PÉRIMÈTRE
Ihoraeique.
Moyenne. 1“,659
Sur 41)30 soldats russes examinés, la taille moyenne était donc de 1 ni. ()d0 et le périmètre thoraci(|ue de 0 m. 887, notahlemeni supérieur à la demi-taille (0 m. 820).
En coiu[)arant des liommes de même taille, les uns de constitnlion rolmste, les autres faibles ou |)htisiques comme avait fait mon père, les mêmes auteurs arrivent aux résultats suivants :
( Hommes de constitution faible. .
( Hommes de constitution robuste.
.,0 f Phtisiques
\ Hommes robustes de même taille.
Taille.
Demi-taille.
Périmètre
thoracique.
Sctdand et Stolarof concluent de leurs reidiendies (jue : chez un indioidn bien consUlué la circonférence thoracique excède toujours la demi-taille de cc -jO millimètres ; cette conclusion semble en elïèt s’imposer après la lecture de buii' travail.
Capdevielle dans sa tbèse (l*aris, 1873) donm* b's résultats d(' recherebes faites sui- 180 sujets (médecins slaiiiairi's du Val-de- (iràce et soldats en traitement pour des atlèctions cbirur^icab's légères), et il anâve aux mêmes comdusions (pie S('eland (d Slolarof.
Il était indi(|ué, après tani de travaux concordants, de lair(( passer dans la pratiipu' bi formub' si commode de Seeland et Stolarof; on l’a li'iilé en etlét dans b‘s dinéreiilt's armées enropéeniu's, mais on a reconnu bi(>n vile ipi’il n’élail pas possible d’appliipier
cctto formule dans sa rigueur. (E. Vallin, De la meiisur. du Ihorax et du poids du corps du Français de 21 ans au point de vue de la reAusion. Rec. mém. méd. müit., 187G.)
En Russie on a constaté qu’il était impossible d’assurer le recrutement dans ces conditions.
En France on avait décidé en 187G de ne déclarer aptes au service que les hommes dont le périmètre thoracique égalait la <lemi-taille plus 2 centimètres. Le jour de l’ouverture des conseils de reAÛsion des dépêches affluèrent de tous côtés rendant compte ({u’on éliminait ainsi un nombre excessif de jeunes gens; il fallut rapporter l’ordre donné.
L’instruction ministérielle de 1877 sur l’examen des recrues deA'ant les conseils de révision, sans fixer de règle absolue, donnait le chitïVe de Ü m. 78 comme un minimum au-dessous duquel il était rare de voir s’abaisser le ])érimètre thoracique chez les sujets aptes au service militaire. Les dernières instructions ministérielles françaises ne donnent jilus aucun chiflre pour le périmètre thoracique compatible avec le service militaire.
En Belgique une circulaire du 2G mars 1880 pi’escrh'ait (jue chez les hommes dont la taille n’atteignait ]>as 1 m. GS, le périmètre Ihoraciijue devait excéder la demi-taille de 20 millimètres au moins; cet excédent poinaiit être réduit de 10 mm. pour les hommes dont la taille dépassait 1 m. G5. En 1881 et 1882 on fut obligé de prendre 20 à 25 pour 100 de miliciens ne répondant pas aux conditions réglementaires (Titeca, Arc/i. de méd. milit. belges, 1883, 11° 2).
En Allemagne le règlement concernant l’apUtude au service militaire constate que le périmètre thoraci([ue n’est pas un critérium ; il devra toujours être rapproché, dit le règlement, de la dilatabilité de la poitrine et de la structure générale du coiqis. Le périmètre de 0 m. 80 (à rex[)iration) est donné comme un minimum pour les tailles moyennes, minimum qui ne suffit ([ue si le corps est bien bâti du reste et si l’amidilude respiratoii’e n’est pas au-dessous de 0 m. 05. {Arch.de méd. milit., 1883, t. 11, p. GO.)
11 u’a' a guère que la loi anglaise sur le reci'utement (|ui ait maintenu un minimum légal pour le périmèire thoracique; mais l’armée anglaise n’est pas comparable aux autres armées européennes; elle ne se i-ecrute ([u’à l’aide d’engagements volontaires, ses elTectifs sont faibles et on peut se montrer difticile |)our le choix des hommes.
On s’ex|)li(|ue facilement (jLie les conclusions des travaux pré-
DU RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE l’hYGIÈNE MILITAIRE
cilos se soient trouvées en défaut lorsijn’on a voulu les faille passer dans la pratique des conseils de reA'isiou.
