CHAPITRE m
DES ACCIDENTS OBSERVÉS PENDANT LES MARCHES ET DES MESURES A PRENDRE POUR LES ÉVITER
I. Du coup de chaleur, sa IVéquence dans l’armée; palhogéiiic el prophylaxie. — II. Courbature l'ébrile. — 111. Syncopes. — IV. Mesures spéciales à prendre pendant les marches en pays palustre. — V. Accidents locauxet généraux produits par le l'roid ; leur fréquence dans les armées en canqiagne ; pathogénie et i)rophylaxie. — VI. Mal des montagnes. — VU. Cœur forcé ou surmené, aggravation des maladies du cœur sous l’influence de l’exercice. — VIII. Accidents locaux de la marche : ampoules, excoriations, hyperhydrosc plantaire, tarsalgie, périostites de fatigue.
1. Accidents puodlits par ea ciiaeeür. Insolation. Coup de cu.aleur C
— (]ps jiccidoiifs sont très lr(M|U(Mits dans les Iroiipos en inartdie,
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non seiilomciit. dans les pays cliaiids, mais aussi dans nos climals lom pérés.
|je coii[) do chaleur qu’il no fani, |»as confondre avec le coup de soleil on érythème solaire a été observé ti’ès sonveni dans l’armée anglaise des Indes comme en témoiiî'nent les écrits de Lomrinore, Hussel, Monat, Brougham, Barclay, Tayloi’, Fayrer. BendanI une marche de Nnddea à Berhampore le nombre des malades frappés d’insolation s’éleva pour un seul bataillon à G3 et le nombre des décès à 18. IjG 71“ de ligne arrivé aux Indes en 1838 eut du 3 mai au 13 août 80 bommes frappés d’insolation (Morehead).
Le coup de chaleur a sévi plus d’une fois sur nos troupes en Algérie. En 1834 un grand nombre d’hommes du 13“ de ligne (ui furent atteints; pendant l’expédition dirigée en 1830 |»ar le maréchal Biigeaud, 2Ü0 hommes furent frappés en qiiebjiies heui-es el il y eut It suicides. « Les soldats mal équipés pour ce climat tomhaient comme foudroyés par les rayons dévorants d’un soleil de feu rellélés par nue terre l'ougeet brùlanle. » (Cam|)agnes d’Afrique par le duc d’Orléans, j). 161.)
En Europe les accidents du cou[) de cbaleur ont été observés fréquemment et, fait imporlant à noter, ils se sont produits quelquefois alors que la température extérieure ne dépassait pas 23" C.
En juillet 1778, pendant des marches forcées de Bernbourg- à Dresde, l’armée du prince Henri eut un grand nombre d’hommes atteints de coups de chaleur; à chaijue pas on se heurtait à des soldats qui avaient perdu connaissance.
Le 21 mai 1827 les corps de la Garde qui manœuvraient entre Berlin et Potsdam furent complètement désorganisés par de nomhreu.x cas de coup de chaleur; c’est jiar sections entières que les hommes tombaient sur les bords de la route. La cavalerie perdit beaucoup de chevaux.
Au mois de juillet 1849 un bataillon de cbasseurs à jiied jiendani la courte éhqie qui sépare Vincenues de Paris (18 kilomètres) fui tellement éprouvé par la chaleur, (|ue le (juart à peine du halaillon
cani|)agnc de l’armée allemande, 23 mai 1887, .-Ire//., de méd. milil., 1888, I. Xll, p. 31o (mesures prises contre les insolations). — .\. Ilii.uut, Du coup de chaleur pendant les marches. Trad. l'r. de Juii". üru.KcIles, 1887. — IliiisciirEU). Deutsche med. Wochensch., 1893, n"" 28 et 30. — UnssB.\cii, Deutsche milUiir. Zeitschr., 1893, [). 309. — Du Biiun, Malad. des pays cdiauds in Dnci/ctop. scienlif. de Léaulé. — Laviîhan et Rhonaud, llech. expérim. sur la patho^'énie du coup de chaleur. Acad, de méd., 27 nov. 189t. — Vai.mn, Gou.n, Kiii.sc.ii, Discuss. au sujet du coup de chaleur. Acad, de méd., l89i-l89S. — Knitscii, Des troubles du cu'ur dans le coup de chaleur. Deutsche militür. Zeitschr., 1893.
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES El' MESURES A PRENDRE (H
arriva à Paris; un i>raml noinltre do soldats se (a)uchaionl, le loiifi: delà route; l)eaucou[» succoinlièrent ((iltaini»ouilIon).
Le 8 juillet 1833 un réfiiment belf^c [lartait du caïup de Heverloo pour se rendre à llesselt; pendant ('elle élo[)e les deux tiers d(>s hommes lomhèrent comme foudroyés, 130 hommes seulement arrivèrent à Bruxelles.
i’endant lajinerre d’ilalie (1839) les accidents d’insolation furent très fré([uenfs dans noire armée; |iendant la journée du i juillet plus de '2000 hommes appai'tenaid, à la division du f^énéral d’Aiitemarre, forte de 12 300 hommes, lomhèi'eid, dans les ran^s (Guyon).
A la revue des Iroupes de la fîarnison de Pai'is passée au mois de juillet 18““ près de 170 hommes furent atteints d’insolation, (luehjues-uns présentèrent des accidents assez graves malgré les prompts secours qui leur furent donnés (Lacassagne).
En 1878 lors de roccu]>ation de la Bosnie les troupes autrichiennes furent fortement éprouvées jiar les insolations; un régiment en marche eut en quelques heures 320 malades doid, 31 succombèrent (F. Muller, cité par Ililler). Pemlant cette campagne le nomhi'e total des cas d’insolalion s’éleva dans l’armée autrichienne à 2131 et le nombre des décès par cetti'. cause à 30.
Dans l’armée allemande le cou|) de chaleur est très commun. Ililler constate ([ue, en sept années, d’après la statistiijue médicale de r armée allemande, 773 hommes ont été atteints d’insolation et (jue lit) en sont moi'ts.
Du voit par ces exemples (|ue le coup de chaleur est un accident qui, par sa IVéïpience et sa gravité, mérite au premier chef d’atlir(*r l’attention du médecin militaire.
A. Pal/ior/éiiie du coup de dudeur ; causea prédisposantes. — En gmieral les accidents si; jii'oduisent dans les conditions suivantes : le soldat fatigué j»ar la marche et par la, chaleur trans|)ire ahondammenl, lasueui' lui découle de la face; il ressent, une douleur de tète plus ou moins vive, d(> l’oppression et une grande lassitude, la respiration est i'a[»ide, les hatUmieids du c(cur sont très accélérés ; le malade vacille sur ses jainhes comme un hoiunu' ivriq la fac(^ est pAh* ou, plus souvent, rouge <d injectée. Lorsque dans cet état, le soldatcoidinue à marcher, il ne tarde |)as à perdi'e connaissance, il sallaisse et s il n’est pas secouru, la l'espiration se ralentit, le pouls devient taihie et irrégulier (d, la mort survieid.
Ouehpielois les malades sont pris de délire et se tuent; c’est, à cidte tonne déliraide du coup de chaleur ([u’on a donné |)endanl longl(‘mps le nom de calenture.
11 u’enire [>as dans lo plan do col ouvrage do l'airo I liisloiro cliiiiquo du coup do clialour mais nous (lovons nous anvior un peu à l’étude de sa palliogénie, car celle élude fournil dos doiméos impoi’tantes à la prophylaxie.
L’étude expérimentale des accidonis produits par la chaleur a été faite par un grand nomhre d’ohservateurs.
Cl. llernard, dans ses belles léchons sur l’action de la chaleur, arrive à conclure (jue la chaleui* détermine la mort en agissant sur les muscles, on coagulant les lihres musculaires, colles du cœur en particulier, lorsqu’elle atteint chez les animaux supérieurs 45", et, cet illustre maître résume son opinion en disant que la chaleur agit comme un poison du muscle.
M. le D'' Vallin a vu que chez des lapins attachés en plein soleil, pendant l’été, la mort arrivait lorsque la températun' rectale s’élevait à 45"; à l’autopsie on constatait la idgidité du cœur et du diaphragme par suite de la coagulation de la myosine.
Les conditions ex|)érimentales dans lesquelles se sont placés Cl. Bernard et M. Vallin ditlèrent heaucoup des conditions dans lesquelles le coup de chaleur se produit d’ordinaire chez lo soldat en marche. Cl. Bernard introduisait les animaux dans une étuve chauffée à 80 ou 100"; M. Vallin les ox|(Osail, en plein soleil après les avoir attachés sur le dos, ou bien il les mettait, comme Cl. Bernard, dans une étuve fortement chauffée. Or les accidents du coup do chaleur se produisent souvent chez le soldat en marche, alors qui' la tompérature extérieure ne dépasse pas 25" et que le soldat n’est pas exj>osé aux rayons du soleil.
llarless a monlré ([ue l’oxcitahilité des nerfs moteurs s’accroissait avec la température jusipi'à une certaine limite, vaiâahle avec les e.spèces et (pie, au delà do cotte limite, l’excitahilité diminuait puis disparaissait (Henles und Pfeufferx Zeilschr., 5" IL, Vlll,
D’autres observateurs sont arrivés à conduit' (pie les accidents étaient dus à une altération du sang : défaut d’oxygène ou rétention d’un ])rinci|)e loxi(jiie (Hirsch).
Lindsav compare la mort |»ar insolation à ras[)hyxie par les gaz délétères, à la suhmersion.
Oherniora essayé d’expli(pior les accidents do l’insolation par la rétention do l’maM' dans lo sang, mais h's (luantilés d’urée trouvées par cet oxpérimentateur dans lo sang des animaux morts par la chaleur ni' jusiitiont nulhunonl celli' coiudusion.
D’ajirès Vincent, l’élévation oxagéré(' do la lomiiérature agit
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
jirincipaleinoiil sur le systomo nerveux cenfral, mais d’une façon indirecte; il y aurait, d’après lui, empoisonnement de réconomi(‘ par les produits de combustion qui s’accumulent, dans le sang'.
Dans nos recherches sur la ])athog'énie du coup de chaleur nous sommes arrivés M. le D'’ Hegnard et moi à conclure (pie la chaleur déterminait la mort en agissant directement sur h* système nerveux.
Si les expérimentateurs ne sont pas encoi-e d’accord sui‘ le mécanisme intime de la mort par la chaleur, il y a du moins un [lüint qui est parfaitement établi, c’est que la mort arrive chez l’homme et chez les animaux supérieurs quand la température intérieure monte à 45“ environ et, au point de vue qui nous intéresse, c’est-à-dire au point de vue de l’hygiène militaire, ce fait nous suffit; il peut et il doit servir de guide pour la prophylaxie du coup de chaleur.
Il faut évidemment pour prévenir le coup de chaleur se mettre en garde contre toutes les circonstances capables d’élever la tem- [lérature du milieu intérieur et faA’oriser an contraire celles ipii sont capables de l’abaisser.
En tête des conditions prédis[)osantes du cou|) de (dialeur il faut citer l’e.xercice. Un grand nombre de faits démontrent ipie l’exeicice et la fatigue jouent souvent un grand nîle dans la pathogénii' du coup de chaleur. Dans l’armée, c’est jiresque toujours le fantassin qui est atteint ' et c’est presque toujours pendant les marches que se produisent les accidents. Dans la cavalerie, les chevaux sont atteints [dus souvent que les cavaliers.
