‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 58 sur 115 · DU CHOIX DE L’EMPLACEMENT D’UNE CASERNE. DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

DU CHOIX DE L’EMPLACEMENT D’UNE CASERNE. DES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION

I. Choix de remplacemenl d’une caserne. — Du sol. — Des gaz du sol. — De l’humidilé du sol et de la nappe d’eau souterraine. — Des variations du niveau de la nappe d’eau et de leur importance au point de vue de l’hygiène.

— Drainage. — Matière organique et microbes du sol. — Orientation à donner aux bâtiments d’habitation.

II. Matériaux de construction. — Fondations. — Murs, épaisseur qu’ils doivent avoir suivant les climats. — Perméabilité des matériaux de construction, avantages et inconvénients des murs perméables. — Revêtements des murs.

— Humidité des matériaux de construction. — Planchers. Inconvénients des planchers en bois; nécessite de les supprimer à l’avenir dans les casernes. Procédés d’imperméabilisation des parquets ; paraffinage, coaltarisage, etc.

— Toitures.

III. Mesures à prendre pour empêcher Pair vicié des égouts, etc., de pénétrer dans les habitations. — Siphons hydrauliques. Conditions que doit remplir un siphon; siphons d’éviers, d’urinoirs, de cours.

On ne saurait apporter trop de soin au choix de l’emplacement d’une caserne, à l’étude préalable du sol sur lequel la caserne sera construite, au choix des matériaux de construction, au plan général des bâtiments et à leur distribution intérieure ; lorsque la caserne est construite, il est trop tard pour signaler les causes d’insalubrité qu’elle présente; la caserne est nécessairement utilisée et pendant des siècles les hommes qui viennent y loger ont à subir les inconvénients qui résultent de l’emplacement choisi, des vices de construction ou de la mauvaise distribution des bâtiments.

1. Choix de l’emplacement. — A. Situation. — Autrefois, avec le sy.stème de fortifications qui porte le nom de Vauban, il fallait pour le choix de l’emplacement des casernes se plier aux nécessités de la défense; les casernes étaient adossées aux fortifications, dans

CASERNES, CHOIX DE l’EM PLACEMENT J.';;}

les points les moins accessibles au feu de rennemi ; il en résultail que les casernes se trouvaient souvent dans de mauvaises conditions au point de vue de la ventilation et de rorientation.

La grande portée des canons modernes a eu pour conséquence de modifier complètement le système de défense des places; avec leur ceinture de forts détachés, les places fortes modernes ne sont plus enserrées comme autrefois et l’on a beaucoup plus de liberté ]tour le choix de l’emplacement des casernes; cet emplacement n’est plus déterminé que dans les forts et pour les casemates. Les casemates, construites pour abriter les défenseurs d’une place, sont nécessairement des habitations peu hygiéniques, mais en temps de paix elles ne servent pas au logement des troupes, ou du moins elles ne sont habitées que par un très petit nombre d’iiommes, qui n’y séjournent pas longtemps.

Beaucoup de casernes sont d’ailleurs situées dans des villes non fortifiées, ce qui donne toute latitude pour le choix de l’emplacement.

Il faut éviter de placer les casernes dans des quartiers où la population est très dense; on trouve difficilement dans ces quartiers d’assez grands espaces pour assurer à tous les bâtiments d’une caserne de l’air et de la lumière, pour donner aux cours et aux dépendances les dimensions qu’elles comportent. Les casernes construites dans les quartiers populeux sont généralement entourées de hautes bâtisses, avec des cours intérieures insuffisantes; il en résulte qu’elles sont mal A^entilées, mal éclairées et insolées, et souvent humides et malsaines.

D’autre part, si l’on met en rapport intime l’agglomération d’hommes que renferme la caserne, avec une autre agglomération d’individus vivant souvent dans de mauvaises conditions hygiéniques, aux abords de la caserne, il y a beaucoup de chances pour que les maladies épidémicpies se propagent de l’une à l’autre, et surtout do la population civile à la population militaire. Dans la caserne on prend en effet des mesures rigoureuses pour isoler les malades atteints d’afièctions contagieuses, pour désinfecler les etTets, les objets de literie et les locaux qui ont pu être souillés, tandis que la j)rophylaxie des maladies contagieuses laisse souvent beaucoup à désirer dans la population civile.

Les casernes doivent être [ilacées à la périphérie des villes, en dehors des faubourgs ; toutefois l’emplacement choisi ne doit pas être trop éloigné, trop excentrique; il ne faut pas rendre le service difficile aux officiers et les hommes doivent jiouvoir venir l'acilenient en ville.

11 y a une exception à faire pour les pays palustres ; dans ces pays, ce sont les parties élevées et le centre des villes qui sont les plus salubres. A Rome, ce sont les casernes les plus excentriques qui fournissent le plus grand nombre de malades atteints de fièvre palustre (L. Colin, Traité des fièvres intermitt., Paris, 1870).

L’altitude qui suffit à mettre à l’abri de la fièvre est souvent peu considérable, si bien que, dans une même ville, on peut trouver à quelques centaines de mètres les uns des autres des emplacements salubres et des emplacements insalubres.

La ville de Constantine est construite sur une énorme masse rocheuse dont la base est contournée par le Rummel; les personnes qui habitent Constantine ne prennent presque jamais la fièvre, tandis que celles qui habitent la vallée du Rummel sont atteintes dans une forte proportion; les casernes situées dans Constantine et la caserne du Mansourah, qui occupe une hauteur voisine, sont épargnées, tandis que la caserne du Bardo dans la vallée du Rummel, aux portes de la ville, fournit tous les ans un grand nombre de cas de fièvres palustres contractées dans la caserne. De même à Bone; les habitants de la ville haute, construite sur les collines qui bordent la mer, sont à l’abri du paludisme alors que ceux de la ville basse lui payent aujourd’hui encore un assez lourd tribut, malgré les travaux d’assainissement qui ont été exécutés (Laveran, Traité des fièvres palustres, 1884, p. 7).

Les casernes doivent être éloignées de tous les établissements insalubres, des hôpitaux, des abattoirs, des cimetières, etc.

Le voisinage d’un cours d’eau est une condition indispensable pour les troupes à cheval, à cause de la nécessité de baigner les chevaux. Les casernes ne doivent pas être construites sur les bords mêmes du cours d’eau; il faut se mettre en garde contre l’humidité résultant de ce voisinage et contre l’infiltration et la submersion des caves pendant les crues.

Un terrain un peu élevé et présentant une pente légère constitue le meilleur emplacement qu’on puisse choisir; la ventilation naturelle et l’insolation se font bien dans ces conditions.

