DE LA DÉSINFECTION
■los introduit dans des milieux île culture, et on constate si la stérilisation a été obtenue. Il faut avoir grand soin do noter si l’on a fait agir le désinfectant sur les lils encore humides ou secs et, dans ce dernier cas, depuis quand les fils étaient desséchés.
Ce procédé est commode, mais on s’expose, en l’employant, à une cause d’erreur : lorsqu’on plonge le fil souillé dans un liquide désinfectant et qu’on l’introduit ensuite dans un milieu de culture, on porte dans ce milieu la petite iiuantité du désinfectant qui adhère au fil, et cela suffit parfois pour empêcher les microbes de se développer, alors qu’ils sont encore vivants.
Le fait est très net quand on expérimente avec le sublimé : des fils trempés dans une culture de bactéridie charbonneuse, puis désinfectés pendant quelques minutes dans une solution de sublimé ■au millième, ne donnent pas de culture si on les plonge directement dans le bouillon, tandis que si l’on détruit l’excès de sublimé en faisant passer le fil dans une solution de sulfhydrate d’ammoniaque, la culture se produit, meme quand l’action des solutions de sublimé à 1 ou 2 p. 1000 a duré une heure; il est rare qu’on n’obtienne pas, dans ces conditions, quelques colonies (Geppert).
Une dose de désinfectant, beaucoup trop faible pour tuer un microbe, peut empêcher son développement dans un liquide de culture; il suffit d’un dix-millième de sublimé pour empêcher le développement du B. subtüis, alors que pour tuer les spores de ce bacille en lo', à la température ordinaire, il faut employer une solution de sublimé au centième (Poitevin, Ann. de l'inst. Pasteur, 1894, p. 796).
Lorsqu’on se sert du procédé du fil, on doit donc s’efforcer d’enlever l’excès de désinfectant, ce qui est facile pour le sublimé, mais très difficile, sinon impossible, pour d’autres substances.
Quand on expérimente sur des microbes facilement inoculables aux animaux, comme le B. anthracis, il est indiqué, après action <lu désinfectant, de faire des inoculations à des animaux, de façon à s’assurer si la stérilisation est bien complète; il arrive souvent que la bactéridie charbonneuse, qui ne donne ])lus de culture dans les milieu.x ordinaires, se montre virulente quand on l’inocule au cobaye (Geppert, Gu. Bouchard).
Lorsqu’on expérimente sur la tuberculose, ce qui est souvent indispensable, car les bacilles de la tuberculose sont parmi ceux cjue la désinfection doit atteindre, on n’a d’autre ressource que de faire des inoculations au cobaye avec les produits soumis à la désinfection; on sait, en effet, que le B. de la tuberculose est difficile
à cultiver et, d’autre part, on doit opérer souvent sur des produits impurs (crachats). Les inoculations faites chez le cobaye, dans le péritoine ou sous la peau de la cuisse, donnent d’ailleurs des résultats rapides; en sacrifiant les animaux au bout de trois semaines, on trouve déjà des signes très nets de tuberculose, si les produits inoculés étaient virulents.
Nous possédons dans le vaccin un virus comparable aux virus de la variole, de la rougeole et de la scarlatine et sur lequel il est facile d’expérimenter. Le virus, après action du désinfectant, est inoculé à une génisse, comparativement avec du vaccin de même provenance, non soumis à l’action du désinfectant, et on note les résultats obtenus.
IL Désinfection des locaux. — La désinfection des locaux peut être partielle ou générale. La désinfection partielle s’impose toutes les fois que les parois, le plancher d’un local ou les olijets placés dans ce local ont pu être souillés par un malade atteint d’une affection transmissible.
Prenons un exemple vulgaire : un malade succombe à l’hôpital à la tuberculose pulmonaire, il n’y a pas lieu évidemment de procéder à la désinfection générale de la salle dans laquelle il se trouvait, mais il faut désinfecter avec soin les murs au voisinage du lit, le plancher, la tablette qui est à la tête du lit et la table de nuit sur laquelle on pose d’ordinaire le crachoir et qui, par suite, est plus spécialement souillée.
Lorsqu’une épidémie éclate dans une caserne, lorsque surtout les cas se multiplient dans certaines chambres, on doit pratiquer alors la désinfection générale des locaux contaminés, mais il ne faut pas croire qu’en prescrivant cetle opération on a pris toutes les mesures nécessaires.
Soit une caserne dans laquelle sévit la fièvre typhoïde, on désinfecte les locaux; il peut très bien se faire que cette opération soit sans action sur la marche de l’épidémie qui dépend, non de l’infection du casernement, mais de la mauvaise qualité des eaux ou bien de foyers d’infection situés au voisinage de la caserne : fossés non curés, égouts en mauvais état, fumiers, etc.
En un mot, la pratique de la désinfection ne dispense nullement do l’étude étiologique des épidémies, c’est un moyen [uiissant ilonl nous disposons ])our lutter contre leur propagation, ce n’est pas une panacée.
11 est vrai que, pour procéder à la désinfection générale d un
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casernemont, on est obligé de l’évacuer; on envoie camper les troupes et par cela même on les sousirait aux inlluences multiples du milieu infecté; mais l’abandon du casernement n’est (|ue temporaire, et si les causes d’infection subsistent, la maladie é[)idémi(iuc peut reparaître au moment où le casernement est occupé de nouveau.
Dans les hô[)itaux, la désinfection d’une salle est nécessaire lors- (|ue cette salle a servi au traitement de maladies transmissibles et qu’elle doit être affectée au traitement de maladies communes ou d’une maladie contagieuse difléi'ente de celle qui y était traitée. La désinfection des locaux s’impose également lorsque dans un ser- A'ice se produisent des cas de septicémie, d’érysipèle, de suppuration bleue. Mais là encore il ne faut pas se borner à prescrire la désinfection, il faut faire une enquête minutieuse pour savoir si les objets de pansement ne sont pas souillés, si des aides ne propagent pas l’infection avec leurs mains, avec leurs effets d’habillement ou avec les instruments dont ils se servent pour les pansements.
Les procédés de désinfection des locaux * peuvent être ramenés à deux principaux :
1“ On dégage, dans le local à désinfecter, des gazon des vapeurs qui ont des propriétés désinfectantes, ce qui permet de désinfecter à la fois le contenant et le contenu.
2" On lave, avec des liquides désinfectants, les murs et le plancher du local à désinfecter, ou bien on fait usage des pulvérisateurs ou bien encore, s’il s’agit d’une chambre de caserne, on blanchit les murs à la chaux; les objets mobiliers sont désinfectés séparément.
Quel que soit le procédé employé, il est nécessaire de prescrire une ventilation énergique et un nettoyage complet des locaux infectés; suivant les cas et suivant le [U'océdé de désinfection, le nettoyage précédera ou suivra l’emploi des désinfectants proprement dits.
Toutes les fenêtres seront ouvertes de manière à ce que l’air et la lumière pénètrent à flots dans riiabitation. L’oxygène et la lumière sont en effet des agents de désinfection excellents. (V. p. .320 et 468.)
I. E. Vallin, op. cil. — KnuriN, Zeilschr. f. Ilygiene, 1887. — Esmarcii, Même Rec., 1887. — Gaffky, Deutsch. Vierleljahreshericht de Uaumg arien, 1889. — G. lloni)ONi Uffreduz/.i, Archivio per le sc. mediche, 1892, t. XVI. — Duclaux, Ann. de l’insl. Vasleur, 1892, p. 138. — Arnould, op. cil. — Fischer, lli. Lille, 1892. — Laveran et Vaili.ari), De la dêsinfeclioii des murs et spécialement de la désinfection au moyen des pidvérisateurs, Acad.de méd., 21 juillet 189t. — Miquel, De la désinfection des poussières sèches des appartements, Ann. de micrographie, 1891.
1" Désinfection -par les rjaz ou les vapeurs. — On a préconisé tour à tour, pour la désinfection des locaux : l’acide clilorhydrif|ue (fumigations guytoniennes), le chlore, l’acide hypoazotique, l’acide sulfureux et l’aldéhyde formique ou formol.
A. Fumigations g\njtoniennes. Acide chlorhydrique. Chlore. — En 1773, Guyton de Morveau lit une expérience de désinfection qui es! restée célèbre.
Par suite de la rigueur du froid, un grand nombre de cadavres avaient été placés dans les caves sé[)ulcrales de l’église Saint- Etienne de Dijon, en attendant l’inhumation. Lorsque la température s’éleva, ces cadavres entrèrent en putréfaction et répandirent des odeurs telles qu’on dut fermer l’église.
