‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 49 sur 115 · HABILLEMENT. — ÉQUIPEMENT · texte numérisé non relu

HABILLEMENT. — ÉQUIPEMENT

I. Habillement. Conditions générales que doit remplir l’imiforme militaire. — Propriétés des matières vestimentaires. Des tissus comme agents protecteurs contre le froid et contre la chaleur. Pouvoir absorbant des tissus pour l’eau. Des tissus imperméables. De la couleur des uniformes. — Linge de corps. — Effets d’habillement. — Coiffure. — Chaussure. Importance du choix de la chaussure du fantassin, conditions qu’elle doit remplir. De la chaussure dite rationnelle. — Entretien de la chaussure.

II. Equipement. De la charge du fantassin et de la meilleure répartition de cette charge. Du havresac. — De la charge du fantassin dans les différentes armées et des moyens de la réduire. — De la charge du cavalier et du cheval de cavalerie. — Objets et ustensiles de campement. De l’emploi de l’aluminium pour la fabrication des ustensiles de campement.

I. C’est à dater du ministère de Louvois que riiabillement du soldat a été soumis en France à une réglementation ofticielle, qu’il est devenu uniforme pour les corps appartenant à une môme arme; jusque-là l’habillement du soldat avait été livré plus ou moins complètement à la fantaisie des capitaines '. Depuis Louvois les uniformes de l’armée française ont subi d’incessantes transformations dont nous n’avons pas à faire ici l’bistoire.

Les changements apportés depuis un siècle à l’uniforme du soldat, tant en France qu’à l’étrang-er, s’expli<pient par les inodilications profondes (jui se sont produites dans l’organisation des armées, et dans la manière de comliattre.

Autrefois on recbercliait dos uniformes qui lissent beaucouj) d’etlét à la parade et sur le champ de bataille. Les armées, peu noml)reuses, en général, comptaient beaucoup de volontaires (ju’on s’efforçait d’attirer et do retenir sous les dra])oaux par l’éclat et la variélé des uniformes. Sur le champ de bataille on s’abordait fré-

f. Titeux, Hisloriciuc des uniformes de l’armée française, Paris, 1891.

HABILLEMENT

queiniiicnt; aussi aiiiiait-üii les coilïures (lui grandisscnl, l’iioininc, qui lui donnoiiL une tournure martiale et (|ui en meme temps [jeuvent protéger la tète contre les cou[)S de sabre ; grands casques, schakos énormes, bonnets à poil, etc... Les bonnets à [)oil constituaient à cou[> siir une coilïure très ])cu hygiénique, mais d’autres considérations que les considérations hygiéniques peuvent entrer en ligne })Our le choix do runiforme militaire et il est incontestable que les bonnets à poil de la Garde impériale ont joué leur rôle dans les fastes du premier Em[)ire.

Avec nos immenses armées modernes, qui au jour de la mobilisation seront composées pour la plus grande part d’hommes qu’il faudra habiller àla hâte, les uniformes militaires devaient nécessairement subir des transfoianations pi-ofondes.

Il est nécessaire d’entretenir de grands approvisionnements de vêtements d’uniforme pour habiller en quelques jours les bommes de la réserve et de l’armée territoriale ; il faut que ces vêtements soient [leu variés, pour ne pas compliquer les approvisionnements et assez amples [)Our s’ajuster facilement; d’autre jiart, aA^ec les armes à longue portée, les conditions du combat ont changé; il n’y a plus à compter sur l’elTet moral de tel ou tel uniforme.

Les elTets d’hahillement doiveid, être simples, commodes, faciles à ajuster, peu Aariés et [)eu coûteux, mais, d’un autre côté, il faut qu’ils soient suffisamment élégants pour que le soldat soit fier do se [irésenter sous runiforme.

Les effets d’haliillement doivent [irotéger le soldat contre le froid et le chaud et contre la pluie; [tar suite, il faut les modifier suivant les climats et les saisons. Le même uniforme ne convient pas en Angleterre et aux Indes; un A'^êtement trop chaud, une coilïure qui protège mal la tête sont, pour les soldats qui font cam])agno dans les[>ays chauds, des causes très imj)ortantes de fatigue et de maladie.

Parmi les pièces de runiforme il en est deux qui méritent surtout d’attirer l’attention de l’hygiéniste : la coilfure, (jui doit j)rotéger la tête contre la pluie et contre les ardeurs du soleil, et la (diaussuro ([ui doit j)ermettre au fantassin d’efléctuer de longues mai’ches sans se blesser.

Avant de [lasser en revue les dilTérentes [)ièces de l’habillemenl du soldat, nous devons étudier d’une façon générale les propriétés des matières vestimentaires '.

I. C0LI.IEI1, Expériences sur les éloITes (jni servent ii confectionner les vêtements milit. Journ.de la physiologie de l’homme et des animaux, 1838. — IIasimonü, Traité d’iiygiêne milit., Philadelphie, 1803. — Phttenkofer, Zeitschr. f. Biologie, 1863. —

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A. Propriétés des matières vestimentaires. — 1° Des tissus considérés comme agents 2^rotectcurs contre le froid et contre la chaleur. — a. Protection contre le froid. — M. le pharmacien inspecteur Coiilier a fait en 1858, alors qu’il était professeur à l’École du Yal-de-Grâce, de très intéressantes recherches sur les projtriétés des matières vestimentaires que nous aurons souvent l’occasion de citer ici.

