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U LES EFFETS DU FROIO

Suivant les circonstances dans lesquelles les enfants ont été soumis au refroidissement, on observe des troubles d'une intensité différente. Si le coup de froid initial n'a pas été prolongé, ses effets se dissiperont vite et la température centrale remontera sans peine à la normale. Mais si la réfrigération a été plus forte, l'enfant se réchauffera lentement, même placé dans une couveuse à 30^ et recevant des bains chauds; enfin il est des cas où l'on ne réussit pas, malgré tous les efforts, à relever la température centrale et périphérique, et la mort survient avec des lésions viscérales diverses.

Voici une première observation qui nous ofîre un exemple du « coup de froid » abaissant notablement la température de l'enfant, mais dont les conséquences ne seront pas graves.

H... (Marie-Joséphine) est apportée aux Enfants- Assistés le 5 mars 1908. Elle est âgée de 5 jours. Son poids (2 kilog- 380) et sa taille (Om. 46) nous révèlent que l'enfant est née un peu débile. Cet enfant présente un œdème surtout accentué au niveau des paupières et des pommettes, très marqué aussi sur le dos des mains et des pieds. C'est un œdème dur, dans lequel le doigt s'enfonce difficilement en déterminant un godet très apparent. L'enfant a en outre une rougeur presque cyanique des extrémités qui sont très refroidies. La température, prise dans le rectum, est de 33°,2.

Le coup de froid a été assez brutal, car l'enfant ne pousse pas le moindre cri et n'a même pas la force de téter. On est obligé, pour l'alimenter, de lui faire couler un peu de lait dans la bouche.

L'enfant est complètement enveloppée d'ouate, et placée dans une couveuse à 30°. On prescrit en outre trois bains chauds à 38°, de 1/4 d'heure chaque, à faire prendre dans la journée.

Le soir même l'enfant avait une température de 34°, 9.

Le 6 au matin la température avait atteint la normale et l'enfant réchauffée pouvait téter. L'œdème du visage et des extrémités, la coloration livide du tégument cédèrent à peu près complètement en quarante-huit heures. Les troubles causés par le froid n'eurent pas d'autre suite dans ce cas.

Voici un autre fait qui montre l'extrême sensibilité des nouveau-nés au refroidissement et avec quelle rapidité peut s'abaisser leur température centrale.

Un petit débile, du poids de 2 kilog., refroidi, et présentant de l'œdème du visage et des extrémités, avait été mis en couveuse. Sa température, prise le matin, était de 34°.

Dans l'après-midi, l'enfant ayant souillé ses langes, l'infirmière le sortit de la couveuse et le dévêtit pour le changer, et lui enleva l'ouate qui l'enveloppait.

La surveillante reprit alors la température pour la vérifier, et s'aperçut qu'elle avait brusquement baissé, de 34° descendant à 32°. D'ailleurs, le même thermomètre marquait de nouveau 34°, le soir, et dans la suite, la température remonta progressivement pour atteindre 37° quelques jours plus tard.

Dans ces cas, les suites du « coup de froid » ont été de peu de durée et sans gravité.

Mais il en est d'autres, où l'enfant, qui a été soumis à une véritable réfrigération, met beaucoup plus longtemps pour atteindre la température normale. Voici un exemple :

■' C... (Jean) nous est amené le 11 février. Il est âgé de 3 jours. Son poids (1 kilog. 940][ et sa taille (0 m. 43) montrent que l'on a affaire à un prématuré né très débile. Il a un œdème marqué du visage et des extrémités, de la cyanose de la peau de ces régions et sa tempéra-

L'ÉLEVAGE DES ENFAMTS DÉBILES ET PRÉMATURÉS 215

ture rectale est de 33°,5. Les téguments de la face sont comme rigides et l'enfant ne peut pas prendre le sein. On le nourrit à la cuillère et on le place dans une couveuse à 30° après l'avoir enveloppé d'ouate. On donne des bains répétés à 38°.

La température ne tarde pas à s'élever, mais seulement de 2 à 3 dixièmes de degré par jour et il a fallu 16 jours pour qu'elle arrivât à la normale (27 février).

Pendant ce temps, l'enfant perd une partie de son poids qui, le 8^ jour, descend à 1.720 gr., mais qui, remontant ensuite, atteint 1.940 gr. (poids initial), le 27 février également.

La baisse de poids est forte durant quelques jours chez les nouveau-nés qui présentent cet œdème o frigore : notre surveillante dit qu'i7s rendent leur œdème. Il est certain que cet abaissement du poids coïncide avec la disparition progressive de l'infiltration cutanée.

Quoi qu'il en soit, le petit C..., dès qu'il fut réchauffé, put prendre le sein et son accroissement ultérieur fut normal.

Mais l'évolution des accidents dus à la réfrigération n'est pas toujours favorable; ils peuvent atteindre un haut degré de gravité et être suivis de mort,

N... (Marie-Louise) est apportée à la crèche le 5 mars, à l'âge de trois jours. Elle avait été soumise à un refroidissement si intense et si prolongé, qu'elle paraissait pour ainsi dire congelée. Sa figure était absolument rigide, comme momifiée. Les pommettes, surtout, donnaient la sensation d'un œdème dur, parcheminé, que le doigt ne pouvait déprimer. Le pannicule adipeux sous-cutané paraissait sohdifié, comme on le voit habituellement sur le cadavre.

La température rectale de l'enfant était de 34°, 2. Malgré tous les soins, l'enfant mourut dans la journée même; sa température s'étant relevée de 5 dixièmes de degré (34°, 7). D'ailleurs,l'œdème était déjà en voie de disparition, et l'enfant avait perdu 100 gr. de son poids du matin au soir.

A l'autopsie, le poumon gauche présentait une pneumonie franche typique, non pas les lésions de congestion, d'atélectasie, comme il est fréquent d'en observer chez les enfants, mais une véritable pneumonie lobaire avec hépatisation. Des parcelles détachées du parenchyme hépatique tombaient rapidement au fond de l'eau. D'ailleurs, l'examen histologique, pratiqué par M. Ferrand, chef du laboratoire, mit en évidence les réseaux fibrineux dans les alvéoles et a montré de nombreux pneumocoques.

Il n'y a pas lieu de s'étonner d'observer de telles lésions après l'action brutale du froid, qui trouble profondément la circulation centrale et périphérique, en même temps que la calorification de ces jeunes organismes. Cette absence de réaction thermique, malgré le processus pneumococcique, n'a rien de surprenant dans ces circonstances. A l'autre extrémité de 'la vie, ne voyons-nous pas aussi que les inflammations du poumon ne font osciller que peu ou pas du tout la colonne du thermomètre?

L'on sait, en effet, qu'il n'est pas rare d'observer chez le vieillard, surtout pendant les grands froids, des pneumonies franches mortelles, qui ne se traduisent par aucune élévation de température.

Tous ces faits démontrent la nécessité de bien protéger les nouveau-nés contre le froid.

L'œdème du visage et des membres avec cyanose et refroidissement périphérique doit être considéré comme une sorte de gelure du premier degré. Il pourrait faire songer au sclérème si l'on ignorait sa cause.

J'ai rencontré des débiles très refroidis qui avaient des eschares de la peau

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