Mais, il était important d’établir, par des exjiéi-iences, comment et dans quelle mesure l’exercice favorise l’action de la chaleur.
Nous avons fait construii-e, dans ce but, .VU Uegnard et moi un appareil qui est représenté ci-dessous (fig. 7). Un des animaux en expérience est placé dans une roue mobile en fil ih' fer(|{), J’aulri' est attaché dans un coin de la cabane en planches (jui renferme la roue, un réchaud à gaz (G) permet d’élever au degré voulu la température de la cabane <[ui ('st ventilée j»ai- en haut, des portes vitrées (P, P') permettent d’observer du dehors ce (jui se passe, et des thermomètres [dacés à difi'érentes hauteurs indiijuent la température.
Nous avons fait la pliqiarl de nos e.xpérimices sur des (diiens;
1. Il n’y il (l’<!xc.('|ili()ii (|iie iionr les eu i rassie r.s chez lesquels le casque, cl la cuirasse favorisenl, la produclion du coiqi de chaleur.
(‘ei'taiiisjlo ces animaux se prèieni (ros In'eii à rexpérience, ils font loumer eux-inèmos la roiK'. dans laiiuelle ils se li-oiivi'iil ; d’auli-es s’y prêtent moins, on est ohligé alors de l'aire tourner la roue à l’aide d’une manivelle (M). Il est indis[)ensal)le de garnir les pattes des chiens placés dans la roue avec de la peau di; daim, afin que les chiens ne s’écoi’chent |ias et aussi afin qu’ils ne |)uisseut jias se servir de leurs grilTes pour s’accrocher aux lils de fer.
Dans ces condilions, il es! facile de constater (|ue le chien ijui
Fig. 7.
travaille est bien plus rapidement atteint d accidenis graves ou même mortels, si l’on jiroloiige suflisammeiit l’expéidence, ({ue le chien au l'epos; cela ressort très nettemeni de huiles nos ('xpériences.
L’action prédisposanle de l'exercin' sur le coup de chaleur l'sl susceptible de plusieurs iuti'rprélaUous ; ou piuil se demander si l’e.xercice jirolougé favorise le coup de (diahuir (mi augmeulaiil la produclion de la chaleur inlériiuire (pii s’élève alors plus ra|ddement et qui agit sur les muscles ou sur h's u('rfs,ou bien si ce soûl les déchets résultant d’un ('xercice prolongé cpii, en s’ajoutaul à ceux quirésullent d(' réchaulTemeul du coi-ps, aciivent raulo-inloxi-
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE G5
cation ; on pourrait penser aussi que sous rinfluence d’un exercice prolongé, l’acide carboni(jue s’accumule dans le sang des animaux et que la mort a lieu par asphyxie.
Il semble bien résulter de nos expériences que la mort n’est due, ni à une auto-intoxication, ni à l’asphyxie et qu’elle résulte simplement de l’action de l’hyperthermie sur le système nerveux et en particulier sur le système nerveux ganglionnaire du cœur.
Il n’est pas douteux que l’exercice prolongé augmente la température intérieure et que les effets de l’exercice venant s’ajouter à ceux de la chaleur, la température d’un chien qui travaille dans une atmosphère chaude atteint heaucoup plus rapidement 45° que celle d’un chien exposé à la même température, mais qui est au repos. Cela ressort clairement de nos expériences.
Sous l’influence seule de l’exercice, la température s’élèAœ, mais beaucoup plus lentement que lorsque l’animal travaille dans l’étuve; dans ces conditions, les animaux se remettent très vite, l’essoufflement disparaît dès qu’ils peuvent se reposer.
L’exercice prolongé est donc une cause adjuvante du coup de chaleur parce qu’il est, par lui-même, une cause d’échauflement du corps et que, sous l’action combinée de l’e.xercice et de la chaleur extérieure, la température du corps s’élève rapidement à un degré incompatible aA'ec le fonctionnement de l’organisme.
Chez tous les animaux (chiens, la})ins) qui sont morts au cours de nos expéidences, la température prise dans le rectum était de 45°, 5 au minimum ; nos expériences sont absolument d’accord sur ce point a^ec celles de Cl. Bernard et de M. Yallin.
Chez les hommes morts d’insolation on constate, comme chez les animaux tués parla chaleur, une élévation considérable de la température au moment de la mort.
Wood, B aumler, Jacubosch ont obserA'é des températures de 42°, 8 dans l’aisselle d’individus frappés du coup de chaleur; Levick, dans un cas, a noté 43", 3; Dowler et lloch, 45° dans se[)t cas mortels (IIilleu, oj). cü.)-, Zuber, dans plusieurs cas : 42°, 43" et 43", 5; dans un cas, 44" au moment de la mort et 45°, 30 minutes a})i'ès la mort, mais il faut dire que le tbennomètre marquait ce jour-là 47°, 5 à l’ombre.
llillera insisté avec beaucoup de raison sur l’iiifluence adjuA'ante qu exerce riiabilleinent du soldat, tro[) chaud en été et trop aj usté.
Les accidents du coup de chaleur très fréquents dans l’armée des Indes lorsque le soldat portait le même uniforme chaud el
Lavehan, Hyg. milil. 5
ajusté qu’en Angleterre sont devenus beaucoup plus rares depuis qu’on a adopté une tenue spéciale pour cette armée.
L’expérience suivante est très intéressante.
Le 8 septembre 1885, la température extérieure étant de 15® R., riiller prend, à la fin d’une marche militaire, la tem[)érature rectale de 8 fusiliers. « Les thermomètres dont les 8 soldats avaient été munis accusèrent en peu de minutes plus de 39“ C. Les hommes avaient tous une température propre de 39“,2 à 40", 1 C., c’est-à-dire la tenqiérature d’une foi’te fièvre. Pendant notre examen un fusilier perdit connaissance au moment même où le thermomètre qui montait à vue d’œil avait atteint 41", 1 C. » (Miller, op. cit., p. 2G.)
Dans une autre expérience {op. cit., p. 37), Miller s’est assuré que l’élévation de la température était moindre chez le soldat en marche quand on avait soin de lui donner des effets plus légers que les effets réglementaires; nous aurons l’occasion de revenir sur cette question quand nous nous occuperons de l’habillement du soldat.
Lorsque l’air est saturé d’humidité, l’évaporation de la sueur se fait mal et par suite le corps ne peut pas se refroidir, il en est de même lorsque des soldats qui marchent en rangs serrés, transportent avec eux une colonne d’air qui se sature d’humidité ; les hommes placés au centre de la colonne sont particulièrement exposés au coup de chaleur, ce qui se conçoit sans peine.
Un jour que Taylor accompagnait un régiment en marche pour Ferrozipour les symptômes du coup de chaleur se produisirent chez un certain nombre de soldats; Taylor pria le commandant de faire marcher ses hommes à distance les uns des autres; le résultat fut si heureux que, pendant toute la route, le régiment ne perdit qu’un homme par suite de coup de chaleur (Taylor, cité par Mirsch).
Les Romains, dit Niehuhr, avaient reconnu que rien n’est aussi nuisible aux soldats en marche et ne les fatigue davantage que de marcher en rangs serrés.
Nous verrons plus loin que dans les pays froids et par les temps très froids, il y a au contraire grand avantage à faire marcher les troupes en colonnes serrées.
La privation de boisson est une cause adjuvante des accidents produits par la chaleur; elle est signalée dans plusieurs des épidémies d’insolations dont il est fait mention |)lus haut, notamment dans celles de l’armée du prince Henri et des régiments prussiens de la Garde en 1827.
On croyait autrefois qu’il était très dangereux de boire quand
accidents pendant les marches et mesures a prendre
on avait chaud et on défendait aux soldats d’approcher des fontaines pendant les marches. Lorsque ie corjis est en sueur il faut se g-arder, il est vrai, d’ahsorher une grande (piantité d’eau glacée, surtout si on ne se remet [>as aussitôt en marche, on a vu des cas de mort subite se produire dans ces conditions, mais les lioissons non glacées, en quantité modérée, loin d’etre nuisibles pendant les marches, sont d’une grande utilité. Il importe que l’organisme puisse réparer les pertes en eau qu’il fait par la transpiration cutanée et par l’exhalation pulmonaire, car la transpiration est son moyen j)rincipal de défense contre la chaleur.
Les excès alcooliques favorisent puissamment la production du coup de chaleur; Zuher a insisté avec raison sur cette cause adjuvante dont il faut tenir grand compte dans la prophylaxie.
La période de la digestion est favorable à la production du coup de chaleur surtout lorsqu’il s’agit de repas copieux.
B. Prophylaxie du coup de chaleur. — Les considérations qui précèdent nous permettent de formuler ainsi qu’il suit les mesures à conseiller pour prévenir les accidents dus à la chaleur.
1“ Mettre le soldat au repos et à l’abri de l’aclion directe des rayons du soleil jiendant les heures les plus chaudes du jour. Dans les pays chauds, en Algérie et même dans le midi de la France, pendant les mois les plus chauds, on consigne les troupes au quartier de dix heures du matin ou de midi à deux heures; c’est là une mesure excellente.
Les marches accomplies par des temps chauds doivent être réglées de manière à ce que les troupes soient rentrées dans les casernes ou rendues au gîte d’étape avant dix heures du matin et môme plus tôt dans les pays chauds.
2“ La durée des exercices sera diminuée jiarles temps très chauds, on fera des marches moins longues, on diminuera la vitesse de l’allure et on multi[)liera les poses.
3°Tjes troupes ne iharcheront pas en rangs serrés; il im|)ortcque l’airpuisse circuler facilement autour de chaque soldat; cette simple modification dans l’ordre de marche a suffi quelquefois à arrêter les accidents d insolation qui commençaient à se produire dans une colonne de troupes.
4° I^es haltes doivent se faire autant que possible dans des endroits ombragés ou du moins sur dos points un peu élevés et bien ventilés et non dans des has-fonds.
Pendant les haltes les hommes iioui’ront s’asseoir, mais il leur sera défendu de se coucher sur le sol; par les tom[)s Irès .chauds
la terre est en effet très échauffée surtout si elle est dénudée.
5“ Il est indispensal)le que des soldats en marche par un temps chaud aient toujours de l’eau à leur disposition. Il faut donc veiller à ce que les hommes emportent leurs bidons pleins et se préoccuper de rapprovisionnement en eau potable pendant la route ; cela est facile dans nos pays : on enverra en avant une petite avant-garde qui [)rescrira aux habitants des localités que les troupes doivent traverser de préparer, devant les maisons qui bordent la route, des récipients jileins d’eau potable dans lesquels les hommes pourront facilement remplir leurs bidons.
Dans les pays chauds la question de l’eau est extrêmement importante ; comme on n’a pas les mêmes facilités d’approvisionnement que dans nos [>ays, il faut emporter dans des tonneaux ou dans des outres de l’eau en quantité suffisante, foutes les fois que l’approvisionnement d’eau n’est pas assuré dans les localités que doivent traverser les troupes.
6“ On prendra des mesures très sévères contre l’alcoolisme qui favorise puissamment la production du coup de chaleur, les cabarets seront consignés à la troupe, défense sera faite aux cantiniers de vendre des boissons alcooliques. Dans les expéditions faites dans les pays chauds on interdira complètement les boissons alcooliques.
