‹ Traité d'hygiène infantileChapitre 83 sur 288 · IS T · texte numérisé non relu

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Taille. Poids.

10 mars 44 cent. 5

20 mars 45 »

30 mars 45 » 5

10 avril 47 »

20 avril 48 » 5

30 avril 49 »

10 mai 49 » 2

20 mai 49 » 5

Ces chiffres sont relevés sur une courbe où l'on a enregistré les poids quoti- -diens et les variations de la taille mesurées au pédiomètre tous les quatre jours.

Chez les débiles qui, pour des raisons encore indéterminées, ne se développent pas normalement, bien qu'ils reçoivent tous les soins voulus, qu'ils soient mis dans des couveuses, qu'ils soient élevés au sein par des nourrices, on relève la dissociation très prononcée de l'accroissement pondéral et de l'accroissement statural. Cette dissociation devient même un symptôme d'un pronostic grave; si la taille augmente et si le poids reste stationnaire ou s'abaisse, c'est que le débile périclite.

Voici un exemple :

Fille débile née le 7 mai 1908, entrée le 10 mai. pesant 1.550 grammes.

Du 10 au 31 mai, le poids a varié de 1.550 à 1.540 grammes.

La taille a passé du 10 au 24 mai de 42 cent. 5 à 44 centimètres, puis elle est restée stationnaire jusqu'au 31 mai.

Il y a donc ou un gain de taille de 1 cent, 5 pendant que le poids s'abaissait de 100 grammes. C'est là un nouvel exemple de la dissociation de l'accroissement pondéral que j'ai démontré dans l'hypotrophie d'origine gastro-intestinale à l'état pathologique et dans les dix premiers jours de la vie après la naissance à l'état physiologique. (Voir le chapitre de la Croissance.)

Il est donc bien établi que le système osseux qui règle la taille, c'est-à-dire l'accroissement statural, par le travail spécial des épiphyses, jouit d'une véritable autonomie nutritive chez le jeune enfant.

On a peu suivi le développement des prématurés et des débiles après leur sortie de la couveuse et des maternités, je crois donc utile d'apporter quelques documents précis sur ce sujet que j'ai recueillis dans la clientèle de la ville ou à l'hôpital.

J'ai noté que la dissociation de la croissance était très marquée chez les enfants nés prématurément et chez les débiles. Sans vouloir rechercher les causes de ces perturbations singulières de la nutrition et par suite de l'accroissement, je vais simplement relater quelques faits pour bien mettre en lumière les caractères spéciaux de l'hypotrophie dans ces circonstances (1).

J'ai observé dans mon cabinet, avec le regretté D' Bouchot (du Ferreux), un petit garçon né à huit mois, pesant seulement 1.850 gr.

A l'âge de deux ans, son poids était de 4 kg. 500, sa taille de G5 centimètres.

L'atrophie pondérale correspond à deux mois environ, l'atrophie staturale à 7 mois, si

(1) Sur les caractères spéciaux de l'hypotrophie chez les prématurés. (Société de Pédiatrie,'1907.)

L'ÉLEVAGE DES ENFANTS DÉBILES ET PRÉMATUHÉS 221

l'on confronte ces chiffres avec les tables de croissance de Bouchaud. La dissociation de croissance est donc considérable. Cet enfant n'est pas rachitique; il n'est pas non plus amaigri. Le ventre est fort, mais les membres sont extrêmement grêles. Les os longs sont si menus, qu'ils rappellent les os de grenouille, si l'on veut me permettre cette comparaison; les muscles sont très peu développés, et l'on palpe aisément les pièces du squelette au travers de la peau et des tissus sous-jacents.

Cet enfant a l'air éveillé, reconnaît bien ses parents, exécute avec ses mains des mouvements précis; il a manifestement une anticipation fonctionnelle des centres nerveux relativement aux autres appareils organiques. Ce retard si prononcé de la croissance fait songer au nanisme. Cet enfant prend des laits modifiés, des purées de pommes de terre, etc., mais son poids s'est à peine accru de 300 gr. en quatre mois, tandis que sa taille a gagné 4 centimètres.

J'ai étudié aussi une petite fille fluette et mal développée, âgée de deux ans et trois mois, et née à 7 mois à la Maternité.

Sa fiche de la Maternité porte que son poids était de 1.450 grammes et sa taille de 40 centimètres; huit jours après la naissance, le poids est descendu à 1.250 grammes.

