ÉTOFFES
POIDS
à l’élat sec
POIDS
après 24 heures de séjour au-dessus de Venu
POIDS
après 24 h. d’immersion
EAU
liygrométriquo
EAU
d’inlerposilîon
EAU
hygrométrique par 1 gramme d'élofTe
w tT c
cd
Toile lie coton pour chemises..
Toile (le colon ])Our donlilures.
Toile (le lin pour doublures...
Drap bleu foncé pour soldat...
Draj) garance pour soldat
Drap gris de fer bleuté
Drap garance pour sous-oflicier.
Drap bleu foncé pour sous-
officier
Belle toile de chanvre pour
chemises
On voit que la laine absorbe plus d’eau hygrométrique que le coton et que le chanvre.
Un autre fait ressort de ces chiffres, c’est que les vêtements mouillés sont beaucoup plus lourds qu’à l’état sec, d’où une surcharge très sensible pour le fantassin en temps de pluie; l’augmentation de poids est de 2 kilogr. pour la capote, de 0 kg. 700 pour le pantalon, de 1 kilogr, pour la veste, soit do 3 kg. 700 pour ces trois elïets.
Lorenz, qui a étudié l’augmentation de poids ju’oduite par la pluie sur les elïets d’habillement d’un soldat prussien, donne les chiffres suivants {Revue d'hygiène, 1801, p. 1132) :
Ilabils secs
— mouillés (U’cnipés dans l’eau). .. . IS**»
— mouillés puis tordus e,800
HABILLEMENT
lïillcr a mesuré la quantité d’eau qu’un mètre carré des dilVérents tissus en usage dans l’armée allemande peut absorber; il a constaté que la chemise de calicot retient, à peine une fois et un tiers son poids d’eau ou de sueur, tandis que les étotlés de laine (la flanelle surtout) peuvent en absorber près de trois fois leur propre poids.
11 résulte des expériences de Pettenkofer, de Linrothetde Hiller que l’évaporation de l’eau dans la laine est plus lente et plus égale que dans la toile de coton et surtout dans la toile de fil. Les personnes qui portent des chemises de laine sont donc moins exposées aux refroidissements produits par l’évaporation rapide de la sueur, que les personnes qui portent des chemises de coton et surtout de til. Hiller a conclu de ces expériences qu’il fallait donner au soldat des chemises de laine; nous verrons plus loin que les chemises de flanelle présentent de grands inconvénients.
Des tissus imperméables. — Lorsque les etTets d’habillement ont été mouillés par la pluie, le corps doit fournir en grande partie la chaleur nécessaire à l’évaporation de l’eau ; si l’évaporation est rapide, si le soldat dont les vêtements ont été mouillés pendant une marche, est obligé de garder ses vêtements, la marche terminée, il en résulte une déperdition de calorique dangereuse. On éviterait cet inconvénient, ainsi que celui de la surcharge produite par l’eau d’interposition, en employant des tissus imperméables.
Les vêtements imperméables à l’air et à l’eau, faits avec des tissus enduits de gutta-j)ercha ou de caoutchouc, doivent être absolument proscrits de l’habillement du soldat. Ijorsqu’on })orte un A'êtement imperméable et qu’on est obligé de faire une longue marche, |)ar un temps un peu chaud, on éprouve un malaise qui s’ex|)li(jue facilement : la sueur, ne pouvant pas s’évaporer, s’accumule à la surface de la peau et le corjis n’esi plus rafraîchi par la trans[»iration insensible et |>ar le renouvellement de l’air qui entraîne d’ordinaire la va[>eur d’eau; ces conditions sont très favorables à la production du coup de chaleur.
Si les tissus imperméables à l’eau et à l’air doivent être absolument condamnés, il n’en est pas de même de ceux (prl sont l’endus im])erméables à l’eau, sans |)Our cela cesser d’être perméables à l’air. On obtient ce résultat en imprégnant les tissus avec une solution d’un sol métallique (sel de fer ou d’alumine) et on les |>assanl ensuite dans une dissolution de savon.