1° Lorsque des troupes prennent un repas pendant une marche ou une manœuvre accomplie par un temps très chaud, il faut avoir soin de faire faire ce repas, lorsque l’étape ou la manœuvre est presque terminée; on ralentira l’allure quand la marche sera reprise.
8“ Dans les pays chauds il est nécessaire d’adopter un uniforme spécial; les vêtements ne doivent pas être ajustés, la coiffure doit bien protéger la tête et la nuque; dans nos pays il faudrait aussi que le soldat fût vêtu moins chaudement en été qu’en hiver. On peut faire déboutonner les premiers boutons de la veste ou de la capote et faire mettre les mouchoirs sous les képis pour protéger la tête et la nuijue.
9“ Lorsque, en raison de la température, il y alleu de redouter les coups de chaleur il faut recommander aux sou.s-officiers d’exercer une très grande surveillance sur les hommes qu’ils commandent. Quand on voit un homme qui ne marche pas franchement, qui chancelle, il faut l’interpeller à haute voix; si l’homme ne répond pas ou si la ré[)onse n’est [>as claire, il faut le faire sortir des rangs.
10° Les médecins des corjis de troupe doivent faire connaître aux officiers ([uels sont les premiers secours à donner dans le cas de coup de chaleur. Après avoir fait sortir le malade des rangs on l’as-
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
soit OU on le couclie à l’onibrc, autant que possible, on le débai-rasse (le son sac, de ses armes, et on d()boutonne sa cajiote et la ceinture du pantalon; on lui fait boire un })eu d’eau additionnée de cale, si la chose est possible, ou de vin, on llag-elle la face et la j)oitrine avec un mouchoir trem})6 dans l’eau froide. Le plus souvent ces moyens suffisent pour faire revenir à lui le malade qu’on fait ensuite monter dans la voiture d’ambulance.
Lorsque les malades ont perdu connaissance et que la respiration se fait mal, on peut employer les tractions de la langue préconisées par M. le D’’ Laborde. Cette méthode a déjà quelques succès à son actif dans le traitement des accidents d’insolation; à propos du traitement de l’asphyxie par submersion (Ch. iv. Bains froids) nous indiquerons comment les tractions de la langue doivent être pratiquées.
IL Courbature FÉBRILE. — A la suite de marches fatigantes il n’est pas rare, surtout si ces marches ont été faites en été et en plein soleil, de voir survenir les symptômes de l’emharras gastrique fébrile ou de la courbature fébrile ; le malade a de la fièvre, il accuse de la céphalalgie et des douleurs plus ou moins vives dans les muscles des extrémités inférieures et de la région lomhaire; la soif est vive, la langue sale, l’ajipétit nul. (Lubanski, De la courbature fébrile dans l’armée. Arch. de méd. müit., 1883, t. II, p. 416. — Rendon, Des fièvres de surmenage, th. Paris, 1888.)
Ces accidents qui se présentent tantôt sous l’aspect de l’embarras gastrique, tantôt sous celui de la courbature fébrile, aboutissent facilement, chez des hommes surmenés, à la fièvre typhoïde comme nous avons eu l’occasion de le dire dans le chapitre précédent; en général ils se dissijient rapidement sous l’intluence du repos.
III. Syncopes. — On observe queh|ucfois chez le soldat ce (pi’on peut a|)peler des syncopes ou des li[)othymies de fatigue. (]es accidents n étaient pas rares autrefois, lorsque les soldats, h>vés do grand matin, partaient pour l’exercice ou pour les marches militaires sans avoir rien pris et souvent après un repos nocturne
insuffisant (hommes do gaiale, pei-missionnaires etc, ); de[)uis
qu on a soin de distribuer le matin de la sou|)e ou du café, ces accidents sont devenus beaucoup plus rares. 11 est d’autant plus nécessaire do faire jirendi'e quebpie chose au soldat le matin que, s il na rien pris, il absorbe de l’oau-de-vie pour se soutenir. Ij’babitude de boire de l’eau-de-vic le matin, autrefois très répandue
dans l’armée, avait dos conséquences déplorables; on sait que l’eaiide-vie et surtout l’eau-de-vie de mauvaise qualité que se procure le soldat, est particulièrement nuisible lorsqu’elle est absorbée à jeun; cette habitude a heureusement disparu gi-àce aux distributions régulières de soupe ou de café.
IV. Mesures spéciales pour les marches en pays palustre. — Lorsque des marches doivent être exécutées dans des pays où l’endémie palustre règne avec intensité, il y a lieu de prendre des mesures particulières.
Lorsqu’il s’agit d’expéditions à entreprendre dans les pays chauds ou dans des régions marécageuses, on choisira avec soin la saison la plus saluhre ; dans la plupart des régions palustres l’endémie ne sévit que pendant quelques mois de l’année, ou du moins elle sévit avec beaucoup plus de force pendant une certaine période de l’année dite, à cause de cela, période eyidémo-éfidémique (saison chaude dans les climats temj)érés, chauds et juxta-tropicaux; dans les climats tropicaux la saison des pluies est la plus insalulire).
Toutes les fois que des armées ont occupé des pays palustres pendant la saison endémo-épidémique on a vu se développer des épidémies graves qui parfois ont pris les proportions de véritables désastres. On comprend que le soldat en campagne obligé de coucher en plein air, de remuer la terre, d’aller aux fourrages, réduit souvent à boire une eau de mauvaise qualité, soumis enfin à de grandes fatigues, se trouve dans des conditions très défaA'orables pour lutter contre le paludisme.
Les désastres dont nous parlons peuvent se produire, non seulement dans les pays chauds, mais aussi dans nos climats tempérés.
Pendant les campagnes de 1747 et de 1748, en 1 lollande, les trou]>es anglaises furent très fortement é[)rouvées par les fièvres palustres (Pringle, Observ. sur les malad. des armées. Londres, 1732).
Le désastre occasionné par les fièvres dans l’armée anglaise ([ui avait débarqué au mois d’aoùt 1809 dans l’île de Walcberen est justement célèbre. Du 28 août au 23 décembre sur un elTectif de 39219 hommes, 4173 succombèrent aux tièvres; du 21 août au 18 novembre le nombre des entrées aux hôpitaux s’éleva à 20 840; à la fin de décembre 1809 a[>rès la rentrée en Angleterre, on comptait encore 11 303 hommes atteints de maladies de Walcberen.
Les armées en campagne dans les [)lainesdu bas Danube ont été bien souvent éprouvées par les fièvres [)aluslres qui en s’unissant
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
au typhus produisaient ces épidémies mixtes qualifiées de fièvres hongroises.
Mu 1828 pendant la campagne de Morée et en 1859 pendant la guerre d’Italie les lièvres palustres ont rég'iié avec une grande fré(juence dans notre armée.
A [)lus forte raison l’endémie palustre est-elle rcdoutalile aux armées qui opèrent dans les pays cliauds. Les régions à parcourir doivent être l’objet d’une étude ju’éalahle approfondie et on doit s’elTorcer de faire traverser aux trouj)es le plus vite possible les zones malsaines; c’est presque toujours le littoral qui est le plus dangereux (Algérie, Mexique, Madagascar).
Les campements doivent être choisis avec soin et établis, toutes les fois que la chose est possible, sur les hauteurs. Les marins trouvent un abri dans leurs vaisseaux quand ils peuvent s’y retirer au moins pendant la nuit.
Les nécessités de la guerre imposent souvent l’obligation de parcourir ou d’occuper des régions très malsaines. Dans ces conditions il est indiqué d’aA oir recours au traitement préventif du paludisme \ Des faits nombreux démontrent que le quinquina et les sels de quinine, qui guérissent le paludisme, peuvent aussi le prévenir.
Dans la marine anglaise, on emploie souvent le vin de quinquina et le sulfate de quinine à titre préventif. Chaque fois qu’on envoie des hommes à terre, dans les régions tropicales, on leur fait prendre, le matin, au moment où ils quittent le navire, et le soii’, quand ils reviennent, du vin de quinquina.
La quinine et la cinebonine ont été employées à titre propbylacti(}ue i)endantla gueri’e de la Sécession, lorsque les ti’oupes étaient appelées à occuj)er des |)ostes très insalubres. Les rapports des médecins militaires américains sont presijue tous favorables à cette manière de faire. Chamberlain, Wilson, David Merrit, Maylerl, Bâche, Swift, Thompson, Warren, Samuel Logan cons-
I. \an Büren, RapporL à la Commission sanilnirc îles Etats-Unis, in Essais d’hygiène et de tlicrap. milit., ])ar Evans. Paris, 1865. — .Iilek de Poi.a, Wochenbl. der Gesellsch. d. Wien. Aeriz. 1870, n” 17. — Tiiobel, Notes médicales du voyage d’exploration du Mékong, tti. Paris, 1870. — The medic. and Surg. History of tlie ^\ar of Rehellion, 1888, t. I, p. 111-106. — Bizaudel, Do la quinine comme jirophylactique du paludisme, tli. Paris, 1888. — Grokseh, lierlin. /clin. Woclienscli., 1888, 42, p. 845, et 1889, 53, jj. 1065. — Longuet, La prophylaxie de la lièvre intermittente par la quinine. Semaine médicale, 1891, p. 5. — Tommasi Chudeli, Rapimrt présenté au ministre de l’agriculture. Rome, 18 mars 1883. — Résultats d’expériences faites dans l’armée italienne sur l’emploi de l’arsenic. Journ. üalien de méd. milit., 1880, P- Laveban, Traité des fièvres palustres. Paris, 1884. — Du même, Du palu-
disme, Paris, 1891.
HYGIÈN’E MILITAIRE
tâtent les bons effets de la quinine pour prévenir la fièvre et citent des faits très probants en faveur de cette méthode.
Jilek de Pola, Hertz d’Amsterdam ont constaté également l’efficacité de la quinine administrée [iréventivement.
Thorel a pu parcourir les localités les plus insalubres du Mékong grâce au sulfate de quinine pris à la dose de 0 gr, GO à 0 gr. 80 par semaine; ceux de ses compagnons qui s’étaient astreints à la même précaution, échappèrent comme lui aux fièvres palustres.
Bizardel a cité de nouveaux exemples de l’efficacité de la quinine comme prophylactique du paludisme. Avec les faibles doses de quinine qui sont conseillées par Bizardel, on ne peut pas songer à prévenir entièrement l’infection palustre, mais c’est déjà beaucoup si l’on empêche le paludisme de se manifester sous ses formes les })lus graves, et Bizardel signale à plusieurs reprises ce fait que, même dans les régions les plus malsaines, les individus qui prenaient de la quinine à titre préventif n’ont pas eu d’accidents }iernicieux. Or ce sont là les accidents les plus à redouter pour des hommes isolés, qui ne peuvent pas recevoir immédiatement les soins d’un médecin.
Grœser qui a expérimenté le traitement préventif du paludisme par la quinine à Batavia, c’est-à-dire dans une des régions les plus insalubres du globe, conclut également en faveur de cette méthode; les atteintes de fièvre sont beaucoup moins fréquentes et beaucoup moins graves chez les marins qui en débarquant à Batavia se soumettent à la médication quinique que chez ceux qui négligent cette mesure prophylactique.