Les habitations placées dans des vallées étroites, en contre-bas d autres habitations, sont généralement insalubres ; la proximité de la nappe d’eau souterraine, le fait que la vallée reçoit non seulement l’eau de pluie qui tombe à sa surface, mais aussi celle qui s’écoule des pentes voisines, rend le sol humide. La malière organique, les infiltrations des fumiers et des fosses fixes des habitations situées [)lus haut, tendent à affiner dans la dépression de

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terrain où sc trouve l’habitation; la ventilation se fait mal, parce f[ue les courants atmosphériques [>assent au-dessus de riiahitalion toutes les fois que leur direction n’est pas exactement celle de la dépression du sol; enfin si la dépression est un peu profonde, riiahitation ne reçoit les rayons du soleil que pendant le milieu du jour.

Une habitation située à la partie supérieure d’une colline ne présente pas ces inconvénients : les eaux s’écoulent facilement, la ventilation et l’insolation se font bien, mais la maison, en plein vent, est sans cesse parcourue par des courants d’air qui la rendent froide, difficile à chauffer en hiver; de plus, en plaçant une habitation sur un point trop élevé, on impose de grandes fatigues à ceux qui l’habitent.

En choisissant un emplacement sur une pente douce, on évite tous ces inconvénients.

B. Du SOL. — Avant de fixer l’emplacement d’une caserne, il est nécessaire d’étudier la nature du sol, son degré d’humidité et de perméabilité et de rechercher à quelle distance de la surface se trouve la nappe d’eau souterraine.

Ces questions ont été dans ces dernièz’es années l’objet d’un grand nombre de travaux importants ^ que nous devrons nous borner à résumer succinctement.

a. Porosité et perméabilité du sol. — Le sol est toujours plus ou moins poi'eux ei j)erméable; il ne faut pas confondre ces deux termes.

La porosité d’un sol peut être définie : le rapport existant entre le volume des espaces libres et le volume total du sol.

La perméabilité est la propriété que possède le sol do se laisser travei’ser jdus ou moins aisément par les gaz et les liquides.

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Dans tous les sols poreux l’espace libre constitué par les jiores représente environ 40 p. 100 de la niasse totale; Uenk indique les limites de 30 à 55,5 p. 100; Flügge a trouvé pour te gravier 38,4 à 40,1 p. 100; pour le sable : 35,0 à 40,8p. 100; pour l’argile : 30,2 à 42,5 p. 100.

Soyka a imaginé un procédé ingénieux pour mettre en évidence le degré de perméabilité à l’air des différents terrains. On remplit des tubes de verre avec les terrains à examiner au point de vue de la perméabilité à l’air et on les fait traverser par du gaz d’éclaiiaige qu’on allume à la sortie ; la rapidité avec laquelle le gaz passe et la grandeur de la flamme indiquent le degré de perméabilité du terrain qui a servi à remplir chaque tube; on constate que la perméabilité augmente avec la gi’osseur des grains qui constituent le terrain. Il en est de même de la perméabilité pour l’eau. Un sol composé de gros graviers est très perméable à l’eau et à l’air, le sable se laisse traverser d’autant plus facilement qu’il est plus gros; l’argile est presque imperméable.

La perméabilité du sol pour l’air diminue quand le sol est humide et disparaît quand il est complètement mouillé.

h. Air du sol. — L’air du sol est comme l’air atmosphérique un mélange d’oxygène, d’azote et d’acide carbonique, mais les proportions du mélange sont différentes. D’autres gaz s’y rencontrent aussi quelquefois : l’acide sulfhydrique et dans les villes le gaz d’éclairage.

Pour recueillir les gaz du sol, Fodor procède de la manière suivante : on fore dans le sol des trous qui ont une profondeur connue, on y introduit des tubes en plomb et on comble avec de la teiTe le vide qui existe autour de ces tubes ; au moyen d’un aspirateur d’une capacité connue on aspire alors l’air du sol et on le fait passer dans une solution de baryte titrée; l’acide carbonique est absorbé et peut être dosé.

On peut aussi creuser un trou d’une profondeur donnée, recouvrir ce trou et laisser l’air du sol s’accumuler dans le fond, puis, en agitant l’air le moins possible, vider au fond du trou un grand flacon rempli d’eau. L’air du sol pénètre dans le flacon; on ayant soin de boucher hermétiquement le flacon au moment où on le retire, on peut ainsi se procurer une quantité donnée d’air du sol et doser l’acide carbonique (jui s’y trouve.

L’air du sol est toujours beaucoup plus riche en acide carbonique que l’air atmosphérique, comme Doussingault etiUichol Lévy l’ont montré dès 1852.

CASERNES, CHOIX DE l’eMPLACEMENT 4iit)

Tl résulte (les recherches de Pettenkofer à Munich et de Fodor à l>uda-Pest que la quantité d’acide carlionique de Pair du sol est très variable sur les diiïérenls points d’une môme ville, avec la profondeur à laquelle on recueille les gaz et avec les saisons. A Munich, Pettenkofer a trouvé que sur 1000 parties d’air en volume il y avait de 3,9 à 21 d’acide carbonique; c’est en été qu’on a trouvé les plus fortes quantités d’acide carbonique.

l^a quantité d’acide carbonique est d’autant plus grande que le terrain est plus souillé, plus riche en matière org-anique.

L’air du sol est mobile, il obéit aux lois de la dilïusion des gaz.

Les dilTérences de température qui existent entre le sol et l’atmosphère, les variations de pression barométique, les vents, les fluctuations de la nappe d’eau souterraine mettent sans cesse les gaz du sol en mouvement, et ces gaz pénètrent facilement dans les habitations.

Pendant la plus grande partie de l’année un courant s’établit du sol vers l’intérieur des maisons, (jui, plus chaudes que l’air extérieur, agissent comme des cheminées d’appel sur l’air souterrain.

D’après Pettenkofer l’air des appartements d’un rez-de-chaussée peut contenir, notamment en hivei", 10 à lo p. 100 d’aii’ souterrain.

Des accidents d’asphyxie par le gaz d’éclairage ont été observés à plusieui’s reprises sur des personnes (jui habitaient des chambres de rez-de-chaussée situées à plus de 10 m. de distance de la solution do conlinuité des tuyaux de gaz dans la profondeur du sol ; c’est une preuve convaincante de la pénétration des gaz du sol dans les habitations mal construites ‘.

Pour ((u’une habitation soit salubre, il faut qu’elle repose sur une couche de matériaux imperméables.

c. llmnidilé du sol. Nappe d'eau soulermine. Dvainafie. — Le sol renferme toujours une certaine (piantité d’eau (pii peut exister concurremment avec l’air, sous forme d'humüUlé, ou bien sous forme de nappe d'eau souterraine .

L’humidité du sol est entretenue par l’eau de iduie ou jiar l’eau provenant de la fonte des neiges, (pii s’infiltre à travers les couches su](crricielles, et [tar la vapeur d’eau émise par la nai>pe d’eau souterraine.

1. Layet, Des accidenls causés par la pénotralion soiilcrrainc du gaz de l’éclairage dans les liabilalions, Revue d'hygiène, 1880, p. 100. — Touhdes a relaté deux exemples de ces accidenls, E. el F. Dlt/.eys, op. cil., |>. 39. — Empoisonncnicnl par le gaz en temps froid, Brilish med. Journ., 10 févr. 1893, cL Revue d'hygiène, 1895, p. 533.

