‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 36 sur 288 · NOMS · texte numérisé non relu

NOMS

.les

Donsilc.

sec.

Reurro.

Larlose.

Caséine.

Sels.

seins.

I) = fi

(1) Analy.se.s pratiquée.s jiar ).■ 1)^ Lassab'ière.

Bien que le nombre des analyses effectuées ne permette pas de tirer des conclusions définitives, on voit nettement que les variations peuvent porter surtout sur les graisses, le lactose et la caséine. De ces éléments, c'est la graisse qui paraît être le plus influencée par l'atrophie du sein.

Dès que l'asymétrie se révèle nettement, sans même qu'elle soit très accentuée, le sein le plus petit contient beaucoup plus de beurre.

Dans certains cas, il peut contenir, comme on le voit, jusqu'à 59, 61, 93 et 1 20 grammes de beurre par litre.

Le lactose, quoique moins modifié dans l'ensemble, paraît cependant diminué dans le sein le plus petit : 65, 62, 57, 50 0/00. Dans un cas, il est descendu jusqu'à 40 0/00.

Quant à la caséine, elle est légèrement augmentée dans le sein atrophié, mais sans l'être d'une façon anormale, sauf dans un cas : 45 0/00.

Ces résultats ne sont pas seulement intéressants parce qu'ils montrent les conséquences de l'inégalité des seins, qui peut aboutir à une altération véritable de la sécrétion lactée, mais aussi parce qu'ils établissent qu'il est tout à fait illusoire de tenter l'analyse du lait si on n'est pas pénétré de la notion de l'asymétrie. En effet, si pour faire l'analyse du lait d'une nourrice, on se contente, comme on l'a fait jusqu'alors, de prélever des échantillons dans un seul sein au hasard, on voit qu'on peut être amené à des conclusions différentes, suivant qu'on aura pris un des deux seins, dont l'inégalité de volume a échappé. Tantôt, si on a trait le sein le plus gros, on peut croire à une sécrétion normale alors que l'autre sein, auquel on met l'enfant une fois sur deux, ne fonctionne pas normalement. Tantôt, si on a vidé le sein le plus petit, on conclut à une sécrétion lactée anormale et on changera la nourrice, alors qu'il existe une hypertrophie compensatrice, de l'autre côté, qui peut suffire à assurer le développement normal de l'enfant.

Guiraut avait eu l'intuition de l'importance de l'asymétrie, puisqu'il conseillait de mélanger le lait des deux seins pour prélever l'échantillon à analyser. Mais l'asymétrie lui apparaissait comme une exception.

De l'ensemble des résultats et de la généralité de l'asymétrie, il résulte que, pour analyser le lait de femme, on doit procéder à deux analyses, puisque la plupart du temps, on peut avoir affaire, chez la même femme, à deux laits de composition différente. De cette façon on saura de façon précise si l'un ou les deux laits sont normaux ou anormaux, et la conduite à tenir sera différente dans l'un ou l'autre cas (1).

Causes et traitement de l'asymétrie des seins.

L'asymétrie des seins, tout au moins chez les 400 nourrices observées par nous, n'était pas due à une lésion de voisinage (tuberculose, atrophie du muscle pectoral, etc.). Il paraît bien probable que les lésions du sommet pulmonaire correspondant ne peuvent déterminer, comme on l'a dit, l'atrophie du sein

(1) Toutes ces recherches ont 6té résumées dans un travail présenté par les Docteurs Variot et Lassablière à l'Académie des Sciences en 1908, Sur Vinégalité de volume des seins et ses conséquences physiologiques.

correspondant. En effet, il suffit de savoir que Tasymétrie est une loi générale pour qu'il ne soit plus étonnant de la rencontrer dans la tuberculose, aussi bien que dans toutes les autres maladies.

L'asymétrie tient plus vraisemblablement à l'habitude qu'ont les nourrices de mettre leur enfant plus souvent à un sein qu'à l'autre et spécialement au sein gauche, qui est mieux à leur main. Peu après, l'autre sein insuffisamment vidé s'atrophie, alors que le sein qui fonctionne le plus augmente de volume. De l'enquête faite auprès de nos nourrices, c'est la raison invoquée par elles-mêmes pour expliquer l'inégalité de leurs seins.