Evidemment il ne peut pas être question de soumettre un corps d’armée entier et pendant longtemps à la médication préventive du paludisme par la quinine ; cette mesure doit toujours être une mesure temporaire et excej)tionnelle , elle s’appli(|ue surtout aux hommes qui, par les postes qu’ils occupent ou par les travaux qu’ils sont chargés d’exécuter, sont particulièrement ex])Osés à contiaicter des fièvres graves.
L’acide arsénieux a été expéiâmenté dans l’armée italienne à titre de médication préventive du paludisme, les résultats ont été peu satisfaisants.
L’eau de boisson doit être en pays palustre l’objet d’une scrupuleuse attention; si on n’a [las d’eau de source à sa disposition, il ne faut faire usage pour la boisson (|ue d’eau filtrée avec soin ou bouillie.
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE 73
Le café, en raison de ses propriétés toniques, est une excellente boisson dans les [pays chauds, aussi les Oiâentaux en font-ils une très grande consomination. Les infusions de café ou do thé ont en outre cet avantage que pour les préparer on est obligé de faire bouillir l’eau et de la stériliser par conséquent.
La fatigue, les excès alcooliques favorisent l’invasion du paludisme et augmentent la gravité des cas. Nous n’avons pas à revenir sur des mesures prophylactiques qui ont été indiquées déjà à popros de la prophylaxie du coup de chaleur.
Une premièi’e atteinte de paludisme, loin de conférer l’immunité, comme il arrive pour les fièvres éruptives, par exemple, constitue au contraire une prédisposition à de nouvelles atteintes qui le plus souvent ne sont que des rechutes. C’est là un fait très important et dont il faut tenir grand compte quand on envoie des troupes dans un pays palustre; il faut se garder de prendre des hommes ayant déjà eu les fièvres. On pourrait croire a priori que des hommes qui ont séjourné dans des pays palustres sont acclimatés, et qu’ils résisteront mieux que d’autres; c’est le coniraire (jui est vrai. On l’a bien vu lors de l’expédition du Mexique; ce sont les troupes venant d’Algérie qui ont fourni le plus grand nombre de cas de paludisme. 11 est de règle aujourd’hui de choisir pour les expéditions qui se font dans les pays palustres des hommes n’ayant jamais eu les fièvres.
La race noire jouit d’une immunité remarquable, quoi(|ue incomplète, pour le paludisme; dans les régions insalubres il y a donc lieu d’utiliser autant que possible les troupes nègres comme font les Anglais et comme nous l’avons fait avec succès au Mexiipie sur le littoral.
V. Accidents généraux et accidents locaux produits par le froid. — Ces accidents ont été observés fréipiemment dans les aianées, non seulement dans les pays froids, mais dans nos climats temjiérés et dans des pays où on ne devait pas les redouter, en Algérie par exeinj)le. L’bistoire de ces accidents est pleine d’intérêt pour le médecin militaire qui doit bien connaître les conditions dans lesquelles ils se ]iroduisent, et quelles sont leurs causes adjuvanles, afin de pouvoir prescrire, à l’occasion, les mesures convenables poui’ les prévenii-.
Pendant la retraite des Dix-Mille l’armée de Xéno|dion eut à subir, après le passage de rEu|)bi"ite, une tempèlede neige (pii fit un grand nombre de victimes (Xénophon, Anabasis, 1. IV).
L’armée d’Alexandre le Grand fut éprouvée à deux reprises |)aj‘ le froid, d’abord dans les régions sauvages de l’Asie avant d’arriver au Caucase, ensuite lorsqu’après avoir traversé le Caucase, l’année franchit le Tanaïs [)our aller soumettre les Scylhes ; un grand nombre d’hommes périrent sur les chemins ou perdirent les pieds par suite de congélations (Quinte Cuuce, I. VU, cliaj). x et xi).
L’armée de Charles-Quint qui assiégeait Metz |)endant les mois de novembre et de décembre 1552, et qui était ravagée par le typhus et le scorbut, eut beaucoup à soutlrir du froid. Garlois, secrétaire du maréchal de Vieilleville, fait un tableau navrant de l’état où se trouvait l’armée impériale à la fin du siège ; A. Paré, qui était à Metz à cette époque, dit qu’un grand nombre de soldats moururent jiar le froid. D’après Forestus on trouvait des sentinelles mortes debout, la lance au poing, semblables à des individus frappés de catalepsie (Fouesti, Op. omnia, t. I, p. 463).
« En 1568, dit Fabrice de Hilden, les armées allemandes dispersées en France, se trouvant poursuivies jusqu’en Savoie, furent obligées, pour échapper à la mort, de franchir des montagnes couvertes de neige et des fleuves à la nage. Il en périt beaucoup de lipothymie et de syncope, d’autres de gangrène et de sphacèle » (De la gangrène, chap. iv).
En 1632, le froid fut si vif entre Montpellier et Béziers, que seize gardes du corps de Louis XTII moururent en route.
L’hiver de 1709 détruisit une partie de l’armée île Charles XII dans l’Ukraine; dans une marche, deux mille hommes tombèreni morts de froid, l’armée manquait de tout (Voltaire, Histoire de Charles XII, livre IV).
En 1719, sept mille Suédois, partis pour faire le siège de Drontbeim, périrent de froid dans les montagnes qui séparent la Suède de la Norvège.
Lors de la retraite de Prague, en 1742, l’armée française commandée par le maréchal de Belle-Isle fut obligée de traverser par un froid extrême des défilés impraticables dans des montagnes couvertes de neige, quatre mille hommes jiérirent de froid et de misère; nulle précaution n’avait été prise, on manquait de vivres et de vêtements.
En 1793, bon nombre de soldats français succombèrent au pa.ssage des Aljies.
Au passage de la Guadarrama (23 et 24 décembre 1808) l’ai-mée française eut beaucoup àsouirrir du froid. Le vent était au nord, il était tombé beaucoup de neige les jours précédents, le theiano-
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
mètre de Kéaumur marquait — 9°. A mesure qu’ou s’élevait sur la montagne, écrit Larrey, le froid augmentait, hommes et animaux tombaient sur le liord de la route j)our ne plus se relever, ou bien ils étaient entraînés le long dos pentes rapides. Quebiues feux de bivouac qu’il fut possible d’allumer furent })lus nuisibles qu’utiles à nos soldats ; tous ceux qui, sans précaution, présentèrent brusijuement leurs mains ou leurs pieds à l’action du feu furent frapj)és de congélations, tandis qu’aucun militaire parmi ceux qui ne s’étaient pas approchés des feux n’en fut atteint (Larrey, Mémoires, t. III, p. 2o0).
Larrey nous a laissé dans ses Mémoires une magnifique desci-iption de la retraite de Russie. Jamais peut-être hiver plus rig-oureux n’avait assailli une armée en marche, le thermomètre Réaumur de Larrey descendit à 24®, 27® et jusqu’à 28° au-dessous de zéro; [)Our comble de malheur, l’armée traversait un pays dévasté, elle était dénuée de tout, les vivres mamjuaient, les hommes restaient quelquefois pendant })lusieurs jours sans manger. « Nous étions tous, écrit Larrey, dans un tel état d’abattement et de torpenr que nous avions peine à nous reconnaître les uns les autres; on marchait dans un morne silence, l’organe de la vue et les forces musculaires étaient affaiblis au point qu’il était difficile de suivre sa direction et de conserver l’équilibre; l’individu chez qui il était rompu tombait aux j)ieds de ses compagnons, qui ne détournaient pas les yeux pour le regarder. Quoique l’un des plus robustes de l’armée, ce fut avec la plus grande difficulté que je pus atteindre Wilna. A mon arrivée dans cette ville, j’étais près de tomber pour ne jdus me relever, comme tant d’autres infortunés (jui ont péri sous mes yeux » (Larrey, cil., t. IV, p. 107).
Desgenettes, Moricbeau-Reaupré et JaulTret ont aussi raconté ce lamentable épisode des guerres de l’Empire. A trois journées de Smolensk, dans les premiers jours de novembre, la neige commença a tomber à gros flocons ; c’est aloi’s, dit Moricbeau-Reaupré (tb. Montpellier, 1817), (jue les accidents se produisirent avec la plus grande frétpience : le long des roules, dans les fossés ou les champs qui les Oordent, on voyait entassés et couchés pêle-mêle, par cinq, dix, (juinzc ou vingt, des cadavres congelés; la. nuit était constamment J)lus menririère <pie le jour, surtout lors([m‘ le ciel était pur. Il ny avait plus de distribution régulière, les soldats vêtus d uniformes en lamheaux marchaient sans ordre dans un morne désesjioir, n’ayant |dus d’auti'e alternative, quand leurs forces les abandonnaient, (jue de mouiâr de froid ou de tomber
entre les mains des Cosaques qui harcelaieni sans cesse l’armée. Tous les moyens de transport faisaient défaut, malades et blessés étaient abandonnés sans espoir.
Notre armée d’Afrique a été plus d’une fois éprouvée par le froid, notamment lors de la retraite dite du Bou-Thaleb. Le 2 janvier 184S, une colonne commandée par le g'énéral Levasseur fut surprise parla neige à quelques lieues de Sétif; le vent du nord soufflait avec violence ; il fut impossible d’allumer les feux pour faire la soupe, les hommes fatigués par une marche pénible, privés de nourriture, mouillés par la neige fondue et glacés par le vent du nord, présentèrent un grand nombre de cas d’asphyxie par le froid et de congélation des extrémités. Le 4 janvier, la colonne composée de 2800 hommes arrivait à Sétif après avoir perdu 208 hommes en quarante-huit heures, 9 hommes moururent en entrant à l’hôpital de Sétif où furent envoyés encore S21 malades atteints de congélations légères ou graves; plusieurs subirent des opérations, 11 succombèrent, ce qui donne un total de 228 décès. Nous ne savons pas exactement quelle était la température le 2 janvier à l’endroit où les premiers accidents se produisirent, mais à quelques lieues de là, à Sétif, dont l’altitude est la même, le thermomètre ne descendit pas au-dessous de zéro ; un vent du nord augmentait, il est vrai, les effets du froid. (Shrbipton, Rec. mém. méd. milit., 1846, t. LXXII, p. 154.)
Des accidents analogues à ceux du Bou-Thaleh ont été oliservés à plusieurs reprises en Algérie notamment en 1836, pendant la retraite de Constantine. « L’armée tout entière, écrit le duc d’Orléans, succombait sous le poids de 72 heures de jiluie, de neige, sans feu, sans nourriture et sans sommeil, dans un lac de houe. Le 22 novembre au matin 4 pouces de neige chassée pai‘ un vent glacial couvraient les soldats dont un grand nomlire ne se relevèrent plus, quelques lambeaux de panfalons et do ca])otes paraissant à travers des flots de fange indiquaient çà et là les tas de cadavres raidis dans toutes les attitudes. La malheureuse armée d’Afrique trouvait sous le 36“ degré de latitude les houes de la Pologne, les frimas de la Bussie et la disette du déserl.... Le moral lui-même ne soutien I plus les soldats et les plus braves s’éteignent de faiblesse, le fusil à la main, veillant auprès des hivacs où il ne reste que les infortunés dont le tronc survit encore aux membres paralysés » (Campagnes d’Afrique, p. 223).
