abaissée dans la deuxième période de 50 %.

De 1887 à 1894, le nombre des naissances a été de 199; de 1894 à 1900, ce nombre a été de 258. Il y a donc eu augmentation de 24 % dans les naissances pour la seconde période, tandis que la population augmentait de 15 % (1.552 habitants au lieu de 1.447).

Ces résultats (l) sont faciles à expliquer : les femmes ayant moins à redouter la crise de la maternité, rétablies chaque fois par un repos réparateur, certaines d'une assistance qui n'est pas humiliante, ne voient plus la venue d'un nouvel enfant comme un surcroît de charges et une cause directe de misère.

Mutualité maternelle de Lille.

Cette mutualité a été fondée par M. Foubert. Elle demande une cotisation plus élevée qu'à Paris et peut donner une indemnité plus importante au moment de l'accouchement.

En outre, elle promet une allocation de rente après quinze années de sociétariat, à l'âge de 50 ans, dans la proportion du nombre d'enfants mis au monde.

Mutualité maternelle de Vienne et de V Isère.

Cette mutualité a été fondée en juillet 1894 par M. Francisque Bonnier, industriel à Vienne. Elle n'admet comme participantes que des femmes habitant Vienne et qui ont versé des cotisations depuis au moins neuf mois.

A cette mutualité sont annexées une consultation de nourrissons et une Goutte de lait, dirigées avec beaucoup de zèle par le D^ Vivien.

Du l^r septembre 1904 au l^r septembre 1905, 129 enfants sont venus à la consultation. 62 % étaient élevés au sein, 5 % à l'allaitement mixte et 33 % à la bouteille,

II y a eu 8 décès, soit 6, 20 %.

La mortalité infantile était de 22 %, avant la fondation de la mutualité.

En province, des mutualités maternelles ont aussi été créées dans les villes suivantes :

Béziers, Angers, Nantes, Saint-Étienne (Loire), Châlons-sur-Marne, Longwy-Haut,

Dinard, Saint-Servan, Fontainebleau, Avon, Melun, Dijon, Nuits-Saint-Georges, Besançon,

Toulon, Chaumont, Saint-Rémy-sur-Durolle, Chartres, Lyon, Nice, Roubaix, Évreux,

Annecy, Auxerre, Bordeaux, Brie-Comte-Robert, Saint-Germain-en-Laye, MontpeUier,etc...

En 1907, une commission médico-mutualiste fut constituée sur l'initiative de M>L Félix Poussineau et Barberet, pour fixer d'une manière définitive les statuts de ces œuvres dont le développement est nécessaire dans notre pays spécialement, où le mouvement de dépopulation est si inquiétant. Les personnalités les plus qualifiées parmi les mutualistes et parmi les

(1) Poussineau, Rapport de Nantes, 1904, p. 15.

pédiatres et les accoucheurs, se réunirent à l'eiïet d'étudier les améliorations qu'on pourrait apporter au fonctionnement déjà si actif des mutualités maternelles. M. Bonnaire fut chargé du rapport de la section médicale de la commission.

Voici, en quelques mots, les conclusions qui furent adoptées après plusieurs délibérations.

1° Toute femme qui voudra bénéficier des avantages de la mutualité maternelle devra être munie d'un certificat de surveillance médicale au cours de la gestation ;

2" Le terme de sept mois révolus est la limite à partir de laquelle la réduction, ou la cessation du travail, suivant les professions, et suivant les cas, devient nécessaire. Cette limite est avancée lorsqu'il est médicalement établi que la continuation du travail devient dangereuse pour la mère et l'enfant;

3° Après l'accouchement, la mutualité maternelle assure à ses membres un repos d'un mois, repos qui peut être prolongé de quinze jours au cas où le médecin le juge nécessaire;

4° La mutualité maternelle doit faire appel aux consultations de nourrissons et aux Gouttes de lait chaque fois qu'il en existe dans les centres mutualistes.

II est cependant désirable que les mutualités maternelles disposent dans l'avenir de ressources suffisantes pour organiser elles-mêmes ces services.