Le 6 mars 1773, Guyton lit verser, dans un vase placé dans lescaves de l’église, deux livres d’acide sulfurique sur six livres de sel marin; le lendemain, quand on ouvrit les caves, il n’y avait plus trace de mauvaise odeur.
L’année suivante, Guyton désinfecta de même l’hôpital de Dijon où régnait le typhus, et Vicq d’Azyr fit purifier de la même manière les étables que ravageait une épizootie presque générale dans le midi de la France.
Les fumigations guytoniennes devinrent dès lors célèbres.
Pour un local d’une capacité de 350“® on employait :
Sel marin 200 gr.
Acide sulfurique à 60“ Bauiné 240 —
Guyton pensait que les vapeurs d’acide chlorhydrique s’emparaient de l’ammoniaque qu’il considérait comme le véhicule des miasmes odorants, et que ces miasmes étaient alors précipités; on sait que l’acide chlorhydrique, en présence des vapeurs ammoniacales, donne une fumée blanche.
Le nom de fumigations guytoniennes a été souvent donné aussi aux fumigations faites avec le chlore.
En 1773, le chlore n’était pas encore connu; il ne fut découvert ((lie l’année suivante, par Scheele, qui lui donna le nom éCacide muriatique déphlogistiqué. Plus tard, Berihollet (iro(iosa le nom (V acide muriathpue oxygéné.
L’acide chlorhydri((ue portait alors le nom d'acide muriatique-, on s’explique ainsi que la confusion ait pu s’établir entre les fumigations d’acide muriatique (acide chlorhydrique) et les fumigalions d’acide muriaticjue dé[)hlogistiqué (chlore), et que Guyion lui-même
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ait considéré les fumigations faites avec le chlore, comme une simple modificalion de sa méthode.
Guyton donne la formule suivante pour les fumigations d’acide muriatique déphlogisti(|ué (pour une capacité de 3oU“^) :
Sel commun 300 gr.
Oxyde de manganèse 00 —
Acide sulfurique à 60° Baumé 240 —
Les fumigations guytoniennes furent adoptées dans l’armée. Nous copions le passage suivant dans une Inslruclion sur les moyens d' entretenir la salubrité et de purifier l'air des salles dans les hôpitaux militaires de la République, rédigée j)ar le Conseil de santé et approuvée par le Conseil exécutif provisoire le 7 ventôse de l’an deuxième de la Répuhli(|ue :
« Au nombre des moyens que la chimie a employés avec un succès qui tient du proilige pour opérer la dépuration de l’air, nous citerons le procédé que Guiton, représentant du ])euple, a mis en usage, en 1773, dans la ci-devant cathédrale de Dijon, infectée par des exhumations au point qu’on fut forcé de l’ahandonner.
« Ce moyen consiste à répandre dans l’atmosphère de l’acide muriatique (acide marin) en état de gaz dégagé par l’intermédiaire de l’acide sulphurique (huile de vitriol). Voici le procédé pour désinfecter une salle de 40 à oO lits.
« Après avoir évacué les malades sur une des salles de rechange, disposez dans le milieu de la salle vuide, dont les fenêtres et les portes seront fermées, un fourneau garni d’une ]>etite chaudière ou capsule de fer à demi remplie île cendre tamisée, sur laquelle on posera une capsule de verre, de grès, de fayance même, cliargée de neuf onces de muriate de soude (sel marin) légèrement humecté avec une demi-once au plus d’eau commune.
« Le feu étant allumé et la capsule échaulTée, on versera sur le sel marin quatre onces d’acide sulphurique ou huile de vitriol du commerce. Lu un instant l’acide sulphurique agira sur le sel marin dont l’acide se mettra en expansion. lj’o[)érateur, qui sera le pharmacien en chef ou un de ses aides versé dans le manuel des opérations chimiques, se retirera en fermant la jiorte sur lui et em[)ortant la clef.
« Douze heures après on entrera dans la salle, on ouvrira portes et fenêti’es ])Our établir des courants d’air et évacuer celui ipii pourrait être encore chargé d’acide...
« L’acide muriati([ueoxigène ayant encore plus d’énergie, comme
l’a observé Fourcroy reprcsenlanl du peuple, sera préféré; ainsi lorsqu’on pourra se procurer aisément de l’oxide de manganèse, on en ajoutera une petite quantité au mélange ci-dessus. A cet effet, on fera entrer cet oxide métallique dans les approvisionnements des pharmacies. »
On voit que les désinfections par le chlore étaient considérées encore en 1793 comme une variété des désinfections par l’acide chlorhydrique ou muriatique et qu’on les considérait comme })lus efficaces que ces dernières.
L’acide chlorhydrique a une action énergique sur tous les composés organiques et par suite sur les microbes, mais il altère profondément les métaux et les tissus, de plus il est très irritant pour les personnes qui le respirent ; il a été abandonné à cause de ces inconvénients.
Le chlore est encore employé, mais principalement pour détruire les mauvaises odeurs.
L’action désinfectante du chlore s’explique par son affinité pour l’hydrogène. Le chlore décompose l’hydrogène sulfuré, l’ammoniaque et les matières organiques volatiles en s’emparant de leur hydrogène; l’acide chlorhydrique qui résulte de cette combinaison neutralise aussi une certaine quantité d’ammoniaque.
Pour obtenir un dégagement faible et continu de chlore, on se sert des hypochlorites et surtout du chlorure de chaux. L’acide carbonique de l’air est nécessaire dans ce cas au dégagement du chlore, comme l’ont montré d’Arcet et Gaultier de Clauhry. Aussi, lorsqu’on fait usage du chlorure de chaux pour désinfecter un local, une chambre de malade, par exemple, dans laquelle se répandent de mauvaises odeurs, il faut avoir soin d’étaler le chlorure de chaux dans de grands plateaux, de manière à assurer le contact avec l’air dans une étendue suffisante.
L’eau chlorée a un pouvoir bactéricide très énergique, mais le chlore gazeux ne donne, dans la désinfection des locaux, que des résultats incertains.
B. Fischer et B. Proskauer ont dégagé, dans un local bien clos, jusqu’à 1 pour 100 de chlore, après avoir disposé, en dilTérents points de ce local, des fils imprégnés d’une culture de bactéridies charbonneuses avec spores, et ils ont constaté qu’un certain nombre de fils n’avaient pas été stérilisés. La densité du chlore n’est pas favorable à sa diffusion dans les locaux où on le dégage (Fischer et Proskauer, Mitlheil. des K. Gesundheitsamtes. Bd. 2).
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Küminel a montre que l’eau chlorée était un bon désinfectant jiour les mains {Deutsche medic. Wochenschr., 188o, s. 5o()).
J. Goppert surtout a insisté sur la valeur désinfectante du chlore, mais Geppert a expérimenté sur l’eau chlorée et il s’est surlout occupé de la désinfection de la peau et des mains. L’eau chlorée tue en (jnelques secondes la bactéridie charbonneuse sporulée, c’est donc un excellent désinfectant, mais cette conclusion ne s’applique pas au chlore gazeux employé pour la désinfection des locaux. J. Geppert a eu le tort de tirer de ses expériences, très intéressantes d’ailleurs, une conclusion trop générale (J. Geppert, Ueher desificirende Mittel und Methoden, Berlin, klin. Wochenschr., 1890, n° 11).
B. Acide Jujpoazotique. Acide nitreux. — Quand on met de la tournure de cuivre dans un mélange d’eau et d’acide azotique, il se dégage du bioxyde d’azote qui, en enlevant de l’oxygène à l’air, donne des vapeurs rutilantes et très irritantes, caractéristiques de l’acide hypoazotique (Az 0‘).
L’acide hypoazotique a des propriétés oxydantes très énergiques et il doit être placé, d’après Payen, au premier rang des agents destructeurs des germes infectieux (Rap})ort àl’Acad. des sciences, 1871). L’acide hypoazotique se réduit à l’état de bioxyde d’azote, repasse à l’état d’acide hypoazotique, se réduit de nouveau et ainsi de suite.
Payen trace les règles suivantes : calfeutrer avec soin, à l’aide de bandes de papier, tous les joints des portes et fenêtres dans les chambres à désinfecter et employer, pour une chambre de 30 à 40'"^ :
Eau 2 litres
Acide azotique. 1 kg- 500
Tournure de cuivre 0 300
Les fumigations d’acide hypoazotique sont dangereuses. Angus Smith a observé trois cas de mort chez des personnes qui avaient pénétré dans des locaux désinfectés par ce procédé. D’autres faits de bronchites graves ont été signalés par diflérents auteurs chez les personnes qui avaient respiré ce gaz. En outre, les vapeurs d’acide hypoazotique altèrent promptement les tissus et les métaux.