Dans certains cas qui ont été notés, cette asymétrie tient à un abcès qui a frappé un des seins, ou à des gerçures, ou à une rétraction du mamelon, etc., qui ont gêné la succion. Là encore le processus d'atrophie est le même, et c'est toujours parce que l'une des deux glandes ne fonctionne pas ou insuffisamment qu'elle est troublée dans sa sécrétion.

Cette asymétrie acquise par l'habitude peut se transmettre héréditairement.

C'est ainsi qu'on peut s'expliquer sa fréquence chez les jeunes filles.

L'asymétrie, nous l'avons vu, entraine des troubles dans la quantité et la composition du lait. Il en résulte que dans certains cas elle peut aboutir à la déchéance d'un des deux seins. L'allaitement se fait donc uniquement avec un seul sein. Si l'on songe que ce sein peut ne pas suffire à sa tâche, qu'il peut devenir le siège de gerçures, d'abcès, etc., on voit que l'asymétrie constitue non seulement une difformité pour la mère, mais qu'elle reste un risque permanent pour l'alimentation de l'enfant.

On conseillera donc aux nourrices dans ces circonstances, et c'est ce que nous faisons à l'hôpital des Enfants-Assistés, de mettre d'abord l'enfant au sein le plus pet't. Cela suffit généralement pour que la succion fréquente et énergique de l'enfant réveille la sécrétion qui se tarissait.

Lorsque l'enfant se refuse à prendre ce sein, lorsque, par exemple, le lait est trop gras ou trop peu sucré, on conseillera à la nourrice de se traire elle-même souvent dans la journée et de préparer ainsi la tâche que le nourrisson achèvera.

Type de femme avec grande asymétrie des seins.

H..., femme de 37 ans, ayant eu cinq enfants dont l'aîné a 18 ans, a eu des abcès multiples au sein droit au premier enfant, et depuis n'a donné que le sein gauche aux huit enfants qu'elle a allaités, dont deux assistés, un comme nourrice sur lieu, et cinq enfants à elle. Le sein gauche est très développé, par rapport au droit qui est très atrophié.

Néanmoins, bien qu'elle n'ait pas fait téter le sein droit à son dernier enfant, âgé de 8 mois, on fait sourdre à la pression un liquide un peu épais, blanc jaunâtre. Dans ce lait on voit, ;\ l'examen microscopique, de nombreux globules butyreux très serrés dans le champ du microscope et des corpuscidcs de Donné, granuleux et jaunâtres.

Dans le sein gauche les globules de lait sont beaucoup moins nombreux.

Le lait, dans le sein droit, est donc revenu à l'état colostral.

La glande mammaire est constituée par un agglomérat de glandes en grappe, juxtaposées, mais ayant une certaine indépendance, puisque le produit de la

sécrétion des acini, le lait, vient aboutir au mamelon par douze ou quinze conduits excréteurs qu'on nomme les conduits galactophores. Ces conduits se renflent avant leur terminaison en des sinus où s'accumule un peu de lait; lorsqu'on presse les seins d'une nourrice, dans la région de l'aréole avec le pouce et l'index on fait sourdre des jets de lait en gerbe qui s'échappe des sinus lactifères.

Jetons un coup d'œil d'ensemble sur le fonctionnement de ces glandes en grappe, c'est-à-dire sur le mécanisme physiologique de la sécrétion du lait, La plupart des observations sur ce sujet ont été faites sur les glandes mammaires des animaux; il en est de même forcément pour les recherches expérimentales. L'un des travaux les plus complets sur les modifications histologiques de la glande aux diverses périodes de la lactation est dû à M. Keilïer (de Bruxelles), et nous lui emprunterons des documents précis et quelques figures démonstratives (1).

Innervation de la glande.

Keifîer a étudié par la méthode de Golgi l'innervation de la glande et du mamelon. Voici les conclusions auxquelles il est arrivé.

Outre des plexus de petites cellules nerveuses ganglionnaires disposées au voisinage des vaisseaux, des fibres musculaires lisses et des canaux galactophores, on trouve des fibres nerveuses à direction générale centrifuge, disposées longitudinalement dans l'axe du mamelon, se divisant pour donner de petites branches collatérales aux muscles, aux glandes sébacées, aux glandes mammaires, pour fournir surtout dans le voisinage de i'épiderme, de véritables pinceaux de fibrilles qui vont se terminer entre les cellules épithéliales du stratum germinativum. Les bouts terminaux des fibrilles paraissent être de petits renflements qui prennent une position et une forme variables dans la substance intercellulaire des assises profondes de I'épiderme.