Le 27 novembre 1908 eut lieu, à la Sorbonne, un Congrès national des Mutualités maternelles pour approfondir les mesures étudiées et adoptées par la Commission médico-mutualiste de Paris. Le bureau du Congrès était constitué par MM. Paul Strauss, président; Barberet, Prof. Pinard et Félix Poussineau, vice-présidents; D"" Variot, secrétaire général. Après d'intéressantes discussions, voici, brièvement condensés, les vœux principaux qui ont été votés par les congressistes venus de tous les départements de la France :

Le Congrès a tout d'abord défini ce que devait être la mutualité maternelle, et voici ce qu'il a voté sur la proposition de M. Engerand, député du Calvados

La mutualité maternelle est à la fois une œuvre de prévoyance et de bienfaisance, ayant pour objet de fournir à ses adhérentes, en échange de cotisations versées par elles et majorées par les cotisations de ses membres honoraires, de l'Etat, des départements et des communes, une aide pécuniaire suffisante pour qu'elles puissent s'abstenir, pendant les quinze derniers jours de la grossesse, de tout travail reconnu préjudiciable à leur santé, se reposer pendant le mois consécutif à l'accouchement, et donner à leurs enfants, jusqu'à l'âge de deux ans, les soins nécessaires.

Le Congrès a voté la motion suivante :

Afin d'assurer l'observation effective du repos, la mutualité maternelle accorde à ses participantes une indemnité d'au moins 10 francs par semaine, et, d'autre part, fait contrôler, par un service d'inspection au moins hebdomadaire, l'observation de ce repos. L'indemnité doit être remise aux accouchées par fractions hebdomadaires.

Des services annexes sont joints aux mutualités maternelles : consultations médicales gratuites, prêts de linge, distribution de layettes, primes d'encouragement à l'allaitement au sein par la mère. Gouttes de lait, crèches.

Le Congrès a émis le vœu que les mutualités malernollcs devront exiger que toute femme enceinte, pour bénéficier des avantages de la mutualité, soit munie d'un certificat de surveillance émanant soit d'un docteur, soit d'une sage-femme.

Demandant que l'État s'intéresse à cette œuvre qui a pour but la protection de la race, le Congrès a émis une série de vœux destinés à entourer la maternité de mesures prolectrices efficaces.

C'est ainsi qu'il a demandé le vote d'une loi imposant le repos aux femmes enceintes, dans des conditions à établir par le corps médical.

Il a invité l'État à donner dès à présent l'exemple et à accorder aux femmes enceintes ou en couches, employées dans les administrations et manufactures nationales, la protection la plus étendue, en maintenant l'intégralité du salaire pendant le repos qui leur sera imposé.

Les fondateurs des mutualités maternelles furent parmi les premiers à faire appel aux dames comme auxiliaires pour contrôler l'hygiène de la mère et de l'enfant :

« Des membres de la section, dit M. Poussineau, composée de dames, de mères aisées désireuses d'utiliser leurs loisirs pour le bien de la classe travailleuse, assistent le docteur lors de la consultation de nourrissons, pèsent les enfants et prodiguent le meilleur de leur cœur à ces poupons dont elles suivent attentivement le développement. Elles donnent aux mères, outre les encouragements qui les soutiennent et les bonnes paroles qui les réconfortent, les conseils de leur expérience. Pour les soins de l'hygiène et de la propreté, elles s'assurent si les conseils du docteur sont suivis. Elles traduisent à la mère dans une langue que celle-ci comprend mieux le résultat de la visite, reproches parfois, compliments souvent, encouragements toujours (1). «

Nous devons examiner avec soin quel devrait être le rôle des femmes comme auxiliaires du médecin dans le contrôle de l'élevage des bébés (2).

Le D^ Théophile Roussel, en élaborant sa célèbre loi de protection du premier âge, n'y a pas fait une grande part à la femme. Le règlement d'administration publique du 23 février 1877, commentant cette loi, institue des commissions locales de surveillance « comprenant nécessairement deux mères de famille » et un ministre du culte. Or, ces commissions n'existent et ne fonctionnent à peu près nulle part, et l'agent principal, pour ne pas dire unique, de l'exécution de la loi c'est le médecin-inspecteur. Il doit se transporter lui-même, au moins une fois par mois, au domicile de la nourrice, sevreuse ou gardeuse, pour visiter l'enfant. Dès qu'un enfant en nourrice ou en garde est malade, le maire de la commune doit prévenir le médecin-inspecteur.

