‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 46 sur 115 · I.AVEHAN, llv". milil · texte numérisé non relu

I.AVEHAN, llv". milil

Pour un filtre de 50 bougies

yies, 1100 francs; l’installation d’un filtre de 50 bougies, avecdeux réservoirs (comme dans la figure 03), revient en outre à 380 francs; l’entretien est à vrai dire peu coûteux, les bougies se cassent rarement et, grâce au bisulfite de soude, on peut se servir des mêmes bougies pendant longtemjis.

Filtre Berkefeld. Le filtre Berkefeld est fabric{ué avec de la terre d'infusoires, produit naturel qui se trouve dans les anciens golfes de la mer du Nord et qui est constitué prescpie entièrement par des débris d’infusoires et principalement par des diatomées. Berkefeld a fabriqué, à l’aide de cette terre d’infusoires, des bou-

Fig. 64. — Filtre Berkefeld; à droite le filtre est représenté sur la coupe.

gies filtrantes qui ont une grande analogie avec les bougies Chamberland, ainsi qu’on peut s’en assurer en examinant la figure 64.

La bougie filtrante, plus grosse que la bougie Ghamberland, est enfermée dans une garniture métallique A. L’eau arrive par le tube 1) qui est muni d’un robinet E, filtre de dehors en dedans à travers la bougie et s’échappe, apres filtration, par le tuhe C qui est mohile. Le rohinet H sert à vider le filtre. La hougie B est montée à demeure sur la plaque métallique ([ui recouvre le filtre et qui se fixe à l’aide de boulons.

La disposition de l’orifice de la bougie à la partie supérieure ne paraît pas heureuse; la hougie ne peut pas se vider quand on arrête l’écoulement de l’eau. Nous avons vu (jue les filtres Chamberland, dans les(|uels les tétons dos bougies étaient en bas, donnaient do meilleurs résultats cjue les autres.

Nous avons pu nous assurer (jue le filtre Berkefeld se laissait traverser plus facilement par les microbes que le filtre Chain ber-

PURIFICATION DE l’eAU, FILTRES

land. Nordmeyer et Bitter ont constate que ce filtre ne fournissait do l’eau stérile que pendant quol(|uos jours D’autre part les bougies en terre d’infusoires sont plus fragiles et, par suite, encore plus difficiles à nettoyer et à stériliser que les bougies Chamberland.

Le filtre Berkefeld est employé, concurremment avec le filtre Breyer, dans les armées allemande et austro-hongroise.

Filtre Mallié. Le filtre Mallié est fabri(|ué avec de la porcelaine d’amiante. L’amiante, réduite en jioudre impalpable et

Fig. 65. — Filtre Mallié. A, élément filtrant en porcelaine d’amiante; B, élément filtrant dans l’armature métallique qui est représentée on coupe; G, filtre en j)laco ; U, filtre avec dégrossisseur.

mélangée à une quantité d’eau convenable, sert à préparer une pâte malaxée et coulée de manière à obtenir des s[)hères creuses analogues à celle qui est représentée en A, fig. 65. On porte cos sphères dans des étuves légèrement chauflées où elles sèchent très lentement, on les cuit ensuite pendant dix-sept à di.x-hiiit heures dans des fours cbaufiés à la température de 1200“. Ln raison de la [letitosse des grains do la poudre d’amiante on obtient ainsi une matière à pores très petits et très réguliers (F. Garros, Note à l’Acad. des sc., et IL Guinociiet, op- cil., [>. 232). Les sphères creuses on porcelaine d’amiante, terminées par un

1. Uevue d’hydiène, l. XIV, p. 287. — S. Jolin, Expér. sur les liltres en terre d’infusoires, ZeUschr. f. Ilyy., 189o, t. XVIl.

col éiroit servant à l’écoulenient de l’eau, sont renfermées dans des boules métalliques qui se composent de deux calottes de sphère faciles à séparer quand on veut nettoyer le filti’e (11, fig-. Oo). La lioule métallique se fixe sur un robinet de la conduite d’eau (C), l’eau arrive entre la sphère de porcelaine et son armature métallique.

Lorsque l’eau est très souillée et qu’elle a besoin d’être épurée avant d’être filtrée, on place entre le robinet d’alimentation et le filtre, un cylindre épurateur D, contenant du sable, du charbon ou du fer spongieux.

Les recherches qui ont été faites jusqu’ici au sujet de la valeur de ce filtre ont donné des résultats favorables.

iM. Miquel a constaté que de l’eau de l’Ourcq filtrée dans ce filtre en sortait encore presque stérile après douze jours de filtration (A. Gautier, Rapport à l’Acad. des sc. — E. Guinochet, op. cit., p. 23S).

MM. G. Sims Woodhead et G. E. Carhvright Wood, qui ont fait récemment une enquête sur l’efficacité des filtres ' et dont les recherches ont porté sur un grand nombre d’appareils, sont arrivés à cette conclusion que trois filtres seulement arrêtaient complètement les g’ermes de l’eau : le filtre Chamberland, le filtre Bei'kefeld et le filtre Mallié; le filtre Berkefeld, qui laissait passer des germes le troisième jour, s’est montré inférieur aux deux autres. Le filtre Mallié a été beaucoup moins étudié que le filtre Cliamberland ; il ne nous paraît donc pas possible d’émettre un avis suffisamment molivé sur la A^aleur comparative de ces deux filtres.

Filtre Breijer. L’élément filtrant de ce filtre (dernier modèle) se compose (fig. 66) :

1" D’une plaque de tôle présentant des cannelures verticales;

2° D’une enveloppe métallique, percée de trous, qui entoure la plaque de tôle ;

.3“ D’une toile qui est fortement tendue sur le cadre méiallique, et qui sert de support à de la poussière d’amiante.

L’eau filtrée se rassemble dans un espace prismatique situé à la partie inférieure de l’élément filtrant, les gaz de l’eau s’échappent à la partie supérieure et sont re|)ris par l’aspiration qu’exerce sur eux le courant de l’eau filtrée.

