LES CONSULTATIONS DE NOURRISSONS ET LES GOUTTES DE LAIT
On a établi à Paris et dans quelques grandes villes des consultations spéciales pour les bébés, avec distribution de lait stérilisé gratuite ou à prix réduit aux familles pauvres ou nécessiteuses. Ces consultations sont de véritables écoles des mères, puisque les médecins donnent des conseils pour chaque enfant après l'avoir fait peser et l'avoir inspecté.
On ne saurait donc trop recommander la fréquentation régulière de ces consultations.
Plus récemment, en 1908, sur la demande de M. Ferdinand Buisson, nous avons fait une série d'articles de vulgarisation destinés aux institutrices, dans \e Manuel général de l'Instruction primaire, qui est une de nos grandes revues de pédagogie. Ces articles remaniés ont été réunis en un opuscule qui contient en substance tout l'art d'élever les petits enfants.
Cet ouvrage est à la portée des jeunes filles et des mères (1).
Enfin, nous avons lieu de penser que notre projet de création d'un Institut d'hygiène infantile dans notre service hospitalier des Enfants-Assistés sera prochainement adopté par le Conseil municipal de Paris.
Il serait bien naturel que ce bel et ancien établissement fondé au xvii^ siècle par saint Vincent de Paul fût modernisé par l'adjonction d'une petite crèche modèle avec laboratoire pour l'étude scientifique et d'un service spécial pour la distribution des laits destinés à l'allaitement artificiel.
Voici les principales raisons que j'ai fait valoir en faveur de la création de cet Institut, qui permettrait de répandre parmi les étudiants et les médecins français et étrangers les progrès que nous avons réalisés en hygiène infantile (2).
Nulle part un Institut de puériculture ne peut être mieux placé et plus utile qu'à l'hospice des Enfants-Assistés; nulle part les recherches théoriques et pratiques sur l'allaitement n'auront une application plus immédiate. Nous n'en sommes plus heureusement au même point qu'en 1877 où Devilliers pouvait dire que des expériences sur l'allaitement artificiel seraient meurtrières.
(1) VHygiène infantile. Petit in-12 de 75 pages, avec figures. Librairie Hachette, 1908.
(2) Projet d'un Institut de Puériculture aux Enfants- Assistés. Conférence inaugurale faite le 18 février 1908. (Clinique infantile, 5 mars 1908.)
L'hygiène infantile, depuis vingt ans surtout, a fait en France des progrès décisifs; dans nos Gouttes de lait nous avons appliqué les découvertes pastoriennes sur les ferments, et les résultats acquis ont démontré que la stérilisation du lait était une révolution bienfaisante pour l'élevage artificiel, surtout dans les grandes villes. C'est l'extension de la doctrine de l'antisepsie transportée dans l'alimentation infantile.
Aussi avec ces méthodes nouvelles nous parvenons à nourrir artificiellement non seulement des enfants normaux, mais aussi des débiles et même des atrophiques à la suite de troubles gastro-intestinaux. La méthode rigoureuse de contrôle par la balance et par la toise nous rend aussi les plus grands services pour suivre et étudier le développement normal et les anormalités de la croissance. La création des consultations de nourrissons destinées surtout à surveiller les enfants au sein, et des Gouttes de lait où l'on soigne plus spécialement les nourrissons au biberon, auxquels on distribue des rations de lait bien préparées, constitue un progrès eh puériculture dont la France peut être justement fière. Ces institutions nouvelles ont été imitées dans le monde entier parce qu'elles permettent de vulgariser l'hygiène infantile dans la classe populaire, où la mortalité est si élevée parmi les enfants du premier âge. Mon ami, M. le D^ Léon Dufour (de Fécamp), les a propagées en Angleterre, où elles sont devenues les Milk Dépôts; en Espagne c'est la Gotta de lèche; en Allemagne on a adopté le terme peu euphonique de Municipal Milchkiiche (cuisine municipale de lait). Sous ces noms divers on retrouve la Goutte de lait française plus ou moins modifiée. Tout récemment Sa Majesté la reine d'Italie me faisait l'honeur de me demander des renseignements pour installer à Rome quelque établissement analogue.
En projetant dans cet hospice l'organisation d'un Institut de puériculture, je ne propose donc pas de tenter une expérience; elle a été faite avec plein succès partout, et en particulier à Paris, où nous avons eu la satisfaction de voir la mortalité infantile baisser de 18,75 % en 1880, à 11,85 % en 1900, d'après les statistiques de M. Jacques Bertillon. La diminution des décès portant surtout sur les gastro-entérites, nous sommes en droit d'attribuer ces résultats aux progrès dans l'hygiène alimentaire du premier âge.
L'Institut de puériculture devra comprendre d'abord une Goutte de lait avec consultation de nourrissons.
11 faut que les mères dont la lactation est insuffisante ou nulle puissent recevoir des rations de bon lait préparées d'avance suivant la capacité physiologique de l'estomac de leur nourrisson. La distribution du lait sera faite quotidiennement.
Les femmes qui allaiteront au sein pourront obtenir des secours en argent, s'il y a lieu : nous pensons, comme on l'a dit, que la mère doit, au besoin, être la nourrice payée de son propre enfant. Chaque semaine, ou même plus souvent, les nourrissons seront présentés pour qu'on puisse contrôler leur croissance, pour qu'on s'assure si les soins sont bien donnés; ils seront pesés, toisés, et les mesures seront inscrites sur des fiches individuelles. Les femmes recevront des instructions verbales, les meilleures; on leur iciiicllra aussi des brochures, des biberons gradués jxjuf les renseigner sur les détails de l'allaitement, etc.