Telles sont les prescriptions légales.

A l'époque où lajoi Roussel fut promulguée, en 1874, l'hygiène infantile était encore bien peu avancée et surtout beaucoup moins vulgarisée que maintenant. La stérilisation du lait et l'asepsie des instruments destinés à l'allaitement artificiel étaient à peu près inconnues.

Les Gouttes de lait nées en France vers 1892, comme nous l'avons vu, ont beaucoup contribué à répandre parmi les médecins et même dans le public les admirables progrès faits par l'art de l'allaitement. Il est aisé, pour les

(1) € Nous partageons, dit M. Poussineau (p. 9 de son rapport), l'avis duDi'Variot qui n'admet l'efficacité des consultations que si les docteurs sont assistés de dames surveillantes. »

(2) Communication faite au Congrès d'Hygiène et d'Assistance de Tourcoing le 22 septembre 1906, car le D*^ G. Variot, sur le rôle des dames visiteuses comme auxiliaires du médecin dans le contrôle de l'élevage des nourrissons.

femmes de bonne volonté, de s'instruire dans cette direction; on distribue gratuitement dans les mairies des brochures sur l'allaitement; des manuels de puériculture ont été écrits par des hommes compétents; on fait même, à Paris tout au moins, des conférences populaires d'hygiène infantile, pour les mères et les jeunes filles.

Au Congrès international des Gouttes de lait, à l'Institut Pasteur, les dames qui assistaient aux séances étaient nombreuses, et toutes n'étaient pas des femmes médecins, tant s'en faut.

Comment s'étonner d'ailleurs que la femme s'intéresse vivement à tout ce qui touche à l'élevage des petits enfants? N'est-elle pas là dans le domaine qui lui est propre? et n'est-il pas naturel même qu'elle y tienne la première place? Actuellement, la situation est vraiment très différente de ce qu'elle était en 1874, lorsque Théophile Roussel croyait devoir confier intégralement l'inspection sanitaire des bébés au médecin qui, seul, avait qualité pour intervenir auprès de la nourrice ou de l'éleveuse.

D'ailleurs, plus notre expérience s'étend dans le contrôle de l'élevage des bébés, plus nous reconnaissons le besoin d'avoir comme auxiliaires des femmes instruites et dévouées qui pourraient se rendre au domicile des parents, lorsque ceux-ci ne peuvent venir eux-mêmes à la consultation. Je suis d'accord sur ce point avec plusieurs de nos confrères, et notamment avec M. Morel de Villiers, qui a fondé la Goutte de lait de Dijon et qui réclame pour les femmes « une place d'honneur dans les œuvres de puériculture ». Le D^" Aigre, de Boulognesur-Mer, a adjoint, lui aussi, à sa Goutte de lait un comité de dames patronnesses qui vont visiter les bébés à domicile; et bon nombre de médecins en France et à l'étranger agissent de même.

Lorsque l'enfant est malade, atrophique ou hypotrophique, atteint d'une tare héréditaire, se développe mal, la mère voit bien la nécessité immédiate de l'inspection médicale, et l'apporte régulièrement chaque semaine à la Goutte de lait, et même plus souvent s'il y a lieu. Mais, lorsque le bébé vient à peu près, comme on dit vulgairement, surtout s'il est au sein, la mère, obligée de garder ses autres enfants, de vaquer aux soins du ménage, se refuse à passer deux ou trois heures dans la matinée pour attendre son tour à la pesée et à l'inspection hebdomadaire. Le D^ Leblond, dans le bulletin du fonctionnement de la Goutte de lait de Beauvais, en 1905, s'exprime ainsi : « Malgré toutes nos supplications, jamais nous n'avons pu dépasser 40 pesées sur 90 enfants inscrits. »

Les circonstances qui font échapper les enfants à notre surveillance initiale sont très communes; aussi on ne nous lesapporteleplussouventàlaGouttc de lait que lorsqu'ils ont déjà périclité, lorsqu'ils ont hi diarrhée, etc. Cola est vrai dans tous les pays du monde, et le \)^ \\o\)c qui dirige riminense Milk Depot de Liverpool, dit que plus de la moitié des enfants auxquels le lait stérilisé est fourni à prix réduit, sont souffrants à leur arrivée. D'ailleurs, les mœurs en Angleterre sont telles que; les inédccins de la santé publique ont dû renoncer à créer des consultations hebdomadaires ))our les héhés, comme celles qui fonctionnent en France; les mères n'y viendraient pas.