L’acide hypoazotique ne paraît pas pouvoir être utilisé dans la pratique de la désinfection.
D’après les travaux de Girard et Pahst, l’acide nitreux (Az 0“) aurait des propriétés désinfectantes énergiques S agirait à la
I. Giraud et Pabst, La désinfection par les acides nitreux. La .Walio-e, 1881, p. 385. — SuLLiOT, Sur l’applic. des cristaux des chambres de plomb à la désinfection, Acad, des sc., 4 avril 1881.
Façon de l’ozone, sans incommoder, à dose faible, l’iiomme ni les animaux.
Girard et Pabst emploient, pour se procurer de l’acide nitreux, l’acide sulfurique nitreux ou crislaux des chambres de 'plomb, combinaison cristallisée d’acide sulfurique et d’acide nitreux connue dans le commerce sous le nom de sulfate de nitrosyle.
En présence de l’eau, l’acide azoteux du sulfate de nitrosyle se décompose en acide hypoazotique et en bioxyde d’azote ; si la décomposition des cristaux est très lente, on peut diffuser l’acide nitreux dans des quantités d’air considérables et alors il se présente avec ses propriétés habituelles, voisines de celles de l’ozone.
L’acide azoteux a des propriétés oxydantes énergiques, il brûle
toutes les matières organiques et il détruit les germes de toute nature.
Quand il est nécessaire de dégager de grandes quantités d’acide nitreux, on se sert d’une Imite qui se compose de deux compartiments dans chacun desquels est placé un vase (fig. 2o3). Le vase supérieur est rempli d’eau, dans l’autre vase on met le sulfate de nitrosyle (1 kilogr. environ pour une chambre d’une capacité de 200“^); un tuyau de plomb, adapté au robinet du vase supérieur, permet de faire écouler l’eau lentement au fond de l’autre vase.
La chambre étant bien fermée, la cheminée bouchée, on ouvre le robinet du vase A et on s’éloigne rapidement en fermant la porte derrière soi. Au bout do 24 heures, on ouvre largement les portes et les fenêtres, en ayant soin de ne pas res])irer l’atmosphère du local désinfecté, atmosphère très irritante, car une partie de l’acide nitreux s’est transformée en acide hypoazotique.
Lorsqu’on veut dégager, dans une chambre de malade, une petite quantité d’acide nitreux, on se sert de l’appareil de Sulliot, qui se compose de deux vases en verre superposés (fig. 254) ; le vase supérieur A, qui reçoit le sulfate de nitrosyle, est j)ercé d’un trou à sa partie inférieure; dans le vase Inférieur B on met 150 gr. d’eau environ. Le désinfectant fond lentement et tombe goutte à goutte dans l’eau. Lorsque le désinfectant est épuisé, on vide avec ])récaution le vase inférieur (l’eau s’est chargée
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(l’acide sulfurique et d’acide azotique), et l’oii met dans l’appareil une nouvelle dose du désinfectant.
Avec une bouteille et un entonnoir en verre il est facile d’improviser l’appareil Sulliot.
L’aciile azoteux est moins dangereux que l’acide hypoazoti(|ue et il peut rendre des services [)Our la désinfection des latrines, des amphithéâtres, etc., mais il se transforme facilement en acide hypoazotique, et nous avons signalé les dangers de ce gaz. Les vapeurs du sulfate de nitrosyle attaquent très fortement les métaux; nous avions dù renoncer, au musée d’hygiène du Yal-de-Gràce, à conserver dans les armoires du sulfate de nitrosyle, dont les vapeurs, queh]ue soin qu’on prît de boucher les flacons, attaquaient rapidement tous les objets métalliques.
C. Acide sulfureux. — L’acide sulfureux est peu coùteu.x et facile à obtenir par la combustion du soufre, aussi a-t-il été utilisé souvent pour la désinfection ‘.
Dès 1771 on se servait de l’acide sulfureux comme désinfectant. Lors de la peste de Moscou, dix pelisses de pestiférés désinfectées par l’acide sulfureux furent mises à des condamnés à mort qui ne contractèrent pas la peste. L’expérience a de la valeur : on sait en effet que la peste se transmet très facilement [>ar les effets d’habillement.
Depuis vingt ans, de nombreuses expériences ont été instituées pour établir quelle est la puissance désinfectante de l’acide sulfureux.
En 1874, Pettenkofer a fait, au nom de la commission d’étude des épidémies de choléra dans rEinpirc d’Allemagne, des expériences sur l’acide sulfureux, dans le but de rechercher si l’on pouvait, sans inconvénients, se servii' de ce procédé de désinfection sur les vaisseaux.
On lit briller du soufre (18 gr. par mètre cube d’air) dans une pièce de la chancellerie allemande après y avoir placé un grand nombre d’objets : livres, étofl’es, objets métalliijues, sulistances
I. .Iai,an de I.A Choix, Arch. f. expevim. Palholorjie, 20 .janv. 1881. — Sciiotte et Gahtneh, Deutsche VierLelj. f. Hff. Gesundheit, 1880. — Wolkfiiüüel, MilLIicil. ans d. K. GesiindheilsanUe, 1882, l. I, j). 224. — Gzeunicki, liée. mem. méd. milil., 1880, p. .Tia, cl Arch. de méd. milit., 1884, t. IV, p. 301.— GnAXJCx, De la dcsinfecUon dans ics (luarüers militaires, lievue milil. de méd., 1881, p. 732. — Gesciiwi.M), Note sur l’assainissement au moyen de l’acide sulfureux, Uec. mém. méd. milil., 1881, I). 107. — E. Vai.ux, Traité des désinfectants, p. 243. — Aubeht, Bullel. f/én. de thérap., Ib octohre 1884. — Dujakdik-Beaumetz, llapport à l’Acad. de méd., 9 sept. 1884. — Uiciiahü, lievue d'Iujr/iène, 1887, p. 273. — Dcbief, Bbuiil et Gaillakd,. Bullel. f/én. de thérap., 1889, p. 175. — Tiioinot, /l?i7i. de l’inst. Pasteur, 1890, p. 500. — Cassedeb.at, lievue d'hijf/iùne, 1891, p. 1095.
alimentaires, etc..; on avait mis des bandes de papier bleu de tournesol entre les feuillets des livres, et en dilTérents points de la chambre; après la désinfection on constata que les bandes de papier placées dans les livres n’étaient rougies que sur les bords; la désinfection n’avait duré que (juatre heures. Pettenkofer conclut de ces expériences que le soufre n’altérait pas les objets usuels et ne rendait pas les aliments nuisibles, et (ju’il convenait très bien à la désinfection des vaisseaux.
Wernicb a expérimenté, en 1877, l’action désinfectante de l’acide sulfureux dans les conditions suivantes : des bandes de tissus étaient imprégnées de liquides putrides, puis exposées sous une cloche contenant une proportion définie d’acide sulfureux; au bout d’un temps donné on retirait les bandes et on les introduisait dans des milieux de culture. Quand la proportion d’acide sulfureux était de 4 p. 100 au moins, les tissus étaient stérilisés; Wernich en a conclu (|ue, pour désinfecter un local, il fallait y faire brûler, par mètre cube, 60 gr. de soufre produisant 40 1. d’acide sulfureux, soit 4 p. 100 en volume.
Dougall Baxter et Sternberg ont constaté que l’acide sulfureux stérilisait le vaccin ; Baxter a fait aussi des ex})ériences sur les virus morveux et septicémique et il a obtenu la stérilisation de ces virus dans des solutions renfermant 2 p. 100 d’acide sulfureux en poids.
Gartner et Schotte, médecins de la marine allemande, ont fait, en 1880, de nouvelles expériences; dans une chambre de 40'“^, on plaçait, à différentes hauteurs, des cupules renfermant des liquides de culture ensemencés avec différents microbes ou des bandes d’étoffe souillées avec ces cultures; on brûlait alors dans la chambre une quantité connue de soufre et on recherchait si la stérilisation avait été obtenue au bout de 24 ou de 36 heures.
Gartner et Schotte concluent de leurs recherches qu’on arrive à .stériliser les liquides en brûlant 28 gr. de soufre par mètre cube d’air, mais qu’on ne stérilise pas les lambeaux d’étoffe souillés, môme en brûlant 92 gr. de soufre par mètre cube. Ce chiffre prouve que le local dans lequel opéraient Gartner et Schotte n’était pas bien clos. Il résulte en effet des recherches de M. le pharmacien inspecteur Marty que, dans un mètre cube d’air bien clos, on ne peut brûler que 68 gr. de soufre formant 47 1. d’acide sulfureux.