Ainsi (lue M. Vallin l’a très bien montré {op. ci/.), Allaire, Bernard, Seeland et Stolarof ont été conduits à donner des chilTrcs tro[) élevés du périmètre thoracique, [larcc que leurs recherches ont |)orté sur des soldats au service depuis ])lusieurs années, et le plus souvent sur des soldats d’élite (chasseurs à pied ou à cheval de la Garde impériale française, soldats de la Garde impériale russe); le thorax se développe sous rinllueuee de l’àg-e et des exercices militaires ; les résultats obtenus par ces auteurs ne sont donc pas applicables à l’examen des recrues.
Bien que la pratique ait démontré qu’on ne pouvait pas exiger pour l’aptitude au service militaire un périmètre thoracique égal à la demi-taille plus deux centimètres, comme le demandaient Seeland et Stolarof, la mensuration du thorax n’en reste pas moins un des moyens les plus fidèles que nous ayons pour jug'er de cette aptitude.
Après avoir voulu donner à la mensuration du thorax une importance exagérée, on est tombé dans un excès contraire; c’est la loi ordinaire des réactions en médecine.
D’après le D''Tohlt, médecin militaire autrichien, il faudrait refuser toute valeur à la mensuration du thorax par la raison ([u’il n’y a ]>as de rapport direct entre la capacité thoi’acique et la circonférence thoracique. Il est certain que ce rapport n’est pas constant (Ilutchinson, liecht) et que le sj)iromètre seul donne des indications précises sur la capacité thoracique, mais comme on ne peut pas employer le spiromètre an conseil de révision, il faut bien se contenter de la mensuration du thorax qui d’ailleui's fournit des données assez exactes sur la capacité thoracique, comme le jirouvent les recherches d’Arnold, de llirtz, de Woillez et de Gintrac.
Nous nous sommes toujours bien trouvé, pour notre part, de faire la mensuration du thorax et nous aA'ons constaté, conformément aux indications de l’instruction de 1877, que les jeunes gens dont le périmètre thoracique n’atteignait ]ias au moins 0 m. 78 pour les tailles moyennes et les petites tailles étaient très rarement a|)tes au service militaire. Les indications fournies par la mensuration du thorax, faciles à conliajler, sont souvent niiles |)onr entraîner la conviction des membres des conseils de révision lors- ({ue l’aptitude d’un jeune homme au service militaire est discutable.
Il résulte des recherches de Mackiewicz (|ue les périmètres lhoraci(pies faibles se renconirent ([iiatre fois plus souvent chez les tiiherculcnx (pie chez les sujets sains; comme il importe de ne
Lavbran, Hyg. miliL.
[ms admcllro dans rarmcc les sujets prédisposés à la tuberculose, on voit, qu’à ce point, de vue encore la inensuralion du thorax a une grande valeur (Mackiewicz, Arch. de méd. milil., 1894, t. XXIV, p. 194).
L. Laveran, Seeland et Stolarot' avaient signalé déjà les faibles périmètres thoraciques des tuberculeux.
On apprécie V mnplünde respiratoire en mesurant la poitrine pendant une inspiration et pendant une expiration forcées et en j)renant la différence des deux mensurations.
Nous avons vu qu’en iVllemagne on attribuait une grande importance au chiffre de l’amplitude respiratoire, malheureusement la volonté <lu sujet peut intervenir, ce qui est un gros inconvénient j»our un moyen d’exploration qui doit servir au conseil de révision.
Mesurer la circonférence thoracique paraît facile; cependant si on fait faire cette mensuration sur un môme individu par plusieurs personnes, il y a beaucoup de chances pour qu’il y ait autant de chiffres (|ue d’ohservateurs.
La cage thoj-aci(|ue a une forme coni(|ue et elle est mobile, par suite son périmètre varie suivant la hauteur à laquelle on place le ruhan métrique et suivant que la mensuration est faite pendant l’inspiration ou pendant l’expiration ; enfin les muscles thoraciques peuvent, par les saillies qu’ils déterminent en se contractant, ou [lar les mouvements qu’ils imjiriment aux côtes et aux omoplates, modifier le périmètre thoracique; c’est ainsi que ce périmètre Amrie suivant que les bras sont leA'és ou abaissés.
Il est donc indispensable d’établir des règles précises pour la mensuration du thorax.
