‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 217 sur 288 · XII. 6 mois · texte numérisé non relu

XII. 6 mois

Moyenne des 12 enfants hypotrophiques examinés 101

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Tableau

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Cerveau ids total. Taille, poids.

Il résulte des tableaux précédents que chez des enfants dont la croissance a été considérablement retardée, puisque leur taille et surtout leur poids sont très au-dessous delà normale, quel'encéphalen'apasété entravé dans son développement, mais qu'il s'est accru vraisemblablement au détriment des autres tissus. Cette intégrité et cette autonomie du cerveau dans la lutte contre les causes qui peuvent retarder la croissance, rappelle la défense du cerveau au cours de l'inanition. On sait, en effet que pendant le jeûne, l'amaigrissement respecte également l'encéphale au détriment des autres tissus.

Il résulte encore de nos recherches que le squelette lui-même chez ces enfants retardés dans leur croissance a soufïert beaucoup moins que les autres tissus du corps dans leur ensemble, puisqu'il a continué à s'accroître dans des proportions relativement considérables (90 % contre 63 %) par rapport au poids

du corps. Cette individualité du développement du squelette réglant la taille explique la dissociation de la croissance staturale et pondérale qu'on relève habituellement chez les hypotrophiques et justifie l'aphorisme formulé antérieurement par l'un de nous que les jeunes enfants ont» l'âge de leur taille » (1). Par rapport au poids du corps, c'est de un an à quatre ans que le cerveau est le plus développé, puisque le rapport est cinq fois plus grand que chez l'adulte.

Cette anticipation normale de développement du cerveau relativement aux autres organes, nous explique comment les enfants ont toujours la tête si volumineuse en proportion de leur taille. Le fonctionnement intensif de cet organe dès les premières années de la vie, et sa nutrition suractive ne sont pas sans influence sur sa vulnérabilité. Les gens du peuple disent d'un enfant qui a la tête forte : « C'est une tête à méningite. »

C'est sur les méninges cérébrales que se localise de préférence le bacille tuberculeux dans le jeune âge, la méningite est la véritable phtisie de l'enfance, comme l'a si bien dit Guersant; à elle seule elle tue, de deux à cinq ans, plus d'enfants que toutes les autres maladies infectieuses, comme nous l'avons établi dans notre rapport à la Commission de la dépopulation en 1903, sur la mortalité des enfants de un an à quatorze ans en France. Nous avons remarqué dans bon nombre d'autopsies que les enfants emportés par la méningite avaient des cerveaux plutôt au-dessus de la normale comme poids.

Développement du crâne. La plagiocéphalie chez les nouveau-nés.

Ses causes.

Dans les premiers temps qui suivent la naissance, le crâne suit le développement extrêmement rapide de l'encéphale, et la mensuration de sa circonférence permet de suivre très approximativement l'accroissement du cerveau, à cause de la minceur des os qui constituent les parois crâniennes.

Chez les nouveau-nés, même à l'état normal, la mollesse des os du crâne est telle qu'il se déforme facilement sous l'influence d'une pression continue ou d'autres causes.

On désigne sous le nom de plagiocéphalie (tête oblique), une déformation telle que le grand axe antéro-postérieur du crâne s'incline vers la droite ou vers la gauche, qu'une bosse frontale devient plus saillante et que la région pariétooccipitale du même côté se déprime. L'un de nos anciens internes à l'hôpital des Enfants-Malades, le D^ Eschbach, a fait sur ce sujet un travail remarquable auquel on pourra se reporter (2) : on y trouvera relatées les opinions déjà anciennes de Virchow et de Gueniot sur la production de cette dilTormité si fréquente à un faible degré.

Rare à la naissance, la plagiocéphalie est fréquente déjà dix jours après la naissance, 15 à 16 %. Il suffit, dit Eschbach, de coucher systématiqvuMuent un (uifarit pondant les dix [)rctniors jours do sa vie soit sur le côté (h'oit, soit sur

(1) L'autonomie du dh'cloppcnirnt de VcnrépJudf chez les jeunes enfants, jiar MM. \'arii)t ot Lassablière. Cornraiinicalion à la Soi.iûli'; (l(! lii()l();,'i(;, I '.)().'.

(2) Recherches sur la Plagiocéphalie chez l'enfant, \);iv li; \)' liSclibach. Thùso inaugurale, Paris, 1907.

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le côté gauche, pour déterminer chez lui une obliquité du crâne dans le même sens.

Parrot, en 1876, invoquait Tathrepsie comme cause de plagiocéphalie. Il est encore plus juste d'incriminer le rachitisme et la syphilis héréditaire, qui sont les deux facteurs intervenant habituellement dans le craniotabes. Nous croyons devoir insister plus spécialement sur le craniotabes comme cause de la plagiocéphalie dans les cas où la déformation est très accentuée; les effets de la pression se combinent alors en quelque sorte à l'amincissement préexistant du crâne dans la région pariéto-occipitale (1).

