ETIUE RADIOGRAPHIQUE DE L ATROPHIE ET DE L HYPOTROPHIE INFANTILE
L'hypotrophie ayant comme caractère essentiel une réduction anormale do la taille des enfants, avec diminution simultanée du poids, il était naturel de rechercher dans le squelette le mécanisme physiologique de ce syndrome morbide, puisque nous savons bien que la taille est réglée par le système osseux. J'ai poursuivi sur ce sujet des études approfondies en examinant systématiquement les os des hypotrophiques par la radiographie, et je dois de sincères remerciements à M. Contremoulins, directeur du laboratoire de radiologie de l'hôpital Necker, qui avec son talent bien connu a exécuté, sur ma demande, un grand nombre de radio-photographies des enfants hospitalisés dans mon service de l'hôpital des Enfants-Malades.
Plus de 150 enfants, depuis l'âge de 4 mois jusqu'à 8 ans, la plupart entre 1 an et 3 ans, ont été envoyés par moi au laboratoire central de radiographie de l'hôpital Necker.
Pour avoir des termes de comparaison rigoureux, j'ai fait radiographier une trentaine d'enfants de 1 an à 3 ans d'un développement normal pour leur âge; les autres étaient des atrophiques ou des hypotrophiques.
J'ai choisi de préférence le squelette de la main comme objet d'étude, car, ainsi que je l'ai établi, on y trouve des repères tout à fait fixes en rapport avec l'apparition des points d'ossification complémentaires aux premières phalanges et aux métacarpiens (1).
De même que le point d'ossification de l'extrémité inférieure du fémur annonce qu'un fœtus est à terme, de même l'apparition des points épiphysaires métacarpiens et phalangiens montre qu'un enfant approche de la deuxième année, ou plus exactement que son développement correspond à une taille d'environ 75 centimètres, car l'ossification marche avec la taille et non avec l'âge chez l'enfant.
Avant d'entrer dans le détail de mes observations, je tiens à faire remarquer que la radio-photographie est une méthode d'analyse anatomique extrêmement pénétrante et commode pour le squelette. Dans le cartilage des épiphyses, clair et très bien traversé par les rayons X, le point d'ossification se distingue aussitôt qu'il apparaît, par une tache d'ombre très petite et très légère, correspondant à la calcification initiale de la substance hyaline.
Plus tard, cette tache, d'abord à peine perceptible, grandit et s'opacifie à mesure que l'ossification empiète sur le cartilage.
Il est bien probable que les anatomistes, en coupant au scalpel les extrémités des phalanges ou des métacarpiens, ont dû méconnaître les rudiments des points d'ossification à une période où ils sont déjà décelés par les rayons X.
(1) Communication à la Société d'Anthropoloprie de Paris, 1906, et Clinique infantile, 1906 : Nouvelles recherches radiographiques sur V ossification des métacarpiens et des phalanges chez les enfants normaux et chez les hypotrophiques.
C'est ainsi que l'on doit expliquer les erreurs qui ont cours actuellement et qui sont propagées dans nos grands ouvrages classiques français sur la date d'apparition des points complémentaires aux phalanges et aux métacarpiens. Le scalpel a pu passer à côté du point rudimentaire inclus dans le cartilage.
D'ailleurs, c'est une tâche plutôt longue et ingrate de sectionner un grand nombre de petits os pour fixer avec précision un détail d'ossification dont la portée n'est pas évidente à première vue.
Combien il est plus simple de regarder, à l'œil nu ou à la loupe, des petites mains radio-photographiées! Les contours des os se montrent avec la dernière netteté et les points opaques se voient dès leur origine dans le cartilage épiphysaire. En examinant une soixantaine de radiographies, on arrive à des résultats plus concluants que si l'on coupait plusieurs centaines de métacarpiens et de phalanges. En outre, comme les os sont en place, on peut noter quel est l'ordre d'apparition réciproque dans les phalanges ou dans les métacarpiens et dans chaque os en particulier sur la même main.
Voici le tableau qui montre les grandes divergences qui existent entre Cruveilhier et Kolliker et les traités classiques d'anatomie de Sappey et Poirier, pour la date d'apparition des points d'ossification du métacarpe et des phalanges.
Métacarpiens [points complémentaires).
poiisiEn.
5% 6" année (4 derniers).
7», 8« année (l^'").