On doit se servir d’un ruban métrique inexlensible.
Dans la mensuration himammaire on jdace le ruban métriipie juste au-dessous des mamelons; ce procédé, commode à cause des points de repère fournis par les mamelons, j)résente des inconvénients : les saillies des pectoraux et des i-égions mammaires, celles des omoplates, Irès fortes chez certains individus, viennent fausser les chiffres.
La mensuration sous-pectorale, préconisée j)ar IM. Vallin, ne présente pas les mêmes inconvénients et doit être préférée à la mensuration himammaire; le ruban métri<]ue est j)lacé au-dessous de la saillie des [lectoraux, à 0 m. 04 au-dessous des mamelons; la mensuration se fait dans l’intervalle de deux inspirations, les bras tombant naturellement le long du coiqis.
L’homme dont on [)rend le périmètre thoraci(|ue a une tendance
Dü RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE l’iIYGIÈNE MILITAIRE 19
iiistiiicüve à'gonller sa poitrine, })Oiir éviter cette cause d’erreur, il est 1)011 de lui prescrire de conijiter à voix haute, ce qui l’ohlig-e à respirer d’une façon régulière.
La mensuration sous-axUlaire qui consiste à placer le ruhan métrique aussi haut que possible sous les aisselles donne des |)érimètres de 3 à G centimètres supérieurs à ceux obtenus par les procédés précédents. Les causes d’erreur sont plus nombreuses encore ([ue dans la mensuration bimammaire (saillies des pectoraux, des gTands dorsaux, des omoplates).
On a conseillé encore de prendre le périmètre scapulaire en faisant passer le ruban métrique par-dessus les bras, au milieu des deltoïdes (Lehrnbecher, Deutsche milildràrztl. Zeitschr., 1886). Les cbilTres ([u’on obtient ainsi sont influencés par le développement des deltoïdes plus encore que par celui de la cag'e thoracique.
Les spiromètres de Ttutcbinson, de Marey, etc., fournissent des indications précises sur la capacité respiratoire, mais ils présentent de graves inconvénients en ce qui concerne l’examen des jeunes gens devant les conseils de révision. Il faut un certain temps pour faire une bonne observation avec ces appareils et, si simple ({ue soit leur fonctionnement, on aurait souvent de la peine à le faire comprendre à des conscrits qui ne parlent pas toujours le français. Ce qui rend surtout les spiromètres inapplicables à l’expertise en question, c’est que la volonté peut intervenir pour modifier les résultats de l’observation ; les jeunes gens désireux de se faire exempter du service militaire sauraient l)ien vite que, poui‘ arriver à leur but, ils ne doivent pas souffler fort dans l’apjiareil.
La même objection s’adresse au dynamomètre qui pourrait permettre d’apprécier la force musculaire.
On a cherché dans \c. poids du corps une indication pi’écise pour apprécier le degré d’ajititude au service militaire.
Le |)oids du corps varie avec l’âge et avec la taille.
Les ebifl res suivants emjiruntés à Quetelet {op. cil.) donnent pour les âges qui nous intéressent l’échelle du dévelop[)ement de la taille et du |)oids de riiomme.
Age. Taille. Poids.
17 ans 1™,634 52^83
18 ans I ,038 37 ,83
20 ans i ,074 00 ,00
23 ans i ,080 02 ,90
Le poids aipumente avec la taille, mais la [iropression dii poids n’est pas la môme que celle de la taille.
D’après les recherches de Quetelet lU centimètres d’élévation dans la taille correspondent, pour les individus de 1 m. oO à 1 m. 60, à 5 kilopr. d’augmentation dans le poids; pour ceux de 1 m. 60 à 1 m. 70 à 2 kilogr. h; pour ceux de 1 m. 70 à i m. 80 à 2 kilogr. ; poui' ceux de 1 m. 80 et au-dessus, à 0 kilogr. 540 seulement.
Allaire {op. cil.) a trouvé ([ue chez les hommes de 30 ans ayant une taille de 1 m. 68 le poids moyen était de 64 kilogr. liohert dans des conditions semblables {op. cit.) a obtenu comme |)oids moyen 64 kilogr. 325.
Ces chillres élevés s’expliquent par ce fait que Allaire et lioberl ont [tris le [toids moyen d’hommes de moyenne taille (1 m. 64 à 1 m. ()8) et âgés de 30 ans. Les jeunes gens qui se [trésenteni au conseil de révision ne sont [tas conqtarables aux soldats de la Garde sur lesquels Allaire et Robert faisaient leurs observations; nous avons eu déjà l’occasion de le faire i'emar([uer à propos dn [téri mètre thoracique.