Il est vrai qu'à Paris, quelques accoucheurs ont réussi à faire revenir pé-

riodiquement à leur consultation des mères qu'ils ont accouchées dans leurs maternités, ayant des enfants normaux, allaités au sein pour la plupart. Mais ces femmes n'appartiennent pas toutes à la classe ouvrière nécessiteuse, car il leur serait bien difficile de passer une matinée hors de chez elles pour faire peser leur enfant; on les attire par des cadeaux, des layettes, des distributions gratuites de lait, ou même des primes en argent. Mais ces circonstances exceptionnelles ne sont réalisées qu'à Paris, à cause du développement extraordinaire des services d'accouchement. La moitié au moins des petits Parisiens, soit plus de 30.000, naissent aux frais de l'Assistance publique. Les conditions sont tout autres dans les villes de province et surtout à la campagne.

Mon opinion ferme est que les consultations hebdomadaires annexées à nos Gouttes de lait deviendront dans l'avenir de plus en plus médicales et qu'elles seront surtout destinées aux bébés souffrants ou malades : à Belleville, la majorité des enfants dont nous surveillons l'allaitement nous ont été apportés en mauvais état par les mères ou les éleveuses. Pour prévenir ces troubles, c'est donc à domicile, et dès leur naissance, que les enfants secourus et protégés doivent être visités et surveillés pour que les règles essentielles de l'hygiène infantile soient observées, sans même que les mères soient obligées de quitter leur logis. Il serait aussi utile de surveiller les femmes avant leur accouchement.

Voilà où apparaît manifestement le rôle de la femme comme auxiliaire du médecin dans l'inspection du premier âge. D'une part, il ne semble pas indispensable que le médecin se déplace lui-même, à dates fixes, pour aller visiter des enfants qui ne demandent qu'à se développer normalement; d'autre part, la visite mensuelle édictée par la loi Roussel est bien insuffisante pour orienter une mère ou une éleveuse inexpérimentée, durant les premières semaines de l'allaitement. Il suffirait que lé médecin-inspecteur traçât la direction générale pour l'hygiène de l'enfant, et ce serait le rôle de la dame visiteuse de montrer la nécessité de donner le sein ou bien de fournir des instructions détaillées pour la préparation des biberons, pour le coupage du lait, pour le nettoyage des tétines et des biberons, pour le réglage des tétées, etc. ; elle pourrait aussi peser l'enfant pour suivre la croissance, et, s'il devenait malade, elle enverrait la mère à la consultation, ou préviendrait le médecin.

La création de dames visiteuses du premier âge, dont les fonctions seraient directement reliées et subordonnées à celles des médecins-inspecteurs, me semble être un complément indispensable du système de protection inauguré par la loi Roussel. Cette innovation est dans l'air, qu'on me permette cette expression; partout elle est attendue et même elle a déjà reçu un commencement d'exécution.

Dans un travail sur la dépopulation des campagnes en 1904, le D"" Phcque dit : « Que la surveillance des nourrissons y est particulièrement difficile et délicate. Les visites des médecins-inspecteurs sont forcément trop espacées. Pour avoir un contrôle plus continu, la Belgique a fait appel aux sages-femmes et même aux institutrices. L'Allemagne utilise un corps de diaconesses, infirmières expérimentées, étendant leur action dans les moindres villages, religieuses laïques, si l'on pouvait associer ces deux mots. Plus les femmes parti-

ciperont à la surveillance et plus celle-ci aura chance d'être efficace. Même avec une instruction beaucoup moindre, les femmes ont un instinct mystérieux pour deviner la première soufYrance des petits enfants, »

Dans ce même ordre d'idées, M. Turquan, chef de bureau au ministère de l'Intérieur, a proposé au Comité de revision de la loi Roussel de recourir aux sages-femmes, lorsque les médecins feraient défaut dans le pays.