En 1881, i\I. le médecin inspecteur Yallin a réussi à stériliser du pus morveux et du pus tuberculeux liquides dans des caisses où l’on brûlait du soufre dans la faible proportion de 20 gr. [>ar mètre cube d’air.
DESINFECTION DES LOCAUX
Jalan de la Croix (1881) a ohfcnu ég-alemenl des résullal.s très favorables, mais ses expériences ont été faites avec des solutions d’acide sulfureux qu’il inti'oduisait dans les différents milieux de culture.
Le traA'ail de WolITliügel (1882) a marqué le commencement de la réaction qui s'est produite dans l’opinion des hygiénistes au sujet de la valeur désinfectante de l’acide sulfureux.
Wolffhügel a constaté que les spores charbonneuses desséchées n’étaient pas détruites après un séjour de 2o heures dans un local où l’on avait dégagé jusqu’à 100 1. d’acide sulfureux par mètre cube d’air. En 0[)érant sur des produits humides et dans une cage en A'erre fermant d’une façon hermétique, Wolffhügel a réussi à stériliser, au bout de 24 heures, des spores charbonneuses dans de l’air qui renfermait 4,o0 p. 100 d’acide sulfureux; mais ces résultats. il n’a pas pu les obtenir dans une chambre bien close. L’air de la chambre qui, au début de l’e.xpérience, renfermait 18 p. 100 d’acide sulfureux, n’en renfermait plus que 4 p. 100 au bout d’une heure et 1,8 au bout de 3 heures.
WollThügel conclut que l’acide sulfureux, même à la dose de 10 p. 100 (en volume), dose qu’il est difficile d’atteindre dans la pratique, est un désinfectant peu sûr, surtout lorsque les objets suspects ne sont pas humides.
En 1880, M. le médecin principal Czernicki a désinfecté le quartier du Palais, à Avignon, au moyen de l’acide sulfureux, en brûlant 33 gr. de soufre jiar mètre cube et, en 1884, il a publié une note complémentaire sur les heureux elîets de cet assainissement. L’évolution capricieuse des maladies épidémiques permet difficilement d’affirmer qu’en employant tel ou tel moyen de désinfection on a mis fin à une épidémie; on doit toujours se demander si l’épidémie ne s’est pas limitée d’elle-même ou si d’autres causes que la désinfection ne sont pas intervenues pour la limiter.
En 1884, une commission dont M. Pasteur faisait partie fui nommée par l’Académie de médecine pour étuilier l’action des désinfectants.
Les expériences furent faites à l’bôpilal Cocbin. Des ballons renfermant des cultures microbiennes (dans du bouillon) étaienl disposés en différents points d’une salle exactement close et on dégageait un volume connu d’acide sulfureux en se servant d’acide sulfureux liquéfié (siphons de R. Pictet); chaque siphon fournissait 730 gr. d’acide sulfureux représentant un volume de gaz analogue à celui que donnerait la combustion de 330 gr. de tleur de
soufre. Los résultats de ces expériences furent très favoraldes à l’acide sulfureux, puisque le rapport conclut (|ue pour désinfecter un local il suffit d’y brnler 20 gr. de soufre par mètre cube d’air (Acad, de inéd., 9 sept. 1884).
En 1890, M. le docteur Thoinot reprit ces recberclies, mais en opérant autant que possible sur des cultures en milieu solide. L’acide sulfureux était dégagé dans une chambre de o0““; il provenait de la combustion de la fleur de soufre.
Les conclusions du travail de M. Thoinot sont les suivantes : les microbes de la tuberculose, de la morve, de la fièvre typhoïde, du choléra, de la diphtérie sont tués à des doses varialjles; la dose de GO gr. de soufre brûlé par mètre cube d’air, avec une exposition de 24 lieures dans une chambre bien close, donne une certitude absolue en ce qui concerne la destruction de ces microbes.
Le vibrion septique, le charbon symptomatique et le charbon bactéridien résistent toujours dans ces conditions {Ann. del'inst. Pasteur, 1890, p. SOO).
Dubief, qui a fait la numération des bactéries dans l’air d’une chambre close, avant et après désinfection par l’acide sulfureux, a vu que le nombre des bactéries était beaucoup moins grand après sulfuration qu’avant, ce qui montre que l’acide sulfureux a une action destructive incomplète, mais très prononcée, sur les germes [Bullel. de thérap., 1889).
M. le docteur Cassedebat, qui a expérimenté l’action de l’acide sulfureux sur diflérents microbes pathogènes en culture liquide, ou à l’état de dessiccation sur des handes d’étoffe, a conclu de ses recherches que l’acide sulfureux, aux plus hautes doses qu’il soit possible d’atteindre dans la pratique, est un antiseptique infidèle.
D’après M. Miquel, les elléts de l’acide sulfureux dans la désinfection des poussières sèches des appartements sont toujours très incomplets. M. Miquel conseille d’employer une solution aqueuse saturée d’acide sulfureux, l’acide se dégage facilement quand la solution est en couche mince (Ann. de microgr., 1894, p. 330).
Les divergences qui existent entre les conclusions des traA'aux que nous venons de résumer s’expliijuent en partie par les conditions différentes dans lesquelles les observateurs se sont placés; c’est ainsi que les expériences faites sur des cultures liquides (hôpital Cochin) ont toujours donné des résultats beaucoup plus favorables que les expériences faites sur des fils ou sur des bandes d’étoile souillés avec ces cultures, puis séchés avant (fètre soumis à la désinfection.
DÉSINFECTION DES LOCAUX
l.’acide sulfureux est, très soluhle diiiis l’eau (1 1. d’eau dissout oO 1. de ce fî'az), on comprend donc qu’il agisse heaucoiq) mieux sur les microbes qui sont dans des milieux li(|uides (|ue sur des microbes à l’état sec, et puis il rend acides les milieux de culture.
Quand on fait la désinfection d’un local on agit j)resque toujours sur des microbes à l’état de dessiccation, les expériences relatives à l’action de l’acide sulfureux sur les microbes desséchés nous intéressent donc spécialement.
Même en limitant ainsi la (lucstion on constate des divergences entre les observateurs.
Nous avons fait, il y a quelques mois, au Val-de-Gràce, M. le professeur Vaillard et moi, des expériences qui montrent bien comment on peut obtenir des résultats variables avec l’acide sulfureux.
Dans une première série d’expériences nous nous servions d’une caisse en bois qui avait été proposée pour la désinfection de la literie et des effets d’habillement par l’acide sulfureux. Nous placions dans la caisse un matelas, des couvertures et, en différents points, des bandes de drap souillées à l’aide de cultures de microbes pathogènes et des morceaux de papier Ideu de tournesol; nous faisions alors brûler du soufre (GO gr. par mètre cube), après avoir fermé la caisse, aussi hermétiquement que possible, en collant îles bandes de ]iaj)ier sur les fentes ou joints. Dans ces conditions, les résultats étaient très mauvais, le papier de tournesol placé dans l’intérieur du matelas ou dans les couvertures roulées ne rougissait même pas; aucune des bandes de drap souillées n’était stérilisée.
Notre deuxième série d’ex})ériences fut faite à l’aide des grandes cloches (jui servent à faire évaporer des liquides dans le vide; nous disposions dans ces cloches des lamheaux de tissus souillés comme dans les expériences de la première série et roulés dans <les morceaux de drap afin d’étudier la puissance de pénétration de l’acide sulfureux. On introduisait alors sous la cloche un petit cristallisoir renfermant une solution d’acide sulfureux, on lutait la cloche pour empêcher l’acide sulfureux de s’écha[)pcr et, au bout •le 24 heures, on ensemençait dans du bouillon de culture les lambeaux de draj» souillés. Dans cette deuxième série il expériences les résultats furent bien meilleurs, tous les lambeaux de draj) furent stérilisés à l’exception de ceux i|ui avaient été souillés avec la bactéridie charbonneuse spornlée. Le drap garance des pantalons de troupe avait subi un léger changement de teinte.
Dans la pratique, on opère toujours dans des chambres qui ne sont pas hermétiquement closes; malgré les bandes de pajiier collées sur les joints des portes et des fenêtres, des échanges de gaz se font par ces joints, par les fentes, par les murs, etc. Nous avons vu que, dans une expérience de WolIThügel, l’air d’une chambre bien close qui, au début d’une désinfection, renfermait 18 p. 100 d’acide sulfureux, n’en renfermait plus que 1, 8 au bout de trois heures. Dans ces conditions on s’explique que les résultats soient très incomplets.
