DU RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE L’HYGIÈNE
1. La première règle de l’hygiène militaire est d’éliminer de l’armée tout homme trop faihle pour supporter les fatigues du service. — Conditions d’aptitude an service militaire. — De l’âge et de la taille. — Influences qui agissent sur la taille. — Valeur des indications fournies par la mensuration du périmètre thoracique, par le poids du corps, etc. — II. 11 faut s’efforcer d’éliminer de l’armée les hommes atteints de maladies pouvant s’aggraver au service ou de maladies transmissibles difficiles à guérir. — III. Nécessité d’introduire la réforme temporaire dans notre législation militaire.
Cil pi'(‘mi('.‘re règle de l’hygiène mililaire duil. èire d’éliminer de 1 armée tous les hommes alteinls d’intirmilés, de maladies chroni([ues, ou sim[)lcmenl Irop Faibles [)Our suppoider les ratig’ues du service en campcKjne. 11 ne tant jamais |)er<lre de vue (jue le soldai est fait |iour la guerre, (d (|ue loiil homim* (|ui, en cas de guerre, flevrait JX'sler en ai'rière, est une non-valeur au moins pour l’armée active. La santé d un jeune soldat Irop Faihh' pour le métier militaire |)Oul s altérer de |dus en plus sous l’inlluence des fatigues de la vie mililaire ; d autre j)arl, l’Elalaloul intérêt à ne |)as entretenir d(*s hommes (pii liassent la plus grande [larlie de leur lem|)s à I hê|iilal ou en congé de convalescence, et (jui, (ui cas d(‘ mohilisation, ne pourraient rendre aucun service.
Lavehan, Ilyg. tnilil.
Nous devons donc tout d’abord nous occuper do rocrutemeni an point de vue de l’hygiène, étudier les conditions g’énéi-ales d’aplitude au service militaire et examiner quels sont les signes (pii peuvent guider le médecin chargé d’appréciei’ celle aptitude.
1. Conditions d’aptitüde au service militaire. A. Age '. — En France le service militaire commence à vingt ans; en réalité, la plupart des soldats ont vingt et un ans au moment de l’incorjioration. La liste de recensement comjirend cha({ue année les jeunes gens qui ont accompli leur vingtième année l’année jirécédenli* ; le tirage au sort et les o[)érations des conseils de révision jirenneni beaucoup de temps et l’appel de la classe n’a lieu (|u’au mois de novembre; les plus jeunes des appelés ont, à ce moment, vingt ans et dix mois.
Les engagements volontaires sont reçus à jiaitir de dix-huit ans.
On a critiqué l’cige de l’appel sous les dra[)eaux : on a dit qu’à vingt ans l’homme n’était pas encore complètement formé; on a même créé le mot de 'prématuration et on a pro[iosé de reportei’ à vingt-trois, vingt-quatre ou vingt-cinq ans l’âge du service militaii’e.
Il est certain qu’à vingt ans, le squelette n’a pas encore acquis tout son développement, heaucoiq) de soudures osseuses ne sonl pas complètes et, ce (jui prouve bien que le squelette continue à se dévelo[iper, la taille augmente [iresque toujours de vingt à vingtcinq ans.
L’accroissement de la taille de vingt à vingt-cim[ ans est en moyenne de 20 millimètres, quehjuef'ois de 40 à 4h millimètres (lIoRERT, Rec. mém. niéd. müil., 1863).
Les lamelles épiphysaii-es des coi’ps vertébraux se soudent (b* vingt à vingt-cinq ans, les pièces siqiérieures du sternum de vingtcinq à trente, l’angle inféiâeur et le bord s[)inal de l’omoplate de vingt-deux à vingt-quatre ans, l’extrémilé su|)érieur(‘ de riuimérus de vingt à vingt-cinq ans, l’épine iliaipie aniéro-supérieure, la crête iliaque et l’ischion vers vingt-cim| ans; le grand et le pelil trochanter se soudent au corps du lemur de vingt à vingi-buil
I. QuiîTEi.iiT, Redl, sur l’iiomine el le cléveloppenionl de ses facullc's, l*aris, 1835.
— Dai.ly, L’hygiène des âges au point de vue des devoirs sociaux. Les dangers de la prématuration lieuua d’liy;/ièn(‘, 1883, p. 203. — V.m.ux, De la prématuralion militaire. Mène liée., 1883, p. 332. — L.vone.\u, Remarques anlhropol., médie. et déinogr. sur la validité du soldat et sur la durée du service. Acad, de mêd., 5 janv. •1886. — CnusTAN, La prématuratioii militaire el le eœur surmené, Rordeau.x, 1885.