A Paris et dans le département de la Seine, depuis plusieurs années, on a déjà fait appel au concours des femmes pour la surveillance du premier âge. Deux catégories de dames sont chargées de visiter administrativement les petits enfants :

10 Les dames visiteuses, qui sont nommées par le préfet de police et qui reçoivent une allocation assez élevée; elles se rendent au domicile des enfants protégés par la loi Roussel et remettent à la Préfecture un rapport sur chaque enfant qu'elles ont visité;

IP Les dames déléguées, au nombre de trente environ, qui dépendent de l'administration de l'Assistance publique et qui remplissent à l'égard des enfants secourus le même office que les dames visiteuses à l'égard des enfants protégés.

Les dames déléguées doivent être pourvues du diplôme d'infirmière pour être agréées par le préfet de la Seine.

11 n'en est pas de même des dames visiteuses.

Aucun lien direct ne réunit les dames visiteuses ni les dames déléguées aux médecins-inspecteurs de leurs circonscriptions respectives; le service des dames et celui des médecins est indépendant. Si une visiteuse constate qu'un enfant est malade, elle le mentionne dans son rapport, mais elle ne prévient pas directement le médecin.

Cette organisation constitue, évidemment, une ébauche de la surveillance du premier âge par les femmes; mais cette ébauche est tout à fait imparfaite, je ne crains pas de le dire.

N'est-il pas regrettable, par exemple, que les dames visiteuses soient choisies à Paris par la Préfecture de police, sans qu'on exige d'elles aucune connaissance spéciale, ni aucun diplôme montrant qu'elles sont aptes à remplir leurs fonctions?

Dans quelques villes de la banlieue de Paris, on a tenté d'organiser des comités de dames qui remplissent bénévolement le rôle des dames visiteuses appointées par le préfet de police; mais ces comités, très utiles, sont peu nombreux et subissent trop souvent le contre-coup des fluctuations politiques. Dans les campagnes, les commissions prévues par le règlement administratif do la loi Roussel n'existent presque nulle part, comme je l'ai dit plus haut.

iN'est-il pas étrange de voir que la femme ne remplit pas la ])lace qu'elle devrait tenir dans le contrôle de l'élevage des enfants, surtout quand on considère des services tels que ceux des Enfants-Assistés de la Seine?

Chaque année, la Ville de Paris recueille environ 4.500 enfants, dont i)lus de 2.500 nouveau-nés, et les confie à des uouriices à la campagne. Ces enfants trouvés sont surveillés par des inspecteurs, et soignés par des médecins

désignés par l'Assistance publique; mais ils ne sont pas visités par des femmes. L'inspectrice des enfants assistés n'existe pas encore.

N'est-il pas temps d'attribuer à la femme sa place marquée dans l'inspection du premier âge comme intermédiaire naturelle entre le médecin et la mère, ou la nourrice, ou l'éleveuse?

Quel auxiliaire plus précieux pour le médecin-inspecteur qu'une femme instruite et expérimentée en hygiène infantile?

Le médecin qui, dans sa circonscription, est obligé d'inspecter individuellement 30 et même 40 bébés et plus, en trouve un bon nombre qui prospèrent, bien soignés par leur éleveuse; s'il y avait dans chaque localité des dames visiteuses du premier âge, elles pourraient adresser des renseignements au médecin pour préparer son inspection en quelquû sorte, et pour lui éviter des visites inutiles.

Mais, pour que cette organisation nouvelle donnât tous les résultats qu'on est en droit d'en attendre, il serait nécessaire :

1» Que les dames visiteuses du premier âge fussent compétentes et qu'elles fussent pourvues d'un diplôme ou d'un certificat qui attesterait leurs connaissances en puériculture, ce qui limiterait tout au moins l'influence du favoritisme dans les choix.

Une commission départementale composée de l'inspecteur de l'Assistance publique et de deux médecins de la protection du premier âge serait chargée de faire passer chaque année les examens et de délivrer des certificats d'aptitude.