En Crimée (1854-1856) nos soldats, aflaihlis par la diarrhée et le scorbut, présentèrent de nombreu.x cas de congélation; l’ali-
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE 11
mental ion était insuffisante et de mé<liocre (jualité, mais elle ne faisait pas défaut, -oomme lors de la retraite de Russie; de plus, les liommes avaient des abris, des vêtements chauds; aussi les accidents locaux de congélation furent beaucoup plus fréquents que les accidents généraux. (Chenu, Statistique de la guerre de Crimée, p. 512.)
Pendant le premier hiver, les Anglais, mal approvisionnés, eurent beaucoup plus de cas de congélation que nous, mais lorsque l’abondance eut rem})lacé dans leur camp le denûment de la première heure, les congélations disparurent de chez eux, tandis qu’elles persistaient chez nous.
Tous les médecins de Crimée s’accordent à reconnaître que les congélations ne s’observaient guère que sur des hommes affaiblis et malingres. Les gangrènes, dit Tbolozan {Gaz. méd. de Paris, 1861), frappèrent surtout les hommes affaiblis par des maladies antérieures; plusieurs fois elles survinrent alors que les malades étaient aux ambulances depuis plusieurs jours. Les accidents de congélation, dit Fauvel (llist. méd. de la guerre d’Orient, p. 99), se produisaient quelquefois dans le trajet de l’ambulance au point d’embarquement. Il n’y eut aucun cas de congélation parmi les officiers.
En 1870-1871, de nomlireux cas de congélation ont été observés à Paris et dans les armées de la Loire et de l’Est, mais il s’agissait presque toujours de congélations partielles.
Pendant la guerre Turco-Russe (1877-1878) les accidents produits par le froid ont été fréquents. Une colonne envoyée pour tourner Cbandornik à travers le Rasagora eut 800 malades par congélations, 52 succombèrent.
A la fin du mois de mars 1879, une colonne composée de 755 hommes, partie d’Aumale pour se rendre à Lagbouat, fut surprise [)ar une tempête de neige, entre Souagni et le Tléta des Douairs (province d’Alger), 19 hommes succombèrent aux accidents généraux de congélation, 14 malades durent entrer à l’iiêpital de Rogbar, il y eut en outre une soixantaine de cas légers de congélation. (Eeiîastard, Rec. mém. méd. milil., 1880, p. 401.)
A. Nature et palhoijénie des accidents produits par le froid. — Ijarrey a très bien décrit les i)bénomènes (|ui précèdent la mort dans 1 asphyxie par le froid : « La mort était devancée par la [)<\leur du visage, par une sorte il’idiotisme, par la difficulté de parler, la faiblesse de la vue et même la i>erte totale de ce sens, et dans cet état (pielques-uns marchaient plus ou moins longtemps, conduits
par leurs camarades ou leurs amis; l’action musculaire s’afTaiblissait sensiblement, les individus chancelaient sur leurs jambes comme des hommes ivres; la faiblesse augmentait progressivement, jusqu’à la chute du sujet, signe certain de l’extinction totale de la vie.
« La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soutenir à quitter le centre de la colonne pour se porter sur les bords du chemin elle côtoyer; séparés de cette colonne serrée et abandonnés à euxmêmes, ils perdaient bientôt l’équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige d’où ils pouvaient difficilement se relever; ils étaient frappés aussitôt d’un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état d’assoupissement léthargique, et en peu de moments’ ils avaient terminé leur pénible existence » (Larrey, o-p. cü., t. IV, p. 127).
Dans quelques cas l’invasion des accidents était brusque, on voyait au bivouac des hommes tomber comme foudroyés.
« Nous avons vu, dit Desgenettes, des hommes marchant avec toute l’apparence de l’énergie musculaire la mieux prononcée et la mieux soutenue se plaindre tout à coup qu’un voile couvrait incessamment leurs yeux. Ces organes, un moment hagards, devenaient immobiles ; tous les muscles du cou et plus particulièrement les sterno-mastoïdiens se raidissaient et fixaient peu à peu la tète à droite ou à gauche. La raideur gagnait le tronc, les membres abdominaux se fléchissaient alors, et les hommes tombaient à terre, offrant, pour compléter cet effrayant tableau, tous les symptômes de l’épilepsie ou de la catalepsie » (Discours de la Faculté de méd., 7 nov. 1814).
Les hommes qui étaient sous le coup des accidents généraux de congélation marchaient, dit Moricheau-Bcaupré {op. cü.), sans savoir où ils allaient, puis ils tombaient sur les genoux: les muscles du tronc étaient les derniers à perdre la force île contraction; une fois tombés, il leur était impossible de se l’elever; leur pouls était jietit, imperceptible, la respii’ation rare, à peine sensible; chez quelques-uns, les yeux étaient fixes, ternes, hagards, il V avait du délire; du sang sortait par le nez et par les oreilles. Les uns, pâles et abattus par l’inanition et le froid, tombaient en défaillance et mouraient au bout de quelques instants, les autres étaient pris d’un frisson auquel succédaient la langui'ur et une tendance invincible au sommeil.
Sbrimpton résume ainsi qu’il suit les
accidents qui jirécédaient
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
la mort par lo froid : Les uns ayant le sentiment d’une fin prochaine re[)oussent brusquement ceux qui cherchent à les encourager; d’autres qui ne souffrent pas et (jui s’endorment doucement dans la mort, supplient de les laisser tranquilles et disent qu’après quelques minutes de repos ils se remettront en route. Chez plusieurs qui marchent encore et se plaignent seulement d’une grande fatigue, on remarque déjà les signes avant-coureurs d’une mort prochaine : engourdissement général, douleurs dans les membres et aux aines, contraction musculaire faible et incertaine, faciès rouge, tuméfié, lèvres bleuâtres, yeux saillants, lividité de la peau, gonflement des mains, pouls petit et faible, respiration lente. Tous ces symptômes s’aggravent rapidement : les yeux prennent une expression d’égarement, la marche est indécise, l’homme vacille et tombe enfin pour ne plus se relever. La peau des mains se fendille et laisse souvent couler de 60 à 100 grammes de sang. Quoique le malade conserve sa connaissance, il paraît en proie à l’ivresse, son corps est comme une masse inerte qui retombe aussitôt qu’on la relève.
Les congélations partielles frappent de préférence les extrémités inférieures, mal protégées par la chaussure et condamnées pendant les gardes, et le séjour dans les tranchées à une immobilité presque complète, souvent dans la neige; les congélations partielles s’observent également aux extrémités supérieures, au nez, et aux oreilles.
Les parties du corps, qui ont subi un commencement de congélation, peuvent être décongelées si on prend les précautions convenables; lorsqu’elles sont exposées brusquement à la chaleur, elles se mortifient rajiidement.
Parmi les accidents locaux produits par le froid il faut signaler encore les engelures (mains, pieds), qui n’ont pas de gravité, mais qui occasionnent des douleurs vives et qui peuvent mettre un assez grand nombre d’hommes hors de service.
En Crimée, pendant les deux périodes d’hiver, un grand nombre d hommes présentèrent du gonflement des extrémités inférieures avec de la rougeur et des douleurs vives; ces accidents ont été rapportés par Tholozan à l’acrodynie mais la plupart des médecins de Grimée s’accordent à les attribuer au froid.
Pondant l’expédition do Kroumyrie (Tunisie) bon nombre de soldats ([ui, à la suite de pluies continuelles, étaient restés longtem[)s les pieds dans l’eau présentaient l’état suivant, que nous avons noté souvent chez des malades évacués sur l’hôpital de Constan-
line : les pieds étaient eiiQés, engourdis, froids, les malades accusaient des douleurs plus ou moins vives qui remontaient parfois jusqu’aux genoux; ces accidents ne se dissipaient que lentemenl.
Les engelures sont dues vraisemblablement à des névrites périphériques.
La pathogénie des accidents généraux paraît être la suivante : la première impression de froid est suivie d’une contraction des vaisseaux périphériques, l’organisme concentre ses forces, sa chaleur, vers les parties centrales; l’homme soumis au refroidissement comprend instinctivement le danger et il cherche à lutter contre le froid par un exercice violent, par une alimentation substantielle, par un habitat et des vêtements appropriés; si ces auxiliaires lui font défaut, il arrive un moment où il ne peut plus maintenir sa température constante; le sang refroidi à la périphérie n’est plus suffisamment réchauffé dans les parties profondes, la température générale s’ahaisse; c’est à ce moment que se font sentir des frissons accompagnés de malaise, de défaillances. Le refroidissement des muscles dont la circulation se fait mal est rapide ; la gêne apportée au fonctionnement régulier des muscles explique la lassitude extrême, le besoin presque insurmontable de repos, de s<)mmeil; de là aussi les douleurs musculaires, les raideurs cataleptiformes, et cette démarche incertaine, titubante, qui a été comparée par plusieurs auteurs à celle de l’homme ivre. Les parties périphériques se refroidissent avant les parties centrales, les muscles des membres se paralysent avant ceux du tronc; les muscles des jambes faiblissent, le malade tombe et il lui est impossible de se relever, si l’on ne vient pas énergiquement à son secours pour rétablir la circulation des muscles. Une fois par terre, sur fa neige, le malheureux qui a été saisi par le froid continue à se refroidir plus rapidement encore : les muscles du tronc, ceux qui président à la respiration et le cœur lui-même se paralysent, la respiration se ralentit, les battements du cœur diminuent de fréquence et deviennent parfois irréguliers, la mort arrive doucement, au milieu d’un délire tranquille, ou bien on voit survenir des attaijues épilepliforme's qu’il faut rattacher probablement à l’anémie bulbaire.
Ija mort par le froid, lorsque le corps est plongé dans l’eau très froide, fait ressortir d’une façon plus nette encore l’inlluence jiaralysante du froid; les meilleurs nageurs se noient lorsqu’ils sont saisis par le fi’oid. Le prince Poniatowski périt ainsi dans la rivière de l’Elster, en sortant de Leipzig. « Un grand nombre de nos
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compatriotes (jiii savaient nager auraient pu sc sauver au passage tle la Bérézina, si l’eau de cette rivière n’avait été sur le point d’étre entièrement gelée (elle fut prise la môme nuit). A peine ces malheureux étaient-ils entrés dans le lleuve ([ue leurs membres étaient frappés de raideur, et ils étaient morts sans doute avant d’ôtre noyés; car on en a vu (jui avaient péri au milieu des glaçons entre lesquels ils étaient en quelque sorte suspendus » (Larrev, op. cit., t. IV, p. 131). Le pouvoir conducteur de l’eau •étant plus considérable que celui de l’air, on comprend que le refroidissement soit bien plus rapide dans l’eau que dans l’air.
La mort arrive-t-elle par paralysie du système nerveux ou du système musculaire (muscles de la respiration, cœur)? 11 est probable que l’action paralysante du froid s’exerce à la fois sur les nerfs et sur les muscles; lorsqu’une partie du corps a subi un commencement de congélation, elle devient insensible, ce qui indique clairement que les nerfs sont en jeu.
La mort peut se produire brusquement, par syncope ou par congestion pulmonaire, ju’incipalement chez les individus qui, atteints d’accidents généraux de congélation, sont réchaufïés brusquement.