Pour les gi-ands filtres, les éléments filtrants sont montés en

I. G. Sms Woodhead and G. E. Cai\t\viugiit Wood, Enqiu'I.e sur l’efficacité relative des filtres pour la prévention des maladies infectieuses. Brilish med. Joitrn., nov. et déc. l.SOt, anal, in Revue d’Iiyfiiène, 1895, p. 263.

batteries et ajustés dans une caisse en fonte; la filtration se fait sous pression, ce (|ui permet d’obtenir un débit considérable.

On se sert, pour garnir le filtre, d’une poudre d’amiante très fine qui est mélanaée à l’eau introduite dans le filtre; sous l’influence du mouvement produit par la filtration, surtout lorsque la filtration se fait sous pression, l’amiante vient s’appliquer fortement sur la toile des éléments filtrants ; il suffit d’une couche très mince d’amiante pour que la filtration se fasse dans de bonnes conditions.

Pour nettoyer le filtre on passe, à la surface des éléments filtrants, des brosses qui détachent l’amiante et les dépôts.

On stérilise en faisant passer de la vajieur dans le filtre.

11 résulte des expériences de Gruber et de Weischselbaum que si ce filtre ne donne pas de l’eau stérile, il réduit du moins dans une proportion remarquable le nombre des germes en suspension dans l’eau.

Le filtre Maignen, dans lequel l’eau filtre sur un tissu d’amiante et sur la

poudre de charbon, nous paraît applicable surtout à la filtration de l’eau en campagne. Nous en parlerons plus loin.

Dans l’armée anglaise et surtout dans la marine, on emploie un filtre, dit du major Crease, dans lequel la matière filtrante est un coiu|)Osé d’alumine, de fer et de carbone connu sous le nom de carferai (Wazon, Principes leclmiijues d’assainissement, Paris, 1884, p. 67).

Les tontaines de pierre filtrante naturelle méritent, par leur simplicité et leur prix ])cu élevé, de trouver une place [larmi les filtres utilisables dans les casernes. La pierre filtrante «pii sort à construire ces fontaines vient de Picardie, elle est connue sous le nom de vergier. Quand la pierre filtrante est de bonne «jualité, les résultats de la filtration sont satisfaisants ; pour la stérilisation on peut utiliser le permanganate de i)otasse.

C. Filtres de campagne. — Le soldat en campagne ou pendant les

Fig. 6G. — Élément du filtre Broyer.

Los différentes parties qui constituent cet élément ont été représentées do manière à montrer leur superposition : a, jjlaquo de tôle cannelée ; 4, plaque métallique perforée ; e, toile sur laquelle so déiioso l’amiante. L’eau s’écoule ou d, les gaz do l’eau s’échappent on e.

manœuvres, ne peut souvent se procurer qu’une eau de très mauvaise qualité, il serait donc très utile qu’il eût à sa disposition un bon filtre. Pendant les campagnes entreprises dans les pays chauds, la purification de l’eau de boisson s’impose tout particulièrement à cause de l’aliondance des germes ])athogènes qui s’y trouvent.

Un filtre de campagne doit être facile à transporter, léger et solide à la fois, facile à réparer en cas d’accidents; il doil, en outre, avoir les qualités de tout bon filtre et retenir les microbes en suspension dans l’eau; son débit doit être suffisant.

Filtres Chamberland de voyage, de camjiagne. La compagnie du filtre Chamberland a construit un filtre de voyage et un grand filtre de campagne.

Le filtre de voyage se compose 'de bougies au nombre d’une.

Fig. 67. — Filtre Chamljorland de voyage.

trois ou cinq (fig. 67), ouvertes aux deux extrémités et reliées par des collecteurs en caoutchouc. Le filtre est plongé dans l’eau, mis en communication avec une carafe au moyen d’un tube en caoutchouc et amorcé à l’aide d’une petite pompe, comme cela est indiqué sur la figure; en quelques minutes on obtient ainsi une carafe d’eau pure.

Quand le voyageur se déplace, il vide le filtre; à cet eflbt, les collecteurs en caoutchouc se terminent par des orifices ([ui sont fermés par de petits bouchons en bois renflés en olive. Le filtre vidé est placé dans une boîte.

Ce filtre peut évidemment rendre de grands services à un explorateur ou bien à des officiers (jui disposent de moyens de transport suffisants, mais il n’est })as utilisable pour le soldat; il est fragile

et, entre des mains jien expérimentées, il serait bien vite hors de service.

Le récipient des l)ougies dn filtre de cam])agne, système Chamherland, est une véritable chaudière ou, j)lus exactement, un autoclave Chamberland; le récipient monté sur tourillons [>eut basculer et être vidé instantanément. L’eau impure, refoulée par une pomjie aspirante et foulante, pénètre par l’un des tourillons au

Fig. 68. — Filtre Chamberland de campagne (d'après le journal la, Xature, 1892).

moyen d’un raccord spécial qui suit le üllro dans tous ses mouvements.

I^a tig'ure G8 re[)résento le liltre en fonctionnement.

Le système filtrant comporte 21 bougies, qui durèrent des bougies ordinaires en ce ([n’elles ne portent pas d’embase émaillée. Le raccordement au c,ollecteiir est fait ]iar des montures s|)éciales (assujetties sur la bougie par des bagues de seri'age mobiles) ipii rendent la casse très difficile, malgré les chocs et les ébranlements qui résultent du transjiort. I*ap la tubulure de sortie de l’eau |)ur<‘, on peut insufller de l'air dans l’intérieur d(>s bougies, alin de s’assurer ipi’elles sont en bon état.

Pour remplacer une des bougies, ou dévisse un écrou et on sort d’im bloc les bougies et leur mouture; la bougie fêlée est l'emplacée en un instant, grâce au mode de montage adopté.

La figure 69 représente le liltre ouvert au moment où l’on l•elir(‘ le système filtrant.