D’après Hiller, on immergeant les étcdlés dans une solulion d’acétate d’alumine acide à 1 p. 100 on les rend imperméables à
l’eau, sans nuire notablement à leur |)erinéal)ilité à l’air, f|ui n’est diminuée que de 3 à 11 p. 100; les tissus qui servent à l’Iiabillement du soldat sont moins altérés par eette opération que les tissus fins
D’autre part (et c’est là un résultat très important), tandis que les vêtements ordinaires, lorsqu’ils sont mouillés, deviennent imperméables à l’air, ceux qui ont été imperméabilisés à l’aide de l’acétate d’alumine, se laissent encore traverser par l’air, alors môme qu’ils ont été fortement mouillés.
On peut faire une expérience très simple pour constater que les tissus mouillés deviennent imperméables à l’air; après avoir cousu avec soin un petit sac en toile de tente, par exemple, on le place, le fond en haut, dans un grand bocal rempli d’eau. Le sac s’enfonce rapidement, parce que la toile sèche, très perméable, laisse filtrer l’air à travers ses mailles; si, lorsque la toile a été complètement mouillée, on refait l’expérience, le sac ne s’enfonce plus ou il ne s’enfonce que très lentement, parce que l’air a beaucoup de peine à s’échapjier au travers de la toile mouillée. Cette expérience explique comment sous des tentes en toile on peut observer, lorsqu’il pleut, les accidents dus à l’encombrement; la ventilation ne se fait plus au travers des toiles mouillées. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point à [)ropos des tentes (Ch. xv).
Lorsque dans l’expérience précitée, on se sert non plus de toile ordinaire, mais d’une toile qui a été imperméabilisée par un sel acide d’alumine, on constate que le sac s’enfonce alors même qu’il a séjourné dans l’eau pendant quelques minutes.
La perméabilité d’un tissu pour l’air se mesure par le procédé suivant, indiqué par Pettenkofer : on fixe solidement sur l’ouverture supérieure, très large, d’un récipient rempli d’eau, un morceau du tissu dont on veut connaître la perméabilité; on ouvre alors un robinet situé à la partie inférieure du récipient ; l’eau s’écoule avec une rapidité d’autant plus grande que l’air pénètre plus aisément dans le flacon par les pores du tissu (jui garnit l’ouverture supérieure. Le nombre des litres d’eau qui se sont écoulés en une minute, par exemple, et la surface du morceau (le tissu utilisé dans l’expérience étant connus, il est facile de calculer le nombre de litres d’air qu’un mètre carré du tissu en
1. Consulter sur rinipcrméabilisalion des tissus servant à l’habillement du soldat : IliLLEH, op. cil. — Vaquez, Revue d’hygiène, 1888, p. 1)07. — Loue.nz, Der Militürarzl, 1800-1801. — Po.m.vav, Revue d’hygiène, 1801, p. 1128.
HABILLEMENT
question laisserait passer en une seconde, sons une pression égale à celle employée dans l’expérience.
Les tissus imperméables absorbent beaucou]) moins d’eau (jue les autres, 30 à 38 p. 100 de leur poids, au lieu de 8G à IIG p. 100.
D’après Lorenz les recherches de Hiller sur la perméabilité des étoilés à l’air auraient été faites avec une pression troj) forte et l’obstacle opposé au passage de l’air par les tissus imperméabilisés serait plus grand que ne l’a dit lliller; la sueur traverserait difficilement les vêtements imperméabilisés. De plus les étoflés imperméabilisées seraient difficiles à laver et l’imperméabilité serait altérée par le lavage (Lorenz).
Hiller et Lorenz ont fait des expériences pour savoir au bout de combien de temps les vêtements du soldat, imperméabilisés ou non, étaient traversés par l’eau; à cet effet les vêtements étaient soumis à une pluie artificielle (Pom.may, Revue d'ht/giène, 1891).
Il nous paraît évident qu’il y aurait avantage à donner au soldat un manteau imperméable à l’eau, si cette condition pouvait être obtenue sans que la perméabilité du tissu pour l’air fût diminuée dans une forte proportion, mais de nouvelles recherches sont nécessaires à ce sujet; nous venons de voir que lliller et Lorenz étaient arrivés à des résultats différents.
