DE LA DÉSINFECTION
tion des ag-ents pathogènes et, comme on no peut pas détruire les microbes pathogènes sans détruire également la plupart des microbes non pathogènes qui les accompagnent^ on pourrait dire qu’elle a pour but la stérilisation. Toutefois il n’est pas possible de substituer le mot stérilisation au mot désinfection’, des objets peuvent en elTet être désinfectés sans être stérilisés, certains microbes non pathogènes présentant une résistance plus grande aux agents de la désinfection que les agents pathogènes.
En même temps que la double entente des mots désinfection, désinfectant, jetait un certain trouble dans l’étude de cette question, les conditions différentes dans lesquelles se plaçaient les observateurs, pour l’étude des désinfectants, donnaient lieu à des divergences d’appréciation très inquiétantes. L’histoire de la désinfection par l’acide sulfureux est particulièrement remarquable à cet égard, comme nous le verrons plus loin.
Lorsqu’on expérimente un désinfectant, on doit se rapprocher autant que possible des conditions de la pratique; il ne faut pas se contenter de voir à quelle dose le désinfectant en question tue in vitro les microbes pathogènes, il faut faire agir ce désinfectant sur des cultures de ces microbes desséchées sur les murs, sur les planchers, sur des effets d’habillement ou sur des objets de literie, et aussi sur des cultures mélangées à du mucus et desséchées, comme cela se produit dans la pratique (crachats, pus, etc.).
Au début des recherches faites sur les désinfectants, les uns expérimentaient sur un microbe ou sur un virus, les autres choisissaient des produits ditïérents; les uns faisaient agir le désinfectant sur des microbes en culture liquide, les autres sur des microbes desséchés; il ne faut pas s’étonner si, dans ces conditions, les résultats n’étaient pas les mêmes.
La résistance des microbes est très variable; certains d’entre eux, ceux qui fournissent des spores, sont beaucoup plus difficiles à détruire que les autres. On connaît la grande résistance des spores du B. suhlilis et du B. anthracis à la chaleur et à la plupart des désinfectants; on sait aussi aujourd’hui que la plupart des microbes résistent beaucoiq) mieux aux désinfectants à l’état de dessiccation que quand ils sont dans l’eau ou dans d(î l’air saturé d’humidité.
L’expérimentation des désinfectants doit porter sur les agents pathogènes que l’on est appelé le jilus souvent à détruire : microbes de la fièvre typhoïde, île la diphtérie, du choiera, de la tuberculose, de l’érysipèle, de la septicémie, du charbon.
Le pouvoir antiseptii{ue d’un même agent varie beaucoup d’un Lwehan, Hyg. milit. 49
microbe à l’autre (Cii. Bouchard, Les microlies i)atlioj,'-ènes, Paris, 1892); il ne suffit donc pas, lorsqu’on examine un désinfectant, de procéder aux expériences sur un seul microbe; il faut expérimenter sur les principaux microbes pathogènes en choisissant de préférence ceux qui, d’ordinaire, résistent le mieux, comme la bactéridie charbonneuse spondée.
Lorsqu’un procédé de désinfection permet de détruire sûrement les microbes pathogènes, on peut se déclarer satisfait, alors même que la stérilisation n’est pas complète et que certains microbes, comme le B. subtilis, sont épargnés.
La résistance d’un môme microbe varie avec l’âge et le degré de développement des cultures, avec le degré d’humidité, avec la réaction acide ou alcaline du milieu, avec la température, etc. Quand on procède à des expériences sur les désinfectants, il faut donc tenir compte de toutes ces conditions et les signaler dans les comptes rendus des expériences.
Les cultures anciennes sont, en général, plus faciles à stériliser que les cultures en plein développement; mais les microbes qui donnent des spores sont stérilisés bien plus facilement avant la formation des spores, qu’après ; la réaction acide du milieu empêche le développement d’un grand nombre de bactéries (cause d’erreur importante si l’on expérimente sur un gaz acide comme l’acide sulfureux) ; enfin une température élevée favorise puissamment l’action des désinfectants; il peut donc se faire que la même expérience de désinfection donne des résultats différents, suivant qu’elle est faite en été et par un temps très chaud ou en hiver, dans un local qui n’est pas chauffé.
Les travaux de Behring, de Heider, de Chamherland et Fernhach ont montré que la chaleur exalte les propriétés des substances antiseptiques h Quel que soit le désinfectant employé, disent Chamberland et Fernhach, il faut le faire arriver au contact des germes à la température la plus élevée possible.
On s’est heaucoup servi, pour apprécier la valeur des désinfectants, du procédé connu sous le nom do procédé du fil. Un fil de soie est coupé en morceaux de 0 m. ül de long environ, qui sont stérilisés, et trempés ensuite dans des cultures pures des microbes sur lesquels on se propose d’expérimenter ou dans des produits pathologiques (pus, crachats) ; ces morceaux de fil sont exposés à l’action des désinfectants pendant un temps donné, après quoi on
1. Beiiiiing, Zeüschr. f. Ibjgiene, dS90, t. IX, n“ 3. — llKinEn, Arc.lüv. f. Hygiene, 1892. — CiiAsmEHLAiNu cl Fehnbacii, Ann. de l'inst. Pasteur, 1893.