— Dimituescoy (de Bucarest), Gonsid. sur l’àge (pii convient le mieux au service militaire. Conip'ès d’Iij/y. de Londres, 1891.
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ans; les imisclos n’ont donc pas à vinyl ans dos jioints d’atlacln' aussi solides (pi’à vinjît-cinii.
l/lu)inme n’ac(|niert son inaximnin de force ([ii’à vinfjt-cin(| ans; de vingt-cinq à trente, sa forci' esta |»en |)i‘ès stationnaire, elle va ensuite en déclinant, comme le montrent les chiUVes suivanis, empruntés à Qnetelet, qui donnent, pour les âges de seize à cin- (piante ans, la force rénale moyenne de l’homme et la force de traction des deux mains.
Force vénale. Force de traction des 2 mains.
Kilogr. Kilogr.
20 ans 138 81-
23 ans 133 88
30 ans 131 80
•10 ans 122 87
50 ans 101 71
Amiral et Gavarret ont conslalé tjiie l’intensité respiratoire chez riioinme atteint son maximum vers l’âge de trente ans et diminue ensuite jusqu’à la vieillesse.
La pratique est d’accord avec la théorie pour ilémontrer (|u’audessous do vingt ans l’homme n’est ]>as assez fori, en général, pour faire un soldat. Toutes les fois que des nécessités imjtérieuses onl imjtosé des levées anticipées, on a constaté, comme en 181d, tpn' les jeunes gens de dix-sepi à dix-neuf ans n’avaient |ias la foret' de résistance suffisante et tpi’ils ne servaient, comme l’écrivail Napoléon T“'', tpi’à encomhrer les hô|)ilaux.
Mais la |)ratit|ue a démontré aussi ([u’à vingt et un ans la plu- |)art lies jeunes gens, hien (|u’ils n’aient pas atteint lout h'ur développement, sont assez forts pour supporter les fatigues du service militaire, et on peut dire que la loi a été très sage en tîxani, comme elle l’a fait, l’âge de l’appel sous les drapeaux. On peut d’ailleurs, si les jeunes gens tpii se prési'iitent au conseil de révision sont faibles el incom|)lèlement développés, les ajonrnt'i' pt'iidant deux ans; c’est là une disposilion liés heureuse de la loi de 1872, tpii a. été reproduite dans la loi de 1881) '.
\ vingl i|ualre ou vingl-cinq ans un hommt' t'st élahli, marié Souvt'iil, commtmt exiger tpi’il ipiiltt^ ses allaires t't sa famille pour
I. « l'euvfMit (Mro ajournés deux années do snilo. ;i un nouvel examen du conseil de révision les jeunes gens (^ui n’onl. pas la taille réglenienlaire de ou (]ui sont reconnus d’une coniplexion trop faihle i»our un service armé. » (Art. 27 de la loi du 1 S juillet 1889 sur le recrutement de l’armée.)
accomjtlir son sc'rvioo militaire? En retardant l’époijue à laquelle les hommes peuvent se marier on exercerait une intlnence néfaste sur le chiffre d’accroissement de la [lopulation, déjà si faihle chez nous. Enfin les armées modernes ont besoin d’nn i>rand nombre de soldats, du plus g-rand nombre possible, et en retardant l’àg-e du service militaire, on diminuerait l’eirectif de l’armée.
On ne jieut donc ]>as demander (|ue l’âge du service militaire soit retardé, mais il faut bien savoir ([u’il y a danger à l’avancer. |jors(|ue des jeunes gens de dix-huit à dix-neuf ans demandent à contracter des engagements volontaires, les médecins militaires doivent se montrer très sévères et ne déclarer aptes au service que ceux (]ui sont déveloj)pés d’une manière exceptionnelle pour leur âge.