D’aitrès Seeland le poids moyen des hommes de 1 m. 55 à 1 m. 60 est de 58 kilogr. 210; celui des hommes de 1 m. 60 à 1 m. 645, de 61 kilogr. 215; celui de, s hommes de 1 m. 645 à 1 m. 689, de 63 kilogr. 975.
L’important serait de connaîire, non le [toids moyen de soldais bien constitués, mais le poids minimum com[tatible avec le service militaire. Plusieurs observateurs ont cherché à déterminer ce minimum.
Parkes regardait comme inqu'0[tres au service les jeunes gens qui à l’iige de dix-buit ans ne [tesaient [tas au moins 52 kilogr. D’après Fetzer, médecin-major wurtembergeois, le poids minimum de l’homme apte au service serait de 60 kilogr. et d’a[très Lehrnbechei’, médecin bavarois, de 53 à 55 kilogr.
Mackiewicz estime (ju’un liomme dont h' [tttids est inférieur à 54 kilogr. et ipii a un [térimètre des épaules inférieur à 1 m. 02 est [trestpie toujours inqtrojtre au service mililaire {Avch. demtki. milil., 1888, [t. 161).
hhi ce ([ui cttncerne s[técialement les cuirassit'rs (bomiues de 1 m. 70 à 1 m. 75), Douhre conclut tpie, toutes les fois qu’on trouve un périmètre inl'érieur à la demi-taille, avec un [toids audessous de 60 kihtgr., l’homme doit ôire déclaré impropre au service {liée. mém. mcd. mdil., 1882, I. XXXVTll, |>. 529).
DU RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE l’hYGIÈNE MILITAIRE
D’après M. Morarhe (o;j. cil., p. %) :
Vers l'",55 le poids doit dépasser 155. . . kilogr.
— 1 ,150 — doit varier de 58 à 60 • —
— 1 ,65 — — 61 cà 62 • — ■
M. Vallin fixe à oO kilogr. le poids minimum comjialilile avec le service militaire pour les hommes de petite taille; les hommes de 1 m. “0 et au-dessus seraient suspects quand iis ne jièseraient pas GO kilogr. et les hommes de d m. 80 et au-dessus ([uand ils ne pèseraient pas 70 kilogr. au moins.
Les [loids suivants sont indiqués par Duponchel comme pouvant faire présumer l’inaptilnde an sei'vice militaire :
De 1"',54 à 1™,50 moins de 50 kilogr.
De 1 ,60 cà 1 ,65 — 55 —
De 1 ,65 à 1 ,70 — 57,5 —
De 1 ,70 à I ,80 — 50 —
De 1 ,80 et au-dessus — 61 —
11 est certain (|u’nn homme de vingt ans ([ni ne pèse que oO kilogr. n’e.st ]>as ajite au service militaire ; la charge du fantassin qui dépasserait la moitié du poids de son corps est Irop lourde [ujur lui; mais il est rai’e qu’un homme de vingt et un ans, mC'ine petit et faihle, n’atteigne pas ce poids.
Ln somme la donnée fournie par le poids du corps permet moins encore que celle fournie par le périmètre thoracique, de Irancher les questions d’aptitude ou d’inajititude au service militaire; néanmoins elle est intéressante et elle sera utilement consultée dans certains cas.
Dnponchol recommande aux médecins qui examinent des jeunes gens an point de vue d(' l’aplilude au service militaire de rechercher avec soin les deux signes suivants : l'abaissement de la pointe du cœur, et la durée proion fiée de C expiration au sommet des poumons, particulièrement au sommet droit, et d’en tenir grand compte lors- (ju’ils les Injuvent. (Du diagnostic de la faiblesse de constitnlion, Arch. deméd. milit., 1887, t. IX.)
L ahaissenient de la poinle du cœur indi(|ue soit nue hy[)ertrophie du C(jenr, soit un développement incomplet de la [loitrine pai‘ snile diKjuel le c(jour ii’a pas pu prendre sa place normale, il a donc, une importance inconlestahle ; mais ce signe esl bien loind’étn' constant chez les individus de conslitniion faihle.