Les bougies n’ayant pas d’embase émaillée, on peut y introduire des substances susceptibles de fixer ou décomposer les matières

l-'ig. GO. — Filtre CliamberlanJ do campagne ouvert : T, récipient ou autoclave. — P, pompe. — A, tuyau do prise d’oau. — b, b', bougies. — aa, montures en caoutchouc. — CGC, brancards repliés {ta yatu7-e, 1892).

solubles qui rendent certaines eaux désagréables. Lorsque l’eau arrive au contact de ces substances elle est déjà filtrée, par suite ces substances, charbon, etc..., sont moins ex[>osées à s’encrasser ([ue dans les filtres ordinaires.

Le volume île l’apjiareil se trouve réduit au minimum par la mobilité des brancards qui se raliattent sur les montants de la civière; le levier de la pompe |)eut se démonter.

Le nettovage se fait à l’aide d’une brosse spéciale, que l’on tient à la main et ipii s’étale sur trois bougies à la fois. Quelques coiqis de |)ompe complètent le nettoyage j»ar un rinyage énergique et. comme la rapidité de ro[iération ^lermet d’y procéder fré(]uemment, le débit moven reste voisin du débit initial.

PURIFICATIOX DE l’EAU, FILTRES

,L(' liltre, qui pèse 50 kilogr., peut 61 re Iranspoiié jiar deux liüiuines ou placé suc un mulet (Laffaugue, Filtre de campagne; la Nature, 7 mai 1892).

Los liltros Cliambcrland, filtres à, nettoyeurs André et filtre do campagne, ont été em[)loyés pendant la camjiagne du Dahomey et il est très intéressant de voir coimnent ils se sont comportés. .MM. Darthélemy, Rangé et Molinier nous ont renseignés à cet éiia l’d .

.M. le D'’ Barthélemy constate, dans son rapport sur la campagne du Dahomey, ({ue les gros filtres Chamberland sont difficilement transportables et il demande qu’à l'avenir on adopte un filtre de 15 bougies pour 20 hommes [Arch. de méd. nav., 1893, n“ 9).

M. le D"" Rangé arrive à cette conclusion que les filtres Chamberland, excellents dans un hôpital, dans un poste fixe, ne sont pas praticjLies pour les troupes en marche.

« Les nettoyages les mieux faits ne parvenaient pas, écrit M. le !)'■ Rangé, à rendre aux filtres leurs débits primitifs. Il faut reconnaître aussi qu’il était bien difficile de se conformer aux instructions recommandant l’alunage. En arrivant à l’étape, il faut que le soldat trouve tout de suite une eau abondante et immédiatement utilisable; l’alunage ne peut être ap[)licable que si l’on peut attendre patiemment la précipitation des matières terreuses, pour soumettre ensuite le liquide déjà clarifié à la filtration. 11 faut, en outre, des récipients volumineux. Or, à la colonne, les hommes n’avaient j>as le temps d’attendre les résultats de l’alunage; l’eau boueuse était portée directement dans le filtre; les bougies s’encrassaient rajiidement, la pompe, maniée d’une façon trop vigoureuse, perdait de sa slabilité, les clapets, en métal sans doute troj) malléable, attaqués par les graviers ou les sables contenus dans I eau, n’étant plus berméti(|ues, il n’y avait plus d’asjiiration, ou bien il y avait une perte considérable dans le rendement.

« Enfin les frotteurs en caoutcbouc perdaient pou à peu, sous I influence de la chaleur, leui- cohésion ; ils se ramollissaient et n’exerçaient plus aucune [iression sur l’enduit dont les bougies ctaienl i-evètues » (Arch. de méd. nav., 1894, p. 100).

On voit que les critiques de M. Bangé s’adressent au filtre muni du nettoyeur André et non an filtre de cam[)agne décrit plus haut.

M. Molinier nous donne des renseignemenis sur les filtres <les trois ty]»es suivants : filtres à nettoyeur André à 25 et à 15 bougies, et filtre, dit de campagne, à 15 bougies.

Les filtres Chamberland à nettoyeur André furent rapidemenf

hors (le service, le nettoyeur constitue la partie la [dus fragile du iiltre, de [)lus, par une température de 30 à 40°, le caoutchouc s’amollit et ne frotte plus suftisamment la surface des bougies [)Our la nettoyer.

Le filtre à 2o bougies, pesant de ”2 à 7o kilogr., est beaucoup trop lourd; il exigeait, au Dahomey, (juatre porteurs et les difficultés du transport sur un terrain accidenté, généralement couvert de hautes végétations, étaient très grandes.

Les pompes adaptées aux lîltres Ghamberland, dites pompes universelles à clapets mobiles, se détérioraient ra[)idement.

Le filtre construit spécialement pour les troupes en marche et disposé sur un brancard jiour être porté par deux hommes (filtre de campagne) est plus facilement transportable et [>lus solide que les filtres munis du nettoyeur André (Molinieu, loc. cil.).

Le tuyau d’aspiration ne doit pas s’aplatir sous l’influence d’une pression de 2 m., il doit être long de 2 m. au moins et l’extrémité

libre doit être munie d’une crépine à ouvert tures assez petites pour empêcher l’aspiration des impuretés c[ui contribuent pour une large part à l’usure de la pompe et qui entravent le fonctionnement des clapets h

Les filtres Ghamberland à nettoyeur xVndré ont donc donné, au Dahomey, de mauvais résultats; le filtre de campagne du dernier modèle, qui n’a pas de nettoyeur xVndré, paraît appelé à rendre des services. Nous aurons l’occasion de revenir plus loin sur l’alunage des eaux dont il est question dans le rapport de M. le D‘’ Rangé.

Filtre Berkefeld de campagne. La figure 70 représente un des modèles des filtres Berkefeld destinés à l’armée. La hou<îie filtrante A est placée dans un cylindre métallique (jui se termine à sa partie inférieure par un système ingénieux de claj)ets formés par des balles métal licpies mobiles (jui permettent d’aspirer l’eau à filtrer [lar le tube G et de la refouler dans la parlie su[)érieure du cylindre (jui conliltrante, la ])om[)e B est Irès simple; un élrier

Fig. 70. — Filtre Hcrkcfold do campagne.

fient la

iiougie

I. Moi.iNiiîH, Quelques remarques sur les (iltres Cliamlicrlnnd en usage dans la colonne expéditionnaire du Dahomey en 1802, /irch. de méd. nav., 1891, ji. ItiO.

