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J68 LA CAPACITÉ GASTRIQUE

dans la chute initiale du poids de l'enfant est prépondérante. 11 est certain que celui-ci peut utiliser le lait physiologiquement dès le lendemain de la naissance; mais dans la majorité des cas, la montée du lait est retardée de trois à quatre jours, d'où une hypoalimentation temporaire du bébé. Les accoucheurs ont déjà noté que la baisse de poids est moins forte lorsque les femmes sont multipares, c'est-à-dire lorsque leur lait monte plus vite.

La capacité de l'estomac est très réduite, nous l'avons vu, dans les premiers jours de la vie, d'où la nécessité des tétées fréquentes dans les premières semaines, toutes les deux heures environ. D'ailleurs, on sait qu'en moins de deux heures le lait contenu dans l'estomac du nouveau-né a déjà subi la chymification gastrique et est évacué dans le duodénum. Les observations radioscopiques récentes sur ce sujet de MM. Leven et Barret ont confirmé la rapidité de la digestion gastrique dans les premiers temps. Voici, d'après ces observateurs, le résumé de leurs études sur ce sujet :

« De nombreux examens radioscopiques de l'estomac des nourrissons dont l'âge variait entre 2 et 16 mois nous ont permis d'étudier sa forme, ses rapports et son mode de remplissage.

« La radioscopie nous a également servi à préciser la durée du séjour du lait dans l'estomac et son mode d'évacuation.

« Les nourrissons examinés ont absorbé, les uns le lait maternel, les autres du lait de vache coupé d'eau par moitié ou par tiers. Les quantités ingérées ont varié entre 80 et 175 grammes. L'évacuation du lait nous a toujours paru progressive et a duré d'une heure quarante-cinq minutes à deux heures. Nous n'avons pas constaté de différence dans la durée du séjour du lait maternel et du lait de vache coupé d'eau. »

MM. Leven et Barret ont établi, par leurs observations radioscopiques, que l'estomac est à l'état de flaccidité pendant le temps de la tétée, et c'est après que le lait cesse d'arriver dans sa cavité que se produit une contraction tonique de la paroi musculaire qui lui donne un aspect globuleux; en même temps est généralement expulsé l'air qui a été dégluti avec le lait et qui est visible pendant la tétée au-dessous du cardia.

C'est cette contraction initiale et brusque de la paroi gastrique qui explique la régurgitation qui suit la tétée chez les nourrissons trop gloutons (1).

Voici un tableau indiquant approximativement les quantités de lait proportionnées à la capacité de l'estomac, suivant l'âge des nourrissons au sein :

1™ semaine 30 à 50 gr. | neuf tétées en 24 heures.

2" — . . . • 50 gr. \

3' — GO gr. I neuf ou huit tétées.

4" à 8" semaine 75 à 90 gr. '

ll"^''' ll'j'- (sept tétées.

3' - 120 gr. I ^

4«, 5« et 60 mois 135 à 160 gr. I six, puis cinq tétées. On y joint à huit

7" à 12' mois 180 à 200 gr. ( mois une bouillie faite au lait.

(1) Étude radio.scopif/Kf de Vrsionuir du nourrisson, par MM. Leven et Barret. Deuxième Congrès international des Gouttes do lait, 1907.

ALLAITEMENT AU SEIN — ALLAITEMENT iMIXTE 169

Il va sans dire que le bébé ne prendra pas toujours à quelques grammes près sa tétée et qu'il pourra empiéter un peu d'une tétée sur l'autre.

Les mères ont presque toutes une tendance à croire que leurs enfants ne sont pas assez nourris, et qu'ils se développeront d'autant plus vite qu'ils prendront plus souvent le sein. Grave erreur! dès qu'un bébé pousse des cris, on s'imagine qu'il a faim, même s'il vient de téter, comme s'il ne criait que lorsqu'il a besoin de nourriture. Souvent les enfants crient, au contraire, parce qu'ils ont pris une tétée trop forte et parce qu'ils en sont incommodés; d'autres fois, ils sont mal emmaillottés, trop serrés, ils veulent être changés de position et ils s'apaisent dès qu'ils sont tenus entre les bras.

On sait quel admirable instrument est la balance, le pèse-bébé, autrement dit, pour suivre et contrôler la croissance; dès les premiers temps de l'allaitement, si l'on a des doutes sur la quantité du lait que l'enfant prend au sein, qu'on le mette tout vêtu sur le plateau avant et après la tétée et l'on connaîtra ainsi, par différence, la quantité de lait qu'il aura ingérée. Le plus souvent? l'indication ainsi fournie sera que la ration du nourrisson est suffisante.

Si l'on ne veut pas que les enfants soient dyspeptiques, c'est-à-dire aient les fonctions digestives troublées, il faut espacer régulièrement les prises de lait au sein. La première semaine, comme la capacité de l'estomac est encore faible, on pourra donner huit ou neuf tétées dans la journée, à intervalle de deux heures chacune : une tétée dans la nuit devra suffire. Si le bébé fait un somme de trois heures entre deux tétées, on ne l'éveillera pas, il boira un peu plus, lorsqu'il reprendra le sein.

Autant que possible, il faut régler les enfants de bonne heure pendant la nuit, aussi bien pour la régularité de leurs fonctions digestives que pour la tranquillité de la mère et du père.

Dans les premiers jours qui suivent la naissance, quelques bébés ont une tendance à dormir tout le jour et restent éveillés la nuit. Il faut, pour que cette tendance ne devienne pas une mauvaise habitude, les réveiller le jour pour téter.

Avec de la volonté, les jeunes mères qui nourrissent arriveront aisément à régler leurs enfants; il faut cependant tenir compte des conditions de la vie sociale. Bien souvent, à la Goutte de lait de Belleville, j'ai entendu des femmes me répondre, lorsque je les exhortais à ne pas donner le sein la nuit: « Mais, monsieur, mon mari, qui a travaillé toute la journée, a besoin de se reposer, et je donne à boire au petitpour qu'il ne réveille pas son père »; ou encore, les voisins se plaignent quand ils entendent crier la nuit. Les cloisons qui séparent les logements des ouvriers à Paris sont minces.

Quoi qu'il en soit, on peut affirmer que les tétées nocturnes ne sont pas nécessaires, elles ne sont même pas utiles, sauf si les enfants sont débiles et sauf dans les premières semaines où l'on voit même déjà des bébés s'en passer.

Après quinze jours, on espacera les tétées, toutes les deux heures et demie; la sécrétion du lait dans les glandes mammaires devenant plus active en même temps que la capacité de l'estomac du nourrisson s'accroît. A quatre ou cinq mois, on pourra ne mettre l'enfant au sein que toutes des trois heures et réduire les tétées à cinq ou six par vingt-quatre heures; d'ailleurs, à mesure que l'enfant avance en âge, la quantité d'aliments qui lui est nécessaire devient moindre,

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