Ij’expiration prolongée aux sommets est souvent nn des signes d(‘ la, tuberculose an débul, c.’est suidoid à ee point de vue (ju’on
doit lui attribuer une grande valeur ainsi ([u’à la ruiless(> du bruil respiratoire et au retenlisseinent de la voix ([ui dénoncent l’induration des sommets. Duponchel admet (|ue cbez les individus faibles, la vitalité des sommets et l’élasticité du lissu pulmonaire' sont diminuées, d’où le prolongement de l’expiration; cette exjdication nous [eai'aît bien hypothéti(|ue *.
IL On doit s’effouceh d’élbiineu les jeunes gens atteints de
MALADIES POUVANT s'AGGnAVEll AU SERVICE OU DE -MALADIES TRANSMISSIBLES
DIFFICILES A GUÉRIR. — Il n’ciître pas dans le plan de cet ouvrage de passer en revue la longue série des maladies ou infirmités qui sont incompatibles avec le service militaire ■ ; nous nous bornerons à ce proi)OS aux indications suivantes (pii sont du domaine de l’hygiène :
1” Nécessité de tenir compte dans l’examen des jeunes gens un peu faibles (jui se présentent au conseil de révision, de l’inlluence qu’exercera sur eux le service militaire.
2° Nécessité d’éliminer tous les Jeunes gens atteints de maladies transmissibles difficiles à guérir.
3“ Nécessité d’éliminer également les hommes atteints d’infirmités qui seraient une cause d’insalubrité dans les chambres de caserne ou de dégoût pour les autres hommes.
11 existe des états pathologiques que le service militaire peut améliorer, il en est d’autres qu’il aggrave pi-esqiie toujours.
Un certain nombre de jeunes gens surmenés par leurs études, ou épuisés par des excès, d’autres qui ont des professions très fatigantes (les garçons de café, de restaurant, à Paris), d’autres enfin (pii travaillent dans les mines ou qui appartiennent à des industries insalubres se présentent au conseil de révision avec tous les signes de l’anémie et d’une débilité [(lus ou moins [u-ononcée.
Les effets d’une alimentation mauvaise ou insuffisanle viennent souvent s’ajouter à ceux de la fatigue.
1. Consuller au sujet des moyens à employer pour constater l’aptitude au service militaire, outre les travaux cités dans le texte ; les Traités d’hygiène militaire de Hajimond, de PAnxiis, de Roth et Lex, de Mohaciie et les ouvrages suivants : Woii.lez. Rech. pratiques sur l’inspection et la mensuration de la poitrine, Paris, 1838. — Gintkac, Rech. sur les dimensions de la poitrine dans leurs rapports avec la tuberculose. BuUel. Acad, de méd., t. X.KVII. — Aitken, De la croissance des recrues el de leur choix, lAUidres, 1862. — IIeciit, De la spiroinélrie, th. Strasbourg, 1869. — Tou)t, Studien über die Anatomie der menschlichen Brustgegend, Stultgard, 187S. — Duponchel, Traite de médecine légale milit. Paris, 1890. — Lavekan, L’hygiène milit. et les conditions d’aptitude au service militaire. Beviie scientif., 25 juin 1892.
2. Consulter à ce sujet l’instruction du 13 mars 1894 sur l'aptitude physi(|ue au service militaire.
DU RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE l’iIYGIÈNE MILITAIRE
Los hoininos (|ui ont <los professions insalulires peuvent présenter en outre les siiines particuliers caracléristiiiues d’une intoxication professionnelle (liséré ploinbi(|ue chez les peintres, stomatite et tremhleinent chez les ouvriers (|ui manient le mercure, etc.).
Dans les cas où ces états [lathologiijues sont jieu |)rononcés, ils ne sont pas un motif d’exemption; on peut être sûr eu ellét (|ue le service militaire, loin de les aggraver, exercera sur eux une très heureuse inllneiice.
Poui- que les intoxications saturnine et mercurielle entraînent l’exemption, il faut (ju’il y ait cachexie et qu’on ne puisse pas prévoir la guérison à bref délai de la maladie. (Instruction du 13 mars 1894.)
Il en est de même du ])aludisme et du goitre léger; les jeunes gens atteints de paludisme et habitant des régions malsaines hénéticieront du service militaire (jui les fera sortir du milieu insalubre où ils vivent, mais [lour qu’une guérison ra[)ide puisse être obtenue il faut (jue la maladie ne soit pas arrivée encore à la cachexie avec augmentation considérable de la l'ate. Les hommes atteints de cachexie palustre ne jiourraient guérii* que très lentement, souvent après plusieui’s années de traitement. De même pour le goitre (jui ne peut disparaître rajiidement (jue s’il est peu prononcé.