Il serait à désirer que les sages-femmes, après leur stage dans les maternités, reçussent un diplôme spécial de puériculture qui leur permettrait de postuler les fonctions de dame visiteuse.

2° Il faudrait que la nomination des dames visiteuses fût faite par le préfet, sur la présentation et avec l'agrément du médecin-inspecteur de la circonscription. Le service de la dame visiteuse devrait être subordonné à l'autorité du médecin-inspecteur dont elle serait l'auxiliaire, Vassistante, en quelque sorte.

C'est à ces conditions seulement que le concours féminin dans la surveillance des bébés pourra être étendu avec fruit; car mieux vaudrait rester dans le statu quo que de créer à côté et en dehors des médecins, des inspectrices indépendantes et même insubordonnées, qui sortiraient peut-être de leur rôle pour empiéter sur un domaine qui ne serait pas le leur.

Il est probable que dans bien des pays, les dames de la société rempHraient gratuitement ces fonctions nouvelles, pour l'honneur.

Une sage réglementation devrait être mûrement étudiée pour bien fixer les rapports réciproques du médecin et de la dame visiteuse, de manière à assurer le modus vivendi le plus acceptable pour les deux.

Depuis le Congrès de Tourcoing en 1906 où j'exposai mes vues sur ce sujet, l'organisation des dames inspectrices a pris de grands développements dans d'autres pays, et surtout en Angleterre et en Amérique.

LES DAMES VISITEUSES A l'ÉTRANGER

A Manchester, dès 1862, une société sanitaire composée de dames de cette cité et de Salford, commence à envoyer des femmes pour visiter les pauvres dans leur demeure.

Telle est l'origine du mouvement actuel, d'après le D^" Mac Cleary. Le but de la société était de vulgariser les connaissances hygiéniques et d'élever le niveau du peuple physiquement, socialement, moralement et religieusement.

On distribuait d'abord des notices et des brochures, mais le résultat n'était pas très efficace. Une personne, prise parmi les femmes du peuple, fut chargée d'aller dans les familles pour les aider et leur donner des conseils. Naturellement, on choisit une femme intelligente, ayant de la volonté et du tact; mais enfin, dans le début, c'était par une femme du peuple qu'on voulait approcher le peuple. Le succès obtenu fut satisfaisant. Depuis lors, beaucoup de dames offrirent leurs services et leur temps sans compter, et, en 1890, la Société de Manchester et Salford, qui, jusque-là, avait agi indépendamment de toute autorité sanitaire officielle, conclut un arrangement avec la municipalité de Manchester par lequel la moitié des dames visiteuses seraient payées par la municipalité. Dans les premiers temps, on prit encore quelques visiteuses parmi les femmes de la classe populaire, mais on finit par trouver bue les meilleurs résultats étaient obtenus par des dames de bonne éducation.

Dans ses grandes lignes, la méthode suivie à Manchester a été adoptée par toutes les villes qui veulent avoir des health visitors, ou organiser l'assistance volontaire en collaboration avec les autorités sanitaires. Parmi les villes de province, Huddersfield est bien connue par les efforts de son ex-maire, M. Broadbent, pour réduire la mortalité infantile. Depuis dix âtis, Birmingham a employé 17 dames visiteuses payées sur le budget municipal. La municipalité de Sheffield a nommé une dame inspectrice en chef, avec un certain nombre de dames visiteuses salariées sous ses ordres, et les services qu'elles rendent sont considérables. Sur 13.000 enfants nés à Sheffield en 1907, 9.488 furent visités par elles. Glasgow, Liverpool, et beaucoup d'autres grandes villes, emploient des dames visiteuses; à ce jour, sur 34 corporations municipales représentant une population de plus de 1.000.000, il n'y en a que 9 qui sont sans dames inspectrices ou dames visiteuses. Los quartiers de Londres qui emploient des dames visiteuses rétribuées ou des dames inspectrices, sont les suivants (1) : Battersea, 2; Bethnal Green, l ; Camborwell, 1; Ghelsea, 1; Finsbury, 2; Fulham, 1; Hackney, 2; Hampstoad, 1 ; llolhorn, 1; Islington, 2; Kensington, 2; Lambeth, 2; Lcwisham, 2; Paddiugton, 2; Poplar, 1; Marylebone, 2; Saint-Pancras, 2; Southwark, 3; Waiidsworth, 2; City of Westminster, 2; Woolwich, 2; cité de Londres, 2. Los huit autres quartiers n'ont pas do damos inspootricos, innis Hamrnorsmitli a iino daiiH^ visitouso.