PURIFICATION DE l’eAU, FILTRES

facilite le maniement de la pompe en fournissant un point d’appui. L’eau liltree s’écoule par un tube de caoutcliouc 1).

Nous avons vu que tes bougies en terre d’infusoires étaient très fragiles, c’est là un gros inconvénient pour un filtre de campagne.

Filtres Maignen b Ces liltres, malgré leur diversité apparente, peuvent se ramener à un même type dans lequel la surface filtrante est représentée : 1“ par une toile d’amiante; 2“ par une poudre' spéciale de charbon dite carbo-calcis, poudre qui, délayée dans la première eau versée dans le filtre, vient s’appliquer d’elle-même sur le tissu d’amiante. Dans les filtres destinés à fonctionner longtemps sur place, M. Maignen ajoute à ces deux couclies filtrantes une couche plus ou moins épaisse de charbon en grains qui rend la filtration plus complète et qui permet au filtre de fonctionner plus longtemps sans être nettoyé.

Les filtres Maignen donnent des résultats satisfaisants au point de vue de la clarification de l’eau, ils arrêtentune partie des germes en suspension dans l’eau et de la matière organique en dissolution, mais ils ne fournissent pas une eau exempte de germes; à titre de clarilicateurs ils peuvent rendre des services en campagne.

Les modèles de filtres Maignen pour les troupes en campagne sont nombreux ; nous ne décrirons que les principaux.

Le filtre dit à baquets a été utilisé en Egvpte par les troupes anglaises. Chacun des huit cents bateaux du Nil, sous les ordres du général Wolseley, portait un filtre à baquets pour un groupe de quinze ou vingt hommes.

Le filtre à baquets ne pèse que 8 kilogr., il peut être porté à la main ou attaché sur une bête de somme; son débit est de 40 litres environ par heure.

Ce filtre se compose d’un réservoir en fer-blanc étamé, de forme elliptique (e, fig. 71), au fond duquel vient s’adapter un châssis filtrant (g) recouvert d’une toile d’amiante; le tuyau de sortie de l’eau filtrée, placé à la partie inférieure du châssis, traverse la paroi inférieure du réservoir dans laquelle il est assujelti à l’aide d’un écrou mobile. Deux baquets en fer-blanc s’emboîtent sur le filtre et sont rattachés par des courroies (jui forment poignée (A). L’un des ba(piets sei-t à puiser l’eau à filtrer, l’autre (d) seiM de siq)port au réservoir et rei^oit l’eau filtrée. Une boîte, <pii se [)lace dans le filtre pendant le lrans[)ort, contient la ]»oudre de cbai’bon; un

L Vau.in, Les lilli’cs à l’expos. d’hygiène de Londres, Hevue d’hygiène, lS8t, VI, p. o9o. — Laveran, Arch. de méd. milit., I88G, t. VUI, p. 172.

petit gobelet en fee-blanc sert à mesurei’ la quantité de poudre qui doit être employée pour monter le filtre.

Quand on veut faire fonclionner oe filtre, on met dans l’im des baquets rempli d’eau, une cliarge de noir en jioudre, on délaie le noir en poudre dans l’eau, et l’on verse i-apidement le mélange

rig. 71. — Filtre à baquets (Maigncn). — A, filtre complet. — B, un îles baquets. — C, 'filtre posé sur le deuxième baquet; le réservoir filtrant est représenté en coupe, ce qui permet de voir le châssis couvert do toile d'amiante et do poudre do cliarbon.

dans le filtre. L’eau s’écoule et la poudre de cbarbon est arrêtée à la surface de la toile d’amiante; les particules très fines de charbon tendent à [lénétrer dans les pores de la toile et les rétrécissent encore.

Pour nettoyer et pour stériliser le filtre on enlève le châssis recouvert d’amiante et on le lave à grande eau, sous un robinet ; la toile d’amiante est ensuite détachée et on la met dans de l’eau bouillante.

D’après le môme principe, M. Maignen a construit un filtre cylindrique qui peut facilement s’adapter à la soi’tie d’un réservoir d’eau, d’un tonneau, par exemple ', et un filtre en forme de sac, facile à transporter sur le dos.

Depuis quelques années, M. Maignen a modifié la constitution de ses filtres, dans le but d’augmentei' leur débit. Les filtres actuels se composent de sacs en toile d’amiante dans les([uels on met des di.s- ([ues de faïence percés de trous; des ligatures incomplètes séparent les disques; la surface filtrante est ainsi beaucoup accrue, mais ce résultat ne s’obtient, croyons-nous, qu’aux dépens de la (jualité de l’eau filtrée. Lorsipie, dans un de ces filtres en accordéon, on verse r.eau chargée de poudre de cbarbon, la [unidre, au lieu do former

I. Ou bien an roliiiiet il’iine voilure Lefel)vra tlesünce au lrans|iorl ilc l'eau. Les voilures Lefebvre, Heawe Cercle milil., 18'Jü, p. 231.

PURIFICATION DE L’eaU, FILTRES

une couche uniloi'iue, s’accumule sur cerlaiiis points et ne ])ônètre pas dans les replis du sac d’amiante, il en est de même du charbon en crains. M. Maicnen aurait dû chercher à ralentir le débit de ses

lit très au lieu de l’accélérer.