A côté île ces états pathologiijues (jue le service militaire fait disjiaraître pres({ue toujours, il en est d’autres (pi’il aggrave et sur le.squels ]>ar conséquent l’attention du médecin doit être dirigée tout ])articulièrement.
En tête de ces maladies qui s’aggravent au service, nous citerons tes affections du cœur. Sous l’intlucnce des exercices militaires ces allections, parfois assez peu prononcées pour avoir été méconnues avant l’entrée au service, peuvent [irendre rapidement beaucou]) de gravité (V. chapitre iii, Cœui- foi'cé). Les atTections cai’diiiques, si légères ipi’elles soient, doivent donc entraîner 1 exemption du service ou la réforme si elles ne sont constatées qu’îiprès l’incorporation.
Les maladies Irmi^missibles ipii sont d’nne guérison longue et difticile entraînent l’exemption du servici' militaire. Il ne faut pas introduire dans les casernes des hommes atteints de teigne invétérée, de mentagre, d’ophtalmie granuleuse <pii pourraimit transmettre la maladie dont ils soid, atteints et (pii passeraient la |)lus grande partie de leur l(>m[)s de service à l’hopilal. Dans les armées allemande et belge des mesurc's éiK'rgiipies ont dù être prises pour combattre 1 ophtalmie purulente é[)idémi([ue, une des mesures
les plus eflicRces a élé do n’adnieUro dans l’aiaiiée aucun malade se |)réseiitanl au conseil de révision avec un catarrhe conjonclival l’rave et chronique ou avec une ojihtaliuie g-ranuleuse
Il serait dangereux d’exeiu[»ter tous les malades atteints de teigne ou de conjonctivite granuleuse; on risquerait d’encourager ainsi la provocation de ces maladies. On a vu en effet des jeunes gens contracter volontairement la teigne dans le but de se sou.straire au service militaire. On n’exemptera que les hommes (diez lesquels ces maladies sont invétérées, les aulres seront déclarés bons pour le service, mais isolés dès leur arrivée au corps. En Autriche-Hongrie on a créé des casernes spéciales dans lesipielles les malades atteints de conjonctivite granuleuse sont isolés et traités tout en [toursuivant leur instruction militaire.
IHen entendu il faut s’etforcer d’éliminer au conseil de révision tous les jeunes gens qui présentent des signes de tuberculose ou môme simplement les signes d’une évidente prédisposition pour cette maladie; ralïéction ne peut que s’aggraver au service et le tuberculeux est une cause de danger dans la caserne, puis(|ue la tuberculose est contagieuse comme l’ont démontré les beaux travaux de Yillemin.
Un certain nombre de jeunes gens atteints de tuberculose au début, mais dont l’état général est encore satisfaisant sont admis {duKjLie année [lar les conseils de révision et continueront à être admis, malgré toutes les précautions prises, malgré les visites d’incoiqioration les plus sérieuses et les plus sévères, à moins (pi’on ne trouve un moyen de diagnostiquer avec certitude et très rajiidement la tuberculose au début, ce qui est [)eu probable. E’attenlion des médecins militaires doit donc être toujours en éveil à, ce sujet; il faut examiner avec beaucoup de soin tous les jeunes soldats qui se plaignent d’op|)ression, de dyspnée, ou (jui maigrissent; dès (ju’il y a soupçon de tuberculose, riiomme doit être éloigné de la caserne, envoyé à l’boiiital ou dans sa famille.
Il faut encore tenir grand compte de ce fait (jue les bommes reconnus a|>tes au service sont deslinés à vivre en commun avec d’autres bommes qu’ils ne doivent j»as incommoder, auxquels ils ne doivent pas ins[)irer un sentimeni de répulsion; on éliminera
1. Lavehan, Traité îles nuilail. des armées, I87ü, p. ülü. — .Iacoiison, De la eonduite des médecins milil. au conseil de révision en ce qui concerne les malnil. conlagienses des yeux. Berlin. Iilin. Woch., ISS3, n" 22. — L’o|ililalmie conlagiense dans rarinée, Deutsche mililüvürzll. Zeilschr., 1S93, n"4. — I'aikkt, La conjonclivile grann- Icnse dans rarmée (Congrès d’hygiène de Hnda-I'esl), 1891. — Yai.u.n, Discussion de la jirécédeiile communie., lievue d’In/i/iène, 1894, p. 867.