Les fibres nerveuses observées dans le mamelon seraient les prolongements périphériques sensibles des neurones siégeant dans les ganglions spinaux. Efles ont déjà perdu leur myéline et leur gaine de Schwann. Leur nombre est considérable; il l'est bien plus que dans la peau ordinaire; on peut même dire qu'il donne au mamelon presque la valeur d'un organe des sens. Cette richesse de l'innervation nous explique bien l'exquise sensibilité de cette région, surtout en cas de gerçures, etc.

11 paraît impossible de distinguer des points d'union entre les deux systèmes de fibres nerveuses qui, selon toute vraisemblance, sont, le premier, le système nerveux sympathique à fonction vaso-motrice; le second, le système nerveux sensible, d'origine spinale.

V asciilarisation de la mamelle.

En dehors de l'état de lactation, d'après Kciffer, les acini glandulaires sont comme atrophiés; on voit surtout, sur les cOupes microscopiques, les conduits

(1) Bulletins de la Société Belge de Gynécologie et d'Obstétrique, 1901-1902,1. XII; Journal VObs- ■tétrique, 1901.

TFIAITÉ d'hygiène infantile. '

galactophores qui paraissent énormes, les vaisseaux artériels principaux suivent

Fi G. 22. — Coupe de mamelle de chienne en dehors de la lactation. (Keiffer.)

Fie. 23.

Coupe de mamelle de chienne en pleine liuialion (Keiffer). .\rh^ies, veines et réseaux capillaires péri-acineux.

ces conduits et vont former des bouquets de branches vasculaires dans les différents lobes et lobules. La béance des conduits s'explique par la tonicité mus-

culaire et élastique des parois. En dehors de la période puerpérale, il y a une élaboration latente de lait dont on trouve une petite quantité dans les conduits excréteurs.

En résumé, les lobules mammaires ont dans leur centre, le long de leur canal excréteur, une artère qui se divise en quelques artérioles dont les ramifications secondaires anastomosées fournissent le système capillaire utile à la glande et, d'autre part, de celui-ci naissent les capillaires, les veinules et les veines qui charrient le sang de retour par deux voies : Tune centrale, par un sinus parallèle à l'artère, l'autre par les sinus qui vont directement à la périphérie du lobule où se fait la grande circulation veineuse, comme on peut le voir dans la coupe ci-dessus.

Si on examine histologiquement les détails de structure des capillaires qui entourent les alvéoles, on trouve que les artérioles perdent insensiblement leur adventice, qu'elles circulent dans un tissu conjonctif de moins en m^oins abondant et qu'elles se réduisent finalement à leur membrane endothéliale. Cet état est généralement atteint là où les capillaires les plus ténus forment autour des alvéoles un fin réseau vasculaire en forme de corbeille. Ce réseau n'a pas du tout la même forme que celui qui entoure les glandes de Lieberkiihn ou celles de l'utérus. Il n'est pas formé de mailles régulières, mais de capillaires très variables de longueur, flexueux, susceptibles d'allongement et de rétraction extrêmes, ce qui est bien en rapport avec les diverses phases de la sécrétion, de sorte qu'à chacune de ces phases correspond un aspect, un dessin vasculaire différent. Il ressemble davantage au réseau très élastique des vaisseaux pulmonaires.

Si les alvéoles sont remplis au maximum par un abondant produit de sécrétion, les capillaires sont tendus à leur surface et comme ces alvéoles se compriment mutuellement, les capillaires délimitent des espaces polygonaux variés.

Si le lait s'écoule, l'affaissement des alvéoles entraînera le relâchement des capillaires qui apparaîtront flexueux (Keiffer).

Les modifications de l'épithélium sécréteur.

Ces modifications très complexes, sur la nature desquelles les histologistes discutent encore, sont manifestement en connexion avec la vascularisation de la glande qui varie d'un lobule à l'autre, même pendant la période de lactation. Sur la même coupe microscopique on distingue des lobules en pleine activité sécrétoire avec un réseau de capillaires sanguins dilatés, et d'autres qui sont oiï paraissent au repos, ou à une phase initiale de la sécrétion.

On n'a pas retrouvé chez la chienne des cellules en panier dans Vacinus, comme Lacroix en a décrit chez la femme (1), l'épithélium sécréteur repose sur une membrane propre nucléée de distance en distance.

Au stade de repos, l'alvéole est réduit à une simple fente bordée de cellules prismatiques à protoplasma granuleux et à noyau sphérique central prenant fortement les couleurs.

