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LES EFFETS DU FROID

du visage et des extrémités des doigts; c'étaient des gelures profondes. L'élimination des eschares n'empêchait pas que ces enfants pussent être élevés à la couveuse.

Nous avons vu que dans les cas où la température centrale est abaissée, des répercussions viscérales peuvent se produire. Parrot attribuait la mort des enfants, dans ces circonstances, soit à des lésions du rein, soit à des lésions du parenchyme pulmonaire. L'une de nos observations vient corroborer l'idée émise par mon éminent maître. J'ai gardé le souvenir d'un petit enfant âgé de trois semaines, que j'ai soigné d'une broncho-pneumonie des plus graves, avec mon excellent confrère le D^" Meyer. C'était le fils d'un officier de marine qui avait été transporté au mois d'octobre, de Concarneau à Paris, dans un wagon non chauffé; les compagnies de chemins de fer ne chauffent les compartiments que plus tard.

Quoi qu'il en soit, ce bébé fut glacé sur les genoux de sa nourrice et sa vie fut en grand péril pendant plusieurs jours. Nous luttâmes contre le processus broncho-pulmonaire par des enveloppements sinapisés réitérés et nous eûmes la satisfaction de le voir guérir.

On observe plus souvent des lésions viscérales de ce genre, dues au refroidissement, que l'œdème dur du visage et des membres avec lividité de la peau des extrémités, eschares, etc. : ces derniers troubles sont produits par une exposition très prolongée à un grand froid et sont presque spéciaux aux petits abandonnés dans la rue recueilhs dans les hospices d'enfants trouvés.

C'est donc très justement que les médecins praticiens, dans plusieurs départements, se sont opposés à la généralisation des consultations de nourrissons que l'on veut organiser à tort dans des pays où la population n'est pas agglomérée. Cette méthode de contrôle des bébés, qui rend de si grands services dans les villes et surtout dans les centres industriels, offrirait de graves inconvénients si l'on voulait l'adopter dans les campagnes, là où les habitations sont éparses, où les hameaux sont fort éloignés du bourg. Nous reviendrons sur ce point au chapitre des Consultations de nourrissons.

On a proposé en Amérique des couveuses chauffées à l'électricité et bien réglées.

M. Dufour, au cas où l'on n'aurait pas de couveuse sous la main, conseille d'envelopper les nourrissons par-dessus leurs langes d'une couche de taffetas gommé imperméable. On éviterait ainsi le rayonnement de calorique, mais on maintiendrait la peau dans une atmosphère saturée d'humidité par la transpiration.

Les bains à 37° et 38° doivent être donnés chaque jour et répétés deux et trois fois pendant vingt minutes et plus, tant que la température rectale n'atteint pas au moins 36°. Nous voyons souvent des débiles rester pendant une semaine au-dessous de 35°, à 34°, 34^,5, puis regagner lentement 36", 36",5, à mesure qu'ils s'alimentent mieux au sein et qu'ils- prennent du poids et de la taille.

Les accoucheurs ont noté que les débiles étaient sujets à des accès de cyanose; ils deviennent livides, leur visage et leurs extrémités sont cyaniques comme dans l'asphyxie et ils succombent souvent dans ces crises.

L'ÉLEVAGE DES ENFANTS DÉBILES ET PRÉMATURÉS

Budin imputait ces accidents cyaniques à l'insuffisance de la ration alimentaire et les avait arrêtés en faisant téter plus abondamment les enfants.

Nous avons observé assez souvent ces crises intermittentes de cyanose, mais chez des prématurés qui prenaient mal le sein et qui étaient très affaiblis; la plupart de ces enfants sont morts après trois ou quatre jours, durant lesquels les crises plus ou moins longues se reproduisaient à intervalle. Cet état cyanique nous a paru produit par un ralentissement extrême des mouvements respiratoires qui sont comme suspendus; les battements du cœur continuent d'être assez bien frappés : il nous parait vraisemblable que ces troubles respiratoires avec asphyxie sont d'origine bulbaire; leur pronostic nous a paru fort grave.

U alimentation des débiles.

C'est un fait bien connu et qui a été parfaitement mis en lumière par Budin, que les débiles ont besoin, pour s'accroître, d'une ration de lait très élevée proportionnellement à leur poids.

Lorsqu'ils n'ont pas la force de téter, il peut être nécessaire de leur faire cou-

FiG. 45. — Nourrice de l'hospice des Enfants-Assistés faisant couler son lait dans une petite cuillère pour le donner à un débile trop faible pour prendre le sein.

1er le fait dans la bouche ou de le donner à la petite cuillère, surtout quand ils pèsent moins de 1.500 grammes.

Tarnier conseille de les gaver avec une petite sonde s'ils ne peuvent pas boire spontanément.

Il faut, à cause de leur faible capacité gastrique, leur faire prendre peu, mais souvent, toutes les deux heures et plusieurs fois la nuit, 20 à 30 grammes à chaque fois les premiers jours. En s'appuyant sur un grand nombre de faits bien observés, Budin a formulé le précepte que le débile devait absorber comme

ration quotidienne environ un cinquième de son poids de lait (1).

Nous acceptons cette opinion et nous avons pu la contrôler sur les prématurés que nous faisons élever à la nourricerie Parrot, où nous avons quinze nourrices sédentaires pour fournir le sein aux débiles qui sont apportés chaque jour à l'hospice dépositaire des Enfants-Assistés.

Cette ration un peu plus élevée que pour les nouveau-nés normaux est-elle utilisée complètement pour les besoins de la nutrition et de la calorification? il est permis d'en douter, vu le développement très incomplet du tube digestif et des glandes annexes. Peut-être, une partie du lait est rendue dans les déjections, sans avoir subi la chymification complète?

Le mode d'accroissement des débiles.

FiG. 46. — Appareil servant à gaver les débiles.

Dans les conditions physiologiques, c'est-àdire lorsqu'ils sont allaités au sein, la croissance des enfants débiles, nés prématurément ou avec un faible poids, se fait comme pendant les derniers temps de la vie fœtale; la proportion de l'accroissement pondéral et de l'accroissement statural est vraisemblablement la même que chez le fœtus, puisque, lorsque ces enfants atteignent 3 kilogrammes environ, leur poids et leur taille sont à peu près conformes à ceux notés dans les tables de croissance normale, pour les enfants à terme.

Voici quelques exemples relevés par nous à la nourricerie des Enfants- Assistés, et qui le prouvent (2) :

Garçon âgé de 13 jours.

Poids à l'entrée, le 28 avril 1908, 2 kg. 250.

Taille, 47 centimètres.

Le 19 mai, poids 2 kg. 850.

Taille, 49 centimètres.

Enfant débihî, entré avec un poids de 1.550 grammes à l'âge de 13 jours. Voici les chiflres du poids et de la taille depuis le 10 mars 1908, date de l'entrée, jusqu'au 25 mai.

(1) Voir Le nourrisson, p. 45 et suiv.

(2) Communication à la Société de Pédiatrie (juin 1908).

L'ÉLEVAGE DES ENFANTS DÉBILES ET PRÉMATURÉS

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