‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 22 sur 288 · STATISTIQUE SANITAIRE DE LA VILLE DE PARIS · texte numérisé non relu

STATISTIQUE SANITAIRE DE LA VILLE DE PARIS

Nombre de naissances. — Nombre de décès de 0 à i an.

Période Nombre absolu Nombre absolu Castro-entévile Mortalité

de de naissances de di'cès. de pour

l'observation. Mort-nés exclus. de 0 à 1 an. 0 à 1 an. 100 naissances.

(1) Ces enfants, quittant Paris, appartiennent en général à la classe populaire où la mortalité infantile est élevée.

iO LA MORTALITÉ INFANTILE

Période Nombre absolu Nombre absolu Gastro-entérite Mortalité

de de naissances. de décès de pour

l'observation. Mort-nés exclus. deOàlan. Oàlan. 100 naissances.

Voici d'ailleurs le mouvement annuel des petits Parisiens placés hors Paris dans les premiers jours qui suivent la naissance : il représente un chiffre assez fixe qui ne peut avoir une grande influence sur le taux de la mortalité de ceux qui restent à Paris (1),

Ville de Paris. — Enfants mis en nourrice (2).

Années. Placés à Paris. Placés hors Paris. Total.

(1) M.illiciiroiiscmonl,, nous 6cril M. Bertillon, il ne .suffit pas do rclranchor puriMiicnt et siinplcrnent les (Mifurils inis m nourrico du nombre des naissances, et de diviser par la difTérence le nombre des décès de 0 à 1 an, pour faire un (;om|)le exact de la mortaiitt^ de 0 i\ 1 an. C'est seulement un pas vers la \(t\U', mais ftifin, on obtient ainsi un rajjporl un peu plus élevé (]ue la mortalité véritable.

l'în efTet, on supposi; par là, que les enfants mis en nourrice quittent Paris, dés le jour de leur nais- Bance, et n'y rentrent qu'après leur 365» jour de vie. Or, ils parlent plus lard, et rentrent souvent plus tdl.

(2) Tableau communicjuè par M. J. Bertillon.

Il ressort nettement des tableaux statistiques ci-dessus que l'abaissement de la mortalité infantile, en grande partie subordonné à l'abaissement des décès par diarrhée et gastro-entérite, coïncide avec la période où l'on a commencé d'employer méthodiquement la stérilisation du lait dans l'allaitement artificiel, c'est-à-dire 1890. Les médecins qui douteraient encore de l'admirable efficacité du lait stérilisé pour lutter contre la mortalité infantile ne pourront contester les chiffres enregistrés par M. J; Bertillon.

Aucune autre modification importante dans l'hygiène des nourrissons n'a été appliquée depuis vingt ans pouvant rendre compte de cet abaissement considérable des décès par diarrhée.

Tous les hommes qui ont participé au grand mouvement de protection des nourrissons à Paris, peuvent donc considérer avec satisfaction les résultats obtenus ; leurs efîorts n'ont pas été vains et plus de 4.000 vies de nouveau-nés sont annuellement sauvegardées par la diffusion des méthodes nouvelles d'allaitement.

III. — La mortalité infantile dans les grandes villes dans ses rapports avec l'état social et le paupérisme.

De toutes les inégalités sociales, l'inégalité devant la mort est certainement j la plus cruelle et la plus révoltante.

Quand on envisage la mortalité infantile surtout, on reconnaît qu'elle s'accroît en proportion du manque de ressources, et que la pauvreté est le fac- . teur principal qui intervient pour en faire monter le taux.

A Paris, par exemple, d'après des chiffres statistiques que nous a obligeam ment fournis M. Jacques Bertillon, nous relevons que pendant la période décennale de 1893 à 1903, la mortalité moyenne de 0 à 1 an qui n'est que de 102 pour 1.000 dans le VHP arrondissement (Champs-Elysées) et de 142 dans le VII^, atteint 240 dans le XIX^ (La Villette) et même 245 p. 1.000 dans le XX^ (quartier de Belleville).

QïTe de soins, que d'activité, que de temps perdus, lorsqu'un si grand nombre d'enfants succombent prématurément, que de chagrins pour les mères et de causes de dépression pour les familles ouvrières, parmi lesquelles la mort frappe si fréquemment!

C'est là un sujet grave dont la portée s'étend bien au delà des bornes de l'hygiène et de la médecine infantiles, et qui ne serait pas indigne des méditations de nos hommes d'État.

Cette mortalité infantile plus élevée dans les grandes cités et surtout dans les quartiers populaires n'a rien de spécial à la France; nous la retrouvons aussi dans les grandes villes anglaises et dans les autres.