(1) De Vcxistence des cellules en panier dans Vacinus et les conduits excrétoires de la glande nourricière. Lacroix, Comptes rendus. Académie des Sciences, 1894.

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Lors de l'activité de la glande, les noyaux subissent les modifications de la division cynétique et la cellule elle-même se divise. Les cellules filles gagnent le centre et se divisent encore, remplissant l'acinus. Dans l'alvéole les cellules formant alors l'assise périphérique, se distinguent des cellules centrales dont les noyaux sont plus pâles.

Le cytoplasme des cellules qui se sont beaucoup gonflées laisse entrevoir une sorte de structure en réseau contenant des granulations réfringentes sphériques, premiers indices des globules graisseux. L'assise cellulaire périphérique garde ses propriétés fixatrices des couleurs, mais elle s'est affaissée au point de ne plus former qu'une fine lamelle de cellules plates à noyaux en bâtonnets fortement teintés.

Quant aux cellules centrales des acini, on voit leurs noyaux pâlir et leur paroi

FiG. 24. — Coupe de lobules glandulaires de la mamelle de la chienne. (Keiffer.)

On dislinf,'ue en haut un lobule où les acini sont distendus par la sécrétion lactée, d'autres lobules à divers stades sécrétoires. — Trabécules fibreux inlerlobulaires; sur la coupe des vaisseaux sanguins et des conduits galaclophores.

disparaître; certains noyaux eux-mêmes se fusionnent avec le protoplasma, d'autres noyaux surviennent et se subdivisent encore, do sorte qu'on les distingue dans une masse amorphe résultant de la désintégration du protoplasma colhilaire. Une partie de cette sul)stance amorphe se laisse encore faiblement colorer par les réactifs, l'autre est une matière incolore, grasse et réfringtMito, dans laquelle on aperçoit (;ncore de nombreux noyaux ou fragments de noyau.

Il est probable que, déjà à ce moment, le lait est (îonstitué dans l'acinus. C'est alors que l'alvéolf! énormément distendu se vide et que le cycle des transformations de l'épithélium sécréteur recommence. M. Keilfer résume en ces termes le processus histologiqiie de la sécrétion du lait.

« Il semblerait, dit-il, qu'au moment de la mise en jeu de la fonction sécré-

toire, les cellules épithéliales puisent dans le sang qui les entoure, à travers la membrane propre et à travers l'endotliélium vasculaire qui jouent probablement un rôle électif en même temps qu'un rôle osmotique, les matériaux nécessaires à la formation du lait.

L'épithélium excité entrerait en division karyokinétique et les cellules maternelles, comme les cellules filles, gorgées de suc, transformeraient le sérum sanguin et peut-être une certaine quantité de lymphe, ici inappréciable, en divers produits chimiques qui, associés, constitueraient le lait complet.

On ne distingue nettement que les globules graisseux, issus du protoplasme cellulaire; la caséine, les sels, le sucre de lait, les ferments paraissent dissous dans le reste de la substance cellulaire pendant tout le cours de leur élaboration par le cytoplasme.

Il est évident que, pendant l'évolution du cycle glandulaire, le noyau exerce

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FiG. 25. — Coupe de la glande mammaire en pleine lactation.

une action puissante sur tous les actes morphologiques et sans doute chimiques qui se passent dans la cellule. Il apparaît là comme le centre dynamique et chimique de la cellule, grâce auquel toute la synthèse des éléments du lait se trouve réalisée ».

Influence du système nerveux sur la sécrétion du lait.

Cette question, bien qu'ayant été étudiée par de nombreux physiologistes, présente encore des obscurités.

La richesse de l'innervation de la glande et surtout du mamelon que nous avons décrite ci-dessus peut déjà faire prévoir le rôle du système nerveux dans le processus de sécrétion du lait; d'ailleurs, il est de notion courante que l'acte de la succion, à lui seul, aussi bien chez la femme que chez les animaux, a comme effet l'excitation fonctionnelle de la glande elle-même; il y a là manifestement

un réflexe ayant son point de départ dans les nerfs périphériques dont la peau du mamelon est si richement pourvue; chez la femme, les chocs nerveux, les troubles psychiques ont un contre-coup fâcheux sur la lactation.

Nous ne rappellerons que très brièvement les expériences des physiologistes sur le rôle des nerfs dans la sécrétion lactée; après Eckardt, Cl. Bernard, etc., Rohrig en 1876 et Lafîond en 1879 ont repris ce sujet.