FiG. 105. — Enfant débile atteint d'hémispasme congénital de la lèvre inférieure (né à 8 mois). Age : 28 jours; taille : 45 cent. 5; poids : 2 kg. 520.

Il est un autre facteur intervenant plus rarement dans la plagiocéphalie^ c'est l'hypertonicité accidentelle des muscles rotateurs de la tête.

Nous avons observé, avec M. le D^" Bonniot, un enfant atteint d'hémispasme congénital de la lèvre inférieure, à gauche, chez lequel il y avait une rotation presque permanente de la tête, du côté où la lèvre se contractait spasmodiquement (2). Il paraissait dans ce cas que le muscle sterno-mastoïdien entraînait la tête à gauche et son poids portait toujours sur le même côté du crâne. Ainsi,

(1) Rapports de la Plagiocéphalie avec le Craniotabes : Bulletin de la Société d'Anthropologie, 1909, par G. Variot.

(2) Hémispasme congénital de la lèvre inférieure, par MM. G. Variot et Bonniot. Communications à la Société médicale des Hôpitaux, décembre 1908 et janvier 1909.

chez cet enfant que nous avons pu suivre pendant six mois consécutifs, nous avons assisté en quelque sorte au processus formateur de la difTormité qui était très accentuée.

La manière la plus simple de constater la plagiocéphalie chez les nourrissons est de regarder la région frontale et la voûte du crâne un peu obliq.uement, de haut en bas. On voit tout de suite combien il est fréquent que l'une des bosses frontales proémine plus ou moins, tandis que la région pariéto-occipitale correspondante est déprimée.

U accroissement pondéral et V accroissement statural. Dissociation physiologique

de la croissance.

Nous croyons devoir nous étendre plus spécialement sur un sujet jusqu'ici peu exploré, tout au moins chez le nourrisson : nous voulons parler de l'indépendance relative du développement en poids et en taille à l'état normal. Nous avons proposé de donner le nom de dissociation de la croissance à l'indépendance de l'accroissement statural et pondéral qui peut aller, à l'état pathologique, jusqu'à une véritable désharmonie, particulièrement dans l'hypotrophie infantile, comme nous le verrons au chapitre suivant.

Dès les premiers jours qui suivent la naissance, on peut constater cette dissociation de la croissance qui résulte, sans aucun doute, de l'autonomie nutritive du squelette, dont l'accroissement règle la taille.

Les manifestations de la croissance, dans le premier âge, sont si rapides qu'elles sont plus appréciables que dans la seconde enfance; mais la dissociation de la croissance staturale et pondérale se retrouve pendant toutes les périodes du développement jusqu'à l'âge adulte.

Dissociation initiale de la croissance chez les nourrissons.

L'indépendance de l'accroissement en poids et en taille est évidente dès les premières semaines de la vie. La plupart des nourrissons perdent de 2 à 300 grammes de leur poids dans les trois ou quatre premiers jours qui suivent la naissance. Nous avons cherché à établir, à la nourricerie des Enfants- Assistés, si cette chute initiale de poids est imputable au bébé lui-même, comme on a tendance à le croire, à cause de l'évacuation de son méconium, etc., ou si, au contraire, elle ne serait pas en rapport avec un certain degré d'hypoalimentation, causé par la montée un peu lente du lait dans le sein des mères, surtout chez les primipares. Nous avons déjà rapporté que, sur un certain nombre d'enfants âgés de un à deux jours, mis au sein d'une nourrice en pleine lactation ou recevant au biberon une ration suffisante de lait stérilisé, la baisse initiale de poids n'était nullement constante, que certains nourrissons tétaient bien dès le deuxième jour le lait de femme ou le lait d(! vacbe, et gagruiient du |)oids; que d'autres neperdaient nine gagnaient pasdepoids pendant (pielquc^s jours, et que la minorité seulement était incapable d'utiliser l;i ration de lait fournie et baissait de poids. En résumé, il nous parait établi (pie la cluilc' initial»^ d(> i)oi(ls

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est due bien plutôt à la sécrétion lactée un peu tardive et insuffisante dans les premiers jours qui suivent l'accouchement, qu'au nouveau-né lui môme.

Un enfant normal à la naissance, d'après les tables de croissance de Bouchaud, aurait un poids de 3 kg. 250; une taille de 50 centimètres.

Après un mois, le poids passe à 4 kilogrammes; la taille à 54 centimètres.

Si l'on examine la courbe du poids on remarque, en général, une chute de 150 à 200 grammes et plus, dans les deux ou trois premiers jours qui suivent la naissance.

Il faut trois ou quatre jours pour que cette perte de poids temporaire soit compensée pour que l'enfant récupère son poids de naissance.

Cette période initiale de la vie est donc perdue, en général, pour l'accroissement pondéral.

L'est-elle aussi pour l'accroissement statural? C'est ce que nous nous sommes attaché à étudier, d'une part, par des mensurations directes de nourrissons pesés et toisés régulièrement durant le premier mois de la vie; d'autre part, en confrontant les poids et les tailles moyens de groupes de nouveau-nés, mesurés le premier jour et dix jours après la naissance.

