‹ Traité d'hygiène militaireChapitre 8 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PROPRETÉ INDIVIDUELLE DU SOLDAT

MESURES PROPHYLACTIQUES CONTRE LES MALADIES VÉNÉRIENNES, LA VARIOLE, ETC.

I. Nécessité d’assurer la propreté individuelle du soldat. Visites de santé ou de propreté. Installation des lavabos dans les casernes. — II. Des bains. Bains de vapeur. Bains tièdes par immersion. Bains-douches, historique, systèmes adoptés dans l’armée l'rançaise. Bains froids, accidents qu’ils peuvent occasionner. — III. Hygiène de la bouche. — IV. Prophyla.xie de la gale, des teignes, de l’ophtalmie purulente. — V. Prophylaxie des maladies vénériennes. — VI. Vaccinations et revaccinalions.

Aulrefoi.s la propreté corporelle du soldat laissait beaucoup à désirer; un soldat était considéré comme suffisamment propre ([uand ses elTets étaient bien l>rossés et bien eniretenus; on exij^eait tout au plus qu’il se lavât la figi’ure et les mains, encore no mettait-on à sa disposition pour cet usage ni laval)os, ni serviettes. La cour de la caserne servait, par tous les tem[)s, de cabinet de toilette, le robinet de la fontaine devait tenir lieu de lavabo, (juanl à des serviettes c’était un luxe inconnu.

On comprend que, dans ces conditions, le soldat avait plus d’un problème difficile à résoudre j)Our se laver et s’essuyer les mains et la figure ; quelques bains de pieds en biver, cpielques bains froids en été, quand il y avait une rivière à proximité, étaient tout à fait insuffisants pour assurei' la propreté corporelle.

La nécessité des soins de propreté n’a pas besoin d’ètre démontrée; les soins de j)ropreté sont encore plus indispensables chez le soldat que dans d’autres classes de la population, pai’ce (|ue le soldat est astreint à de nombreux exercices et parce ([u’il vit en commun dans les casernes.

Le soldat est soumis chaque jour à des exercices fatigants, il

rentre à la caserne couvert de poussière et de sueur et on comprend que sa peau s’encrasse rapidement. Or, lorsijue la peau est sale, elle fonctionne mal, ce qui constitue une prédisposition aux maladies générales et à certaines affections locales telles (|ue : Furoncles, eczéma, prurigo; de plus les émanations provenant d’hommes malpro[)res contribuent à souiller l’air des casernes.

Pour que le soldat puisse se tenir proprement, il faut qu’il ait à sa disposition des lavabos pour se laver chaque jour les mains, la figure et le cou, et des bains de pieds pour se laver les pieds tous les huit jours au moins; il faut en outre que tous les quinze jours il puisse nettoyer toute ta surface de son corps dans un bain ou sous une douche d’eau tiède.

Depuis quelques années on a compris en France, comme à l’étranger, la nécessité d’installer des lavabos et des bains dans les casernes * et partout on a noté les heureux effets de cette réforme.

M. le D*" Haro résume ainsi qu’il suit les résultats obtenus à la suite de l’installation des bains-douches au 69° régiment d’infanterie, à Nancy : « Outre le sentiment de bien-être que les hommes éprouvent au sortir du bain, il y a une diminution notable des afiéctions légères de la peau telles que : furoncles, prurigo, etc., ainsi que j’ai pu le constater en comparant l’état sanitaire actuel du régiment à ce qu’il était l’année dernière à pareille époque; en outre les lits des bonimes sont moins sales, leurs draps sont moins souillés et les chambres exhalent une odeur beaucoup moins prononcée » {Bec. mém. méd. milü., 1878).

11 est indispensable que les médecins des corps de troupe s’assurent par des visites mensuelles • que les hommes se tiennent proprement, ils doivent aussi s’occuper pendant ces visites de l’hygiène

1. •• Gliaque jour, au lever, les liommes doiveul se nelloyer la Lèlc, se rincer la bouche el se laver avec soin la figure et les mains; la serviette employée doit être pro[)re; il est interdit de se servir des serviettes d’un camarade...