« Malheur à riiomme engourdi par le froid, écrit Larrey (oj). cit.), et chez (jui les fondions animales étaient près de s’anéantir, chez (jui surtout la sensibilité extérieure était éteinte, s’il entrait subitement dans une chambre trop cbaude ou s’il s’appi'ochait de trop |)rès d’un grand feu de bivouac! Les parties saillantes engourdies ou gelées et éloignées du centre de la circulation étaient frappées «le gangrène (jui se manifestait à l’instant même et se développait avec une telle rapidité que ses progrès étaient sensibles à l’œil, ou bien l’individu était tout à cou|> sulToqué })ar une sorte de turgescence «|ui parai.ssait s’emparer du système pulmonaire et cérébral ; il périssait comme dans l’as[)byxie. »
IL Prophylaxie. — On a vu plus haut que les accidents de congélation ont été toujours observés dans des armées on dans des colonnes de troupes mal ravitaillées, sui‘ des soldais alTaiblis paila fatigue, les maladies et les privations, qui ne présentaient |)lus au froid «pi une faible résistance, ou bien sur des troupes surprises, dans de mauvaises conditions, par une tempête de neige.
Ues hommes bien nourris, bien vêliis, (|ui ne sont ni malades, ni surmenés, résistent admirablement au froid, voilà lofait important au point de vue bygiéniipic. On ne peut pas soustraire le soldai, surtout en campagne, à ritdluonce du froid, mais on peut en lui
Laveran, Ilyg. milit. .0
fournissant des vèleinents chauds, en réglant les marches (>t les exercices et surtout en augmentant la ralion, lui permettre de lutter victorieusement contre le froid.
Une alimentation insuffisante favorise puissamment raction du froid; si nos soldats, pendant la retraite de Russie, avaient eu des disti’ibutions régulières de vivres, il est bien certain qu’ils auraient beaucoup mieux résisté au froid qu’ils ne l’ont fait; le ilésastre du Bou-ïbaleb s’explique par cette circonstance que les bomme.s enveloppés par la tempête de neige ne purent pas préparer leurs aliments.
Les aliments gras sont particulièrement indiqués attendu qu’ils se transforment rapidement et facilement en chaleur. Le vin, l’eau-de-vie, pris à petite dose, rendent de grands services, mais à forte dose, les boissons alcooliques loin de fortifier l’organisme le livrent sans défense aux atteintes du froid.
Tous les auteurs qui ont décrit les accidents produits par le froid ont insisté sur le hesoin presque invincible de repos qu’on éprouve lorsqu’on est sous le coup de ces accidents. Ceux qui n’onl pas assez d’énergie pour résister à ce besoin do repos et qui se couchent dans la neige, sont voués à une mort certaine. Lorsqu’une troupe en marche par un temps très froid est surprise par la neige, il faut donc veiller avec soin à ce qu’aucun homme ne quitte la colonne, on ralentira l’allure au besoin, on fera serrer les rangs et on ne laissera personne en arrière.
Lorsqu’un homme est atteint d’asphyxie par le froid, il faut se garder de le transporter dans une atmosphère chaude, ce qui aggraverait son état et pourrait même déterminer rajiidement la mort. On fera avaler au malade quelques gorgées d’une boisson stimulante et on le frictionnera, avec de la neige d’abord, puis à sec, avec des gants de crin ou avec de la Itanelle; les sinapismes, les ventouses seront em|)loyés pour comhalti'e les congestions pulmonaires.
Pour prévenii- les congélations des extrémités inférieures, très communes pendant tes campagnes d’hiver, on distribuera aux soldats des chaussettes de laine; si on en mampie, on fera des chaussettes russes avec des bandes de dra|). (V. Ch. xn.)
Il est indisj)ensahle (|ue le soldai ait de fortes chaussures imperméables, bien adaptées au |)ied; les chaussures mal faites se rétrécissent lorsqu’elles sont mouillées, compriment les orteils et le cou-de-pied et favoi'isent la production des congéhdions.
Pour prévenir les congélalions des mains, ou distribuera des
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
gants chauds qui sont indispensables, alors même (pie le froid n’est pas très rigoureux, pour préserver des engelures et j>our permettre au soldat de faire un bon usage de ses armes.
11 importe de donner [lendant les marches ou les campagnes d’hiver des instructions très précises sur la conduite à tenir en cas de congélation des extrémités. Il arrive souvent que des hommes qui reviennent des tranchées, s’il s’agit d’un siège, ou bien qui ont été de garde, les pieds dans la boue ou dans la neige,' s’approchent immédiatement des feux de bivouac pour se réchautrer; les accidents de congélation sont très fréquents dans ces conditions.
Les parties qui ont subi un commencement de congélation doivent être frottées avec de la neige ou bien soumises cà des frictions sèches, on peut plonger aussi la partie congelée dans l’eau froitle (Larrey, loc. cit.).
En mettant à la disposition du soldat par les temps très froids de la fflvrérine ou de la A'aseline dont il s’enduira les mains et les
pieds le soir en se couchant on évitera le plus souvent les engelures '.
VI. 3Ial DES MONTAGNES '. — Le soldat est parfois obligé de franchir des montagnes et il est, par suite, exposé aux accidents connus sous le nom de mal des montagnes -, ces accidents qui ont été observés à plusieurs rej)i*ises sur des troupes en campagne, méritent d’autant mieux de nous arrêter (jue, depuis quelques années, des corps spéciaux ont été organisés, tant en France qu’en Italie, pour garder les fronlières des Al{)es et que ces corps atteignent souvent, dans leurs marches, des j)oints situés à une altitude considérable.
Le mal des montagnes a été décrit par un grand nombre de voyageurs en tête desquels il faut citer : Saussure, de Ilumbold, Jacquemont, il a été bien éludié pai- Boussingault, Jourdanel, Lortet, P. Bert. Ses |)rincipaux sym[»tomes sont : l’accélération
1. Consulter sur les congélations dans les armées outre les travaux cités dans le texte: Boudin, Traité de géogr. et de statist. med., 18bl, l. 1, p. 397. — L. Lavisuan, De la mortalité des armées en campagne. Ann. d'/ii/r/. publ. et de méd. lé;/., 1863. — LAVEnA.N, Traité des malad. des armées, 1873, et Art. Faoiu, in Diction, encyclop. des SC. méd. — Lin.miés, th. Paris, 1873.
2. JouBDA.NKT, Inlluencc de la pression de l’air sur la vie de l’iiomme. Paris, 1873.
— P. Bert, La [ircssion barométrif|ue. Paris, 1878 ; et Inriuencc des altitudes. Congi'ès internat, d'hygiène, Genève, 1883. — Payot, Du mal des montagnes, th. Paris, 1881.
— UiOAi., Revue rrnlit. de wé</.,1881. — Léques, Hygiène des batailions aljiins. Arch.
de méd. avril 1888. — P. Beonaud, Les causes du mal des montagnes. Soc. de
biologie, 28 avril 1891- {Bulletin de la séance du 5 mai). — KnoNiiCKEit. l.c mal de montagne. Revue scienti/igiie, 26 janvier 1893.
(lu pouls et (le la respiration, la dyspnée, les palpitations de cœur, les hémorragies (épistaxis, héinoidysies) ; les jiersonnes atteintes de ce mal éprouvent une soif vive, de la céphalalgie, des douleurs dans les membres, une grande lassitude.
Ces troubles morbides ont été attribués par un certain nombre d’observateurs à la raréfaction de l’air sur les hautes montagnes, à rinsuffisance de l’oxygène dans l’air inspiré (Jourdanet).
Ainsi que nous l’écrivions en 1875 (Traité des maladies des armées, p. 77) des faits nombreux prouvent que les troubles morbides décrits sous le nom de mal des montagnes tiennent bien plutôt aux efforts musculaires nécessités par l’ascension qu’à la raréfaction de l’air. Dans les ascensions faites en ballon, c’està-dire sans fatigue, on n’é])rouve pas ces troubles, à moins de s’élever à des hauteurs considérables ; Gay-Lussac, Barrai et Bixio ont pu s’élever en ballon à plus de 7000 mètres sans éprouver la gêne de la respiration qui caractérise surtout le mal des montagnes.
Les personnes qui se font transporter sur des traîneaux, ou sur des civières à des altitudes élevées n’éprouvent pas le mal des montagnes, mais au moindre effort le pouls s’accélère chez elles et elles épi’ouvent une grande fatigue.
Des villes populeuses sont établies à 3 ou 4000 mètres audessus du niveau de la mer; en Bolivie on trouve à 4 et 4500 mètres des villages très prospères; V. Jacquemont dans l’ilimalaya a séjourné sans aucun préjudice pour lui, ni pour ses compagnons à des hauteurs de 5000 à 6200 mètres.
Lors de la guerre du Mexique nos soldats n’ont pas éprouvé de troubles gi’aves lorsqu’ils se sont élevés sur les hauts plateaux (L. CoixDET, Le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgical. Paris, 1867).
Une expérience très ingénieuse due à M. le D' P. Regnard démonire bien que la fatigue est la cause principale des accidents [Comptes rendus de la Soc. de bioL, 1894, p. 367).
Sous une grande cloche Cl (lig. 8) placée sur une jilatine rodée, M. Begnard met deux cobayes; l’un d’eux est libre, l’autre est enfermé dans une roue de t reillage B qui peut être mise en mouvement par un petit moteur électri(|ue M lequel reçoit sa force d’une source extérieure -j- — . Une série do résistances Be permet de faire varier larajiidité de rotation.
Quand on met la roue en mouvement le cobaye C placé dans la roue est obligé de se déjilacer en avant et de monter sans cesse, le
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE 8
travail qu’il exécute est donc comparaUe àcelui d’un ascensionniste.
Au moyen d’une trompe à eau T on diminue lentement la pression qui est indiquée par un manomètre.
Dans ces conditions tant que le manomètre n’indique pas une dépression correspondant à 3000 mètres de hauteui-, les deux cobayes ne pai’aissent pas souffrir, mais, à partir de ce moment, le cobaye placé dans la roue tombe fréquemment en avant, est
fortement essoulîlé, ou même se laisse rouler, tandis (pie 1 autre cobaye G' ne donne aucun signe de malaise; à 4000 mèti’es (à |)ou près la bauteur du Mont-lilanc), le cobaye placé dans la roue se laisse tomber sur le dos, tandis (pie le cobaye resté immol)ile n’éprouve des accidents graves (ju’à 8000 mètres.
La conclusion pratique à tirer de ces faits est(jue dans les ascensions, surtout lors(pi’on arrive au-dessus de 2000 mètres, il tant se mettre en garde contre la fatigue; on devra ralentir 1 allure, faire des poses fréquentes et s’il s’agit d’une troupe en marclu' a ces bauteurs, les étapes devront être courtes. 1j allure doit êtia^ d’autanl |)lus lente, les poses doivent être d’autant plus freijuentes
que la montée est plus rapide, il n’est donc pas possible de donner des règles précises à cet égard.
VIT. Cœur forcé ou surmené'. — Les accidents cardiaques connus sous le nom de cœur forcé ou surmené ont fait l’objet de nombreux Iravaux qui sont pour nous d’un grand intérêt; il est très important de savoir dans quelles conditions ces accidents se produisent et si les exercices militaires peuvent les occasionner ou du moins les aggraver.