Lorsqu’on a recours à la désinfection par l’acide sulfureux, il faut s’efforcer de clore hermétiquement le local à désinfecter, les locaux ayant des parois imperméables seront plus faciles à désinfecter que ceux dont les parois sont perméables. On brûlera 60 gr. de soufre par mètre cube d’air; l’acide sulfureux liquéfié coûte trop cher pour qu’on puisse Tutiliser pour la désinfection des locaux, mais on peut se servir, comme le recommande M. Miquel, d’une solution aqueuse saturée d’acide sulfureux.
Nous reproduisons les prescriptions réglementaires relatives à la désinfection par l’acide sulfureux (Réglem. sur le service de santé à l’intérieur, notice n° 7) ; tout en faisant remarquer que ce procédé qui était en grand honneur il y a quelques années, n’est plus que très rarement employé.
« La désinfection par l’acide sulfureux se fait au moyen de la combustion du soufre dans un local parfaitement clos. Il est, avant tout, nécessaire de rendre les clôtures hermétiques, en recouvrant les joints des portes et des fenêtres par des bandes de papier collé; on place ensuite sur le sol un certain nombre de réchauds ou de récipients en poterie grossière, de 0 m. lo à 0 m. 20 de diamètre et de 0 m. 04 de profondeur, contenant au maximum 2o0 gr. de soufre en canons, concassé. Si le sol de la chambre est plancbéié, il est indispensable, pour éviter l’incendie, d’interposer un lit de sable de 0 m. 2o d’épaisseur, sous chaque réchaud. Le nombre des réchauds doit varier suivant le cubage du local, de façon que la quantité de soufre soit de 30 gr. au plus, 20 gr. au moins, par mètre cube. On enflamme le soufre à l’aide de copeaux de bois ou de papier, de l’alcool, du pétrole ou d’une mèche de tonnelier, en commençant par le foyer le plus éloigné de la sortie ; on se retire rapidement, pour éviter de respirer les vapeurs irritantes d’acide sulfureux qui se dégagent aussitôt, et on ferme hermétiquement la porte de sortie; par prudence, et pour la rapidité, il convient d’employer deux hommes à cette opération. Au bout de
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trente-six heures, la désinfection est terminée, on ouvre le local, on y établit des courants d’air, et on ne doit y séjourner qu’après une heure de large ventilation. »
Il ne faut pas réoccuper trop rapidement les locaux désinfectés par ce procédé; l’acide sulfureux est très irritant pour les bronches, il agit aussi sur les voies digestives et il peut donner lieu à de l’embarras gastrique ou à des vomissements. L’acide sulfureux a aussi l’inconvénient de donner à la literie une odeur assez persistante d’œufs pourris (hydrogène sulfuré).
D. Mélange Pictel {acide sulfureux et acide carbonique). — M. R. Pictet a préconisé, pour la désinfection, un mélange à l’état liquide d’acide sulfureux et d’acide carbonique dans la proportion de : acide carbonique 4 p. 100 et acide sulfureux 9G p. 100.
Le gaz résultant de ce mélange a une grande puissance de diffusion et, d’après les recherches de M. d’Arsonval, il donne des résultats remarquables pour la désinfection.
Les objets à désinfecter sont placés dans un cylindre où l’on fait le vide aussi complet que [lossible, puis on laisse pénétrer le gaz. Après une heure, les microbes les plus résistants sont tués, quels que soient les obstacles à la pénétration des gaz. Des chiffons souillés avec des cultures îles bacilles typhique, cholérique, charbonneux, ont été mis entre les feuillets d’un livre, celui-ci a été entouré de linges, le paquet ficelé a été mis au milieu de matelas ficelés également. Or, dans ces conditions, après une heure d’exposition au gaz, tous les germes étaient tués. Pour les spores, il faut une exposition de 3 heures environ. Ce gaz n’altère en rien les substances avec lesquelles il est en contact (Soc. de biologie, IG mars I89o).
On se place dans des conditions très favorables à l’action de l’acide sulfureux puisqu’on fait le vide et qu’on opère dans un cylindre hermétique. Le mélange Pictet a l’inconvénient de coûter cher, il serait applicable à la désinfection des effets plutôt qu’à celle des locaux.
E. Aldéhyde formique {Irioxyméthylène) ou formol ’. — Le
1. Miquei., T)c la dcsinfeclion des ponssières sôclics, loc. cil. — II. l’oraiiviN, Hecli. sur le pouvoir antiseplifiue de l’aldéliydc foriniiiue. Ann. de l’insl. Pasteur, 1891, p. "96. — Cambieu el Hrociiet, Appareil pour la ])roduclion de 1 aldéhyde formifjue gazeux, yl/m. de microfiraphte, 1891, p. 539. — Miquei-, Contrib. nouvelle à l’élude de la désinfection par l’aldéhyde formi(|ue, /I/i?i. de micrographie, nov. 1894.
E. V. Eiimenoem et E. Suoc, llech. sur la valeur de la formaline à litre de désinfectant. .ircli. de pharmacodi/na/nie, 1894, anal, in Revue d hyr/iène, 1895, ]). 3o3. Trii.lat. E.xpérienccs de désinfection en grand par les vapeurs d aliléhyde formicjuc ou formol, Revue d’hijf/iéne, 1895, p. 714.
Laveran, Ilyg. milil.
formol se produit lorsqu’il y a oxydation incomplète de l’alcool méthylique au contact de l’air et du platine incandescent.
Le pouvoir antiseptique du formol a été signalé par Lœw en 1888; les recherches de Trillat et Berlioz, do Miquel, d’Aronson, de Blum, van Ermengem et Sugg, Duhief et ïhoinot, Pottevin, Camhier et Brochet, ne laissent aucun doute sur la puissance désinfectante de ce produit.
Les spores charhonneuses sèches sont stérilisées après une exposition de 48 heures dans les vapeurs de formol à 35”. Les germes humides sont plus rapidement tués que les germes secs ; il suffit d’une exposition de 24 heures aux vapeurs de formol à 35°. (Pottevin.)
Pour désinfecter un local on peut employer les solu tions aqueuses de formol ou des lampes spéciales dans lesquelles on hrùle incomplètement de l’alcool méthylique.
Pour activer la volatilisation du formol en dissolution aqueuse, M. Miquel procède de la manière suivante :
Dans une dissolution concentrée de formol marquant 1,07 à 1,08 au densimètre, on dissout du chlorure de calcium cristallisé, de façon à amener la liqueur à posséder une densité voisine de 1,20. Cette dissolution sert à humecter des linges et de préférence des rouleaux de toile que l’on étend dans les locaux à désinfecter. L’air se charge rapidement de vapeur de formol. Le chlorure de calcium paraît agir surtout en entretenant un degré d’humidité favorable à la volatilisation du formol.
Il est plus commode de produire le formol en faisant brûler l’alcool méthylique dans des lampes spéciales (Cambier et Brochet). L’alcool méthylique contenu dans un flacon de Mariette, arrive dans des brûleurs en nombre variable, suivant la capacité du local à désinfecter.
Chaque brûleur se compose d’un tube métallique AA (fig. 255) contenant une forte mèche de coton ou d’amiante, encaissée dans une enveloppe métallique ou en terre poreuse. Ce tube est coilïé d’un dé de toile de j)latine C qui est fixé au moyen d’une bague de mica mm destinée à empêcher l’ap[)areil de s’échaufler par conductibilité. Un régulateur analogue à celui de Bunsen permet de régler l’afflux de l’air. Ce régulateur est fixé à la partie inférieure d’un tube BB cpii sert de suj)port à un verre de lampe V destin à produire un fort tirage.
Fig. 255.
DÉSINFECTION DES LOCAUX
On règle le vase de Mariotte de façon que le niveau de l’alcool inélhylitjue dans les bnlleurs soit environ à un centimètre auilessous du bord supérieur du tul)e AA, on forme les trous du régulateur d’air et l’on porte au rouge le dé de platine au moyen d’une allumette ou d’un tampon de coton imbibé d’alcool enflammé. On place alors la cheminée, ce qui produit l’extinction de la flamme, et l’on ouvre graduellement le régulateur d’air; le jdatine devient incandescent et la lampe continue à brûler sans flamme, en produisant du formol. La meilleure température pour le platine est celle du rouge cerise.