Dans toutes les expéditions faites dans les pays chauds, ce sont tes hommes les j)lus jeunes ([ui ont fourni le plus de malades et le plus de décès; dans l’armée fi-ançaise, l’infanterie de marine c,omposée d’hommes de vingt à vingt-trois ans est toujours heaucou]) })lus éjirouvée que la légion étrangère composée d’hommes plus âgés en général. D’aj)rès M. le I)'' Rangé, pendant la campagne du Dahomey (1892), les rapatriements jiour cause de maladie ont atteint les chiflres suivants {Arch. deméd. nav., 1893) :
Légion étrangère 45 pour 100.
Artillerie de marine 51 —
Infanterie de marine 80 —
Jja fatigue donne lieu rapidement chez les jeunes soldats au découragement, à la nostalgie qui prédisposent aux maladies et en aggravent les elfets (Roncii, y^lrcA. de méd. nav., 1891. — Coustan, Les maladies imputables au surmenage dans l’armée). 11 serait, donc indis[)ensahle de ii’envoyer aux colonies (pie des soldats âgés de vingt-trois ans au moins et, à ce point de vue, ta constitution d’une armée coloniale s’iiu[)ose.
R. Taille h — Le minimum de taille exigé en France pour le service militaire a beaucoup vaiâé, comme on peut s’en rendre
1. (juiî'rm.ET, Sur la taille de riiomiiic dans les villes et les cniiipagnes. .l;i/(. d’hijrj. et de méd. léq., 1830. — Vii.i.eujié, Sur la loi de croissance de riiomine. Même liée., 1831. — Boudin, Traité de géogr. et de slatist. méd., 1857. — Du .mi'me. Eludes etlmologiques sur la taille cl le iioids derhomme chez les divers iieuples. Tlee. we'm. méd. viiid., 1803, 3" série, t. IX et X. — Sistacii, Etudes stalisl. sur les inlirmités et le défaut de taille comme cause d’e.\emp. du service milit. l\ec. mêm. méd. milit.., 1801, t. VI, p. 333. — Biioc.a, .Mém. d’anthropologie, l’aris, 1871. — Laoneau, Remari|ues etlinolog. sur la répartition de certaines inlirmités. Mem. de l'Acad. de méd.. 1800-1870. — MoiiACiiE, Traité d’Iiyg. milil., 2° édit., Paris, 1880. — Ciieiivin, Essai de géogr. méd. de la France, Paris, 1880. — Laoneau, art. Fhance (.Anthropologie) in Diction, encijclop. des .'îc. méd.
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compte en consultant le tableau suivant (|ue nous einpiaintons an Traité (Thyuiène mUitaire de i\I. Moracbe :
Miniminns de taille exigés dans l'armée française depuis J 691.
2 déc. 1G9 1 , minimum de l'infanterie. | (le «uerre
27 novembre 1776, minimum des milices
25 mars 1776, minimum de l'infanterie
22 juillet 1792
8 fructidor an VI 11
11 mars 1818
11 décembre 1830
Il mars 1832
1er février 1868
27 juillet 1872
13 juillet 1889
A ne considéc'f^ uuie les premiers et les derniers clulTres de ce tableau, on sérail tenté de croire ([ue la taille moyenne des Français a été en décroissant, (jn'il .y a eu dég'énérescence de la rac(% puisipi’on a été obligé d’abaisser le minimum de taille du soldai de 1 m. 70 à 1 m. 54. Plusieurs ailleurs ont soutenu cette thèse qui a été réfutée par Boudin, par Broca et jiar M. Moi’acbe. Boudin a conclu de ses recherches que la taille moyenne des Français, loin de diminuer, s’était accrue {Rec. mém. niéd. milit.,
.'P séide, I. X, p. 1); Broca a conslaté, pour la périotle de 1837 à 1864, (]ue la taille n’avait jias diminué en France.
^1. .Morache a recherché (piel avait été le nomhre des exemptés |)our défaut de taille et pour inlimités sur 1000 hommes réellement e.xaminés ]iar les conseils de révision de 1844 à 1868, soil pendant une période de vingt-cin(| années, et il est arrivé aussi à conclure ipu' ra|»litudc phvsi([ue d(' notre populalion, au |)oint de vue de la taille, loin de diminuer, s’était améliorée. Le nombri' des hommes de grande taille n’augmente pas, ce soûl les tailles moyennes ipii deviennent |)lus communes, ap|)aremment par suite du mélange des races (Mouacue, op. cit., F" édit., p. 101).