Da Costa a observé pendant la guerre de la Sécession des troubles cardiaques chez un certain nombre de jeunes soldats qui, débilités à la suite d’une maladie, avaient dù faire des marches forcées; les malades accusaient des jialpilations de cœur, de l’angoisse précordiale, de la dyspnée, sans qu’il y eût aucun signe de lésion valvulaire (Da Costa, Irrilahle heart, Americ. journ. ofmed. sc., 1871).
Des accidents semblables ont été décrits par Myers dans l’année anglaise, par Thurn et par Fræntzel dans l’armée allemande.
Frænlzel n’a jamais constaté ces accidents chez le soldat en temps de paix, il ne les avait pas observés non plus pendant les guerres de 1864 et de 1866; c’est à la suite de la campagne de 1870-1871, chez des hommes qui avaient été soumis à de très grandes fatigues, qu’il a recueilli 19 observations de cœur surmené. Les malades, dit-il, s’étaient bien portés avant la campagne, et il n’existait pas de signes d’une lésion des oritîces.
Peacok et Cl. Albutt ont observé des troubles cardiaques chez des ouvriers soumis à des travaux })énibles : forgerons, mineurs, portefaix; d’après Albutt on rencontrerait fréquemment chez ces ouvriers une dilatation simple du cœur sans lésion valvulaire (Cl. Albutt, The eflécts of overwork of the heart. Saint Georges Jwsp. .reports, 1872).
Seitz et Lévy ont réuni bon nombre de faits qui tondent également à démontrer que le surmenage du cœ'ur peut délerminer des
1. A consuUer à ce sujet, outre les travaux cités dans le texte: E. Rioud.vn, Origine et causes des malad. du cœur dans l’armée, Dublin, 1878. — Lebastahd, Accidents de la marche chez le soldat, tli. Paris, 1878. — Pitiies, Hypertrophies et dilatations cardiaques indép. de lésions valvulaires, th. agrég., Paris, 1878. — LécoitcnÉ et Talamon, Etudes médicales, 1881, p. 411. — Veale, Des palpitations du cœur chez les soldats, 7/ie arrnij med. Rep., 1882, n" IV. — Coi.liei), Sansom, Discussion au sujet de l’inlUience des exercices sur le cœur. Soc. méd. de Londres, 28 nov. 1892. — G. SÉE, Semaine médicale, 7 janv. 1888. — Daoa, Arch. de méd. milil., 188b. — Longuet, Du cœur surmené. Union méd., 188b. — Coustan, Les malad. du cœur chez le soldat, Arch. de méd. milil., 1887. — Sciiott de Nauiiui.m, Communie, au 9° Congrès de Vienne, 1890. — L. Boyeh, Le co'ur forcé dans l’infanterie de marine, th. Paris, 1890,
ACCIDENTS PENDANT LES jMARCHES ET MESURES A PRENDRE 87
troubles cardiacjucs persistants (Settz, Deulsch. Arch. f. /,iin. Med., 1873. — Lévy, tli. Nancy, t875).
M. le professeur Potain a constaté chez les élèves de l’Ecole de g-ymnasticiue de Joinville (|ue, sous l’influence des exercices, la matité du cœur augmentait un peu; la surface du cœur ([ui est en moyenne chez les soldats de 91 centimètres carrés, atteint chez les élèves de cette école 99 centimètres carrés {Médecine moderne, 1892, p. 741). M. Potain admet que la dilatation fonctionnelle du cœur ([ui se produit à la suite d’exercices violents peut aboutir à une dilatation permanente.
M. le professeur J. Teissier a noté les troubles cardiaques qui suivent chez des hommes ([ui venaient d’eflèctuer une marche rapide de 80 kilomètres ; 1” la pointe du cœur était fortement déviée en dehors; 2" la matité tran.sversale du cœur était augmentée; 3" la circulation veineuse était ti-ès entravée ; la systole était brève et se faisait très brusquement ; 4" on percevait souvent un sonflle mésosystolique; o“ sur les tracés on pouvait constater un abaissement de la pression artérielle d’au moins 3 centimètres {Acad, de médecine, 18 déc. 1894).
L’opinion défendue par les auteurs précédents sur le rôle de la fatigue et de l’otTbrt dans la pathologie cardiaque a rencontré de n O m b re ux ad ve r s a i re s .
M. le professeur G. Sée ne croit pas à l’induence exclusive de l’exei-cice sur le /léveloppement des maladies du cœur (Leç. clin, de la Charité, France méd., 1875).
.M. P. Spillmann (piiapubliéen 1870 une très bonne étude critique sur le rôle de la fatigue et de l’effort dans les affections du cœur {Arch. gén. de méd ., 1870, t. T, p. 09) estime que ni l’bypertrojihie, ni la dilatation du cœ'nr, no peuvent se développer directement sous I influence de ces causes; l’état qui a été décrit sous le nom de cœur forcé ou surmené ne constitue pas, d’après lui, une entité morbide, il peut dé[)endre de ditlérentes causes.
Dorblicb ne croit pas au cœur forcé sous l’intluence de la fatigue, lorsque l’organe est sain; ce qui est certain, dit-il, et ce sur (pioi O|)[)olzer on particulier a attiré l’attention, c’est (|ue les maladies du cœui- s’aggravent rai)idement sons rinlluence d’exercices physiques latigants (Derrlich, Traité des malad. simulées, J’rad. franç., 1883, p. 00).
M. le professeur Ijoyden {Zeitschr.f. /din. Med., 1880) admet que le surmenage [)ent donner lieu aux a(;cidenls cartliaipies déci'its sous le nom de cœur forcé on surmené, et il en cite dix observa-
tions, mais il reconnaît que le surmenage n’agil souvent qu'avec l’aide de certains facteurs secondaires et de maladies adjuvantes : rétrécissement aortique, néphrite, alcoolisme, cœur graisseux, anémie, etc.
Il n’est pas douteux qu’à la suite d’une longue course, le cœur se dilate (Potain, Teissier); mais il s’agit presque toujours d’un trouble passager qui disparaît rapidement par le repos. La course de Paris à Belfort n’a pas été pour les concurrents l’origine de maladies du cœur et pourtant le surmenage était tel que tous les concurrents avaient diminué de poids et quelques-uns dans la proportion de 6 à 7 kilogrammes (E. Lévy).
Nous n’avons jamais observé pour notre part les accidents du cœur forcé chez le soldat et nous croyons que ces accidents sont extrêmement rares chez les sujets qui ne présentent aucune tare du côté du cœur, ni du coté des gros vaisseaux. Si la fatigue à elle seule pouvait produire ces accidents, ce n’est pas 19 cas que Pb’æntzel aurait pu citer à la suite de la guerre de 187Ü, ce sont des milliers de cas, puisque des corps d’armée entiers ont dû fournir les marches fatigantes dont il parle.
S’il n’est pas démontré que te cœur, lorsqu’il est sain, puisse être forcé dans les conditions dont nous parlons, il est un point sur lequel tous les médecins sont d’accord, c’est que chez les sujets dont le cœur présente une tare, si faible soit-elle, les exercices violents peuvent déterminer rapidement des accidents graves.
Tous les ans on accepte au conseil de révision un certain nombre de jeunes gens qui ont des atTeclions du cœur latentes; au repos et même pendant des exercices modérés ces atrecfions ne donnaient lieu à aucune gêne, mais les exercices mililaires les mettent en évidence; ces jeunes gens ne tardent pas à se jilaindre de palpitations et à l’examen du cœur on trouve tantôt un peu d’hypertrophie, tantôt un bruit de souflle, tantôt quelques irrégularités dans tes pulsations du cœ'ur ([ui s’accélèreni au moindre efl'ort.
Au moment d’une mobilisation les examens médicaux sont encore plus incomplets ([u’ils ne le sont en teni|)s normal pour les jeunes soldats, et on j)eul affirmer que bon noml)re d’hommes attoinis d’atîeclions du cœur partent sans se douter eux-mêmes qu’ils sont malades. Si au bout île quelque tenqis on conslate chez ces hommes l’existence d’afiections cardiaiiues, on n’est pas autorisé à dire que ces alï’ections soni la conséipience direcle des fatigues de la campagne.
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
On peut supposer que les 19 soldats de Fræutzel, (quoique notés connue sains au inoment du départ, [irésentaient ((uehjue lésion ignorée du coté du cœur.
La principale conclusion à tirer des recherches (jui ont été faites sur ce sujet est qu’il faut éliminer rapidement de l’armée tous les jeunes soldats qui [irésentent des signes d’une aüéction organiijue du cœur ou même seulement des troubles fonctionnels persistants (arythmie, palpitations), ainsi que nous avons eu déjà l’occasion de le dire (Ch. i, p. 23).
VIII. Accidents locaux de la marche h — a. Ampoules, excoriations des pieds. — Ces accidents peu graves par eux-mêmes puisqu’il suffît le plus souvent de quelques jours de repos poür obtenir leur guérison, présentent au point de vue militaire une réelle impoi’tance ; ils peuvent en effet mettre rapidement un grand nombre d’hommes hors de service et diminuer, dans une forte proportion, les effectifs au début d’une campagne.
ïourraine estime qu’après quelques jours de marche, 20 à 25 sur 100 des hommes d’un régiment d’infanterie sont excoriés et que 10 sur tOOne sontplusenétatde suivre, ce qui donnerait 100 000 indisponibles pour 1 000 000 d’hommes, et Tourrainea fait ses observations sur des soldats qui, pour la [plupart, avaient l’habitude des marches militaires et qui étaient accoulumés à la chaussure réglementaire. Au moment d’une mobilisation, parmi les réservistes et les territoriaux rappelés sous les drapeaux, beaucoup malgré les sages conseils qu’on leur donne, n’auront pas de chaussures convenables et devront mettre des chaussures neuves, mal ajustées à leurs pieds; on peut donc craindre de voir s’accroître encore le nombre des accidents locaux de la marche.
En 1870, d ans l’armée allemande, le chiffre des hommes atteints de plaies des pieds fut très considérable, surtout pendant les premières semaines ; on avait dû distribuer des hottes neuves qui étaient restées longtemps en magasin et dont le cuir s’élnil durci.
I. Carriéhe, Quelques notes d’hygiène milit., lli. l’aris, i87o. — Després, Leç. de chirurgie journalière, |). 206. — Lèques, Notes sur quelques lésions produites par la chaussure, Hec. mém. mcd. milil., 3' série, t. Vlll, ]). 173. — Lebastaud, Dc(]uelques accidents de la marche chez le soldat, th. Paris, 1878. — Circulaire ministérielle au sujet des blessures aux pieds occasionnées par les chaussures, Il août 1873. Journ. milil., [lai'tie supplém., 1873. — Duponciiel, Hygiène du soldat en marche, th. Paris, 1880. — Emiiloi de l’acide chromique en solution contre l’hyperhydrose plantaire, ArcU. de méd. milil., 1889, t. XIV, p. 78. — Lesse», L’hyperhydrose plantain; et le jhed plat, Deul. med. Wocli., 1893, 44, p. 1070, et Arch. de méd.'müU .. 1894, t. XXIV, p. 433.
Les ampoules sonl, tonnées pai‘ un soulèvement, de t’épiderme comparable à celui (jue pi’oduit une brûlure au premier degré ou l’application d’un petit, vésicatoire; si l’on continue à marcher, l’ampoule crève, l’épiderme est arraché et te derme, entlammé et mis à nu, est le siège de vives douleurs.