Dans une première série d’expériences, MM. Cambier et Brochet ont opéré sous une cloche de verre de 20 1. de capacité reposant sur un plan de verre rodé, c’est-à-dire dans un espace hermétiquement clos ; dans la cloche on mettait de la poussière sèche ou de petits carrés de toile stérilisés, puis souillés avec une culture de a bactéridie charbonneuse.
Dans ces conditions, en brûlant 0 gr. 50 d’alcool méthylique pour 20 1. d’air, et en laissant agir les vapeurs pendant 5 heures, la stérilisation des poussières était complète; la bactéridie charbonneuse était détruite au bout de 20 heures. La bactéridie avec spores, si difficile à détruire avec les autres désinfectants, est très sensible à Faction de l’aldéhyde formique.
Dans une deuxième série d’expériences, MM. Cambier et Brochet se sont rapprochés des conditions do la pratique; ils ont expérimenté dans une salle de 75"''*, sur des poussières sèches et sur des morceaux d’étotîe imbibés d’une culture de D. sublüis. Les résultats, comme on pouvait s’y attendre, ont été beaucoup moins satisfaisants que dans la première série d’expériences; on n’a jamais obtenu la stérilisation complète, même en brûlant 4 kg. 800 d’alcool méthylique; il est vrai qu’à cette dose, le B. subtilis seul paraît avoir résisté.
Van Ermengem et Sugg ont constaté (jue, dans l’air d’une cloche saturé de formol, les spores sèches de la bactéridie charbonneuse étaient tuées en trois à douze heures, et en moins d une heure quand elles avaient été trempées dans l’eau. Les bacilles du choléra, de la lièvre typhoïde, de la diphtérie, desséchés sur du papier ou sur des tils, étaient tués au bout d’un quart d heure ou d une demiheure.
Les expériences de désinfection en grand ont donne à ces observateurs des résultats moins favorables. Dans une caisse bien fermée de 100 1., dont le double fond recevait un essuie-main ou
du feutre imbibés de 250 gr. à 1 1. de formaline (solution aqueuse à 40 pour 100 de formol), la stérilisation n’était pas complète au bout de 48 heures. On réussit mieux en interposant entre les vêtements superposés des linges imbibés de formaline ou en pulvérisant la formaline sur les vêtements, mais la pulvérisation expose l’opérateur à l’action irritante des vapeurs de formol et l’aspersion peut produire des taches, comme ferait l’eau pure; enfin ces opérations, qui exigent une grande quantité de formaline, seraient trop coûteuses.
La chaleur facilite la diffusion des vapeurs de formol et augmente leur ])uissance désinfectante (V. Ermengem et Sugg) ; les spores charbonneuses qui résistent pendant 3 à 4 heures à -+-15°, sont tuées à + 37° en moins d’un quart d’heure. Les résultats de désinfection des vêtements dans une caisse ont été beaucoup plus satisfaisants quand l’air était porté à -h 50° que lorsqu’il était à -h 15°. Ces faits rentrent dans la loi générale, aujourd’hui bien connue, d’après laquelle la chaleur facilite l’action de toutes les substances désinfectantes. Peut-être en combinant l’action de la chaleur et celle du formol arrivera-t-on à de bons résultats.
M. Trillat a modifié l’appareil dans lequel MM. Cambier et Brochet faisaient brûler l’alcool méthylique pour produire le formol. Ses expériences ont porté sur des locaux de plain-pied, sur des locaux disposés en étages et sur un appartement muni de tous ses objets mobiliers. Les résultats ont été favorables puisque les inoculations faites avec des cultures de diphtérie et de charbon soumises aux vapeui’s, sont restées sans effet.
M. Trillat donne les conseils suivants pour la désinfection d’un appartement au moyen du formol.
« L’appartement sera préalablement chauffé lorsqu’on le pourra, les portes intérieures seront ouvertes, les fenêtres simplement fermées sans joints spéciaux, les orifices des cheminées bouchés.
« Les linges seront dépliés et étendus.
« L’appareil sera placé de préférence dans la pièce le plus en contre-has; dans une maison isolée, on le placera dans l’escalier. La quantité d’alcool méthylique à oxyder sera calculée à raison de 2 à 3 1. par 100'“^
« 11 est bon de faire remarquer que la désinfection par les vapeurs de formol s’exerce mal en présence d’un très grand excès d’humidité. Une couche mince de liquide infecté n’est pas stérilisée par les vapeurs de formol. » (Trillat, op. cil.)
Il serait prématuré de se prononcer sur la valeur de ce procédé
DÉSINFECTION DES LOCAUX
nouvc.Tu (le désinfection. Le formol jirésente évidemment de grands avantages : il détruit rapidement les germes pathogènes, sa puissance de pénétration est très grande, et il n’altère pas les tissus, seules les teintures à la fuchsine pâlissent.
Mais à C(jté de ces avantages, il faut signaler les inconvénients : les vapeurs de formol sont irritantes, très dangereuses à respirer (Poitevin) et, après désinfection, il reste du formol condense sur les murs et sur tous les objets soumis à la désinfection; il faut au moins 24 heures de ventilation pour faire flisparaître l’odeur de formol. Lorsqu’on produit le formol par combustion incomplète de l’alcool méthylique, il se dégage en même temps de l’oxyde de carbone et quelquefois en quantité assez considérable. La désinfection d’une chambre à l’aide du formol serait donc dangereuse pour les personnes habitant des locaux contigus. Enfin le prix de la désinfection par ce procédé est assez élevé. La désinfection par la combustion de l’alcool méthylique revient à 4 fr. au moins par 100"'^, sans compter l’achat des lampes spéciales (Bar- DET, Soc. de tbérap., 24 avril 1895).
Il jiaraît évident que, dans l’état actuel des choses, le formol n’est pas applicable à la désinfection des casernes, ni à celle des hôpitaux, son emploi serait mieux indiqué pour la désinfection des effets; nous reviendrons sur ce jioint (Ch. xxi).
2° Désinfeciion par les lavarjes et les pulvérisations opérés avec des liquides antiseptiques. — Dans ce procédé il faut désinfecter sé[>arément les murs, le plancher et les objets mobiliers qui se trouvent dans le local infecté.
A. Désinfection des murs. — Il résulte des recherches d’Esmarch que les parties inférieures des murs sont les plus souillées, comme on pouvait le prévoir. Dans une stalle d’écurie, on trouve près de la stalle de l’animal 14 200 colonies par centimètre carré; à 1 m. plus haut, L386 seulement. P. Canalis a constaté de môme sur les wagons à bestiaux ([ue le nombre de germes allait en diminuant à mesure qu’on s’éloignait du plancher (Duclaux, Ann. de l'inst. Pasteur, 1892, ]>. 140.)
Pour apprécier le degré de souillure des murs, on peut procéder, à l’exemple d’Esmarch, de la manière suivante. A 1 aide de petits fragments d’é|)ongc de la grosseur d’un pois, humid(îs et stérilisés, on frotte une surface donnée du mur, par cxenqde; le morceau d’éponge est ensuite lavé à [)lusieurs i'ej)rises dans des tubes renfermant de la gélatine, et l’on fait la numération des coloniçjf^ qui se développent dans ces tubes. ,
HYGIÈNE MILITAIUE
On s’accorde en général à considérer les plafonds comme non infectés ; ils sont évidemment beaucoup moins exposés aux souillures que les planchers et lapartie inférieure des murs. Néanmoins, quand on lave le plafond d’une salle d’hôpital, on constate qn’il existe à sa surface une couche épaisse de poussière; il est donc indispensable, quand on veut procéder à la désinfection comjilète d’un local, de ne pas négliger le plafond.
Lorsque les murs sont peints à l’huile ou recouverts d’un vernis ainsi (jue le plafond, il est facile de les nettoyer et de les désinfecter.
a. Nettoyage et lavage avec des liquides antiseptiques. — Les murs sont lavés avec une solution savonneuse (savon mou 3 parties, pour eau chaude 100 parties en poids), ou avec de l’eau renfermant du bicarbonate de soude; lorsqu’ils sont })ropres et encore humides à la suite de ce lavage, on passe à la surface un gros pinceau trempé dans une solution d’acide phénique à 5 p. 100 ou de chlorure de chaux.
Les solutions de sublimé qui s’appauvrissent très vite ne conviennent pas pour cet usage.
Les solutions de sublimé faites dans l’eau non distillée ne sont pas stables ‘ ; limpides, dans les premières heures qui suivent leur préparation, elles donnent rapidement naissance à un précipité blanc, d’abord faible, dont la quantité augmente avec le temps.
