DIMINUTION DES NOURRICES
D^ Blanche, chargé de la visite des nourrices à la préfecture de police à Paris et présenté en 1908 au Conseil général de la Seine par M. Colly.
« Le nombre des nourrices sur lieu au sein s'était élevé à 4.255 en 1900, puis il était descendu successivement à 3.714 en 1901, à 3.476 en 1902, et à 3.173 en 1903. Il était bien remonté à 3.262 en 1904; mais ce léger mouvement de hausse ne s'est pas maintenu. En 1905, en eiïet, l'eiïectif des nourrices de cette catégorie est retombé à 3.012, et en 1906, il est descendu à 2.660. Enfin, en 1907, il s'est encore abaissé en passant à 2.303 (soit 357 de moins que l'année précédente et 1.952 de moins qu'en 1900, c'est-à-dire près de la moitié par rapport à cette dernière année). Le tableau qui suit permet d'établir une comparaison entre les chiffres mensuels de l'année qui vient de s'écouler, et ceux de l'année 1900, la dernière année où les dispositions de l'article 8 de la' loi Roussel n'ont pas été appliquées dans toute leur rigueur.
Année Année Différence
Indication des mois. 1900. Ï907. on moins.
Janvier 339 194 145
Février 326 171 155
Mars 417 198 219
Avril 330 239 91
Mai 378 209 169
Juin 326 185 141
Juillet 317 197 120
Août 364 177 187
Septembre 374 176 198
Octobre 370 202 168
Novembre 391 203 188
Décembre 323 152 171
Total 4.255 2.303 1.952
« Il est permis de présumer que cette différence de 1.952 représente le nombre de plus en plus considérable des femmes qui n'ont pas voulu recourir à l'intermédiaire des bureaux de nourrices, pour ne pas se soumettre aux obligations que leur imposait l'article 8 de la loi. Parmi ces femmes, quelques-unes ont pu trouver un emploi par leurs relations personnelles; mais la majeure partie a dû assurément renoncer à la facilité qu'elles avaient de faire élever leur enfant en tirant parti de leur lait.
« Cependant, en présence de la décroissance persistante et presque mathématique du nombre des nourrices sur lieu au sein, l'on est en droit de se demanmander si c'est seulement à la rigoureuse application de l'article 8 qu'il faut attribuer cette diminution. Ne serait-ce pas aussi parce que la nourrice sur lieu au sein ne jouit plus de la même faveur qu'autrefois auprès des familles? »
On ne peut que se féliciter de ces constatations administrntivc^s sur la décadence du commerce du lait de femme.
Dès 1896, dans le Journal de Clinique et de Thérapeutique infantiles, nous rlKMchions à réagir contre l'engouement des familles riches pour les nourrices mercenaires, et il nous sera permis de rej)roduire ce que nous disions à cette époque :
« Le lail <l(,' la Icninie doit toujours être préféré dans l'allaitement, et l'on
englobe dans cette règle le lait des nourrices aussi bien que celui des mères. En principe, il n'est guère possible de contester cette déclaration formulée par les accoucheurs. C'est exprimer que le lait d'une espèce animale convient mieux que tout autre aux rejetons de cette même espèce. Mais autre chose est de formuler un principe absolu, autre chose est de l'appliquer.
« Si le lait de toutes les nourrices convenait à tous les nourrissons indistinctement, si toutes les femmes qui vendent leur lait avaient pour le nourrisson qu'on leur confie des sentiments maternels, si la sécrétion du lait ne subissait pas des variations et des fluctuations incessantes, si les nourrices mercenaires avaient au moins habituellement une moralité et une conduite convenables dans les familles qui ont besoin de leurs services, nous devrions accepter sans réserves la nourrice, lorsque la mère doit renoncer à l'allaiter.
« Mais comment espérer d'une femme qui méconnaît la premier de ses devoirs, celui d'allaiter son enfant, qui n'est dominée que par l'appât du gain, comment dis-je, espérer d'elle qu'elle se comportera comme un bon et fidèle serviteur?
« Bien que nous n'y réfléchissions pas, tant la chose est entrée dans nos mœurs, nous sommes les complices d'une mauvaise action, lorsque nous prenons à gage une femme qui vend son lait pour un enfant plus fortuné que le sien. C'est là un commerce illicite, au point de vue social, que nous tolérons, parce que nous en faisons bénéficier nos enfants.
« Pour une bonne nourrice, on en trouve dix mauvaises. Les unes ont un lait qui ne convient pas à l'enfant, sans qu'on puisse en déterminer la raison, les autres perdent leur lait dès les premières semaines, soit après quelques mois ou parce que leur santé périclite, à cause du changement de climat, d'habitudes, de régime, etc.
« Quelques-unes, recevant de mauvaises nouvelles de leur enfant élevé à la campagne, ont des regrets tardifs, leur lait s'altère et leur nourrisson pâtit; d'autres ont des maris qui réclament leurs droits ou leur retour à la maison; elles ne consentent à rester qu'en posant leurs conditions, d'autres ont une mauvaise conduite, des habitudes d'alcoolisme, ou bien un caractère tellement difficile que toute la maison est troublée.
« Combien voit-on d'enfants élevés par une seule nourrice jusqu'à la période du sevrage? Ce n'est certes pas la majorité.
(c Iln'est pas rare d'être obhgéde changer trois à quatre fois les nourrices dans l'espace d'une année, et ces changements ont presque toujours lieu au grand détriment du nourrisson. Il n'est pas indifférent de rappeler, surtout pour la classe moyenne, que la nourrice, outre qu'elle est embarrassante, est assez exigeante pour ses gages. Elle se borne à donner son lait, refuse presque toujours de s'occuper dans la maison et reçoit pour ses services de 50 jusqu'à 80 francs par mois, àParis. C'est là un sacrifice d'argent qui peut être lourd pour de jeunes ménages, et je ne doute pas qu'un grand nombre de jeunes mères, qui ne livrent qu'à regret leur enfant à une nourrice, ne préféreraient l'allaiter au lait stérilisé elles-mêmes si elles savaient quelle sécurité donne ce lait bien manié. Elles échapperaient ainsi à la tyrannie de la nourrice et n'auraient pas le chagrin de voir une autre femme donner à leur enfant le lait qu'elles ont été impuissantes à lui fournir,
« Dans une question telle que celle de l'allaitement, le médecin, bon gré mal