Le filtre dit ^ïescouade (fig. 72) se compose d’un sac d’amiante en accordéon fermé à l’une de ses extrémités par un lien en amiante, l’autre exti'émité donne passage à un tube métalliipie sur lequel vient s’adapter un long- tube de caoutchouc. Le tube en caoutchouc présente, dans le dernier modèle, une partie solide, recoui'hée en v, que l’on met à cheval sur le bord du vase dans lequel est placé le filtre (cette disposition a })Our but d’empêcher le caoutchouc de s’aplatir à ce niveau, ce (jui gêne le fonctionnement du filtre), de plus le tube en caoutchouc se termine par une petite poire (p) destinée à permettre d’amorcer le filtre sans aspirer avec la bouche; ce dernier procédé d’amorçage était malpropre et pouvait entraîner des dangers au point de vue de la transmission de quelques

Fig. — Filtro d’cscouado (Maigncn).

maladies.

La longueur du filtre est de 25 centimètres, sa largeur de 6 centimètres; le débit est de 30 à 50 litres par jour.

Le filtre est transporté dans un sac de caoutchouc; lors(pi’on veut s’en servir, on le place dans une gamelle ou dans un seau et l’on verse dans le récipient un mélange d’eau et de poudre de charbon; on amorce alors le filtre, en ayant soin d’élever un peu le vase qui le coidient, on ])eut par exemple le suspendre à une branche d’ai-hre; le filtre, une fois amorcé, continue à fonctionner, le chai-hon vient s’accoler sur le tissu d’amiante; à mesure que l’eau s’écoule on la remplace par de l’eau à filtrer. Cet ap])areil, (jui est facile à ti'an.sporter, à nettoyer et à stéidliser, constitue un clai'iticateur excellent, mais, nous le répétons, il ne peut pas donner de sécurité complète poui’ la prophylaxie des maladies microbiennes d’origine hydrique. Lors(pi’on est dans un pays insalubre, ou en temps d’épidémie, il est prudent de faire bouillir l’eau njirès l’aA'oir clarifiée à l’aide de ce tilti-e.

lie filtre individuel du soldat est consti'uit d’après le même type (tig. 73). L’organe filtrant, en tissu d’amiante, est enfermé dans un étui de fer-blanc verni, l’espace situé entre le tissu d’amiante et

l’étui est garni de cliarbon en poudre et en grains. La longueur du filti’e est de 12 cent. 1/2, son diamètre de 4 centimètres et son poids de 150 grammes. On peut se servir du tîlti'e en as[)irant à

l’extrémité du tube en caoutcbouc qui est adapté au sac d’amiante ou bien, ce qui est plus commode, amorcer le filtre et le faire fonctionner par aspiration.

Le filtre d’escouade nous paraît plus pratique que le liltre individuel qui est bien vite hors de service.

Dans son rapport sur le service de santé au Bénin, M. le D" Rangé donne les renseignements suivants sur le fonctionnement des filtres individuels Maignen :

« Ces appareils s’encrassent rapidement; s’ils ne sont pas nettovés en temps opportun, ils exhalent une mauvaise odeur, leur nettoyage, quoique simple, est encore trop compliqué pour le soldat en campagne. En outre, il nous semble préférable, au point de vue de la bonne hygiène des troupes, que l’eau potable soit distribuée, au bataillon ou à la compagnie à l’étape, plutôt que de laisser le soldat libre de se servir de son filtre à son gré, pendant la marche » {Arch. de méd. nav., 1894, p. 99).

Le fillre Breyer de campagne se compose :

1° D’un élément filtrant analogue à celui qui a été décrit plus haut (fig. 66). Cet élément filtrant est transporté, pendant la marche, dans un sac de toile imperméable qu’un soldat porte sur son dos;

2° D’une petite pompe démontable qui se place, pendant la marche, dans un sac. L’appareil complot pèse 8 kg. 80ü.

Pour monter le filtre on remplit d’eau le sac en toile imperméable qui sert au trans|)ort de l’élément filtrant et on mélange à l’eau la poudre d’amiante, puis on aspire l’eau avec la pompe pour que la poudre d’amiante vienne se déposer à la surface de la toile, le filtre est ensuite retiré du sac et [ilongé dans l’eau qu’il s’aü'it de filtrer. On stérilise le filtre en le plongeant dans de l’eau bouillante, ce qui ne doit pas être facile en camjiagne, en raison des dimensions de l’élément filtrant.

Les résultats obtenus à l’aide de ce filtre sont moins bons ([u’avec les grands filtres Breyer filtrant sous pression, (]ui déjà ne fournissent pas de l’eau stérile. Le filtre Breyer do campagne ne constitue, comme le filtre Maignen, qu’un clarilicatcur, et le

Fig. 73. — Filtro individuel (Maignen).

PURIFICATION DE l’eAU, FILTRES 383

filtre Maiji'nen, qui est moins encombrant et pins facile à stériliser, nous jiaraît préférable.

L(‘ fdtre Euhrinu, très employé en Angleterre, se compose (run cylindre de cbarbon plein, suffisamment poreux, Fune des surfaces planes du cylindre est percée d’un trou dans lequel on fixe, Faidi' d’un bouchon, un petit tube de verre sur lequel s’adapte un tulie de caoutchouc (lig. 74). On peut faire

fonctionner le filtre en asjiirant ou bien en amorçant le filtre apres l’avoir placé dans un vase un peu élevé au-dessus du sol et en le laissant fonctionner par aspiration.

Ce filtre est commode, facile à emporter en voyage; malheureusement la filtration qu’il opère est des plus incomplètes. La manière dont le tube de A^erre est fixé, à l’aide d’un

bouchon, est très défectueuse ; alors même qu’on remédie à cet inconvénient, les microbes traversent avec une grande facilité le bloc de charbon.

l). Filtres improvisés. — En campagne on est obligé souvent d’improviser des filtres; les filtres improvisés ne peuvent servir, bien entendu, qu’à clarifier l’eau; si l’on veut la stériliser il faut, après clarification, employer d’autres procédés de purification, l’ébullition, par exemple.