MM. Léo Vignonet Burcker ont constaté que les eaux ordinaires, par les principes minéraux et organiques qu’elles contiennent, provoquent la décomposition immédiate du sublimé; cette décomposition continue sous l’intluence de l’air et de la lumière, elle est beaucoup moins rapide lorsque les solutions sont soustraites à l’action de l’air et de la lumière.
Les solutions })réparées à l’aide de l’eau distillée ne subissent que des décompositions insignifiantes, môme lorsqu’elles restent exposées à l’air et à la lumière, mais on ne peut pas employer l’eau distillée pour la préparation des solutions destinées à la désinfection.
L’appauvrissement des solutions do sublimé est encore plus rapide quand on y introduit des poussières organiques provenant des murs et des linges ou des éponges qui servent au lavage; dans
1. Léo Vignon, Sur la stabilité des solutions de sublimé, Acad, des sc., 4 déc. 1893 et 15 mai 1894. — Hurckeh, Même sujet, Acad, des sc., 11 juin 1894. — ICunu. Uecli. sur le sublimé dans les étoiles, etc. Deutsche milil. Zeilschr., 1894. — A. ScLAVo et C. Manuelli, Sullc cause ebe delerminano la scomparsa del mercurio dalle Süluzioni di sublimato corrosivo, JUvista d’Djiene e Sanilù pubblica, 1894.
DÉSINFECTION DES LOCAUX
ces conditions la solation do suliliiné à 1 p. 1000 est bien vite dé[)Ouilléc de tout le sublimé qu’elle contient.
Le sublimé se combine aux tissus avec une grande rapidité. Un morceau de drap gris, trempé dans 250 centigr. d’une solution de sublimé à 1 p. 1000, absorbe en cinq minutes tout le sublimé (Kubla).
A. Sclavo et C. Manuelli ont fait l’expérience suivante : on met
10 gr. de laine pendant une demi-heure dans 100 gr. d’une solution de suMimé à 5 p. 1000; au bout de ce temps on exprime 25'% de la solution qui a été absorbée presque complètement par la laine, et on constate qu’il n’existe plus dans l’eau que des quantités inappréciables de sublimé.
Les fibres textiles d’origine animale fixent beaucoup plus complètement le mercure que les fibres textiles d’origine végétale (Sclavo et Manuelli).
En acidulant la solution de sublimé avec un peu d’acide chlorhydrique, suivant le conseil de Bordoni Uffreduzzi, on la rend plus stable et par suite plus active; il suffit d’ajouter 1 gr. d’acide chlorhydrique du commerce par litre.
L’addition de chlorure de sodium produit le même efiet, mais à un moindre degré '. Depuis plusieurs années on emploie, dans l’armée française, la solution de sublimé additionnée de chlorure de sodium.
L’addition de chlorure de sodium ou d’acide chlorhydrique n’empècbe ]>as le sublimé de (lisi)araîtrc rapidement, si l’on introduil dans la solution, comme on le fait nécessairement pendant l’opération du lavage, de la matière organique. Le sublimé a bientôt disparu et le lavage ne se fait plus qu’avec de l’eau sale, alors qu’on se figure employer un liquide antiseptique; c’est pour cela que nous donnons la préférence, dans ce cas, à l’acide phénique (solution à 4 p. 100), malgré son prix plus élevé et son odeur désagréable, et au chlorure de chaux.
D’aju’ès Morner, la désinfection des appartements à l’aide des solutions de sublimé aurait encore un autre inconvénient; des vapeurs mercurielles pourraient se dégager et produire des accidents {Zeilsclir. f. Ilyriiene, 1894, et Revue d'hygiène, 1894', ]). 993) ;
11 faudrait employer des doses considérables et tout à fait anormales de sublimé pour que cet inconvénient [)ùt se produire, il ne pai’aît pas à craindre avec les solutions à 1 ou 2 p. 1000 qui sont généralement em[*loyées.
I. Panfiu, Ann. dell. ïnstil. d’Igiene speriin. delta r. Univ. Iloma, 1893, l. III, p. 529. — UuiiCKEii, Arcli. de méd. milil., 1895, l. XXV, p. 296.
HYGIÈNE MILITAIHE
Les propriétés désinfectantes du chlorure de chaux ont été étal)lies parles recherches de Koch, de Sternberg, de Martens, de Jaeger, de Nissen et par celles de Chainherland et Fernbach
MM. Chamberland et Fernbach ont préconisé, pour la désinfection des locaux, une solution de chlorure de chaux préparée de la manière suivante : 100 gr. de chlorure de chaux du commerce sont délayés dans 1200 gr. d’eau; on laisse reposer pendant une heure, on filtre et l’on obtient un litre environ d’un liquide'jauneverdàtre; cette solution, étendue de dix fois son volume d’eau, sert à laver les parois du local à désinfecter. Chose curieuse, la solution étendue comme il vient d’être dit, est plus active que la solution concentrée.
Les germes desséchés étant beaucoup plus résistants que les germes humides, Chainherland et Fernbach recommandent de pulvériser de l’eau sur les murs à désinfecter avant de faire usage du désinfectant; ils recommandent également d’employer la solution chaude, pour cela le meilleur moyen consiste à chauffer fortement, en même temps que la solution, le local soumis à la désinfection.
La solution de chlorure de chaux au dixième, préparée comme il a été dit ci-dessus, présente de grands avantages sur les solutions de sublimé. « Cette solution est plus active que celle de sublimé au millième (elle possède à peu près la même activité que celle de sublimé au centième); elle est plus économique (10 1. de solution pour S centimes); elle peut être mise sans danger entre les mains de tout le monde ; enfin elle ne laisse pas trace de poison dans les appartements désinfectés. » [Ann.de l'inst. Pasteur, 1893, p. 480.)
Sh. Delépine et A. Ransome, qui ont fait des ex[)ériences sur la désinfection des appartements contaminés par les tuberculeux, ont constaté que c’était la solution de chlorure de chaux qui donnait les meilleurs résultats.
h. Désinfection au moyen des putvérisaleitrs. — Depuis quelques années on emploie beaucoup les pulvérisateurs pour la désinfection des locaux; plusieurs appareils destinés à pulvériser des liquides antiseptiques ont été imaginés, parmi lesquels le plus connu et le plus employé est le pulvérisateur de MM. Geneste et Ilerscher (fig. 2,36).
1. Steunbkiig, l‘ln/adciphia med. news, I, 188G. — Mautens, Bcitr. z. Kenlniss cicr AnlisepLica Virchow’s Archiv , II, 188G. — Jaec.eu, Arbeilcn ans d. K. Gesiinrlhcitsamle, 1889. — Nissen, Zeilschv. llugiene, 1890. — Ciiamiiehland et Feunhacii, de l’inst. Uasleur, 1893, ]). 133. — Su. Dei.éi'ine et, A. IUnsome, Sur la désinfection • les maisons inl'eclées par les tuberculeux, lirilish med. Jouim., 16 févr. 1895, cl Revue d’Injf/iône, 1895, p. 549.
DliSINFECTlON DES LOCAUX
Ce pulvérisateur se compose d’uu cylindre métallique (pii est divisé par une cloison horizontale médiane en deux compartiments g, h (H, tig. 2Ü6); ces deux compartiments communiquent au moyen d’un tube qui s’ouvre à la partie supérieure du compartiment h. Une pompe O, mise en mouvement par un levier, jiermet d’aspirer de l’air et de le refouler dans la partie supérieure du cylindre. L’orifice rf, garni d’un clapet, sert à introduire le liquide désinfeclant dans la partie inférieure du pulvérisateur; deux tubes munis de robinets (n, n') communi(juent : l’un avec la jiartie
Fig. 256. — Pulvérisatour Gcncsto ot Ilorschor. — A, élévation. — B, coupe. ~ C, lance. —
J), détail do roxlrémité do la lance.
supérieure du jmlvérisateur dans laquelle se trouve de l’air comprimé, l’autre avec la partie inférieure où se trouve le liquide désinfectant, lequel est également comprimé, par suite de la communication qui existe entre g et /n A la partie inférieure de 1 appareil est un robinet de vidange e. T^es tubes de caoutchouc de la lance G s’adaptent l’un, en caoutchouc rouge, sur le robinet qui fournit le liquide et (jui est peinten rouge; l’autre, en caoutchouc gris, sur le robinet qui donne passage à de 1 air com[)rimé.
La figure 250 donne en 1) le détail de l’extremité de la lance, le liquide arrive en i, se divise dans le pas métallique indicpie sur la figure, passe du tube i au tube k par un petit, orifice de communication et rencontre alors le jet d’air comprimé (]ui 1 entraîne et le pulvérise.