DU IIECRÜTEMUNT AU POINT DE VUE DE d’hYGIÉNE MILITAIRE
par cons(M|iient los liomnies alloinls »roz(''ii(', de sueurs félidés (hroiiiliydrose), d’iiicoiiliiieiiee iiocluriie d’uriiH', de laideur repoussante, etc.
111. Nécessité d’introduire la réforme temporaire dans notre LÉGISLATION MILITAIRE. — Nous avoiis VU plus luuit (pi’il ii’v il pas (le sieiie certain de ra])litude au service militaire, <pi’auc,un des inoyens d’exploration dont nous disposons n’est infaillilile ; d’autre jiart il arrive souvent (|ue des jeunes gens ([ui se trouvaient à la limite de ra[»titude au moment de l’incorporation, loin de se fortitier, comme on pouvait l’espérer, s’alîaihlissent davantage sous l’inlluence de maladies latentes ; il est donc nécessaire de ])ouvoir revenir sur les décisions prises.
Les jeunes gens reconnus trop faibles [lour le service militaire sont pro[»osés pour la réforme. Malheureuseinent comme la réforme est définitive, les commissions s[)éciales se montrent avec raison difficiles; lorsqu’elles réforment un soldat de l’armée aciive, elles décident en même temps (|ue cet homme n’aura plus aucun service à faire ni dans la réserve, ni dans l’armée territoriale.
Pour que la réforme soit |)rononcée, il faut (|ue les médecins l)uissent affirmer l’existence d’une maladie incurable ou du moins très difficilement curable, et on se trouve conduit à conserver dans l’armée, (piebjuefois pendant jilusieurs années, des jeunes gens manifestement Irop faibles, et des malades chez lesijuels la tuberculose existe, mais à l’état latent, sans (|u’on jaiisse affirnu'r son existence en s’ajipuyani sur des signes pbysiiiues manifestes. Pour renvoyer ces jeunes soldats chez eux, il faut attendre (jue le diagnostic se soit confirmé.
Parmi les malades qu’on est amené à conserver et (jui passent leur temps en congé de convalesceiic(( ou à l’Iuîpilal, nous citerons ceux ipii ont eu des pleurésies av('c déformation conséciilive du thorax, ceux <[ui soni atteints de bronchite siis|tecle, de dyseuti'rie grave av(>c tendance à la, chronicité ou de lièvre intermittente
rebelle. Il serait évidemment avantageux |)our ces malades de pouvoir rentrer dans leurs familles <|uand ils le désiriml ; l’Etat y trouverait aussi son avantage; mais pour (pie ce résultat soit obtenu, il tant (jue notri' législation sur les réformes soit modifiée, il faut (pie les commissions puissimt se montrer beaucoup plus larges, ce (pii U arrivera (pie s’il est établi (pie les bommes renvoyés dans leurs loyers ne seront pas perdus délinilivemenl pour l’armée. b..n Allemagne le soldai réformé d(' l’armée active est examiné
au moment de son passage dans la landwelir et admis de nouveau dans l’armée si son état physiijue s’est sul'(isamment amélioré.
Dans ces conditions, on n’iiésite pas à renvoyer chez lui un jeune homme qui paraît trop faihie, et tout le monde y trouve son compte; les jeunes gens sont heureux de rentrer dans leurs familles, l’Etat réalise de grandes économies sur les frais de maladii* el n’entretient pas de non-valeurs, enfin l’armée ne s’aftaihlit pas.
Les nouvelles conditions du service mililaire étant données : service de trois ans dans l’armée active, service jusqu’à l’âge de (|uarante-cinq ans dans les réserves, cette manière de faire nous paraît |)résenter de grands avantages (Laveilyn, Arch. de méd. niüil., 1885, t. V, [). 104, et Revue scientifique, 25 juin 1892).
En Algérie nous avons regretté bien souvent de ne pas pouvoir applique!’ cette mesure de la réforme temporaire à des hommes fortement éprouvés par la dysentei’ie ou par les fièvres et qui étaient sans cesse en congé de convalescence ou à l’hôjiita].