L’instruction du 12 se[)tembre 1881, sur les moyens de purifier l’eau à boire en campagne, rédigée par le Conseil de santé des armées, recommande le procédé suhaant :

« On place un tonneau défoncé debout sur un chantier assez éleA'é. Ce tonneau est [)ercé à sa partie inférieure d’un trou dans lequel on enfonce un roseau qui sert de tuyau de décharge. On remplit à moitié le tonneau de caiLloutis de plus en |)lus petits et on termine par une couche de sable fin de rivière. L’eau trouble versée dans ce tonneau sort claire et lim[)ide [>ar le tuyau de décharge et peut être reçue dans un autre tonneau muni d’un robinet. On j)eut rendre la filtration plus efficace en interposant, dans la couche de cailloutis, un lit de cbarbon de bois ou, ])lus simplement, en laissant llotter ce cbarbon dans l’eau ([ui remplit la partie supérieure du tonneau, qu’il est bon de munir d’un couvercle. »

Un grand entonnoir en verie on en fer-blanc, dans la douille duquel on enfonce une éponge, constitue un bon lillre, facile à nettoyer en lavant l’éponge à grande eau. On peut laisser llotler dans l’eau de l’entonnoir du charbon de bois concassé; à défaut d’entonnoir on se servira, suivant le conseil de Port, d’une bouteille coupée en deux par le procédé de la ficelle ; l’éponge sera tassée dans le goulot.

L’éponge ne doit pas être stérilisée à l’eau bouillante, ce (|ui l’altérerait profondément; on peut employer, pour la laver, de l’eau renfermant 3 p. 100 d’acide chlorhydrique (A. Gautier, Eaux potables in Encyclopédie d’hygiène).

Avec une caisse de forme allongée il est facile d’inijiroviser un

filtre au sable et au charlion qui clarifie bien l’eau (fig. 7o) ; la caisse est divisée en quatre compartiments à l’aide de cloisons en bois qui sont perforées :

celle du milieu vers sa partie supérieure, les deux autres à la partie inférieure. Les cases 2 et 4 reçoivent, dans leur partie inférieure, les matières filtrantes composées, de bas en haut : de couches de gravier, de sable, de charbon, de sable et de gravier; un [robinet ou un roseau placé à l’extrémité de la caisse qui correspond à la case 4 permet de recueillir l’eau filtrée. L’eau à filtrer versée dans la case 1 doit, pour sortir de la caisse, parcourir les quatre cases en se filtrant deux fois. Dans la pratique il esl

difficile d’avoir

des cloisons joignant assez bien [)Our qu’une partie de l’eau n’échappi?

[)as à la tilt ration.

Pour filtrer l’eau des citernes on peut employei' le filtre figuré cicontre (tig. ”G).

L’eau à tilirer arrive dans une première fosse A, dans buiuelle se déposent les pierres et les corps les plus volumineux entraînés par l’eau ; de là l’eau passe dans une deuxième fosse B (jui ren-

Kig. 70. — KiRrc pour cilcriic.

PURIFICATION DE l’eaU, FILTRES 38S

ferme la matifre ültranle : couches de i;ravier, de sal)le, de charbon, de gravier (r/, b, c, d), et, après avoir filtré de bas en liant à travers ces couclies, elle pénètre dans la citerne G. Un pavé mobile I) permet de vider de temps en temps la fosse A.

Expertise d'un filtre. — 11 faut d’abord installer le (iltre dans de bonnes conditions au point de vue des expériences à faire. S’il s’agit d’un filtre fonctionnant par asjiiration, il est facile de modifier la composition de l’eau à filtrer, à laquelle on ajoute à volonté de la matière argileuse, de la matière organique ou des cultures de microbes; si le filtre fonctionne [lar pression, il faut avoir soin de le faire placer sur une conduite donnant de l’eau impure ; à Paris, par exemple, sur une conduite d’eau de Seine ou d’eau de rOurcq; les expériences faites avec de l’eau de la Vanne seraient évidemment moins probantes. A côté du filtre fonctionnant sous pression il est nécessaire d’avoir un manomètre qui indicjue la pression de l’eau; cette pression devra être notée à différentes heures de la journée, car elle est souvent variable.

Fig. n. — Trace du débit d’uno bougie Cbaml)erland pondant vingt-deux jours ; dél)it en une heure ; doux nettoyages.

Lorsque le filtre est installé, il faut étudier d’abord son débit. A cet elTet on recueille, dans un vase gradué, l’eau (|ui s’écoule en une minute, en cinq minutes ou en une heure, suivant l’abondance

Lave» AN, Hyg. niilit. 25

(lu Cette exploration doit être faite tous les jours pendant

toute la durée de l’expérience, car le débit initial diminue toujours au bout de quelques jours; pour certains filtres cette diminution est ti'('\s rapide. On aura soin de noter pendant combien d’beures le filtre a fonctionné chaque jour.

11 est très utile d’établir la courbe du débit du liltre. Le tracé cijoint (fig-. 11) donne le débit, en une heure, d’une bougie F du filtre Gbamberland. On voit que le débit qui, le premier jour, est de 5 litres 500 par heure, tombe, le onzième jour, à 1 litre 750; le douzième jour on nettoie la bougie et le débit remonte à 5 litres, puis il redescend; un nouveau nettoyage, fait le seizième jour, le fait remonter à 3 litres 300. Sur un tracé semblable il est très facile d’apprécier avec quelle rapidité le débit baisse, quelle est l’influence des nettoyages, etc.

L’eau filtrée doit être examinée avec soin par le procédé optique, comparativement avec une eau très pure; ce moyen d’examen permet déjà de se rendre un compte assez exact de la valeur du filtre, surtout lorsqu’on a mis dans l’eau à filtrer de l’argile ou de la terre.

On fait ensuite la numération des germes dans l’eau à filtrer et dans l’eau filtrée.

Lorsqu’il s’agit d’un petit filtre, facile à stériliser à l’autoclave, tel que le filtre Gbamberland composé d’une seule bougie, on procède de la manière suivante pour l’expertise bactériologique : après avoir stérilisé le filtre, on le fait fonctionner et on ensemence tous les jours ou meme plusieurs fois par jour, 10 à 20 gouttes de l’eau filtrée, dans des tubes de bouillon de culture; ces tubes, soigneusement étiipietés, sont portés ensuite à l’étuve ; il est facile de .savoir au bout de (juelque temps, d’après les dates que portent les tubes dans lesquels le bouillon s’est troublé, pendant combien de jours le filtre a retenu les germes.