Les causes ipii ont conduit tantôt à augmenter, lantôt à diminuer le chillre du minimum de taille du soldai, sont facih\s à saisir’.
Autrefois les armées, peu nombreuses, étaient composées en grande [larlie de mercenaires. On tenait à avoir de beaux hommes pour les jiompes royales el aussi pour les combals; on sabordait souveni el dans les lutles corps à cor|ts des bommes do grande
hiillo avaiiMil ravanla^e; d’auli'o pari,, les armas Irès posanles ne pouvaient être maniées (jne par des liomines i>rands et A'ifioureux.
I^es modifications a[)[)ortées dans l’arineinent et la nécessité d’augmenter les eflnctifs ont modifié l’état de la (piestion. Aujourd’hui, avec nos armes [lerfectionnées, un homme de 1 m. oi- peut rendre autant de services qu’un homme de grande taille, il manie son fusiltout aussi bien que lui; il n’en était ]>as de môme aveiî le fusil à baguette.
En examinant les modifications apportées à la fixai ion de la taille du soldat, il est facile de voir (|ue le minimum a été abaissé chaque fois qu’il a été nécessaire d’augmenter les etfectifs et relevé toutes les fois que cette nécessité a disparu. « Sous Louis XIV et Louis XV, les armées permanentes, relativement })eu nombreuses en |)roporlion de la population, peuvent encore se recruter parmi les hommes de grande taille; mais, déjà en 1776, é|)oque de la reconstitution très sérieuse de P''”>uée, le législateur est obligé de descendre au minimum de 1 m. 631 ; en 1792, aux é[)oques de grandes levées, on doit admetire les soldats jusqu’à 1 m. 624; puis tout disparaît avec la tourmente révolutionnain* et les levées en masse qui deviennent nécessaires; on [irend alors tous les gens valides, grands ou petits, et lorsijue, en l’an Vlll, le général Jourdan fait régulariser le recrutement, il est obligé de porter le minimum à 1 m. 344, preuve évidente (ju’il avait été bien souvent dépassé iiendant les années précédentes. Pendant les guerres de l’Empire, ce minimum reste en vigueur; puis, lorsijue les besoins augmentent et qu’il devient nécessaire de faire un ajipel désespéré aux forces vives du pays, c’est jusiju’à 1 ni. 320 (ju’on arrive à descendre, taille presijue illusoire, car avec rancien armemenl, avec le lourd fusil se chargeant |)ar le canon, bien jieu d’boiumes aussi jietits pouvaient rendre des services bien réels. La loi de 1818 est promulguée à une épo<iue où la jiai.x semble assurée pour longtemps; les contingents ne sont [ilus que de 40 000 hommes, on |)ent donc, élever la taille, elle remonte à 1 m. 370. En 1830, au lendemain de la révolution de Juillet, on semble craindre d’avoir de nouveau à soutenir la lutte contre l’Europe entière, il faudra des soldats en grand nombre, la taille l'edescend à 1 m. 340, comme (ui l’an Vlll; puis tout se calme, l’Europe acce[)te le nouvel état de choses, et la loi de 1832 fixe le minimum de 1 m. 360, (|ui reste celui de toute cette périodi' de trente années dont la fin fut cependant mar(|uée par deux grandes
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iiiioiTOs ('t, (le loinlainos oxpédilioiis. » (Mouache, op. ci!., 2" ('mIü., p. -3.)
Depuis la yuoi'rc do 1870-187 1 la nécessité d’avoir de jiiajs elTectifs s’est imposée à la France comme aux autres |)uissances militaii-es, le minimum de la taille a ('té aliaissé à 1 m. oi-, chiffre actuellement réglementaire (Loi du 15 juillet 1880 sur le reci'utement de l’armée).