La (jLiaiilitc d’eau retenue varie beaucoup avec la nature du sol ; elle est d’autant plus grande que les pores du teri'ain sont plus petits (Renk, Hotïniann). Un litre de gros sable mouillé ne i-etient ({ue 55'^ d’eau, alors (pi’un litre de sable Irès fin jieut en retenir de 200 à 300°^ Dans un sol dont les pores sont très petits (argile, sable Irès fin), la capillarité s’exerce évidemment beaucouj) mieux sur l’eau que dans un sol à larges pores, de môme que, dans des tubes de verre, l’action de la capillarité est d’autant plus forte que les tubes ont un plus petit diamètre.

L’argile, l’humus ont pour l’eau une très forte capacité.

La perméabilité du sol pour l’eau, c’est-à-dire la faculté qu’il a de se laisser traverser [)ar l’eau, est naturellement en raison inverse de sa capacité à retenir l’eau ; ce sont les terrains (|ui présentent les pores les plus grands, dans lesquels par conséquent la capillarité s’exerce au moindre degré, qui sont les plus perméables. L’argile, qui retient l’eau avec une grande énergie, est à peu près imperméable, et son association à d’autres éléments, sable, etc., diminue leur perméabilité.

L’ail’ du sol est toujours humide, parce qu’il est mélangé à la vapeur d’eau fournie par la nappe d’eau souterraine.

Nous avons eu déjà l’occasion de dire (p. 314) comment se formaient les nappes d’eau souterraines.

La nappe d’eau souterraine supérieure se rencontre à une profondeur très variable suivant les localités; quelquefois elle arrive jusqu’à la superficie du sol, lorsqu’on enfonce un bâton dans le sol on voit le jietit jmits aimsi creusé se remplir d’eau; c’est là ce qui constitue les terrains marécafjeiix. Ces terrains, tout à fait imjiropres à la construction des habitations, sont particulièrement dangereux dans les pays chauds, parce que le microbe du paludisme y trouve le milieu de culture qu’il [iréfère.

Ijorsqu’on est obligé d’élever une construction sui' un terrain marécageux, il faut commencer jiar drainer le sol, afin de faire baisser le niveau de la najipe d’eau. On creuse des tranchées assez profondes en dehors de l’emplacement choisi pour l’habitation, de façon à ce (jue le tassement du sol |)roduit par le poids des constructions n’écrase pas les drains; on met au fond des tranchées des conduites en poterie grossière percées de trous ou en terre ]iorméable, disposées de façon à ce que la [lente naturelle conduise à la rivière l’eau (jui vient remplir ces drains; on comble ensuite les tranchées (fig. 103, A).

Les tuyaux de di’ainage ne doiveid pas aboutir aux égouts :

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lorsque, soiisrinduonce de pluies d’orages, les égouts se remplissent, tout à coup, il [)Ourrait y avoir retlux dos eaux d’égout; dans les drains et dans le sol qui serait, souillé ; en tout cas les gaz de l’égout pénétreraient dans le sot et de là dans les lialiitations.

A défaut de tubes à drainage, on peut placer simplement du gravier au fond des tranchées destinées à drainer le sol; comme les couches de gros graAÛer sont très perméables, l’eau s’écoule rajiidement à travers le gravier comme elle ferait par un drain (fig. Iü3, B).

Alors même que la nappé d’eau souterraine se trouve à une profondeur suffisante pour que l’eau ne puisse pas monter par

Kig. 103. — A. Égout (S) et drains tuyaux (D, D). — B. Kgout (S) et gravier drainant (II.). Dans les deux figures les lettres C et E indiquent les remblais {d'après Arnould, oj). cit.).

capillarité à la surface du sol, la proximité de cette nappe est une cause d’humidité et d’insalubrité pour les habitations; la vapeur d’eau provenant de la nappe d’eau va se condenser dans les parties superficielles du sol et l’humidité gagne ainsi l’habitation; elle s’infiltre dans les murs, s’ils n’ont pas été construits de manière à éviter cet accident, et elle pénètre avec les gaz du sol.

11 est donc nécessaire de voir à (pielle hauteur s’élève la naïqie d’eau souterraine <lans les endroits ]>roposés |)our rem|)lacemenl d’une caserne; il faut aussi étudier, aulaid, ([ue possible, les variations annuelles de hauteur de cette mi|)pe, ce (pii est facile s’il existe des puits à pri^iximité.

he niveau de la mqipe d’eau souterraine est soumis à de continuelles oscillations, d’étendue variable suivant les lieux. Dans certaines localités, l’écart entre le minimum et le maximum est de [dusicurs mètres. En général les localités dans lesipielles la nap|»e d’eau subit des variations aussi grandes sont assez malsaiiu's.

•iG2

On sait que Pettcnkofer a constaté a Miinicli <|uo des l'ecrudescences de lièvre typhoïde se |)i‘oduisaient chaque fois (jue la nap|ie d’eau souterraine s’ahaissait. La mCnne coïncidence a été notée pendant les épi<léinies de Heidelberg' en 1872, de Liverpool et de Windsor, et à Berlin de 18G1 à 1867.

Mais dans d’autres épidémies la loi de Pettenkoi’er n’a pas été vérifiée (épidémies de Bàle, de Winterthur), ou même on est arrivé à des résultats opposés; à Lyon, J. Teissier a constaté (jue les recrudescences épidémi([ues de la fièvre typhoïde coïncidaient d’ordinaire avec une élévation de la nappe d’eau souterraine, de môme Fodor à Buda-Pest.

On comprend que l’élévation hrusi^ue de la nappe d’eau souterraine entraîne les germes qui se trouvent dans le sol à [)i’oximité des puits et favorise l’éclosion et l’extension des épidémies typhoïdiques. Il est plus difficile de concevoir comment l’aliaissement de cette nappe peut produire une épidémie de fièvre typhoïde.

Naegeli, Buchner, Soyka ont essayé d’expliquer comment des bactéries mises à sec par l’abaissement de la na]>pe d’eau souterraine pouvaient être transportéès à la surface du sol, mais ces explications très subtiles ne résistent pas à la critique.

De foj'ts courants d'air ne peuvent pas faire passer les bactéries à travers des couches de terre de quelques centimètres d’épaisseur; la terre, môme sèche, filti'e l’air complètement.

Il est possible, comme le dit Flügge, que l’abaissement de la nappe d’eau, en amenant la dessiccation du sol, favorise la dissémination des germes superficiels par les vents, mais cette interprétation n’a rien de commun avec la théorie de Petlenkofer. (Flugge. Les microorganismes. Trad. fr. Bruxelles, 1887, p. 527.)