Il faut avoir soin de faire les jirises d’eau directement à la sortie du filtre, non par l’intermédiaire de caoutchoucs ou doréservoii’s dans lesquels s’accumule l’eau filtrée, et à chaque ju'ise d’eau, il faut flamber l’embout i>ar lequel l’(xiu s’écoule (le teton des bougies pour le filtre Gbamberland) ; pour faire ce flambage, il faut nécessairement attendre ([ue l’écoulement d’eau soit complètement arreté.

Il est très utile, pour cette expertise, d’ajouter à l’eau à filtrer un microbe facile à reconnaître, le microbe de Gessard, [lar exemple, ou le bacille de Kiel qui se cultive bien dans l’eau et qui donne

dans le lioiiillon une belle coloi’ation rouge, ou encore le B. jan~ thinus. Nous nous servons d’ordinaire du bacille île Gessard, i|ui est très résistant et qui donne dans le bouillon une réaction caractéristiijue.

Lorsqu’on se sert d’une culture faite dans le bouillon, il faut faire fonctionner le filtre après l’avoir souillé, de inanièi-e à ne |ias laisser séjourner le bouillon dans le filtre, ce ijui facilitei’ait le développement des microbes. On peut aussi se servir de cultures sur gélose, on racle la culture et on la délaie dans de l’eau.

En se servant de microbes faciles à reconnaître, on peut faire l’expertise bactériologique alors môme qu’il s’agit de filtres non stérilisables. C’est par ce procédé que Fraenkel a pu démontrer que les filtres à sable se laissaient facilement traverser par les microbes.

On a employé quelquefois des cultures de la bactéridie charbonneuse pour l’expertise des filtres. L’eau souillée, puis filtrée, est injectée à des cobayes ou à des lapins ijui meurent du charbon si le filtre a laissé passer les bactéridies. Il est dangereux d’introduire des cultures de bactéridies charbonneuses dans des filtres qui ne sont pas toujours désinfectés ensuite et dans l’eau qui s’écoule de ces filtres ; mieux vaut expérimenter sur les bactéries chromogènes citées plus haut.

G. S. Woodhead et G. E. Cartwright Wood ont employé, dans leurs essais des filtres, un mélange de cultures de microbes de différentes grosseurs, afin de pouvoir juger des dimensions des pores des filtres. Ainsi le diamètre du Staphylococcus pyofjenes aureus étant de t millième de millimètre et celui de la levure blanche de 3 millièmes de millimètre, on [leut, d’après le nombre et la nature des microlies qui ont réussi à traverser un filtre, se faire une idée de la grosseur de .ses pores.

Le capitaine Gody a pro[)Osé d’essayer les filtres avec du bleu d’outremer; les grains les jilus tins de bleu d’outremer n’ont que 3 dix-millièmes de millimètre de diamètre {Revue d'hijfiiène, 1890, |i. üü7). Ijorsipie le bleu d’outremei" passe à travers un filtre, on peut dire i[ue ce filtre est mauvais, mais, dans le cas contraire, on ne doit pas conclure d’une faqon absolue à l’efficacité de l’apjiareil; les bactéries réussissent en elTel à traverseï’ des filtres ijui ari'étent les [loussières inertes les plus fines.

Tl est utile de jirendre le degré bydrotimélriipie de l’eau à son entrée et à sa sortie du filtre et de doser la matière organique.

On s’assurera, en prenant la temjiérature de l’eau à lillrer et de

l’eau lillrée, si l’eau ne s’échaulTe pas Irop en traversant le filtre.

Lorsque le tilire a fonctionné pendant quelque teinjis, on procède au nettoyage et à la stérilisation quand la chose est possible; le nettoyage doit être facile et ])eu coûteux.

Les prix d’achat et d’eniretien du filtre doivent entrer aussi en ligne de compte.

S’il s’agit d’un filtre de campagne, le poids du filtre et sa solidité, ont une grande importance.

Lorsqu’il existe des réservoirs pour recueillir l’eau filtrée, ces réservoirs doivent être examinés avec soin, en môme temps que les filtres.

IL Procédés chimiques de purification de l’eau. — Autrefois on n’employait les procédés chimi(|ues que pour corriger la mauvaise (jualité des eaux tenant à la prédominance île cerlains sels; depuis ({uelques années on a préconisé plusieurs procédés chimiques pour la stérilisation des eaux potables; les Icntatives failes dans ce sens se Justifient par les difficultés que présente la purification com- {)lètc des eaux au moyen de la filtration.

Deiaiis longtemps on corrige les eaux séléniteuses par l’addition de carbonate de soude. Quand il s’agit de faire cuire des légumes dans une eau séléniteuse, il suffit d’ajouter une petite pincée de cristaux de sel de soude du commerce par litre d’eau; lor.sque la (luantité de soude est trop grande, les légumes prennent un goût alcalin désagréable et se réduisent en bouillie. Si l’eau est destinée à la boisson, la proportion de sel de soude à ajouter à l’eau séléniteuse doit être déterminée par l’analyse chimique. Après l’addition du sel de soude en quantité convenable, on agite, puis on laisse déposer. et l’on filtre ou l’on décante; il se forme par double décomposition : dusulfale de soude qui ne jirésente aucun inconvénient, les doses que l’on absorbe ainsi étant très faibles, et du carbonate de chaux qui se dépose.

. Alunage. — En Chine, au Tonkin et au Cambodge, on se sert depuis longtemps de l'alun pour purifier l’eau des rivières qui est presque' toujours très chargée de matières terreuses. 11 suffit d’ajouter 0 gr. lü d’alun par lilre à une eau chargée de malières terréu'ses et de laisser déposer le jirécijiité ipii se forme lentemenl; l’eau ([u’on décante alors est très claire.