(1) Tlie Lunccl, 17 octobre 1908.

Leurs principales fonctions sont :

10 De donner des conseils aux futures mères au sujet de leur santé personnelle, et de l'influence des mauvaises conditions anténatales sur la santé de leurs enfants;

2° De suivre la notification des naissances, et de visiter les mères quand le médecin et la sage-femme ont cessé de donner leurs soins;

3° De noter les conditions de mauvaise alimentation, ou de manque de nourriture convenable et suffisante, et de prendre des mesures pour y remédier;

40 D'apprendre à bien alimenter les bébés; de déconseiller aux mères le sevrage prématuré; de leur inculquer la nécessité de nourrir au sein jusqu'à l'apparition des premières dents; et, par-dessus tout, de les convaincre du danger d'employer des biberons difficiles à nettoyer;

50 De faire connaître et d'encourager la pratique de peser les bébés, et d'instruire les mères sur des points d'hygiène générale;

6° D'instruire et de guider dans leur travail les dames visiteuses volontaires;

7<* De noter les conditions d'insalubrité dans les habitations ou de maladie chez les personnes visitées, et d'en faire un rapport à l'officier de santé sous les ordres duquel elles travaillent;

8° D'aller dans les usines à l'heure des repas, dans des réunions pour les mères, et partout où il y aurait occasion de donner des conseils ou d'être utiles aux femmes.

11 y a des endroits où, les fonds nécessaires manquant, les autorités locales n'ont à leur disposition que des dames visiteuses volontaires. Bien que cellesci apportent presque toujours à leur travail beaucoup de zèle et d'enthousiasme, cependant elles manquent de connaissances techniques et d'expérience: quelquefois aussi leurs services sont irréguliers et intermittents; elles n'ont pas cette régularité et cette espèce de routine systématique qui est exigée des professionnelles. Il est tout à fait admis que, dans les centres populeux, il est nécessaire d'avoir une inspectrice très compétente pour diriger le travail des dames visiteuses. Sous ses ordres, les dames volontaires rendent de grands services et se familiarisent rapidement avec les détails de leur travail.

Il faut ajouter que dans aucune sphère d'action, les qualités de tact et de discrétion ne sont de plus grande importance.

Voici, d'autre part, les détails succincts extraits d'un rapport sur la mortalité infantile, émanant d'un médecin américain, le D^" Ager (de Brooklyn), et communiqué par le D^" Lust, de Bruxelles.

La Société d'assistance aux enfants de Brooklyn (New-York) a organisé, depuis 1901, de grandes distributions de lait pasteurisé. Jusqu'en 1904, ce lait était distribué gratuitement à tous les enfants pauvres, mais, cette année-là, on réorganisa les services de distribution, et on fit payer la somme infime de 5 ou 10 centimes pour les bouteilles de lait. On choisit aussi quelxfues médecins pour aller visiter à demeure un certain nombre d'enfants nourris avec le lait de ces Milk dépôts. Ils donnaient des conseils quant à l'em-

ploi du lait, les soins hygiéniques à donner à l'enfant, etc. Les résultats de ces visites furent très utiles, et on apprit ainsi bien des choses intéressantes pour l'œuvre. Mais ces visites faites par des médecins ne furent pas continuées. Dès l'année suivante, 1905, et depuis, ce furent les surveillantes des différents dépôts qu'on chargea de ces visites à domicile. On avait deux raisons pour faire ce changement : 1» il était préférable de ne pas envoyer de médecin dans des maisons où les enfants étaient peut-être soignés par d'autres confrères; 2° les surveillantes, étant des femmes, entraient dans beaucoup de détails qui n'étaient pas spécialement de la compétence des médecins; elles donnaient plus de temps à ces visites et leurs conseils et instructions étaient généralement mieux reçus par les mères.