Dans les localités où l’on fait usage de l’eau de puits, on peut comprendre aussi que l’abaissement de la nappe d’eau soutei'raine ait pour effet de donner une eau moins bonne : les puits se vident facilement, on remue la vase qui est au fond et on boit de l’eau moins pure que quand le niveau de la nappe est élevé.

Au point do vue pratique la conclusion à tirer de ces considérations sur l’eau du sol est (ju’il faut choisir pour l’emplacement <le l’habitation, un sol perméable et sec, suftisamment éloigné de la nappe d’eau souterraine; un sol argileux, imprégné d’humidité cl impei'inéable, est mauvais. Les habitations construites sur le roc sont très saines, pai'ce que le sous-sol ne peut pas être souillé et (|ue

CASEIlNliS, CHOIX. UE l’eMPLACEMENT

la pii'iTO «lure est à [leu pri^s im[)erméal)le à l’air et à l’eau, mais il est l’are qu’on puisse construire dans ces conditions.

(l. Matière or(janique et microbes du sol. — La surface <lu sol est sans cesse souillée par la matière organique qui j)i’ovient de la destruction des plantes et des animaux, par les déjeclions de l’homme et des animaux, etc. Sous l’action des microbes, la matière organisée est transformée en matière organique soluble ({ui s’intîllre dans le sol avec l’eau, les sels minéraux et aussi avec des microbes qui sont entraînés.

l^e sol se comporte comme un filtre d’une grande puissance qui arrête la matière organique et les microbes et qui ne laisse passer que de l’eau pure jusqu’à la nappe d’eau souterraine. Nous avons eu déjà l’occasion de dire que les eaux de source étaient stériles (Cb. X, p. 31fi). C’est grâce à cette puissance filtrante du sol qu’on peut épurer les eaux d’égout par le sol.

Les couches superficielles du sol sont naturellement les plus souillées par la matière organique soluble et par les microbes. ]^a coni])araison suivante, que nous empruntons à M. Duclaux, donne une excellente idée des phénomènes qui se produisent dans un sol irrigué avec de l’eau renfermant des éléments organiijues en dissolution. « Une goutte de vin qui tombe sur une nappe, une goutte de teinture de tournesol ou d’indigo sur une feuille de papier, ilonnent deux cercles concentriques d’une remanjuable netteté, dont les diamètres sont toujours dans le même rapport l’un par rapport à l’autre, tant qu’on ne change pas le volume de la goutte qui tombe.

cercle intérieur est seul coloré. Cela témoigne que la matière du corps absorbant retient plus activement la matière colorante <[ue l’eau, et c’est là en gros l’image de ce qui se passe dans la terre arable, ipii retient les éléments organiijues en solution dans l’eau et ne laisse passer que de l’eau [uire. » (Ann. de ri)ist. Pasteur, 1893, p. 820.)

Les microbes sont également arretés dans les couches superficielles du sol, comme l’absence de germes dans l’eau de la nap[)e souterraine et le |)etit nombnî de ceux qui se trouvent dans l’eau des drains des champs d’épuration pouvaient le faire prévoir; le nombre des microbes diminue ra[)idement de la superficie vers la profondeur.

11 résulte des expériences de Koch, de Fraenkel, de Ileimers et de Kramer qu’à partir de 1 m. de profondeur les germes deviennent très rares et (jue, à 3 ou i m., ils disparaissent |)resque contplètement.

Les tableaux suivants donnent les résultats de deux analyses bactériologiques du sol faites [lar Fraenkel (Giîan'ciieu et Hiciiaud, op. cil.) :

Terrain vierge du Pfingsberg {près de Poisdam).

Profondeur. Nombre de germes

par cenümèlre cube

1 ,50 150 OOO

Terrain de Berlin [jardin).

Profondeur. Nombre de germes

par cenlimèlre cube.

Les chiffres suivants sont dus à Reimei-s :

Nombre de germes par cenlimèlre cube.

Terre de la surface d’un champ 2 564 800

— à 2'“ de profondeur 23 100

Ivramei’ en examinant jusqu’à 1 m. Go de profondeur un sol argileux et assez chargé d’humus a trouvé :

A 0“,20 de profondeur 650 000 germes par gramme de terre.

quelques

l‘our jirocéder à l’examen hactérioIogi(|ue du sol, un centimèti’e cube de la terre qu’on désire examiner est recueilli dans une curette namliée et dilué dans du bouillon (jui sert à préparer des cultures en plaques et à faire la numération des microbes. Fraeidvcl

CASERNES, CHOIX DE l’eMREACEMENT 40îi

a imaginé une sonde spéciale pour l•ecueilliI• de la lecre dans les parties profondes du sol.

Les conclusions de Fi-aenUel, de Keimers et de Cramer ii(‘ s’a[)pliquent qu’aux microbes cultivables sur gélatine. Tl est possible que les couches ju-ofondes du sol l'enferment des microbes qui ne se développent pas sur gélatine, comme le bacille (jui, d’après ^\'inog■radsky, est l’agent principal delà nitrification dans le sol, ou des microbes anaérobies; nous avons vu en efl'et (jue l’air du sol était riche en acide carbonique.

TjCS microbes du sol jouent le rôle principal dans tous les phénomènes d’oxydation qui ont pour eflét la destruction de la matière organique; comme ils sont aérobies, il est nécessaire, pour (pi’ils se multiplient et qu’ils fassent leur œuvre, que le sol soit aéré convenablement; c’est là une condition sine qua non de ré[)uration des eaux d’égout par le sol; il est indispensable que l’irrigation soit intermittente, afin que le sol puisse s’aérer dans l’intervalle de deux irrigations. Ijorsque le sol chargé de matière organique est noyé, imperméable à l’air, ce sont des anaérobies qui se développent.

T^a bactériologie nous enseigne donc pourijuoi un sol perméable, sec, bien aéré, est préférable, au point de vue hygiéniijue, à un sol compact et humide.

« Quand il y a peu d’air dans le sol ]iénétré de matière organi((ue, ce qui arrive si celle-ci est trop abondante, si le sol esl trop compact ou bien s’il est noyé, ce sont des microbes anaérobies qui entrent en action, et avec eux la putré-faction avec dégagements gazeux odorants et production |)lus ou moins abondanb' de ces substances volatiles et toxiques dont on commence à soupfjonner la jirésence

« Quand la terre est meuble au contraire, moyennement sèche et que l’air y cii-cule facilement, ce sont sui'tout les êtres aérobies qui prenneni, le dessus et qui poussent à fond la destruction de la matière organitjue, font disparaître son carbom' à l’état d’acide <;arbonique, son hydrogène à l’état d’eau ou d’ammonia(|ue, son azote à l’état gazeux ou à l’état île nilrili's et mettent à peu près à nu son sijuelette minéral. » (Dlclalx, Ann. de l'inst. J’asleiir, 1890,

IjC sol contient un grand nombi’e de microbes patliogèm^s ; l‘’lügg(' a ])u dire en parlant du sol iju’on ne |)roduisait l’infeclion aussi facilement cbi'z la souris, le cobaye et le lajiin avec, aucun autre jiroduit nalurid. (Les microorganismes, d'rad. fr., p. d29.)