Voici tout d'abord des moyennes dressées par l'un des externes de notre service hospitalier, M. Lascoux, qui a consacré sa thèse inaugurale à ce sujet (1).

I. — Moyenne du poids et de la taille de cent enfants mesurés un jour après

la naissance^ à la crèche de l'Hospice dépositaire des Enfants-Assistés, à Paris. (Il s'agit d'enfants abandonnés par leurs mères.)

Garçons (50) : poids : 3 kg. 094; taille : 49 cm. 7.

Filles (50) : poids : 2 kg. 904; taille : 49 centimètres.

Moyenne pour les deux sexes : poids : 3 kilogrammes; taille : 49 cm. 4,

II. — Moyenne du poids et de la taille de cent enfants mesurés à leur naissance, à la maternité de l'Hôtel- Dieu de Paris.

Garçons (50) : poids : 3 kg. 146; taille : 49 centimètres.

Filles (50) : poids : 3 kg. 053; taille : 48 cent. 4.

Moyenne générale pour les deux sexes : poids : 3 kil. 100; taille : 48 cm. 7.

III. — Même moyenne établie à la maternité de la clinique Tarnier, par M. Lascoux, sur des enfants qui viennent de naître.

Garçons (20) : poids : 3 kg. 175; taille : 49 cm. 7. Filles (20) : poids : 2 kg. 970; taille : 48 cm. 5. Moyenne générale : poids : 3 kg. 073; taille : 49 cent. 1.

(1) Étude sur V accroisse ment du poids et de la taille des nourrissons, par le D' Lascoux (Thèse de Paris, 1908), et communication à la Société d'Anthropologie de Paris, 1908. La dissociation physiologique de ia croissance chez le nouveau-né, par M. G.Variot.

6i0 CROISSANCE NORMALE ET ANORMALE

IV. — Moyenne du poids et de la taille de cent enfants abandonnés mesurés à l'hospice dépositaire des Enfants- Assistés^ dix jours après leur naissance.

Garçons (50) : poids : 3 kg. 197 ; taille : 52 cm. 3. Filles (50) : poids : 3 kg. 010; taille : 51 cm. 4.

Moyenne générale sur cent enfants des deux sexes âgés de 10 jours : poids : 3 kg. 100; taille :51cm. 8.

V. — Poids moyen^ au 10^ jour^ de cent enfants pesés à l'Hôtel-Dieu annexe de Paris (les tailles n'ont pas été prises).

Garçons : poids : 3 kg. 198. Filles : poids : 3 kg. 040.

Moyenne générale du poids de cent enfants, 50 de chaque sexe, âgés de 10 jours : 3 kg. 115.

Ce poids de 3 kg. 115 est équivalant à 15 grammes près à celui relevé aux Enfants- Assistés, sur cent enfants âgés de 10 jours (50 de chaque sexe).

Si nous comparons les moyennes de poids et de taille des enfants un jour après la naissance et dix jours après leur naissance, nous pouvons noter :

1° Un jour après la naissance :

Poids : 3 kilogrammes. Taille : 49 cm. 5.

2° Dix jours après la naissance :

Poids : 3 kg. 100. Taille : 51 cm. 8.

Les enfants pendant les dix premiers jours de la vie ont donc gagné :

100 grammes seulement en poids et 2 cm. 3 de taille.

Or, à la fm du premier mois, les moyennes physiologiques (ainsi que je l'ai indiqué plus haut donnent) :

750 grammes pour le gain de poids et 4 centimètres pour l'accroissement de taille.

Il ressort de la confrontation de ces chiffres que l'accroissement statural s'effectue dès les premiers jours de la vie, alors même que l'accroissement pondéral ne se prononce guère qu'une semaine après la naissance.

Dans les vingt derniers jours du mois, l'enfant gagnera 600 grammes environ de poids et moins de 2 centimètres.

La dissociation de la croissance pondérale et staturale apparaît donc comme un phénomène physiologique dans les dix premiers jours de la vie.

Mais nous avons contrôlé par des mensurations directes sur quelques enfants nouveau-nés, conservés à la nourricerie des Enfants- Assistés, les données fournies par le calcul des moyennes :

Voici, à ce sujet, quelques chiffres démonstratifs :

L — Fille âgée de 2 jours :

Le 16 mars 1908. Poids : 2 kg. 740; taille : 49 cent. Mise au sein d'une bonne nourrice.

Le 19 mars. Poids : 2 kg. 820; taille : 50 cent.

Le 23 mars. Poids : 2 kg. 820 ; taille : 50 cm. 5.

Le 27 mars. Poids : 2 kg. 950; taille : 51 cent. L'accroissement a été de 2 centimètres pour 210 grammes de poids. Il est fn'(|Uf'nt do voir la dissociation de croissanco plus accentuée chez les nouveau-nés qui s'allaniciit avant de prendre leur essor do dévelu])penient normal.

LA PÉDlOMKTniE

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