GARNISONS AYANT UN RÈGLEMENT
Dublin 129 vénériens. 103 vénériens.
Manchester, m — 131 —
Londres 163 — 166 —
Porlsmoulh. 1 16 vénériens. 27 vénériens. Colcliester. . 145 — 52 —
Canlerlniry. M9 — 19 —
Maidstone.. 242 — 34 —
On voit que de 1867 à 1877 il y a progrès môme dans les garnisons non assujetties à la surveillance, mais le progrès est beaucoup plus lent dans ces garnisons que dans les autres.
Malgré l’évidence de ces faits les contagions diseases acts ont été supprimés dans toute l’Angleterre depuis 1883. Une enquête prescrite par la Chambre des communes et dont les résultats ont été publiés en 1894 nous apprend que de 1870 à 1873, alors que les contagions diseases acts étaient appliqués, le nombre des malades traités pour maladies vénériennes dans l’armée anglaise était journellement de 12, 33 sur 1000 hommes d’elïectif; depuis la suppression des Acts, cette proportion s’est élevée à 17,48. Pour les troupes aux colonies la proportion est encore plus élevée. L’armée anglaise compte sur toute la surface du globe 196 334 hommes et la moyenne annuelle des hospitalisations pour maladies vénériennes atteint S2 153, soit plus du quart de l’effectif; la moyenne journalière des vénériens hospitalisés est de 4191 hommes.
En 1874 011 a essayé de diminuer le nombre des vénériens dans l’armée anglaise en prenant des mesures disciplinaires contre ces malades; on opérait la retenue de la solde pendant la durée du séjour cà l’hôpital; le résultat, facile à prévoir, fut que les soldats dissimulaient leur mal qui s’aggravait faute desoins; la diminution du chiffre des vénériens ainsi obtenue n’était (|u’apparenle, on fut obligé lie renoncer à ce système.
De 1850 à 1853 le nomhi’e des vénériens monta dans l’armée piémontaise à 204 sur 1000; on fit des visites sanitaires rigoureuses, et en 1858 le nombre des vénériens était descendu à 91 sui- 1000 (Castiglioni).
De 1863 à 1865 l’armée italienne avait eu 120 vénériens sur 1000 hommes d’effeclif; sous l’inlluence des visiles sanitaires et d’une surveillance plus rigoureuse de la prostitution ce chiffre tomba de 1874 à 1876 à 66 p. 1000.
Le cliiffre des vénériens est resté élevé dans ([uelques villes d’Italie et il s’agit précisément des villes où la prostitution est le
PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
moins surveillée, comme à Naples. M. le D'" Moiitanari signalait récemment raugmentation du chilTre des vénériens dans l’armée italienne et demandait une surveillance plus rigoureuse de la prostitution {Soc. royale ilal. d'hygiène, S juin 1894).
En Amérique, où la prostitution est libre, les vénériens sont très nombreux dans l’armée : la proportion s’élève à 218 ou même à 239 sur 1000 au dire du D’’ Dupont cité par Sormani.
D’après les dernières statistiques de l’armée française la morbidité pour maladies vénériennes est de 43 à 44 pour 1000 bommes d’etîectif. La prophylaxie des maladies vénériennes a fait chez nous de 1876 à 1884 un progrès considérable; depuis 1884 le nombre des vénériens est à peu près stationnaire (Statist. méd. de l’armée, pour 1892, p. 121).
Ce chilïre de 43 à 44 pour 1000 bommes d’effectif est calculé pour l’année entière ; il n’est donc pas comparable aux chiffres donnés plus haut de la moyenne journalière des vénériens dans l’armée anglaise; en calculant la moyenne, non plus journalière, mais annuelle des vénériens dans l’armée anglaise on trouve qu’il y a plus de 1 A^énérien sur 4 hommes alors que dans l’armée française il y en a environ 1 sur 25.
Dans un travail récent M. le D" Commenge, en comparant les armées anglaise, française et russe au point de vue de la morbidité par maladies vénériennes, e.st arrivé aux chiffres suivants {Acad, de méd., 21 mai 1893; Médecine moderne, 22 mai 1893) qui indiquentde nombre de soldats atteints de maladies vénériennes [tour 1000 bommes d’effectif :
Angleterre. France. Russie.
On trou\e donc, en France comme en Russie, quatre fois moins de soblats ayant des maladies A^énériennes que dans l’armée anglaise de la méfropole.
En b rance, le nombre des vénériens pour chaque garnison est en rapport direct avec le degré de développement de la prostitution (dandestine.
Les corps d armée (pii ont la moyenne la plus élevée de maladies vénériennes sont presque toujours les mêmes : corps d’armée du Midi et de 1 Algeide, gouvernement militaire de Paris.