'< Il est donné un bain par aspersion lous les quinze jours au minimum. Une fois par semaine au moins, on procède au lavage des pieds et des jambes; il est d’ailieurs fait de même chaque fois que cela est jugé nécessaire, notamment à la suite des marches militaires, les officiers s’assurent de l’execution de ces prescriptions >•. (Hèglement du 20 oct. 1892 sur le service intér.. Infanterie, § 353.)

2. « Tous les mois le médecin-major de classe fait ou fait faire à 1a salle de visite, en présence des officiers de semaine, une visite individuelle des caporaux et des soldats pour reconnaitre les maladies contagieuses; il jirend à cet elfet les ordres du colonel.

Les hommes rentrant des hôpitaux, de congé ou de permission sont iirésentés à la visite du médecin dès le lendemain de leur arrivée...

Il visite les hommes (jui quittent le corps par ]iermission, congé, réforme ou retraite afin (pie ceux ipii seraient atteints de maladies contagieuses soient traités avant leur départ. « (Règlement du 20 oct. 1892 sur le service intér., Infanterie, § 71.)

PROPRETÉ INDIVIDUELLE DU SOLDAT

(le la bouche, des cheveux et de la harhe et de la j)roj)hylaxie des maladies cutanées ou vénériennes.

1. Installation des lavados dans les casernes. — Pour le lavage journalier des mains et de la ligure le soldat doit avoir à sa disposition des lavabos, du savon et des serviettes.

Les lavabos doiventètre situés à proximité des chamlires servant de dortoirs, dans un local <jui ne soit pas exposé aux courants d’air. Lorsque les lavabos sont placés au rez-de-chaussée, dans un couloir, comme cela arrive trop souvent, les soldats craignent, non sans raison, de se refroidir; c’est à peine si en hiver ils se lavent le bout des doigts,, pressés qu’ils sont de remonter dans leurs chambres.

Pour ([ue le lavage soit efficace, il faut que l’homme se découvre largement les bras, le cou et la poitrine et qu’il se savonne convenablement, ce qui ne ]>eut se faire que dans un local bien clos, à l’abri des courants d’air.

11 ne faut pas mettre dans les casernes des lavabos munis de cuvettes; les cuvettes (jui servent à un grand nombre d’hommes sont toujours sales et elles peuvent propager des maladies contagieuses : furoncles, ecthyma, clou de Biskra, ophtalmie purulente, etc. A bord des navires les ablutions en commun sont, d’après Bertrand, la cause la plus fi'équente de la conjonctivite catan-hale pro[>agée [Arch. de méd. nav., 1894, p. 265).

On peut très bien se laver les mains et la figure sous le jet d’eau fourni par un robinet.

Le long d’une des ]>arois du local choisi j)Our les lavabos une auge en grès vilrifié ou en ardoise est cimentée dans le mur; cette auge est placée à une hauteur de 45 centimètres environ au-dessus du sol. Le mur est recouvert d’ai'doise ou de carreau;^ en faïence sur une hauteur de 1 mètre au-dessus de l’auge.

Les robinets placés à 30 centimètres les uns des autres doivent être construits de manière à ne donner que la quantité d’eau nécessaire au lavage des mains et de la figure, alors môme qu’ils sont largement ouverts ; lorscpie le débit est trop considérable il en résulte un gaspillage d’eau, de [>lus l’eau éclabousse l’individu qui se lave et mouille le sol. Une petite corniche en ardoise ou en bois sert à mettre le savon.

Grâce à la disposition de l’auge qui est |)lacée à 45 centimètres seulement au-dessus du sol, le soldat peut, en été du moins, se laver les pieds tous les jours, avantage précieux surtout [)our le cavalier (pii est obligé de marcher dans les fumiers. Ces lavabos,

Page 1