Ce chillVe de 1 m. 54 })araît é(juitalde. Un homme de 1 m. 54 |)eut faire un bon fantassin. Les jeunes gens ([ui après avoir été ajournés deux ans au conseil de révision n’atteignent pas la taille de 1 m. 54 et (jui d’ailleurs n’ont pas d’inlirmités, sont placés dans les services auxiliaires.
Un homme dont la taille est inférieure à 1 m. 54 a les jambes Ires courtes, il peut difficilement suivre pendant de longues marches des camarades plus grands (|ue lui; à plus forte raison, ne peut-il pas être placé dans la cavalerie; déjà un homme de 1 m. 54 ne jieut pas faire un cavalier.
Un adojifant un chiffre plus élevé comme minimum de taille, on exempterait un grand nombre d’hommes pouvant faire un bon service; de plus, on [«rendrait plus d’hommes dans certaines régions de la France «[ue dans d’autres, on favoriserait par consé([uent les [«opulations de petite taille; ceci demande quelques exjdications.
Autrefois on pensait que les dilTérences de taille observées entre les habitants de telles et telles la^ffions tenaient au decré de sainhrité et de fertilité de ces régions; on avait remanpié (|ue dans les jtays maivcageux et dans les pays de montagnes les hommes étaient généralement petits.
Le degré de salubrité d’une région exerce une infiuence incontestable sur la taille de ses habitants.
Bertrand a constaté «pie dans le canton de Levi’oux (Indre), fertile et salubre, il n’y avait (jue 50 exemptions pour défaut de taille sur 1000 examinés, landis «jue dans le canlon de Mézières, sifué au milieu des marais de la Brenne, il v en avait 145. (I{ech. sur le J’ecrutement dans l’Indre. Rec. mém. méd. milil., 1865.)
Des ohsei'valions analogues ont élé faites dans la llaute-Loin' par Béi'uy (Rec. mém. méd. milil., 1867), et dans la V(‘ndée par Lè(|ues (Même Rec., 1864). Mais cette inlluence n’est ni la seule, ni même la principale.
Boudin, le premier, a montré (jue rinlluenci' de la race étail pivdominante et les recherches de llroca, d(> Sistach, de Lagneau, el de Chei’vin, ont conlirmé celte opinion.
Lorsque, eomino l’a fail, Sistacli, on classe les (lé|)îirlcincnls français : 1® d’après le noinijro dos exoin])lions pour défaut de taille; 2" d’après le noinlire des exemptions pour infinnités de toute sorte, on constate que les déjiarteinents qui ont le [dns d’exemptions jiour intirinitès ne sont pas les mêmes que ceux qui pz'ésentent le plus d’exemptions pour défaut de taille.
Le département de l’Ardèche, [lar exemple, qui a le n" 1 poulies infirmités en général, qui est très salubre par conséquent, a le n“ 83, un des derniers, sur la liste des exemjitions pour défaut de' taille.
En comparant les données relatives à la répartition des grandes et des petites failles en F rance à celles de l’ethnog-rapliie, l’intluenn' de la race devient évidente.
Dans la carte représentée ci-contre (tig. 1), que nous em[»runtons à M. Lagneau {oj). cil.), les déjiartements sont divisés en trois catégories ;
1" 34 départements présentant de 24,39 à 56,48 exemptés pour 1000 (teinte blanche);
2° 26 départements présentant de 56,63 à 81,41 exemptés pour 1000 (teinte grise);
3“ 26 départements présentant di' 84,72 à 174,85 exemptés [lonr 1000 (teinte plus foncée).
Lorsqu’on examine cette carte qui diffère [leu de celle dressée jiar Boudin, on est frappé de la démarcation très nette qui existe entre les dé[)artements à gi-ande taille et les départements à petitetaille. Une ligne oblique (|ui part de l’extrémité méridionale du département de la Manche et qui va aboutir au département des Hautes-Alpes en passant au nord dc's déjiartements de la Mayenne, de la Sarthe, du Loir-et-Cher, du Loiret, de l’Yonne, de Saone-et- Ijoire, à l’est de la Loire et de la Drôme, divise la France en deux régions bien distinctes. La [ihqiart des déjiartements à teinte foncée se trouvent au sud et la plupart des départmnents à teinh' claire au nord de celle ligne; en outre, une zone de départements à teinte blanche ou grise corres|)ond an bassin de la Garonne et se prolonge jusipi’à la vallée du Hbône. Or ces zones habitées [>ar des po[mlalions à grande ou à petite taille correspondent très exactement à des populations ethnologiquement distinctes.
