URINOIRS
On se sert en général de l’ardoise pour construire les urinoirs; la facilité avec laquelle on travaille l’ardoise et son prix peu élevé expliquent cette préférence; l’ardoise est d’ailleurs très peu perméable.
L’ardoise dite émaillée a un bel aspect et elle est tout à fait imperméable quand elle est neuve; mais il ne s’agit pas d’un véritable émail, l’enduit qu’on met sur l’ardoise s’altère assez facilement.
Le marbre est perméable et doit être rejeté.
Le revêtement en faïence est généralement défectueux parce que les plaques de faïence ne sont pas assez grandes pour couvrir toute la surface de l’urinoir et que l’urine s’inlîltre dans les joints.
La lave émaillée est d’un prix trop élevé pour qu’on puisse l’employer à cet usage.
On s’est beaucoup servi, dans ces dernières années, pour garnir les urinoirs, de lames de verre épaisses; on peint en couleur grise la surface du verre qui est tournée contre le mur; on a ainsi des surfaces tout à fait imperméables et très faciles à nettoyer. Les plaques de verre seront employées avec avantage pour le revêtement des urinoirs dans les hôpitaux ; dans les casernes, ces plaques, exposées au choc des crosses des fusils, sont trop fragiles ‘; l’ardoise leur sera préférée.
En 189o, la société des glaces de Saint-Gobain a exposé au Champ de Mars, sous le nom d’ojjaline laminée, un produit nouveau qui nous a paru très digne d’attirer l’attention des hygiénistes, c’est une sorte de verre opaque, moins fragile que le verre, et qui se laisse travailler plus facilement.
Il n’est pas nécessaire de placer des cloisons formant stalles; ces cloisons, souvent souillées par l’urine, produisent des angles difficiles à nettoyer et augmentent inutilement la surface d’infection.
La rigole inférieure peut être construite en ardoise ou en grès vernissé. A l’extrémité de cette rigole il est indis[)ensable déplacer un siphon.
Pour laver la surface de l’urinoir on peut faire arriver constamment de l’eau à la partie supérieure ou se servir d’un réservoir de chasse automatique; ce dernier procédé est bien [)référable au premier.
1. Dans la garnison de Nantes, les urinoirs des casernes ont été garnis de plaques de verre il y a quelques années, aujourd’hui la plupart des plaques sont brisées et on va revenir à l’ardoise pour les remplacer.
Lorsque l’eau s’écoule d’une façon continue, en petite quantité {on ne pourrait pas avoir un écoulement constant et abondant sans gaspiller l’eau), il est bien rare que toute la surface de l’urinoir soit mouillée; il se forme des courants qui laissent de nombreux îlots à sec; sur ces îlots s’accumulent des dépôts urinaires qui entrent en fermentation, de sorte que les urinoirs, malgré l’écoulement continu d’eau, peuvent être malpropres et sentir mauvais.
Avec les appareils de cbasse on évite cet inconvénient; toute la surface de rurinoir est recouverte par l’eau au moment des chasses, et l’intervalle entre celles-ci n’est pas suffisant pour que des dépôts urinaires puissent se produire.
L’eau du réservoir de chasse s’écoule dans un tuyau percé de trous qui se trouve dans une rainure au-dessus de l’urinoir; les orifices par lesquels l’eau s’échappe, sont dirigés du côté du mur auquel est adossé l’urinoir, de plus une pièce de zinc recouvre la rainure et empêche les éclaboussures (Fig. 250).
Lorsqu’on n’a pas d’eau pour laver les urinoirs, il est indiqué de les graisser-, on empêche ainsi la formation des dépôts urinaires.
Il suffit de passer tous les jours sur la surface des urinoirs un pinceau trempé dans l’huile ; on peut se servir d’une huile quelconque, mais l’huile lourde de houille sera employée de préfél'ence.
On placera à la partie inférieure des urinoirs un siphon, de manière à intercepter la communication entre l’air des latrines et l’air des égouts; la petite quantité d’huile qui est entraînée par l’urine surnage dans le siphon. Le graissage des urinoirs, connu sous le nom de système Beetz, est employé à Vienne (Autriche) '.
Ce procédé rend de grands services quand il faut installer des urinoirs dans des endroits où il n’y a pas d’eau, ou sur des fosses fixes.
Les urinoirs doivent être nettoyés régulièrement, alors même qu’ils sont installés dans de bonnes conditions. Les dépôts formés par les urines sont la cause principale des mauvaises odeurs que répandent souvent les latrines (Vallin). Les sels des urines se <lécomposent sous l’action des ferments et il se dégage de l’ammoniaque. La meilleure manière d’em[)êcher les latrines de senlir mauvais consiste donc à empêcher la formation des dépôts urinaires et à les enlever rapidement, quand ils se sont formés; en brossant
1. IIeiiakek, Le rinçage à l’huile des urinoirs. Génie sanilaire, 1802, 8, p. 120. — Revue du génie militaire, 1893, p. 333.