Les ampoules se produisent naturellement, chez le marcheur, au niveau des points qui sont soumis aux pressions les plus fortes pendant la marche : talons, tètes des métatai-siens, surtout du premier.
On peut continuer à marcher lorsqu’on a des ampoules à un pied, on boite un peu et on porte le poids du corps autant que possible sur le coté sain, mais lorsqu’il existe des ampoules aux deux pieds, la marche devient très pénible, impossible pour le soldat.
Des excoriations très douloureuses se produisent souvent au niveau de l’insertion du tendon d’Achille, surtout lorsque les souliers sont mal faits et que le rebord dur du quartier vient, à chaque pas, frotter contre la peau,
La prophylaxie de ces accidents de la marche comprend les mesures suivantes :
1" Eliminer au conseil de révision tous les jeunes gens dont les pieds sont mal conformés;
2“ Donner au soldat et surtout au fantassin de bonnes chau.ssures ;
3“ Prescrire une série de mesures prophylactiques ou curatives de ces accidents.
Les vices de conformation des pieds qui entraînent l’exemption du service militaire sont les suivants : orteils en marteau (quand on marche sur les ongles des orteils), chevauchement d’orteils, byperhydrose plantaire très prononcée, ongles incarnés, lorsipie la guérison serait longue et difficile à obtenir, pieds plats et déviés ; autrefois on exemptait tous les jeunes gens qui avaient les pieds [)lats, il est aujourd’hui prouvé (jue d’excellents marcheurs peuvent présenter cette conformation qui est commune chez les montagnards.
Dans les cas où la conformation des pieds, sans être incompatible avec le sei'vice militaire, laisse à désirer, les jeunes gens doivent être placés dans la cavalerie.
Nous nous occuperons plus loin de la chaus.sure du soldat (Cb. xii), nous ne {faisons (pi’indiijuer ici la grande importance de cette ([uestion an point de vue de la prophylaxie des accidents locaux de la, marche; chacun sait d’ailleurs par expérience personnelle combien la marche est facile (juand on a de bonnes chaussures.
ACCIDENTS PENDANT LES MARCHES ET MESURES A PRENDRE
combien fatigante et douloureuse lorsqu’on a des chaussures trop étroites ou qui blessent les pieds.
Pour éviter la formation des ampoules et des excoriations pendant tes marches on recommandera de prendre les mesures suivantes.
Une demi-heure ou une heui’e après l’arrivée au gîte d’étape, passer un linge humide sur les pieds de façon à enlever la sueur et la poussière, graisser ensuite les pieds avec du suif frais de bœuf ou de mouton. Il faut se garder de prendre un bain de pieds prolongé qui aurait pour elTet de ramollir l’épiderme et de faciliter la formation des ampoules.
Le procédé suivant donne de très bons résultats quand on a de longues marches à faire : on trempe une paire de chaussettes de coton dans du suif (chandelles fondues); on met ces chaussettes au moment du départ, on les enlève à t’arrivée et on lave légèrement les pieds avec un peu d’eau et d’alcool ou d’eau simple; les mêmes chaussettes peuvent servir pendant plusieurs jours.
Lorsque les ampoules se sont développées, on les traverse avec un lil propre et graissé; on graisse ensuite fortement la peau pardessus.
M. le D'' Herz a conseillé récemment l’emploi de l’ichtyol en badigeonnage avec une solution à 20 pour 100. Il y aurait formation, après évaporation du liquide, d’une couche protectrice. Nous ignorons ce que vaut ce pi-océdé n’ayant pas eu l’occasion de le mettre en pratique.
Contre les excoriations il faut employer des astringents : pommades à base de plomb, de zinc ou de tanin; on peut placer sui* les excoriations une bande imbibée d’eau blanche et fortement graissée. Le mieux est de changer de cbaussures ou de modifier celles qui ont |)i-oduit les excoriations; on peut marteler le cuir au point où le soulier blesse; si c’est le bord supérieur du quartier qui a excorié la peau, on use le cuir en ce point avec un morceau de verre, de manière à l’amincir et à l’assouplir.
b. Durillons forcés. — Dans les |)ays où l’usage du sabot est général, on trouve souvent à la face dorsale du pied des durillons qui sous l influence des pressions et des frottements, auxquels ils sont soumis pendant les marches avec la chaussure réglementaire, [leuvent s enflammer et donner naissance à des abcès (durillons
c. II yperhydrose plantaire. — Llle n’entraîne l’exemj)tion du service militaire que lorsqu’elle est très prononcée' et (pi’elle déter-
mine, par son abondance et sa. persistance, une macérai ion de l’épiderme de la plante du pied qui ne reprend jamais son aspect normal. L’hyperhydrose plantaire a, entre auli'es inconvénients, celui de prédisposer à la formation des ampoules et des excoriations, il y a donc lieu de la traiter toutes les fois qd’elle est constatée.
Pour combattre l’hyperhydrose plantaire, on a conseillé de saupoudrer tous les jours la peau des pieds et les chaussettes, quand c’est possible, avec de la poudre d’alun très finement pulvérisé (SiMOiNTON, London med. record, 15 mai 1881); la peau des pieds se durcit et la sécrétion de la sueur est diminuée.
Dans les armées russe et allemande on s’est servi pendant quelque temps de la poudre suivante :
Acide salicylique 3 parties.
Poudre d’amidon 10 —
Poudre de talc , 87 —
Le meilleur procédé consiste dans l’emploi de l’acide chromique en solution; on frotte légèrement la surface plantaire et les espaces interdigitaux avec de l’ouate trempée dans une solution d’acide chromique à 1/10; on renouvelle cette application au bout de deux à six semaines; s’il y a des excoriations, on se sert en commençant d’une solution à 1/20. Ce procédé est en usage dans l’armée allemande; nous l’avons' souvent employé avec succès.
(1. Tarsalgie ' . — A la suite de longues marches il se produit quelquefois des douleurs vives au niveau du tarse d’où le nom de tarsalgie. Le nom de fourbure souvent employé pour désigner cet accident est impropre ; en art vétérinaire on désigne sous ce nom une inflammation de l’appareil kératogène des grands animaux ongulés (Bouley et Raynal, Diction, de méd. vélér.), maladie qui n’a lien de commun avec la tarsalgie.
Chez les malades atteints de tarsalgie, le pied est gonllé, douloureux surtout lorsque le malade essaie de marcher; à la pression, les douleurs les jdus vives se font sentir au niveau des articulations du tarse; il y a (|uelquefois un œdème limité en avant des malléoles.
I. Gosselin, Clin, cliirurg. de la Charilé, 1. 1. — Cahot, Ih. Paris, I8GG. — Duchenne T)E Boulogne, De la crampe du pied, etc... Union méd., Î8GS, p. 599; et Impoleiice fond, du long péronier laléral, Arcli. gén. de méd., 1872. — (^hopinet, Ui. Paris, 1874. — Descocqs, th. Paris, 1874. — Cauiuèiie, Ih. Paris, 1875. — Put le Blanc, lli. Paris, 1875. — Tillaux, Traité d’anatomie topogr. — M. Duval, Art. Muscles, in Dicl. encijclop. des sc. méd. — Ledastaud, th. Paris, 1878. — Ni.miëh, De l’entorse métatarsienne chez les fantassins, Arch. de méd. milil,. 1893.
accidents pendant les marches et mesures a prendre
La pathogénie de la tarsalgie a été l’objet de nombi'euses discussions.
Gosselin, qui a proposé le mot de tarsalgie, attribuait les accidents à une ostéo-artbrite du tarse qui provoquait consécutivement des contractures des muscles de la jambe.
Ducbenne de Boulogne pensait que la cause de la maladie était ilans l’impotence fonctionnelle du long péronier latéral; par suite de cette impotence, le pied se déformait (pied plat valgus), les articulations du tarse devenaient douloureuses et on observait des contractures, principalement dans le court péronier latéral et dans le long extenseur des orteils, quelquefois dans le jambier antérieur. Les lésions articulaires signalées par Gosselin seraient secondaires.
M. le professeur Tillaux a proposé une troisième théorie. La tarsalgie serait due à la pres.sion prolongée du poids du corps sur la voûte plantaire; les ligaments plantaires se laisseraient distendre et, à la suite de l’aflaissement de la voûte plantaire, on observerait des ostéo-artbrites et des contractures musculaires. La fré- ([uence de la tarsalgie chez les jeunes gens s’expliquerait par ce fait que chez eux l’ossification du squelette du pied n’est pas encore complète.
Pingaud, ancien professeur agrégé du Val-de-Grâce, qui avait été atteint de tarsalgie à la suite d’une marche militaire, attribuait comme M. Tillaux les douleurs à l’affaissement de la voûte plantaire etàla compression des nerfs plantaires qui est la conséquence de cet affaissement (Carrière, tb. Paris, 1875).
Il résulte des recherches de Féré et Demantké que, sous l’inllueuce d’une longue marche, il y a un alfaissement de la voûte plantaire. Cet alfaissement est facile à constater lorsqu’on prend les empreintes du [>ied chez un même individu après une période de repos, le matin au réveil })ar exemple, et après une longue marche (S'oc. de biologie, 23 mai 1891). On comprend que, chez (juelques individus, cet alfaissement soit assez prononcé [)Our déterminer la distension des ligaments articulaires ou la compression des nei'fs [)Ia ni aires.
La tarsalgie bilatérale dé|)end, en général, d’un vice de confoimation des pieds, il est difficile d’y l’emédier autrement qu’en évitant la station prolongée et toute marche fatigante; la tarsalgie unilatérale peut au conli'aire guérir, surtout si on la traite rapidement. Lorsqu un sujet atteint de tarsalgie continue à marcher, les accidents s’aggravent, il se jjroduit des ai’lbrites, des contractures
ol des rétractions des muscles de la jambe dont la guérison est diflicilement obtenue.
Le re|)OS, le massage, l’électricité lorsqu’il y a de l’impotence fonctionnelle du long péronier latéral, les bains, les doucbes, soni les principaux moyens de traitement à conseiller.
e. Périostite des métatarsiens. — Wiesbacb, Pauzat et Poulet ont observé chez des fantassins, à la suite de marches fatigantes, une [)ériostite qui se localisait d’ordinaire aux trois métatarsiens moyens. D’après Poulet il s’agirait d’une affection rhumatismale; Pauzat pense, et cette opinion paraît très admissible, que cette périostite est produite par les frottements répétés que les plis de l’empeigne exercent sur le dos du pied pendant la marche '.
Le D'' Laub de Copenhague a observé fréquemment chez les soldats danois une périostite à laquelle il donne le nom Ab périosiite de fatigiæ, qui se localise d’ordinaire au tiers supérieur du tihia, plus rarement à la partie inférieure de cet os ou bien aux os du pied et qui se traduit par des tuméfactions douloureuses, parfois assez persistantes pour entraîner la réforme (Congrès de Copenhague, Revue d'hygiène, 1884, [). 844).
1. Padzat, Périoslile des métatarsiens. Arch. de niéd. niilit., ISSI, t. X, p. 33*. — Poulet, De l’ostéopériostite rhumatismale, même Rec., 1888, t. XII, p. 2io. — Martin, Inflamm. périosto-arthri tique du pied à la suite de marches, même Rec., 1891, t. XVIII, p. 33G.