Lavkiian, IIv-'t. milil. 30

Le A'ibrioii septiqiu' so trouve iiartoiit <mi jiruiuh' altoiidaiici' dans la couche sii|)er(icielle du sol.

M. l'astcur a conslalé la |)réseiice de la bactéridie cbarboniuuisc' dans le sol des localilés où le charbon est endéini(|u('. l‘our rechercher la bactéridie charbonneuse, on lave la ti'rre et on inocule à des animaux le dé])ôt qui se forme dans l’eau de lavage, après l’avoir cbaulTée ])endant quelques minutes à ÜO", jiour détruire la plus grande partie des microbes. Les s})ores de la bactéridie charbonneuse jie'uvent so conserver pendant douze ans au moins dans le sol; les sjtores provenant des animaux charbonneux enfouis dans le sol sont souvent ramenées à la .surfaci' parles vers de terre (Pasteur).

D’après les recherches de E. Fazio les bactéridies charbonneuses perdraient assez rapidement leur virulence dans le sol, cette virulence déjà très diminuée au bout de deux mois, deviendrait nulh» au bout d’un an; mais les conditions dans lesquelles Fazio a fait ses expériences s’éloignent notablement des conditions ordinaires de la |)rati(]ue. (E. Fazio, De l’action du sol sur les germes du charbon, Najiles, 181)1.)

Nicolaïer a montré (jue le bacille du tétanos se trom'ait souvent dans le sol, et le fait a été vérifié depuis [lar un grand nombri'^ d’observateurs.

Grancher et Descham[)s ont institué des expériences ])our défi'rminer pendant combien de tem[is le bacille d’Ebeidh peut vivn' dans le sol et à quelle jirofondeur il pénètre '.

Pour ces recherches ils ont em|)loyé trois grands cylindres d(zinc de 2 m. 40 de hauteur et de 0 m. 17 de diamètre, teianinés en cône à la partie inférieure et remplis de terre; un bouchon de caoutchouc traversé par un tube de verre, permettait l’écoulement des liquides à la partie inférieure; des trous percés de 0 m. 20 en 0 m. 20 dans la ]>aroi des cylindres servaient à introduire dans la tei’re d('s drains par les()uels on pouvait 1-001101101' de l’eau à dilTérentes hauteurs. A|>rès avoir vei-sé à la parlie supérieure di' cbacun des Irois cylindres nm^ culture fraîche du bacille d’EbertIi délayée dans 0 1. 50 d’eaii on faisait jiasseï- à travers la terre des (piantités «l’eau déterminées, variables pour les Irois ap|)areils.

I. GuANi-.iiEii el Desciiajii’S, Arch. de méd. expév., I8S9. I. I, p. 33. — Wuinz cl .Mosav, Uoiif'rès internai. d’Iiygiène, 1889. — Kahunski, Aveh. f. llygieiie, 1892. — Gasseii. Les causes de la fiôvi-c lyplioïdc, p. 140. — IIhouahdei.. EiKpiète sur l’cpid. de Lèvre lyph. de Pierrefonds, Ann. d'In/fi. publ., 1887. — CiiArcrKMussu et Widal, Uech. sur le liacille typliiipic, Arch. de physiol. norm. et palhoL, 1887. — C.ohmi.. Rapport an Sénat sur la i|ueslion <ridiUsalion des eaux d’égout. Paris, 1888.

CASERNES, CHOIX DE l’eMPLACEMENT 4(i7

Dans ces comlilions Gcanclier e( l)eschnini)s n’onl jamais i-éussi à trouver les liacilles (rEI)ei'tli dans r<'au (|ui s’écoulait à la [)ai'tie inférieure des cylindn's et, cin([ semaines après rensemencemenl, les hacilles n’existaient dans aucun des trois cylindres à plus de 0 m. oO d(' profondeur. Cim[ mois et demi après rensemencemenl on trouvait encore des bacilles AÛA'anls.

Chantemesse et Widal, Wurtz et Mosny, Karlinski sont arrivés à des résultats analogues; la pénétration des bacilles d’Eberlli à travers le sol jusque dans la nap])e d’eau souterraine semble donc très difficile, sauf le cas de fissures et d’infiltrations mettant, par exemple, une fosse d’aisance en communication presijue directe avec la nappe d’eau.

l^e fait que le bacille d’Eberth peut Auviai assez longtemps dans les couches suj)erficielles de la tej-re expli(|ue ])ourquoi dans ceitaines villes, dont le sous-sol est |)rofondément souillé, on voit apparaître des épidémies de fièA re typhoïde toutes les fois (ju’on procède cà des travaux de voirie.

Lorsqu’on remue un terrain, lors(pi’on défriche un champ, il se ])roduit une pullulation extrêmement ra[)ide et ahondante des germes qui sommeillaient dans le sol ; la multiplication est plus active dans les couches profondes mises à, nu ([ue dans les couches superficielles, ce qui, d’après Fraenkel, s’expli(|ue par ce fait que la matière nutritive a été épuisée dans les couches superficielles, tandis qu’elle est intacte dans les couches profondes.

Sur heaucoup de points du golfe du Mexique on a remarqué que les épidémies de fièAU'e jaune se déclaraient à la suite de traA aux de terrassements, et qu’elles atteignaient spécialement les oin riers enq)loyés à ces tra\’aux.

On sait depuis longtemps (pie les travaux de défrichement sont très dangereux en pays palustre.

Koch et Gaffky ont constaté que le hacille cholérique pouA’ait se cultiver sur la terre, à condition (|ue celle-ci fût humide; il résulte des recherches de Koch (pie le hacille choléjûque est tué rapidement par la dessiccation. Lorsqu’on ensemence de la teri’e humide avec des déjections choléri(pies, on obtient au bout de vingl-(|ualre heures une abondante culture de bacilles en virgub*. (Rapport d(' la commission envoyée en hlgypte et au.x Indes jiour étudier le choléra.)

Tjcs bacilles |»atbogènes vivent à la surface du sol; jamais Fraenkel n’a trouvé de microbes palliogènes dans la couebe baclérifère [irofonde. L(> bacille du tétanos lui-mème, (pii est si résistant, devient très rare à 0 m. dO de profondeur.

Le sol, qui se prèle [leu à la culture des mici’olies [lalliof’èues est, suivant la remarque de Flüg-ge [op. cil.), très propre à leur conservation, surtout lorsqu’il existe des sjiores (liactéridie charbonneuse, bacille du tétanos); l’bumidité de l’air du sol favorise cette conservation, en empêchant la dessiccation. Le sol protège aussi les microbes contre l’action de la lumière.

C. Orientation des bâtiments. Insolation *. — L’orientation doit varier suivant les climats. Dans les pays froids et tempérés l’orientation qui permet l’insolation la plus complète des façades principales des bâtiments est désirable ; dans les pays chauds, au contraire, il faut adopter l’orientation qui assure le moindre écbauflement de ces façades.