L’imperméabilisation des manteaux serait réalisée facilement et à peu de frais. D’après lliller, on pourrait pour la somme de o3 francs rendre imperméables à l’eau les manteaux d’un bataillon de GOO hommes.
3° Des couleurs à adopter pour les vêlements du soldat. ■ — Dans le choix de la couleur de l’uniforme il y a lieu de tenir compte d’une considération plus importante que la considération artistique, qui a trop souvent prévalu ; on ne doit pas hahiller le soldat avec des tissus de couleur voyante, visibles à de grandes distances, et qui fournissent à l’ennemi des cibles commodes.
La nature nous fournit des exemples nombreux et remar(|uables <ie r importance de la couleur des êtres dans leur lutte ])Our l’existence (Darwin, De l’origine des espèces, Trad. deM““ Royer, 18G2).
« Puisque tous les êtres vivants d’une même région luttent constamment entre eux avec des forces à peu près balancées, il peut suffire d’une modification insensible dans l’organisation ou les habitudes de l’un d’entre eux pour lui assurer l’avantage suites autres
« Quand on voit des insectes pbvtopbages affecter la couleur verte, et d’autres, (jui se nourrissent d’écorce, un gris pommelé.
le plarnigan alpestre (perdrix des neiges) blanc en hiver, le coq de bruyère écossais (red-grouse), île la couleur de cet aidniste, et le francolin noir (black-grouse), couleur de tourbe, il faut bien admettre que les nuances particulières sont utiles à ces espèces, qu’elles protègent contre certains dangers. Si les francolins (grouses) n’étaient fréquemment détruits à quelqu’une des phases de leur existence, ils multiplieraient à l’infini. On sait ([u’ils ont pour ennemis les faucons, qui sont guidés vers leur proie jiar un regard perçant. Je ne puis donc douter que l’élection naturelle n’ait été cause de la couleur affectée par chaque espèce de francolins et n’ait continué d’agir pour la rendre permanente une fois acquise. C’est par des raisons analogues qu’en certains pays on évite d’avoir des pigeons blancs, parce qu’ils sont plus exposés à devenir la proie des oiseaux rapaces. » (Darwin, op. cil., p. 118 et 122.)
Aux exemples cités par Darwin on pourrait en ajouter beaucoup d’autres : les lézards, les serpents que l’on trouve dans le sable du désert ont généralement une couleur grisâtre analogue à celle du sable. Bon nombre d’animaux ont la faculté de prendre une coloration analogue à celle du milieu où ils vivent, ce qui leur permet d’échapper souvent à leurs ennemis, et de guetter plus facilement leur proie; c’est ce qu’on appelle le mimétisme.
Les lois qui régissent la lutte des êtres, si bien dénommée par Darwin la lutte pour l’existence, s’appliquent aux hommes à l’état de guerre les uns contre les autres.
Quand l’infanterie ouvrait le feu à 150 ou 200 mètres avec des armes donnant beaucoup de fumée, l’influence de la couleur de l’uniforme n’était pas très grande; aujourd’hui, avec nos armes à longue portée et avec la poudre sans fumée, il n’en est plus de môme et il est plus important qu’autrefois de proscrire de l’habillement du soldat les couleurs les plus facilement visibles à de grandes distances.
La visibilité des couleurs varie naturellement beaucoup avec le fond sur lequel on place les objets colorés; un objet est d’autant moins visible de loin, qu’il se rapproche davantage de la couleur du fond sur lequel il se trouve; un objet noir, très peu visible de loin sur un fond sombre, devient très facile à voir sur un sol couvert de neige. Les forestiers, (|ui doivent se dissimuler au milieu des arbres, ont adojité la couleur verte; les chasseurs, qui dans les chasses à courre ont besoin de se reconnaître de loin, ont choisi la couleur rouge pour leurs hahits.
HABILLEMENT
Dans les cxjiériences sur la visibilité des couleurs de runiforine militaire il faut évidemment adopter comme fond celui sur lequel se trouve le plus souvent le soldat, c’est-à-dire le sol.
Le tableau suivant résume les résultats auxquels sont arrivés J. Gérard et l’armurier Devismes en tirant sur des cibles de différentes couleurs à 300 et à 600 mètres et en variant beaucoup les conditions de l’expérience.