M. le professeur Fournier, dans un travail sur la prophylaxie publique de la syphilis présenté à l’Académie de médecine en 1888, résumait ainsi qu’il suit les mesures prophylacti(j[ues spéciales applicables à l’armée :
Instituer dans l’armée une série de conférences ayant pour objet d’éclairer les soldats sur les alîeclions vénériennes et les dangers de la sypliilis en jiarticulier, sur le bénéfice à attendre d’un traitement scientifique, sur la nécessité d’un traitement jirolongé, sur les périls de la prostitution clandestine exercée parles insoumises, les rôdeuses, les bonnes de cabaret, etc. Ces conférences seraient faites par les médecins militaires de chaque corjis; elles seraient annuelles, et auraient lieu de préférence après l’enrôlement des jeunes recrues. Une conférence semblable serait faite aux réservistes le lendemain de leur arrivée au corps.
Provoquer de la part de tout soldat récemment affecté de syphilis une déclaration relative à la femme dont il a contracté la maladie.
Consigner les établissements déguisés sous le nOm de déliits de vins ou de liqueurs et ne constituant en réalité que des maisons deprostitution non surveillées; interdire formellement aux soldats la fréquentation de ces établissements.
Ecarter toute punition du programme prophylactique de la syphilis dans l’armée.
Supprimer les visites faites en commun, et les remplacer par des examens jirivés, individuels, discrets. .
Instituer un service de police spécial autour des camps.
Prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer au soldat syphilitique, dont le traitement a été commencé à l’hôpital, la faculté de continuer à son corjis, sous la direction des médecins de son régiment, le traitement ou la série de traitements ultérieurs indisjiensables à sa guérison.
Nous avons vu plus haut que -la plupart des mesures conseillées par M. Fournier sont en usage depuis 1842 dans l’armée française et qu’elles ont donné d’excellents l’ésultats, nous ne croyons pas beaucoup à refficacité de conférences faites aux recrues et aux réservistes sur le danger des maladies vénériennes.
Les statistiques relatives à la morbidité par maladies vénériennes dans les armées austro-hongroise, allemande, française et italienne montrent que la fréquence de ces maladies dépend surtout des conditions locales de la population et que par conséquent le premier remède contre ce mal doit ôtrc apporté par l’adminis-
PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
Irai ion civile (R. Ritter y. Toply, Congrès internat, d’hygiène, Rnda-Rest, 189i).
C’est aussi la conclusion du ti’avYail de M. le D" Coinmenge sur les maladies vénériennes dans les armées.
« l^es mahniies vénériennes, dit M. le 1)'' Commenge (o^j. cil.), sont de l)eancon[) plus nombreuses dans les pays où existe la liberté de la prostitution que dans les pays où la réglementation est conservée.
« La réglementation de la prostitution a pour résultat d’atténuer le développement des maladies vénériennes et d’en enrayer la marche ascendante. »
En somme, sauf en Angleterre, on est partout d’accord pour demander une surveillance rigoureuse de la jirostitution ; les résultats qu’a donnés en Angleterre le régime de la prostitution libre sont un puissant argument contre ce régime.
Les soldats et les marins ont la mauvaise habitude de se faire tatouer, or le tatouage peut entraîner des accidents, il y a notamment de nombreux exemples de transmission de la syphilis par le tatouage '.
Les individus qui pratiquent le tatouage portent souvent à leurs lèvres les aiguilles dont ils se servent pour cette opération et s’ils sont atteints de plaques muqueuses des lèvres, ils inoculent leur maladie à tous les individus qu’ils tatouent; on peut ainsi observer de véritables épidémies de sy[)hilis consécutive au tatouage; Tardieu, Robert, Rergasse ont cité des exem])les remarquables de ces accidents.
Tje tatouage peut être aussi l’occasion de lymphangites et «1 abcès. Ajoutons fpie beaucoup de soldats qui se sont fait tatouer sur dilTérentes parties du corps des inscriptions ou des images plus ou minus obscènes regrettent vivement j)lus lard de ne jiouvoir pas
se debarrasser de ces tatouages.
Tl nous jiaraît indispensable d’interdire le tatouage dans l’année; il sera facile de s’assurer, au moment des visites de pi'oprelé, si cet ordre est exécuté.
I. lioitEiiT, Inociil. syfiliil. par le laloiingc, Hec. mdm. méd. inilil., 1879, l. XXXV, p. C09. — (IiiEiNissE, niiancres syf)liil. imiUiples c.onséc. au laloiiage. Ajin. de dermatoL, I89d, p. 1. — Hergasse, Nouveaux faits de sypliilis |)ar (alouage, Arch. de méd. milil., 1895, l. XXV, p. 205. — .Iosias, IIutin, Mauiiy el Diii.i.es, T. -R. Hahkeii, II. -R. WiiiTEAD, oui égnleiiienl publié des cas de cliaucres sypliilili(|ues couséculifs au tatouage.