L’inlluence bienfaisante de la lumière solaire est aujourd’hui bien connue. Depuis longtemps on sait <|ue les locaux dans lesquels les rayons du soleil ne pénètrent pas sont malsains; ils sont tristes, froids et en général humides.

La lumière a une action bactéricide très énergique; nous avons eu déjà l’occasion de parler de cette action de la lumière à propos de l’assainissement spontané des rivières (p. 320). Nous avons mentionné les ingénieuses expériences de Buchner, de Frankland et de Marshall Ward; nous n’y reviendrons pas; nous nous contenterons de citer le fait suivant, qui met en évidence l’action si bienfaisante de la lumière : MM. Roux et Yersin ont obtenu do très belles cultures en ensemençant des fausses membranes diphtériques desséchées, maintenues dans un endroit sombre pendani dix-huit mois, alors que, étalée en couche mince, une culture du bacille de Loffler est stérilisée en moins de vingt-quatre heures par la lumière solaire (Ledou.x-Lebard, Arch. de méd. expér., 1893).

Tl importe évidemment beaucoup d’utiliser pour l’assainissement des casernes un agent de désinfection aussi économique et aussi efficace : on veillera donc à ce (jue les chambres de caserne soient bien éclairées et insolées.

Dans les pays froids et tempérés, la caserne, qui est en général mal cbauflée en hiver, doit être orientée de manière à utiliser autant que possible la chaleur solaire.

I. a. Vogt, Zcitxchr. f. Biologie, 1. XYl, p. 605. — FlCgc.e. Beilrilge L Hygiène, Leipzig, 1819. — ZuiiEii, De l’action des rayons solaires sur les parois des iiabilalions, lievue. d'hygi'ena, 1880, p. 209. — r.LE.iiiîM-, De la largeur des mes sous le rapport <le la lumière et de l’insolation. Revue d’hygiène, 1885, ]). 89. — Grurois, Sur l’orientation à dotiner aux liàtiin. milit.. Revue du génie milil.. 1889. — E. .\unoui.i>. Inlluenee île la lumière sur les animaux et sur les mierolics, son rôle en hygiène. Revue d'hygiène, 1895, p. 511.

CASERNES, CHOIX DE l’eMDLACEMENT 4(H)

Vog-I, à Berne, a constaté (luc les parois lonrnées vers l’est on vers l’ouest étaient celles (jui s’écliautïaient le plus.

Fliigge, à Berlin, a placé des llicianoinètres dans les murailles d’une maison (pii présentait les dilTérenles ex|»ositions ; les thermomètres étaient enfoncés les uns à 0 m. (KJ ou 0 m. 04 seulement de la paroi intérieure de l’hahitation ; les autres à 0 m. do (l’épaisseur du mur étant de 0 m. 50), et il a constaté ce (pii suit : la paroi nord, à peine touchée parle soleil, aune température ipii ne varie pas dans les vingt-ipiatre heures; la paroi sud présente aussi une température uniforme, de 2”, 5 à 5" supérieure à celle de la température de la paroi nord. Les thermomètres des parois est et ouest indicjuent au contraire des oscillations assez grandes. Le thermomètre profond de la paroi est monte depuis le matin jusqu’cà 5 heures du soir; il marcjue alors un chiffre plus élevé de 7 à 8“ que celui du thermomètre de la paroi nord. I^e thermomètre profond de la jiaroi ouest monte dès le matin, mais très lentement; à partir de midi, l’ascension est rapide, et le maximum (qui se produit vers t) heures du soir) est encore plus élevé ipie sur la jiaroi est.

Dans nos climats les grands ciMés des hàtiments des casernes (qui ont presque toujours la forme de ](arallélogTammes très allongés) doivent donc être diiagés vei’s l’est et vers l’ouest. Si l’on orientait la fa(;ade vers le sud, l’autre grand côté serait naturellement orienté vers le nord, et chacun sait combien dans nos climats l’exposition nord est triste et malsaine. Les murs sont froids et humides, le soleil lU' vient pas égayer l’hahitation et invitei’ à ouvrir les fenêtres; par suite la ventilation se fait moins bien, et l’insolation, dont le rôle est si important dans l’hygiène de l’haldtation, ne se fait pas du tout.

Il est à désirer (piétons les hàtiments d’hahitation soient orientés comme il vient d’être dit; d’où l’on peut conclure (pie les hâtimeuts d’habitation qui constituent une caserne ou uirhôpital doivent êtn* parallèles entre eux.

Dans les pays chauds, |)our des raisons opposées, les grands côtés des hàtiments d’hahilation seront dirigés vers le nord et le sud et on s’efforcera, à l’aide de plantations et de vérandas, de proh'iger la fa(^ade sud couIhî l’action directe des rayons solaires.

L(îs [ilantations sont aussi extrêmement utiles pour protéger les hahitatious contre les vents régnants, contre le sirocco en Algérie, contre le mistral en Provenc(>.

Pour que les hàtiments soient conveuahlemcnt éclairés et insolés, d faut qu’ils soient |»lacés à une distance suftisante les uns des

no

autres. (,)n admet eu général (|ue des bâtiments |)aralléles el de même hauteur doivent être séparés par un intervalle au moins égal à une fois et demie leur hauteur.

Dans les pays chauds, les bâtiments peuvent être plus rapprochés (|ue dans nos climats; la lumière et le soleil ne font jamais défaut.

II. jMatériaux: DE CONSTRUCTION h — Nous u’avoiis à apprécier ici les matériaux de construction qu’au |iointdevue de l’hygiène; nous ne nous accuperons donc pas de la force de résislance de ces matériaux, ni de l’épaisseur qu’il faut donner aux murs, suivant la bailleur de la maison, [)our assurer leur solidité; ces questions sont exclusivement du domaine des architectes et desoftîciers du génie, dans l’armée.

A. Fondations. — Lorsqu’on construit une casei'ue, il faut d’ahoi'd étahlii' les fondations de telle sorte (|ue l’humidité du sol ne puisse pas s’infiltrer dans les fondations et de là dans les murs; il faut en outre veiller à ce que l’air du sol chargé d’acide carbonique, comme nous l’avons dit, ne pénètre pas ])ar les caves dans l’intérieur de la caserne.

Le ciment, le béton, le bitume, l’asidialte comprimé imperméable et extensible (Putzeys) serviront à faire des [)laques d’isolation sur lesquelles reposera le sol des caves; ces plaques doivent se [U’olonger sous les murs.

On peut également intei'poseï’ à la partie inférieure des murs, à 0 m. 15 du sol environ, des hi'iijues d’argile vitrifiée, imperméables et percées de trous qui empêchent l’infiltration de l’humidité et qui permettent à l’aii' de sécher le mur lorsqu’un peu d’humidité a pénétré dans les interstices des briques.