Jusqu'à trois mois, elle fut tenue en couveuse. A six semaines, la mère dut cesser de lui donner le sein, mais elle fut confiée à une nourrice très soigneuse, celle qui apporte aujourd'hui l'enfant. Jusqu'à 14 mois, elle n'a reçu que le sein de la nourrice.

Comme elle se développait mal et qu'elle ronflait la nuit, on alla consulter le D"' Le Marc Hadour, qui constata des végétations adénoïdes et les enleva; mais le retard de la croissance parut tel à notre collaborateur qu'il nous adressa l'enfant.

A 2 ans, 3 mois;

Taille : 71 centimètres.

Poids: 6 kg., 450.

La taille correspond environ à la normale d'uh an, et le poids à celui de 5 mois. Dans ce cas encore, l'hypotrophie pondérale est bien plus marquée que l'hypotrophie staturale.

Le périmètre thoracique : 43 centimètres,

La circonférence crânienne : 46 centimètres.

Le diamètre bi-pariétal : 120.

— occipito-frontal : 160.

Chez une enfant fortement développée du même âge, nous relevons :

Taille : 91 centimètres.

Poids : 14 kg. 350.

Périmètre thoracique : 59 centimètres.

Circonférence crânienne : 49 centimètres.

Le ventre est un peu volumineux, mais il n'y a pas de vestige de rachitisme, aucune tuméfaction des épiphyses, ni chapelet costal thoracique; d'ailleurs, la fontanelle est. bien soudée. L'enfant a le teint pâle, anémique.

Elle prend volontiers le lait homogénéisé, les bouillies d'avoine, la purée de pommes de terre, le jus de viande, etc., que nous avons conseillés; mais elle utilise mal ces aliments; le poids s'accroît très lentement. Elle n'a cependant ni diarrhée habituelle, ni vomissements.

Les membres sont extrêmement grêles, bien qu'il existe une couche appréciable de graisse sous la peau. On sent que les leviers osseux ont une minceur remarquable et les muscles qui s'y attachent sont à peine perceptibles. Sans doute, dans le haut degré d'hypotrophie pondérale qui existe, il faut faire une part au faible développement du tronc et des viscères qu'il contient; mais il est bien certain que le squelette et le système musculaire jouent le rôle principal dans cette déficience du poids. A première vue, on penserait que les muscles des membres ont subi une véritable atrophie comme dans la dyscrasie des maladies chroniques. L'indépendance du développement cérébral et psychique apparaît très bien dans ce cas. Bien que cette enfant ne marche pas, son intelligence est très développée pour son âge; elle parle et elle articule beaucoup mieux que sa sœur de lait, qui est de cinq mois plus âgée et qui a déjà 92 centimètres de taille.

D'ailleurs, le volume absolu de la tête chez cette hypotrophique et sa circonférence relativement au périmètre thoracique, montrent que le cerveau n'a pas suivi les autres organes dans l'hypotrophie générale du corps, spécialement celle du squelette et des muscles.

Enfin j'ai rencontré une petite fille âgée de 8 ans 1 2, née à 7 mois, jumelle, chez laquelle on retrouve les stigmates de l'hypotrophie que nous venons de relever avec précision.

C'est l'enfant d'un garçon d'amphithéâtre de l'hôpital Laënnec qui m'a été adressée par notre collègue M. Barié pour que je l'envoie au sanatorium d'Hendaye, a cause de son anémie et du retard de son développement général. Cette enfant a toujours été chétive et délicate, et a marché très tard. Son allaitement, laborieux, fut surveillé à la clinique Tarnier. Son poids initial à la naissance était très faible.

Aujourd'hui, à l'âge de 8 ans 1/2 :

Taille : 108 centimètres.

Poids : 15 kg. 110.

Sa taille correspond à celle d'une fille moyenne de 6 à 7 ans, et son poids à celui d'une fille de 5 à 6 ans; la dissociation de croissance persiste encore à cet âge.

La taille et le poids, d'après la moyenne normale, seraient à 8 ans 12 :

Taille : 119,5.

Poids: 21 kg. 200.

Il manque donc à cette enfant 11 cent. 1,2 de taille et 6 kilog. de poids pour approcher de la moyenne.