Ijorsque César lit la conquête des Gaules, trois nations dillérentes occupaient le jiays. « G allia est omnû divisa iu parles 1res quarum wiam incolunl Jkdr/æ, aliam Aquitani, lerliam qui, ipsorum linguâ, Cellæ, noslrd Ga/li appellanlur. Ili omnes linguâ^
DU RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE L’iIYGIÈNE MILITAIRE
institut is, legibus, inter se differunt ; Gallos ah Aquitains Garumna /lumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit. » {De hello Gallico, lil). 1, cap. 1).
Keportons-nousniaintoiiant à la carte des défauts de taille : la zone blanche priiicijiale correspond évidemment au pays des lîelges et
Kig. 1. — Carte ilomiaiil ]>ar Uéi.artciiicnt le iionibro ties exemptés pour dél'aut do taille
sur 101)0 liommcs examinés.
des Galales, la jilupart d’orif^ine germanique ou kymrique, (jiie César dépeint comme des hommes de haute taille, à la chevelure blonde.
Au sud-ouest (bassin de la Garonne) se trouvaient les Aquitains (jui, d’a|)rès Strabon, ressemblaient au.x Ibères.
Kntin les régions intermédiaires étaient occupées par les Celles dont un diabude se parle encore en Itretag^ne. Les populations dt' race celtitpie forment trois g-roupes distincts ipii corres[)ondent au.x départements ayant le plus grand nombre d’exemptions jiour
dO
<léfaul, (le I, aille : Hrelaiiiie, Ceiilre de la France, Aljies. Les anciens auteurs décrivent les Celtes coimne des hommes de |)otite taille, aux cheveux hruns, tandis (ju’ils s’accordent avec Césai- jiour dire (|ue les Belges et les (ialates étaient de haute faille avec des cheveux blonds.
Il est reniarquahle cjue malgré les invasioiys et les migrations, malgré les unions incessantes entre individus de races dillérentes, les caractères de race soient aujourd’hui encore aussi prononcés ; ces caractères sont d’ailleurs d’autant plus marqués (jue les populations sont plus isolées; c’est ainsi (]ue les cantons du centre de la Bretagne ont plus d’exemptions pour défaut de taille (|ue les cantons maritimes ; sur les cotes le mélange des races se fait mieux (ju’à l’intérieur où les immigrants sont en très petit nombre.
L’exemple des Bretons et des Normands C[ui vivent dans des conditions à peu près semblables, et, on peut le dire, côte à côte, est très frappant; les deux races sont restées bien distinctes; les Normands, qui descendent des Germains, sont grands en général, tandis (jue les Bretons, d’oiigine celtique, sont de petite taille h
L’inlluence de la race est également évidente si l’on considère les chilTres du minimum de taille adoptés j>ar les dillérentes nations euro[)éennes (Moi’ache, o;j. cil.). Les peiqiles d’oiâgine germanique (Allemands, Anglais, Suédois) ont un minimum de taille notablement plus élevé (jue les peujdes d’origine celtique mélangée (France, Es|)agne) et (jue les Slaves (une partie de l’Autriche).
Minimum de (.aille.
Empire d’Allemagne 1“,570
Angleterre 1 ,600
Suède 1 ,608
Belgique 1 ,570
France I ,540
Italie 1 ,560
Espagne 1 ,560
Autriche t ,5:i0
Il n’y a [»as de cbillre maximum pour la taille du soldat, on adojite seulement pour certains corps des chilTres minimum el maximum; il y a avantage, pai‘ exenijile, à exidure de la cavaleide les hommes de grande faille (jui sont lourds et (jui surchargeraient les chevaux.
1. Nous renvoyons le lectenr qni vomirait approfoiulir celle (jiiestion aux travaux •le Boudin, de Sistacli, de Cliervin, de Lagnean <léj(i cites el en particulier an savant article Fhan'C(î (Anthropologie) de M. Lagneau, in Diction, cnci/clop. des Sc. méd.