Rohrig, dans des conditions opératoires qui, d'ailleurs, ont été critiquées, aurait constaté une influence réelle de l'innervation sur la glande mammaire. Selon lui, chez la chèvre, le nerf spermatique externe fournit au pis trois espèces de rameaux : 1"^ des filets vasculaires; 2° un filet au mamelon ou rameau papillaire; 3° des rameaux glandulaires. La section du rameau papillaire relâche le mamelon sans modifier la sécrétion; l'excitation de son bout périphérique érige le mamelon, celle de son bout central augmente la sécrétion par acte réflexe. La section des nerfs glandulaires ralentit la sécrétion qui s'accélère par leur excitation. La section des rameaux vasculaires augmente la sécrétion d'une façon considérable. Il y aurait, d'après cet auteur, un rapport intime entre la sécrétion et la pression sanguine, et il n'y aurait pas de nerfs sécréteurs proprement dits. Rohrig admet seulement des nerfs moteurs agissant soit sur les fibres lisses du mamelon, soit sur celles des conduits galactophores, des nerfs excito-réflexes et des nerfs vaso-moteurs.

En France, Laffond, après ses expériences sur la chienne, soutint que la sécrétion se fait par le concours simultané des nerfs sécréteurs et des nerfs vaso-dilatateurs; il crut voir que l'excitation des nerfs mammaires déterminait, en même temps qu'une petite élévation de pression dans l'artère mammaire, une turgescence de la glande et une rigidité du mamelon. L'excitation du bout périphérique, après section du nerf, provoquait un abaissement de la pression sanguine et une congestion de la mamelle avec hypersécrétion du lait. Il y aurait donc des nerfs sécréteurs et des vaso-dilatateurs. Toutefois, LafTond lui-même remarque que la sécrétion lactée continue à se faire chez les animaux dont on a sectionné les nerfs mammaires. Il est contraint d'admettre que la sécrétion du lait n'est pas sous la dépendance absolue du système nerveux.

Telle est aussi l'opinion de De Sinety qui conclut d'expériences faites sur le cobaye à l'indépendance complète de la sécrétion lactée et des nerfs périphériques.

D'autres expérimentateurs, en sectionnant la moelle épinière au-dessus de l'émergence des nerfs mammaires (au-dessus delà première lombaire chez une chienne pleine), n'ont pas troublé notablement la sécrétion du lait (Goltz et Frensberg); des sections de la moelle à partir de la 3^ vertèbre dorsale ont eu la même conséquence négative.

Existe-t-il un rapport plus étroit entre le système sympathique et la glande mammaire qu'entre cette dernière et les nerfs périphériques ou le système nerveux spinal? La résection du plexus hypogastrique et du ganglion mésentérique inférieur, du grand nerf thoracique, des intercostaux et du syinj)all\ique (i'fister), du ganglion cœliaquc et du plus gros ganglion de la chaiue sympathique; inférieure (Bosch) montre encore que ce rapport n'existe pas.

Bien plus, cette indépendance est encore confirmée par la section de tous

les nerfs périphériques qui se rendent à la glande (Mircoroco), par la transplantation des glandes sur l'oreille de jeunes cobayes (Ribbert), par la résection totale et la remise en place de la glande chez la lapine (Pfister). Dans toutes ces expériences, la sécrétion lactée continue à se faire.

Il semble résulter de ces travaux que l'influence des organes génitaux pour exciter la sécrétion dans les glandes mammaires, ne s'exerce pas par l'intermédiaire du système nerveux. Jone Clayton et Starting ont fait d'intéressantes recherches qui tendent à démontrer que, pour provoquer l'hypertrophie de la mamelle à la puberté, quelque substance produite par les ovaires doit passer dans le sang et arriver jusqu'aux glandes mammaires. Lors de la grossesse et d'après leurs expériences, ils attribuent l'accroissement de la mamelle à l'action d'une substance stimulante spécifique produite dans l'œuf fécondé, substance qui devient plus abondante à mesure que se développe le fœtus et qui exerce une action inhibitoire spéciale sur les cellules glandulaires d'où résulterait le processus formatif du lait?

Le rôle de la succion comme excitant de la sécrétion lactée.