A Liverpool, par exemple, dans un de ses rapports annuels sur la santé publique de la ville, le Médical officer of health, le D^ Hope établit que, sur les 4.453 enfants qui ont fréquenté les. Milk Dépôts (c'est le nom qu'on donne aux Gouttes de lait en Angleterre), la mortalité infantile n'a pas excédé 78 p. 1.000, au lieu de 159 p. 1.000 pour la ville tout entière. Dans les meilleurs quartiers la mortalité est de 88 à 118, mais dans les plus pauvres elle s'élève à 212 et 215 p. 1.000.

Il en est de même dans toutes les grandes villes industrielles de France et notamment à Lille, à Rouen, etc., où la mortalité infantile a d'étroites connexions avec le paupérisme.

IV, — La mortalité infantile dans les districts agricoles et industriels, spécialement en Angleterre.

Dans les centres industriels, la natalité légitime et illégitime surtout, est assez élevée, mais la mortalité est généralement très forte. L'ouvrière devenue mère ne peut pas nourrir son enfant au sein, sans perdre sa place à la fabrique; si le salaire du mari est suffisant, l'allaitement maternel est possible; sinon, il faut placer l'enfant en nourrice à la campagne, le confier à une éleveuse que l'on paie le moins cher possible. Cette situation est encore plus cruelle pour les filles mères dépourvues de ressources.

Dès que l'enfant est privé des soins maternels, les risques de mort augmentent beaucoup. Le biberon donné par des éleveuses mercenaires et sans instruction, coûte la vie à 30 ou 40 % environ des nourrissons qui le reçoivent.-

Ces idées très générales sur les causes de la mortalité infantile se vérifient dans tous les pays, même dans ceux qui sont les plus avancés pour l'hygiène et la salubrité. Le D^" Milson Rhodes de Didsbury a publié sur ce sujet des documents très précis et très concluants concernant tous les comtés d'Angleterre (1). M. Dodd avait prétendu que si la mortalité infantile était plus élevée dans certains centres de population anglaise, c'est que les secours aux femmes malheureuses étaient insuffisants et que la proportion de la mortalité était en rapport avec la déficience des secours aux mères. Cette conception philanthropique n'est pas exacte; M. Rhodes montre, par des tables, que les comtés dans lesquels la mortalité est le plus bas ne sont nullement ceux où l'organisation de l'assistance maternelle est la plus parfaite, et inversement que l'élévation de la mortalité infantile dans d'autres districts tient à de tout autres causes. Nous croyons devoir reproduire intégralement le tableau que M. Rhodes a dressé et qui montre que la mortalité varie du simple au double, suivant les comtés.

Tableau de la mortalité infantile de 0 à 1 an dans les divers comtés

de V Angleterre.

Rutland

Dorsot

Wills

Oxford

Ilcrcford. . . .

IIiTlford. . . .

Wostniorcland

Hucks

Somerset. . . .

(1) The Lancel, 1005.

M(irl:ililc

Iiif;iiililc

|)i)iir 1.000.

Piiiportion de

Icmiiies niari(*cs

ilk'ltrocs

pour 1 000.

LA MORTALITE INFANTILE

Shropshire

Berks

Sussex

Bedford

Cambridge

Surrey

Glocester

Northampton

Suffolk

Cornwall

Hampshire

Huntingdon

Kent

Devon ' .

Lincoln

North Wales

Worcester

Middlesex

Norfolk-

Cumberland

Cheshire

Monmouth

Derby

Yorks (North Riding).

South Wales

Essex

Leicester

London

Northumberland. . . .

Yorks (West Riding).

Durham

Warwick

Nottingham

Stafford

Yorks (East Riding) .

Lancashire

Mortalité

Infantile

pour 1.000.

Proportion de

femmes mariées

illettrées

pour 1.000.

M. Rhodes fait remarquer que les comtés de Rutland, Dorset, Wilts et Oxford, où la mortalité est basse, 79 à 100 p. 1.000, sont des pays agricoles; tandis que ceux dans lesquels la mortalité est double de celle-ci, Warwick, Nottingham, StafTord, York et Lancashire, sont des pays manufacturiers, avec un grand nombre de femmes employées dans les industries du coton, de la laine, des métaux, etc.

Les mères voulant continuer de travailler à l'usine ne peuvent pas allaiter elles-mêmes, et un grand nombre de bébés sont confiés à des éleveuses mercenaires avec « toutes les horreurs » que cette pratique comporte.

Nous observons avec des nuances plus ou moins sensibles, les mêmes faits lamentables dans les régions industrielles et manufacturières de la France.

Ai LA MORTALITE INFANTILE

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