Le rez-de-chaussée doit toujours être élevé au-dessus de la surface du sol. Lorsqu’il s’agit de constiaictions légères composées Seulementd’un rez-de-chaussée (constructions Tollet), ou de baraques, on

I. Layet, Oe la porosité des matériaux de construction. Revue d’Injf/ié/ie, I8SI, p. 4GI. — PoixcAïui, Redl, sur les condit. Iiy(j;ién. des matériaux de construction, Ann. d’hyr/iène puljl., 1882, Vlll, p- 1"3. — E. Tuéi.at, Innueiice exercée par la porosité des murs sur la salubrité des liabilations, Congrès internat, d’hygiène de Genève, 1883. — Smith, Vallin, Van Ovehbeck nn Meyeii, IIekscueu, Discussion sur l’inlluence exercée par la porosité des murs. Même congrès, Genève, 1883. — .Masson et Maiitin, Les maisons salubre et insalubre à l’exposition internat, d’hygiène de Londres, Revue d’hyyiène, 1883. — E. et F. Putzeys, L’hygiène dans la construction des habit., 2” édit., Paris-Liège, 1883. — Aunould, Nouv. élém. d’hygiène, 2’’ édit.. 1889, p. 311. — Tmélat, Gonslit. hygién. des murs d’habitation, Congrès internat, d’hyg., I.ondrcs, 1891. — .Ysciieh, inconv. hygién. du séjour dans les habitations humides, anal, in Revue d'hyg., 1893, p. 3G7.

MATÉRIAUX UE C(3NSTRUCTI0N

isole facilement riiahilalioii du sol (>n laissant au-dessous d’elle un (‘space lihre ([ui est parc.oucu par l’air; de cette inanièri; on est à l’abri de l’humidité du sol, et la pénétra lion des gaz du sol n’esi pas à craindre, surtout si le })arquet de la consiruction est im|terméable.

11. M lira, épaiasenr qu'ila dowenl avoir suivant les climats. — Les murs sont construits, suivant les ressources que ]u‘ésentent les localités, avec des pierres calcaires, du g’ranit, <les [)ierres meulières, ou bien avec des briques qu’on assemble à l’aide de mortier. Les murs de refend ‘ sont construits avec des briques; on emploie soinamt pour cet usage les briques creuses qui, moins lourdes que les briques pleines, allègent la b;\tisse.

Dans nos climats les murs ne doivent pas être li’0[» épais, ce qui d’ailleurs est peu à craindre; en augmentant l’épaisseui- des murs, on augmente le j)rix de revient de la bâtisse; l’architecte a donc lout intérêt à ne donner aux murs que l’é])aisseur nécessaire pour assurer la solidité de l’éditice qu’il construit. Dans les anciens bâtiments on Irouve souvent des murs très épais qui se mettent difficilement en é([uilibn; de tempéraiui'e av^ec le milieu ambiant; si, a|)rès une période de froid, l’air AÛent â se réchauffer rapidement, la va|)eur d’eau se condense à la surface des parois et de l’eau coule le long des murs.

Des murs minces ne protègent ni contre la chaleur, ni contre le froid ; dans les consli'uctions légères composées seulement d’un rezde-chaussée et dans les bara([ues en planches, le meilleur moyen pour empêcher un échauffement ou un l•efl•oidissemenl rapide, consiste â fairi; une double pai'oi avec un matelas d’air intermédiaire.

étudiantles pi-opriétés des matièi’es vestimentaires, nous avons eu l’occasion de dire que l’air était très mauvais conducteur de la chaleur, et (pie, [lour empêcher le refroidissiMuent ducoiqis, il fallait mettre des vêtements superposés, (|ui immobilisent une couclu' 'l’air autour du coi’ps : en construisant des tentes, des baraques on lies pavillons â double jiaroi, on appliipu* le même principe, on immobilise autour de I babitalion une couche d’air ipii s’oppose au refroidissement, et aussi â l’échaulfement, pendant l’été, â condition •pie l’air (jui se ti-ouve dans l’intérieur de la paroi no soit pas luimême fortement échauffé. Ln hiver la (;oucbe d’air doit être immobilisée; en été, et surtout dans les pays chauds, elle doit pouvoir se

I. Les murs de refend sont les murs l'orinant cloisons dans l’inLérienr de l’iialiilalion; ils n’ont pas besoin île prtiscnler la même résistance (]ue les murs principaux.

renoiivelor [ipiidant la nuil, de lacon à ralTaiidiir les |)arois; il es( facile d’établir, à la partie supéi'ieui'c et à la [lartie inférieure des murs à double paroi, des orifices ipi’on ouvre le soir et (pi’on ferme le matin.

Dans les pays très chauds, dans le sud de l’Alpérie uolammeni, les murs doivent être 1res éjiais pour protéger efticacement l’babilation contre la cbaleur. Les murs ipii ont une épaisseur ordinaire s’échauffent bientôt dans Imite leur épaisseur, et commi' ils n’ont |)lus le temps de se refroidir pendant la nuil, il s’ensuit que le séjoui- dans la maison est très pénible; on est obligé de coucher en plein air, comme cela se fait souvent â Diskra, [>ar exemjile, jiendant l’été.

Pendant les mois de mai à août 1887, à rbô])ital militaire di? Diskra, MM. (ialand et Labacbe ont placé des tbermomèti’es à ditrérentcs profondeurs dans un mur en pierres de Om.70 d’épaisseur; des observations fréquentes et régulières des thermomètres donnèrent les résultats suivants ;

1“ A partir du 1“’’ mai la lemjiérature moyenne du mur augmenta progressivement de l’extérieur à l’intérieui’;

2" Les oscillations nycthémérales des thermomètres étaient d’autant moins marquées que les tbeianomètres étaient placés plus^ loin de la surface extérieure;

8" A 0 m. 45 de la surface extérieui'e ces oscillations n’existaient plus; le thermomètre avait suivi une marche régulièrement ascendante jusqu’au 14 juillet, où il se fixa à une température jour et nuit invariable de 57“;

4“ A partir de 0 m. 45 la températui-e moyenne du mur diminuait jusqu’à la surface Interne.

Si les observations avaient été |)rolongées au delà du P”' août il est bien probable ipie MM. Galand et Labacbe auraient vu la lempératurc s’élevei' dans les parties les plus profondes du mur. Ouoi qu’il en soit, il ressort de ces recherches qu’un mur de 0 m. 45 d’épaisseur (>st tout à fait insuffisant pour |)rotégei' contre la cbaleur dans le sud de l’Algérie. Dans les habitations dont les murs n’ont jias plus de 0 m. 45 on est exposé joui’ et nuit, ])endanl plusieurs mois, à une tempéi-atiire de 57" au moins.

Les j‘ésultats sont à peu près tes mômes avec des murs (mi pierres ou en pisé (briipie d’argile durcie au soleil).