Cette méthode d'instruction à domicile, pour tout ce qui regarde l'hygiène et le bien-être des bébés, donne les résultats les meilleurs et les plus durables, de tout ce que l'on a tenté de faire jusqu'ici.

Telles sont les opinions qui tendent à prévaloir en Amérique aussi bien qu'en Angleterre, et qui donnent une place prépondérante à la femme dans la surveillance des enfants du premier âge.

Puisse-t-il en être bientôt de même en France !

QUELQUES INSTITUTIONS POUR LA PROTECTION DE LA PREMIÈRE ENFANCE EN FRANCE

Il nous est impossible de passer en revue toutes les œuvres et les institutions organisées en France pour lutter contre la mortalité infantile. Nous nous bornerons à mentionner :

Les Sociétés protectrices de l'Enfance, qui fonctionnent dans la plupart des grandes villes de France et qui distribuent des layettes et des secours aux mères pauvres pendant les premiers mois qui suivent l'accouchement.

Le prototype de ces Sociétés fut fondé à Paris, en 1865, par le D^ Marjolin fils. Dès 1866, son exemple était suivi à Lyon, en 1872 à Rouen, etc.

Les Charités maternelles. La première fut fondée en 1784 par M^^^ Fougerel t-L reçut l'appui de Marie-Antoinette. Ces sociétés de bienfaisance ont un budget d'environ 1.300.000 francs et viennent en aide à 27.000 mères; elles ont des filiales dans presque tous les départements.

La Société de l'allaitement maternel, fondée en 1876 par M'"'' Béquet de Vienne, dont le budget annuel est de 110.000 francs; 1.700 enfants sont secourus chaque année. On donne surtout des secours en nature.

La Ligue contre la mortalité infantile, fondée en 1902 par MM. Paul Strauss et Budin, sous la présidence du regretté Théophile Roussel. Cette ligue adonné une vigoureuse impulsion à la vulgarisation de l'hygiène infantile.

Les asiles-ouvroirs pour femmes enceintes. Ces établissements ont été créés à Paris, soit par l'initiative privée (asile du Maine), soit par la municipalité (asile Michelet). Ces maisons sont ouvertes aux filles-mèrcs ou aux feinines enceintes sans abri ou sans ressources, qui peuvent s'y reposer avant d'accoucher. On a relevé que le poids de naissance des enfants dont les mères avaient

été ainsi hospitalisées était plus élevé que celui des enfants nés sans que la femme suspende son travail et que, par suite, le force de résistance des nourrissons est plus grande.

Voici, d'après M. Drouineau, quelques détails sur l'asile Michelet :

Il a été créé par le Conseil municipal de Paris et inauguré le 21 décembre 1893. Il comptait à son début 100 lits; il en a aujourd'hui 200. Il est assurément le plus important des asiles-ouvroire existants, et il répond d'une façon complète à l'idée mère des établissements de ce genre. Les admissions y sont faites à n'importe quel moment de la grossesse, et on peut le dire, sans restriction d'aucune sorte. Depuis la création de l'établissement jusqu'au 1" janvier 1902, 14.195 femmes sont entrées à l'asile, soit en moyenne 1.774 entrées par an.

Les hospitalisées ne sont pas astreintes à des travaux fatigants; le ménage et l'entretien des salles, le lavage de la vaisselle, sont, en réalité, leurs seules occupations. Le travail à l'ouvroir étant facultatif, elles peuvent occuper leurs loisirs en préparant la layette de leur enfant ou en réparant leurs effets personnels.

Mme Boucicaut, dont le nom est célèbre dans les annales de la charité parisienne, a légué des sommes importantes pour la création d'asiles de ce genre, et notamment dans le département de Saône-et-Loire, qui est son pays d'origine (1).

(1) Voir Les Œuvres de l'Enfance : Maternité, première enfance, Gouttes de lait, crèches, etc. — Un volume petit in-lS", par le D' Triboulet, médecin des hôpitaux de Paris, et A. Delobel, chez Octave Doin et flls, éditeurs, 1906.

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