C’est surtout pour la prophylaxie de la tuherculose que la réforme temporaire rendrait de grands services. Aciuellement les médecins militaires sont obligés de garder trop longtemjis dans les corps de troupe ou à rhôjûtal les jeunes gens qui ont des bronchites suspectes, sans localisations bien nettes vers les sommets, la réforme n’est [U’ononcée que lorsque les signes de la tuherculose sont devenus manifestes. En attendant la réforme, les malades infectent avec leurs crachats les chambres de caserne et les salles des hôpitaux. L’intérêt des malades s’accorde ici conqilètement avec l’intérêt de l’Etat; chacun sait en effet que le séjour de riiô|)ila1 ni' convient pas aux tuberculeux.
Un engagé volontaire qui est réformé pour cause de maladii' jieut être pris au conseil de révision si, au moment où il s’y |U’ésente, avec les hommes de sa classe, il est jugé bon jiour le service; la réforme temporaire existe donc déjà chez nous, il suflirait de généraliser cette pratique et de décider que les jeunes gens réformés de l’armée active seront examinés de nouveau, coinnu' cela se fait en Allemagne, au moment de leur jiassage dans la réserve et dans l’armée lerriloriale.
IMusieurs de nos collègues ipii oui étudié récemment celle (juestion ont demandé, comme nous l’avions fait dès 1885, l’inlroduction de la l’éforme temporaire dans noire législalion mililairi'.
« Un suji't faihie, malingre, vraiment incapable de continuer à servir à vingt-trois ou vingt-quatre ans, |)ouri’a faire [ilus lard un excellent teri’itorial. Bien des étals conséculifs aux jiyrexies
DU RECRUTEMENT AU POINT DE VUE DE e’hYGIÈNE MILITAIRE 27
aiii'uës, liravps, hioii des inaladii's diiniri^icalos, doniamlciü des aimées |tour guérir coinplèteineiil ; |»oun|uoi ne jias renvoyer li's malades dans leurs foyers, snrioul s’ils demandeni s|)onlanémcnl à faire les frais d(' leur IraitemenI, sauf à les reprendre |)lus tard? Pourquoi, en un mot, ne pas adopter le [irincijie do la réforme temporaire (jui existe dans [ilusieurs armées eurojiéennes? En Alleiuaiine (|uand un soldat est examiné au point de vue de l’inaptitude au service, les médecins doivent distinj^uer s’il s’aiiil d’une inaptitude (jui durera tout le reste' de l’existence ou d’une ina[)titude temporaire; dans ce dernier cas, il pourra être ultériouri'inent rappelé au service. Même au cas d’ina[)titude délinitive, !(' règiement prussien ordonne de distinguer si le sujet est inapte seulement au service en campagne, ou si rina[)titude s’étend au service de garnison, c’est-à-dire est complète.
« Rien ne serait plus facile (|ue l’introduction de règles analogues dans l’armée française, leur a[)plication serait favorisée jiar la ilivision du sei'vice, telle qu’elleexiste actuellement; on [lonri-aitinstituer des réformes limitées à la période du service actif, d’autres s’étendant à la réserve, mais laissant intactes les ohligations du service territorial, etc. On pourrait enlin autoriser le classement au service auxiliaire de sujets déjà incorporés, des herniaires, par exemple.
« Aucune mesure ne serait plus féconde pour la bonne composition de nos effectifs, et la pratique des examens médicaux relatifs aux réformes serait débarrassée île toute préoccupation autre <]U(' celles de l’état morbide des sujets, et de la nécessité de ne laisst'r présents dans les corps que des hommes absolument valides; b' budget serait affranchi des nomhreux frais de traitement qu’un assez grand nombre de familles seraient, heureuses de prendre à leur compte; enfin les guérisons de certaines maladies, comme la tuberculose au début, seraient plus IVéïpientes. » (Dui'ONCUel, Traité de méd. légale milit., Paris, 1890, p. 928.)
« Les médecins militaires français, écrivent MM. Du Cazal et Catrin, ont demandé dejuiis longtemps rétablissement d’une réforme provisoire, inslitulion (|ui fonctionne dans certains pays voisins et qui oITre ce doulile avantage ipie, d’une jiart, riiommi' réformé n’est pas perdu pour l’armée s’il vient à guérir, et ipii', d’autre part, en raison môme de cette première considération, les commissions de rélorme [leuvcnl se montrer beaucou|» plus bienveillantes et plus larges dans l’admission des liommes à la reforme, et cela au jilus grand bénéfice de l’armée et de la po|iulation. » (Du Cazal et Catiun, Médecine légale milit., |>. lOG.)