! Lés 'l’onkinois meltent des cristau.x d’alun dans un bambou percé de trous et ils agitent ce liambou pendanl 10 minutes environ dans une grande jarre ipii contient l’eau à purifier. Les

PURIFICATION DE l’eAU, PROCÉDÉS CHIMIQUES

sels terreux se déjiosent en entraînant la pins grande partie des matir'l’es organiques et des inicrohes. 11 suffit do laisseï- déjtoser et de décanter (A. Lejeune, Hygiène do rEuro|)éen au Tonkin. Ann. d'hijg. ptibL, 1886, p. 50. — De Santi, Note sur la slérilis. de l’eau par précipitation. Soc. de hiol., 25 juillet 1892).

Nous avons vu ([). 546) que les matières pulvérulentes projetées dans l’eau entraînaient une grande jiartie des microbes en suspension, il en est de même des précipités (jui se forment lorsqu’on ajoute de l’alun à une eau argileuse; mais si l’on améliore heaucoiq) certaines eaux et, en particulier, les eaux argileuses des lleuves de la Chine, du Tonkin et du Cambodge, il s’en faut de beaucoup qu’on puisse compter d’une façon générale sur ce procédé pour la stérilisation des eaux de boisson.

D’après M. Babès, il suffirait d’ajouter à l’eau de 0 gr. 15 ii 0 gr. 20 d’alun par litre pour la stériliser {Cenlralbl. f. Baldei\, 30 juillet 1892, et Académie de méd., 12 juillet 1892 et 8 août 1893). En procédant ainsi on n’obtient (pie très exceptionnellement une eau privée de germes; les bacilles d’Eberth, en particulier, ne sont pas détruits quand on traite l’eau par les doses de 0 gr. 25 à 0 gr. 30 d’alun par litre (Max. Teicu, Archiv f. Hijgiene, 1893, t. XIX, p. 62, et liev. d'hgg., 1894, p. 86).

M. le docteur Burlureaux a préconisé, pour la stérilisation de l’eau de boisson, la poudre qui est vendue sous le nom d'anli-ccdcaire par M. Maignen et dont le but primitif était simplement d’adoucir les eaux calcaires; cette poudre se com})ose d’un mélange de chaux vive, de bicarbonate de soude et d’alun (Burlureaux, Arch. de méd. expérim., 1892, p. 581). Ijorsqu’on mot une ])etite quantité de cette poudre dans de l’eau de rivière, il se produit des réactions cbimiipies très complexes qui, d’aju’ès M. Burlureaux, ont pour effet, en changeant la nature du milieu, de détruire les bactéries de l’eau. L’eau se trouble, le sulfate de chaux SC précipite; il faut laisser déjioser, puis décanter ou filtrer.

Il suffirait de 0 gr. 50 d’anti-calcairc pour stériliser un litre d’eau de Seine.

Ce pi'océdé ne donne (pie des résultats incom])lels et incertains. Nous avons suivi quel([ues-unes des expériences faites au laboratoire d’hygiène du Val-de-Grûce par M. Burlureaux et nous avons pu constater qu’avec la dose de 0 gr. 50 d’anti-calcaire par litre d’eau on n’obtenait, en général, qu’une diminution, très sensible à la A'érité, dans le nombre des bactéries; encore n’est-il j)as sûr tpie les bactéries qui ne [(oussent ]dus sur les milieux de cullure soient

bien nprtes. M. Burlureaux pense que beaucoup d’entre elles sont simplement slupé/iées. La composition de la poudre devrait varier avec la nature de l’eau à purifier, ce qui serait une complication gênante dans la pratique.

Enfin il reste à démontrer qu’à la longue l’addition de chaux, de bicarbonate de soude et d’alun ne produirait pas certains désordres organiques, d’autant plus qu’il serait difficile de s’assurer que la poudre n’est pas ajoutée à l’eau en trop grande quantité.

Permanganate de potasse. — Le permanganate de potasse a été préconisé, en 189.3, par M. Chicandard et par Mlle Schipilolî pour la stérilisation de l’eau potable.

D’après M. Chicandard {Union pharmaceutique, mai 1893, et Progrès thérapeutique, 1893, n" 14) il suffit, pour stériliser l’eau, d’employer de 5 à 10 centigrammes de permanganate par litre d’eau; on précipite l’oxyde de manganèse en ajoutant un peu de poudre d’écorce de chêne ou de quinquina, de la poudre de kola, de café ou de réglisse.

Mlle C. Schipiloff (Revue d'hggiène, 1893, p. 749) propose de précipiter l’oxyde de manganèse en ajoutant un peu de sucre ou d’alcool, on filtre ensuite; il suffirait même de filtrer sur du noir animal pour enlever le permanganate en excès. Pour assurer la stérilisation de l’eau par le permanganate, il est nécessaire d’obtenir une couleur rose de l’eau qui persiste pendant une demiheure au moins.

M. Coreil, qui a répété les expériences de M. Chicandard, a constaté qu’en ajoutant 0 gr. 10 à 0 gr. 20 de permanganate de potasse par litre, on obtenait seulement une diminution du nombre des bactéries mais non une stérilisation complète' {Annales d'hgg. puhl., 1894, p. 46).

Le permanganate de potasse, à la dose de 0 gr. Oo à 0 gr. 10 par litre, a sur les bactéries de l’eau une action qui n’est pas douteuse, la quantité de permanganate nécessaire pour stériliser l’eau varie d’ailleurs avec son degré de souillure. Si l’eau renferme beaucoup de matière organique, le permanganate doit être ajouté en (juantité plus grande que si elle en renferme peu. A la dose de 0 gr. 30 à 0 gr. 40 par litre, dans une eau ([ui n’est pas très souillée, le permanganate tue, au bout de (juelques heures, les bactéries pathogènes.

C’est là, en somme, un des meilleurs procédés chimiques qui aient été proposés jusqu’ici pour réi)uration de l’eau potable et on pourra y avoir recours à l’occasion.

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