Pour protéger efficacement les habitations contre le soleil du sud de l’Algérie, il faut donc donner aux murs une épaisseur considérable (0 m. fit) au moins), ou liien construire des murs a

MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION

ns

double [laroi, avec un matelas d’air iiilermédiaire qui jioul se renouveler pendant la nuit.

A El-Oued on a donné une épaisseur de ü m. bo aux murs des bâtiments du boi-dj et des logements des officiers; de plus on a construit, au lieu de la terrasse ordinaire^ des maisons arabes, une série de douilles Aoùtes dont la direction est perpendiculaire à celle du grand axe du bâtiment ; entre ces voûtes se trouve, un matelas d’air isolant. Enfin à cba(|ue corps de batiment sont accolées, sur les deux longs côtés, dos galeries voûtées ([ui protègent les murs contre l’action directe des rayons solaires. ((lALANit et Lauache, Quelques considérations sur l’hygiène des habitations dans le sud de l’Algérie, Arch. de rnéd. mili/., 1888, I. XII, p. i21.)

Fig. KM. — Casemate d’habitation établie dans la partie intérieure du remjiart. a, mur l'.n dos d'âne; 6, écoulement de l'cau à l'c.\térieur; c, corridor d'aération entre le mur et la casemate, avec cheminée d’évacuation (Roth et Eox).

Ee fer a rem|)lacé aujoui'iriuii jtrostjue partout les anciennes charpentes en bois, cette substitution jirésente de grands avantages ; le fer ne s’im|)règne pas, comme faisait le bois, de matière organi(|ue; il s’altère beaucou|i plus lentement et il est incombustible; le fei' a mallieureusemont l’inconvénient de rt'nilre les liabilations Iroj» sonores.

Dans les constructions du sud de l’Algérie on peut supprimer à la fois le fer et le bois en consI misant des voûles au-ilessus de la maison; le fer subirait ilans ce climat des dilatalions considérables, et le bois fortement écbaulTé par le soleil exposerait les bâtiments à l’incendie.

L(ls casemates, (|ui soni construites à l’intérieur des remparts et entourées d(i terre de tous côtés, sauf sur la face (]ui regai-de la place, sont très exposées à riiumidilé et à la viciation de l’air par introduction des gaz du sol. Poui‘ (|ue les casemates soient pi-otégées contre l’Iuimidité, il faut (pie le mui- (|ui s’adosse au reni|)ai-t soit double (fig. 104); l’es|)ace intermédiaii’e c est mis en rajiport avec l’extérieur au moyen d’une série de cheminées (jui ventilent l’espace c et qui le sèchent. Pour empêcher l’eau de suinter à travers le ]dafond de la casemate, on met par-dessus les voûtes (pii soutiennent les terres, un toit en dos d’àne (a) (jui permet un l'apide écoulement des eaux d’intiltration ; la partie supérieure de ce toit est garnie d’une épaisse couche de ciment imperméable; le sol est garni d’asphalte ou de liilume.

C. PerméabUilé des matériaux de conslrnclion. Procédés pour rendre les murs imperméables . Enduits et vernis. — Pettenkofer a démontré (jue la plupart des matériaux de construction (étaient perméables à Pair.

Il est facile de construire, à l’exeiu[de de Pettenkofer, de petits ap|)areils (|ui mettent en évidence cette perméabilité. Soit une brique épaisse en pisé : on taille dans cette brique un cylindre

(lig. lUo); aux deux extrémités de ce cylindre on aiqilique de petits entonnoirs eu verre, (ju’on fixe avec un peu de |dàtre lin, (d on enduit de |)ai’aftine la surface du cylindre et, le plâtre (pii maintient les enlonnoii's de verre, atin de rendre ces sui-faces imperméables à l’air; sur les jiarlies eflllées des deux entonnoirs on adapte des tubes de caoutchouc, et à l’extrémité d’un de ces caoutchoucs on fixe un petit, tube de verre eflilé. Pour .se servir de l’appareil on dirige l’extrémité de ce tulx' sur la. llamme d’une bougie et on souflle avec la boindie ou à l’aide d’une poire en (•.•loutcbonc, parle tube opposé; il n’('sl. pas rare (|u’on réussisse ainsi à éb'indro une bougie, ce (pii montre (|ue l’air traverse la briipie de pisé avec la plus grande facilité.

On peut de même faire un cylindre de bois et adajder au.x extrémités de netits entonnoirs de verre, en se servant cette tois

MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION 4

(le cire à eaclielor oii dissolulion dans l’alcool, le |)làtre ii’adlKM-anl pas au bois.

Pour ([ue ces petits ajipareils fonctionnent bien, il faut les construire avec des matériaux bien secs, ayant séjourné à l’étuve sèche: on choisira du bois debout et de préférence du bois (b* peuplier.

On peut aussi, pour constater le degré de ]>erinéabilité à l’aii- d('s matériaux de construction, inter|)osei- sui- le trajet d’un courant de gaz d’éclairage un cube de la matière de construction à essavm- (Layet); on |)eut utiliser à cet ellct les petits a[»pareils (|ue nous venons de décrire.

La pei'inéabilité varie beaucou[) avec la nature des matériaux de construction, et aA-ec leur degi’é de sécheresse; il suffit (ju’un mur soit humide, pour qu’il deA'ienne à peu ju’ès imjiei'méahle à l’air; la peinture à l’huile, les pa]»iers de tenture rendent les murs imperméables. Il s’agit donc d’une propriété inconstante, variable pour des murs dont l’épaisseur et la structure sont les mêmes, ce (jiii permet de com[)rendre (pie les obsorvateuivs (pii ont fait des j'echer- (dies sur ce sujet soient arrivés à des résultats assez diirérents.

D’après Marker, en une heui'e, et avec une dilTérence d’un degré de température .seulement, un mur deOm. 72 d’é[)aisseur, composé des substances (jui suivent, laisse passer par mètre carré :

Grès d’air.

Pierre calcaire 2 ,32 ■ —

Brique cuite 2 ,83 —

Tuf calcaire 3 ,04 —

Brique d’argile crue ipisc) 3 ,12 —

Brique humide I ,08 —

Seburmann, Hudelo et Somasco ont, obtenu des cbifTi'es beaucoup moins élevés.

Le renouvelbunent d’air |)ar les parois des habita lions est à pmi pi’ès mil en temps de pluie.

Faut-il chercher à avoir dans une caserne des murs jierméabb's à l’air? Nous verrons dans un des cbapiti’es suiAants (pi’il l'st néce.ssaire dc^ ventiler les cbambriis des casmaies (d (pi’il n’est pas facib' d’obtenir ce résultat; des iniu'S (pie l’air extérieur traverse, (pii mscomme on l’a dit, paraissent donc convenir très bien à une caserne; malheureusement ce procédé d(\ vmililalion présente des inconvénimits. Le rmioiivellement de l’air (pii se fait par les murs •‘st aléatoire; il est, |ir('sque nul en hiver, dans nos pays où les pluies sont très fréipientes, et c’est justement en hiver (pie la ven-

HYGIKNE MILITAIRE

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