VI. Vaccinations et revaccinations — La variole fig-ure on tôle des maladies évitables suivant l’heureuse expression de M. le j)rofesseur Brouardel. Depuis longteiu[)s les slatistiijues militaires ont démontré qu’à l’aide des vaccinations et des revaccinations on pouvait faire disparaître presque complètement la variole; mais pour obtenir ce résultat il est nécessaire de pratiquer des revaccinations à plusieurs reprises chez le soldat, la durée du service militaire étant aujourd’hui très longue.
Dès 18.31 on commença à revacciner les soldats dans le royaume de Wurtemberg et on eut des succès dans le tiers des cas, ce (jui montrait combien l’opération était nécessaire. La pratique des revaccinations fut adoptée successivement dans les armées prussienne, suédoise, danoise, badoise, bavaroise, wurtembergeoise, etc. En France, la revaccination de tous les soldats a été prescrite en 18.37.
Grâce au vaccin animal les revaccinations sont beaucoup plus faciles qu’autre fois dans les armées et on peut les répéter plus souvent, ce qui explique les remarquables résultats qui ont été obtenus.
Lorsqu’on vaccinait de bras à bras il était difficile de se procurer des vaccinifères en nombre suffisant; d’autre part, malgré toutes les précautions prises, on ne pouvait pas toujours éliminer les enfants syphilitiques, et on risquait d’inoculer la syphilis en même temps que la vaccine. La vaccine animale a fait disparaître ce danger et a permis de mettre, à tout moment, à la disposition des médecins militaires les quantités de vaccin nécessaires pour vacciner et revacciner les nomlireux contingents des armées actuelles.
Grâce aux revaccinations la variole est devenue une maladie des plus rares dans les armées qui naguère lui payaient un lourd tribut.
En 1877 et 1878 le cbillre annuel des décès pai- variole s’éloA'ait encore dans notre armée à 92 et à 98, en 1881 il tombait à 40, en 1883 à 1.3, en 1890 à 4, en 1892 à 3, et entin en 1892 (dernière statistique publiée) il n’est mort ipi’im homme par suite de variole (Statist. méd. de l’armée pour 1892).
En France, les médecins-cbefs dans les corps de troujie et dans les écoles sont tenus : 1° de vacciner ou de revacciner tous les
1. Laveban, Traite des malad. des années, 1873, p. 374. — Wahlomont. Traité de. la vaccine et de la vaccination humaine et animale, Paris, 1883. — Yaim..viu), .Manuel l)rati(iue de vaccination animale, Paris, 1880. — Ruouaudei., Les malad. évitnhles, Acad, de méd., 11 nov. 1890. — Antony, Le fonctionnement dn centre vaccinogène du Val-de-Grftcc, Ai'ch. de méd. milil., t. XYll, ji. 211; et Ucc.li. sur la valeur des dillérentes préi)ar. vaccinales, même Recueil, 1893, t. XXll, p. 463.
VACCINATIONS ET REVACCINATIONS
jeunes soldats ou élèves dès leur arrivée, ainsi que les liommes des Cüutinii'ents antérieurs cdiez lesquels l’inoculalion est restée stérile; 2® de renouveler l’opération chez les sujets réfraclaiivs, ])endant les (]uatre mois (]ui suivent le premiei* essai; 3® de vacciner ou de revacciner, dès leur arrivée, tous les hommes de la rései've, de l’armée territoriale, à la disposition, etc., à l’occasion des périodes d’exercices pendant lesquelles ils sont convoqués, à l’exception de ceux dont le livret individuel portera mention d’une vaccination ou revaccination opérée avec succès certain, depuis moins de huit ans, ainsi que de ceux (pii jiroduiront, à leur arrivée au corps, un certificat établi par un docteur en médecine et dûment légalisé, constatant (pi’ils ont suhi une vaccination ou revaccination suivie de succès certain dont la date sera indiquée et ne devra pas être antérieure à une période de huit années ; 4“ de soumettre à la A'accination, en temps d’éjiidémie variolique, tous les hommes chez lesquels les inoculations antérieures seraient restées stériles, ou ceux dont la revaccination suivie de succès remonterait à plus de cinq ans. Les médecins-chefs des Injpitaux ont les mêmes obligations poui" les hommes des catégories ci-dessus définies qui seraient
entrés à l’hêpital sans avoir été vaccinés ou revaccinés au corps (Hèglcm. sur le service de santé de l’armée à l’intér., notice n" 3).
Il existe cinq centres vaccinogènes : à Paris, à l’hôpital militaire du camp de Chàlons, à l’hêpital militaire de Bordeaux, à l’hôpital d Alger et cà l’hôpital de Pliilippeville.
Le vaccin est employé frais ou bien à l’état de pulpe glycérinée. La pul[)e glycérinée paiaît devoir être adoptée d’une façon générale, de préférence même à la sérosité vaccinale fraîche.