Pour étudier l’influence protectrice des tissus contre le froid, Coulier s’est servi d’un vase cylindrique de laiton pouvant contenir

500"^ d’eau (A, lig. 79).

Ce vase est suspendu par des cordons de soie dans un milieu où l’air est tranquille ; il est fermé par un bouchon de liège qui maintient un thermomètre (<), très sensible, dont la boule se trouve au centre de l’appareil.

Le vase est rempli d’eau chauffée à une température supérieure de 50“ à celle de l’air ambiant, puis revêtu d’une des étoQés à essayer; on fait confectionner à cet effet de petits sacs qui ont la forme du cylindre. On laisse tomber la température jusqu’à ce qu’elle soit de 40" supérieure à celle de l’air ambiant; on note alors l’heure et l’on détermine le temps nécessaire pour que le thermomètre baisse de 5". Ce temps varie suivant que l’étoffe protège plus ou moins le A’ase contre le refroidissement '.

Fig. 79. — Appareil de Coulier pour étudier l'influence protectrice des tissus contre le froid.

Kriegeu, Zeilschr. f. Biologie, 1869. — Linrotii, Norclisicl medic. Arkiv, 1881. — Geigel. Aj'chiv f. Hygiène, 1884 el 1887. — Huuno Muller, Ai-chiv f. Uygiene, 1884, p. I.

— üiBOT, Ih. Paris, 1886. — Moraciie, Trailù d’hygiène milU., 2" édit., 1886, p. 4.14.

— A. Hiller, Deuteche miliUlnirzll. Zeilschr., 188.Ü cl 1888. p. 1. — Schuster, Archiv f. Uygiene, 1888, Vlll, p. 1. — Quinoc, th. Monlpcllier, 1888. — Vaquez, Gonsidér. sur l’iiygiënc des vêlements. Bévue d’hygiène, 1888, p. 890. — Arnould, Nouveaux êlênieiûs d’hygiène, 2° édil., Paris, 1889, ]i. 796. — Lorenz. Dcr Mililiirarzl, 1890- 1891. D, VesTEA, Économie de calorique animal duc aux vêlements. Deutsche vierlelj. ô/f. Gesundh., 1894, XXVI, p. 662. — H. Ueiciienracii, Sur l’élal actuel de nos connaissances sur les propriétés physiques du vêlement, Ilyg. Rundsh., 1891, IV. n“* 23, 24.

1. L’appareil dont s’est servi M. Coulier pour ses recherches fait partie des collections du musée d’hygiène de l’École du Val-de-Gracc.

HABILLEMENT

Le tableau suivant donne les résultats obtenus par Coulier :

Durée du refroidissement de + 40“ à + 35".

Récipient en laiton non recouvert 18' 12"

i Toile de coton pour chemises 11' 39"

Toile de coton pour doublures. ... 11' 13"

Toile de chanvre pour doublures. . H' 23"

Drap bleu foncé 14-' 45"

Drap garance 14' 50"

Drap bleu gris pour capotes 15' 5"

Le récijiient en laiton se refroidit moins à l’état nu que recouvert, ce qui tient au faible pouvoir émissif du laiton; comme le dit Arnould (Nouv. élém. d’hygiène), il n’y a rien à en conclure en ce qui concerne la peau de l’homme. Le fait important qui découle de cette expérience, c’est (jn’un corps chaud se refroidit plus vite lorsqu’il est revêtu de toile, que lorsqu’il est revêtu de drap, et à peu près de la môme façon sous des étoiles de coton ou de chanvre de même épaisseur. L’inlluence de la couleur des étoffes est presque nulle.

W. Hammond, (jui a répété ces expériences, est arrivé à peu près aux mêmes conclusions ; il résulte des expériences résumées dans le tableau ci-après (Moracue, Traité d’hygiène milit., 2° édit., p. 437) que le coton protège mieux contre le refroidissement que la toile de chanvre.

Durée

du refroidissement de (65“,5 à 60“C.).

Récipient de cuivre non recouvert

/ Coton pour chemises

... , \ Toile de chanvre pour chemises.

Meme récipient blanche..

recouvert avec ) jj^ap bleu foncé

Drap bleu clair

Krieger, Pettenkofer, Schuster, Geigel ont fait également des expériences jiour apprécier l’intluence des dirtèrents tissus vestimentaires sur la déjierdition du caloriipie. Schuster s’est servi d’un a[)[)areil qui se ra|)proche beaucoup de celui de Coulier; il a calculé quel était, dans un cylindre rempli d’eau tiède et enveloppé successivement avec les diftérents tissus en ex[)érience, le refroidissement observé en 40 minutes, lues résultats qu’il a obtenus sont résumés dans le tableau suivant {Hernie d'hjif/iène, 1888, p. 892).

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