Le thorax est étroit, mais non déformé ; les membres supérieurs et inférieurs sont très grêles; aucune incurvation rachitique. Les épiphyses osseuses sont très apparentes à cause de l'amaigrissement général. Les leviers osseux des membres sont minces et paraissent allongés, mais ce n'est qu'une apparence due à la gracilité des muscles; les masses musculaires sont très réduites; les segments des membres ne présentent pas les reliefs et les renflements habituels dus aux muscles.

Dans ce cas encore, il y a une part prépondérante à faire au squelette et aux muscles pour expliquer l'hypotrophie pondérale.

Nous avons fait radiographer la main de cette petite fille; il n'y a aucun trouble apparent d'ossification, soit dans les diaphyses, soit même dans les épiphyses; cependant la longueur des métacarpiens et des phalanges est grande, relativement à leur diamètre transversal.

Le squelette de la main rappelle beaucoup celui d'un enfant hérédo-alcoolique atteint d'hypotrophie prolongée et dont j'ai relaté Lobservation clinique dans les Bulletins de la Société de Pédiatrie (1906).

L'hypotrophie prolongée avec grande dissociation de la croissance est habituelle chez les jumeaux qui naissent souvent débiles; je l'ai rencontrée très accentuée chez deux ])etites filles jumelles que j'ai soignées récemment à la salle Gillette, pour des accidents de broncho-pneumonie. Voici leurs mesures :

Berthe M., âge : 15 mois.

Taille : 70,8.

Poids : 6 kg. 100.

Albertine M., âge : 15 mois.

Taille : 70,5.

Poids : 5 kg. 800.

ry?pu;s ior.5 j'ai rencontré plusieurs fois des jumeaux hypolrophiques.

11 résulte de toutes ces observations: l^que l'iiypotrophie se présente avec des caractères objectifs spéciaux chez les prématurés et les débiles; 2° que le squelette des membres et les muscles sont plus particulièrement retardés dans leur accroissement; 3° que l'anticipation de croissance du cerveau est évidente dans ces circonstances; 4° que l'hypotrophie peut .se prolonger plus longtemps chez les prématurés et les débiles que chez les enfants atteints d'atrophie d'origine gastro-intestinale. Une des conséquences liabituelles de ce dévelop- |)ement anormal du système locomoteur, est le retard de la marche chez les prématurés et les débiles.

J'ai observé récemment dans mon cabinet un petit jjarçon né avec un poids de 1.100 grammes et qui descendit à 1.020, quelques jours après la naissance. Il a été parfaitement soigné par sa mère qui lui a donné le sein jusqu'à 25 mois.

L'ÉLEVAGE DES ENFANTS DÉBILES ET PRÉMATURÉS

A 15 mois il pesait 6 kg. 200 et sa taille était de 62 centimètres (la taille à la naissance était de 36 centimètres). A 4 ans, la taille est de 97 centimètres, et son poids de 16 kilogrammes; mais il ne se tient pas encore debout et ne marché pas; il circule un peu en faisant avancer une petite chaise avec ses pieds, ou en marchant à quatre pattes. Son intelligence est peu développée; il est légèrement strabique. Ses os et les masses musculaires sont grêles, mais il a un pannicule adipeux assez épais. Il n'a pas de raideur musculaire, pas de syndrome deLittle, comme on le voit parfois dans ces circonstances.

On ^'accorde à reconnaître que les prématurés et les grands débiles n'ont guère de chance de vivre que s'ils sont élevés au sein, soit par leur mère, soit par une lourrice.

C'est )our cette raison que, à la nourricerie Parrot, et à la pouponnière de Châtillon, dépendant de notre service des Enfants-Assistés, on a décidé de conserver rente nourrices sédentaires, qui fournissent leur lait aux nouveaunés abandmnés et dont le poids est inférieur à 2 kg. 500.

C'eJt ce poids qui a été considéré comme constituant la limite ordinaire de la débiïté. 5i un enfant est au-dessous de ce poids, on le met ou sein d'une nourrice sé(|entaire jusqu'à ce qu'il l'ait atteint, et c'est alors seulement qu'on le confie £(Line nourrice au sein de la campagne, comme nous l'avons déjà indiqué.

Loi|que les débiles sont atteints ou suspects de syphilis, nous les élevons au biberoi^, car nous sommes tenus à être d'autant plus réservés pour les mettre au sein, qi) nous ignorons leur origine.

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