Si les physiologistes discutent encore pour interpréter l'influence du système nerveux sur la sécrétion lactée, il est bien certain, nous l'avons déjà spécifié, que l'acte de la succion en agissant sur les nerfs du mamelon produit, par action réflexe, une excitation dos fonctions de la glande mammaire. Tous les cliniciens sont d'accord pour admettre que la quantité de lait d'une nourrice est diminuée si les tétées sont espacées et qu'elle augmente au contraire si on les multiplie. Budin et d'autres accoucheurs sont arrivés ainsi, en mettant un nourrisson à chaque sein d'une nourrice à intervalles réguliers, à lui faire donner jusqu'à 2 et 3 litres de lait par jour. Dans les premiers jours qui suivent l'accouchement, il n'y a pas de meilleur moyen d'activer la montée du lait, comme on dit vulgairement, que de mettre l'enfant à chaque sein toutes les deux heures.

Lorsqu'une femme a cessé d'allaiter depuis quinze jours, un mois même, en faisant téter l'enfant avec persistance on provoque à nouveau la sécrétion du lait temporairement suspendue. Enfin, on cite des cas dans lesquels, chez des femmes, en dehors de l'état de grossesse, et même chez des jeunes filles, on est parvenu par des succions répétées des bouts de sein à faire produire du lait.

On a signalé accidentellement la sécrétion du lait chez l'homme et son excitation par la succion. Bartholin a cité un individu qui fournissait une si grande quantité de lait qu'on put en fabriquer un excellent fromage! Castelar a signalé qu'un pauvre cultivateur du nom de Lozano put venir en aide à sa femme qui allaitait insuffisamment deux jumeaux. Pour calmer les cris de ses enfants, cet homme avait eu l'idée de se faire téter les seins; le lait apparut et par la suite il aurait pu allaiter complètement l'un des jumeaux.

On a rapporté des faits semblables concernant des vieillards des deux sexes. Chez les animaux mâles, notamment chez les boucs, on a noté très anciennement que la sécrétion lactée pouvait être excitée artificiellement. • « A Lemnos, d'après Aristote, un bouc donnait par ses deux mamelles une

lOi LA MORPHOLOGIE DES SEINS

quantité de lait assez grande pour qu'on en fit des fromages; et ce bouc ayant couvert une femelle, le même phénomène se produisit chez le petit qu'il en avait eu. » B. Saint- Hilaire observa également un bouc dont les mamelles volumineuses sécrétait un lait dont la quantité variait d'un jour à l'autre. Schlossberger a aussi analysé le lait fourni par un bouc et l'a trouvé semblable à celui de sa femelle. Toutefois Joly, qui a eu l'occasion également d'analyser le lait fourni par un bouc, indique que ce lait était moins riche en sucre et en beurre que !e lait de chèvre. On trouvera d'autres faits du même genre dans un travail du Dr Noël.

Inversement, nous avons observé aux Enfants-Assistés, au mois de mai 1909^ une nourrice chez laquelle la sécrétion lactée avait continué dans l'un des seins, bien qu'elle n'y eût pas mis l'enfant depuis huit mois consécutifs. Cette femme avait eu deux enfants et lors de son premier allaitement un abcès se produisit au sein droit; elle cessa de donner à téter après que l'abcès eut été ouvert. A la naissance du second enfant, elle voulut le remettre aux deux seins, mais le nourrisson refusa obstinément le sein droit et la mère n'insista plus; elle ne donna que le sein gauche, qui est d'ailleurs extraordinairement développé, et elle ne tenta même plus de faire téter le sein droit. (V. p. 96.)

Néanmoins, lorsque après huit mois nous palpons ce sein, nous sentons que la glande y est très perceptible et en prenant le mamelon nous faisons sourdre une quantité notable de lait. Donc, malgré l'absence complète de succion pendant huit mois, il y avait tout au moins un processus de sécrétion lactée atténué dans le sein repoussé par le nourrisson.

En l'absence de toute excitation des réflexes sécréteurs par la succion, la persistance de la sécrétion dans le sein droit s'explique peut-être par une transmission symétrique de l'excitation réflexe du mamelon gauche au côté droit. Brown-Séquard a démontré que l'excitation vaso-constrictive produite par le froid dans une main se répercutait dans la main du côté opposé. Inversement, l'action vaso-dilatatrice qui accompagne la sécrétion lactée d'un côté ne peut-elle se propager dans l'autre glande par un mécanisme plus ou moins analogue? Lorsque l'enfant tête un sein, le lait s'écoule fréquemment de l'autre côté.

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