Les derniers modèles de ces pulvérisateurs sont garnis d’ébonite
à l’intérieur, ce qui permet d’y introduire des solutions de sublimé sans courir le risque de les détériorer.
Pour faire fonctionner l’appareil, on ouvre les robinets supérieurs, puis le robinet d, le robinet de vidange étant fermé; on introduit en d le liquide désinfectant jusqu’à ce qu’il soit près de déborder, on ferme alors les robinets h, n , et le clapet qui recouvre l’orifice d. Après avoir donné quelques coups de pompe, pour mettre l’appareil en pression, on ouvre les robinets n, n , et l’on dirige l’extrémité de la lance sur la paroi à désinfecter; le liquide pulvérisé forme un nuage léger qui mouille plus ou moins, suivant la distance à laquelle on opère, et suivant qu’on laisse l’extrémité de la lance plus ou moins longtemps en face d’un même point de cette paroi.
Il faut deux hommes pour manœuvrer le pulvérisateur : fun d’eux dirige le jet de la lance, l’autre pompe. Les appareils sont munis do roulettes qui permettent de les déplacer facilement.
L’opération de désinfection terminée, on ouvre le robinet de vidange et on laisse écouler le liquide qui reste dans l’appareil ; on remplace ce liquide par de l’eau ordinaire et l’on donne quelques coups de pompe pour laver le pulvérisateur, qui est ensuite vidé de nouveau.
Le grand pulvérisateur Geneste et Herscher coûte 200 fr. ; il existe un petit modèle qui coûte moitié prix, mais qui donne des résultats moins satisfaisants.
Les pulvérisateurs Japy et Bernard sont moins employés que le pulvérisateur Geneste et Herscher.
Le pulvérisateur Vermorel, qui a été imaginé pour répandre du sulfate de cuivre sur les vignes atteintes par le mildiou, peut être utilisé pour pulvériser des liquides désinfectants; le réservoir en cuivre avec bretelles qui se met sur le dos, comme un bavresac de soldat, est muni d’une petite pompe foulante dont on peut faire manœuvrer le levier en marchant et tout en dirigeant de l’autre main la lance de l’appareil.
Ce pulvérisateur ne coûte que 40 francs et il peut être manœuvré par un seul homme; mais il consomme une grande quantité de liquide (13 1. en un quart d’heure, alors que le pulvérisateur Geneste et Herscher n’en consomme (ju’un litre et demi); de plus on ne doit introduire dans l’appareil aucun liquide pouvant attaquer le cuivre. On peut, il est vrai, remédier à ce dernier inconvénient en faisant construire des appareils en fer, moins altérables que ceux de cuivre.
DÉSINFECTION DES LOCAUX
Bordoni UnVcdiizzi se sert, pour pratiquer les pulvérisations, d’un appareil porté à dos d’homiue, analogue au pulvérisateur Ycrniorel.
Quelle est la valeur de la désinfection opérée à l’aide des [lulvérisateurs? Quels sont les meilleurs désinfectants à employer par ce procédé? Ces questions méritent d’autant plus de nous arrêter, que les pulvérisateurs sont journellement employés dans les casernes et dans les hôpitaux.
Guttmann et Merke ont expérimenté ce procédé de désinfection dans les conditions suivantes : ils imprégnaient des fils de soie avec une culture de bactéridie charbonneuse ; les fils desséchés et fixés sur un mur étaient soumis à des pulvérisations antiseptiques, et on les plaçait, après dessiccation, dans un milieu de culture convenable pour constater si le virus avait été détruit. {Archives de Virchow, 1887, t. CVII, p. 459.) Sur 75 fils imprégnés de culture de charbon et soumis à la pulvérisation de la solution de sublimé à 1 p. 1000, 34 furent stérilisés, 41 donnèrent des cultures. Guttmann et Merke estiment ces résultats favorables, attendu, disentils, que dans la pratique on a Inen rarement à détruire une quantité de spores comparable à celle qui se trouve dans des fils ainsi préparés.
Gutlmann et Merke pulvérisaient la solution de sublimé jusqu’au moment où, le mur étant entièrement mouillé, de grosses gouttes du liquide en découlaient. Il est évident que, dans ces conditions, les fils de soie étaient imprégnés delà solution de sublimé, et que Guttmann et Merke transportaient du sublimé dans les milieux de culture, en même temps que les germes. Si ces observateurs avaient neutralisé l’excès de sublimé, ils auraient obtenu très probablement des cultures de la bactéridie charbonneuse dans tous les cas.
Esmarch s’est servi d’un autre procédé : il a compté les germes existant sur le mur à désinfecter avant et après la pulvérisation. A cet effet, deux surfaces contiguës, de mêmes dimensions, étaient frottées, l’une avant la pulvérisation, l’autre après, avec de jictits fragments d’éponge stérilisés qui étaientintroduits ensuite dans des tubes contenant de la gélatine.
Après pulvérisation d’une solution de sublimé a 1 p. 1000, Esmarch a constaté une diminution considérable du nombre des germes, très rarement une stérilisation couqilète. La pulvérisation était faite dans les mômes conditions (jue dans les expériences de Guttmann et Merke, c’est-à-dire jusqu’au moment où de grosses gouttes du liquide pulvérisé s’écoulaient le long de la paroi.
HYGIÈNE MILITAIHE
En frottant avec une petite éponge la partie soumise à la pulvérisation, Esmarcli enlevait évidemment du sublimé, qu’il introduisait dans la gélatine de culture. Malgré cette cause d’erreur, qui devait conduire l’auteur à des résultats trop favorables à la j)ulvérisation, Esmarch trouve insuffisants les résultats obtenus et il préconise la désinfeclion des murs à l’aide de la mie de |)ain, procédé qui a pris une grande extension en Allemagne (E. v. Esmarcu, Zeilschr. f. Hygiene, 1887, t. II, p. 491).
llordoni Uffreduzzi a obtenu de bons résultats en pulvérisant sur les murs une solution de sublimé à 3 p. lOOü, acidulée à l’acide chlorhydrique. La pulvérisation terminée, Bordoni Uffreduzzi ]>rotégeait le mur contre toute nouvelle souillure, il le raclait après dessiccation, et il ensemençait le produit du raclage dans du bouillon [Archivio per le sc. mecL, 1892, t. XYl).
En grattant les murs soumis à la pulvérisation au moyen de la solution de sublimé à 3 p. 1000, Bordoni Ulïreduzzi détachait des particules de sublimé qui pouvaient empêcher des germes encore vivants de se développer dans le bouillon ; cette cause d’erreur qui existe également dans les recherches de Guttmann et Merke et d’Esmarch est importante. Le liquide pulvérisé se dépose d’ordinaire en gouttelettes qui sèchent rapidement sans agir sur les parties voisines, sans pénétrer au milieu de la poussière, sans imprégner les taches de toute espèce ; en raclant après dessiccation, on mélange à l’antiseptique les germes qui n’ont pas été tués; la stérilité des cultures faites dans ces conditions ne permet donc pas de conclure à la stérilisation de la paroi. Le meme inconvénient peut se produire alors môme que la surface à désinfecter a été mouillée dans toute son étendue parle liquide désinfectant.
En pulvérisant de l’eau colorée par du hleu de méthylène ou de la fuchsine, sur du papier hlanc placé à ditlerentes distances du pulvérisateur, il est facile de se rendre compte des effets de la |)ulvérisation. En opérant ainsi avec un pulvérisateur Geneste et Herscher (petit modèle), à la distance de I m. 30, on constate ({ue les espaces hlancs sur le papier soumis à la |)ulvérisation sont beaucoup plus considérahles que ceu.x qui ont été colorés par le li(fuide; naturellement les espaces hlancs augmentent encore d’étendue si la distance dépasse 1 m. 30; le grand modèle du ])ulvérisateur Geneste et Herscher mouille plus que le petit modèle; cela est facile à constater par ce procédé d’expérimentation qui est très utile })our l’étude des effets de la pulvérisation à différentes distances et avec dilïércnts pulvérisateurs.
DÉSINFECTION DES LOCAUX
Pour nous rendre compte de l’efficacité de la désinfection faite au moyen des pulvérisateurs, nous avons, M. le professeur Vaillard et moi, adopté la techniijue suivante' ;
Un fait mouler des briquettes de plâtre de 0 m. 10 de coté sur 0 m. 02 d’épaisseur; sur l’une des faces de chaque briquette sont creusées de petites cupules qui sont numérotées. Les briquettes enveloppées dans du papier à filtrer sont stérilisées dans le four à flamber; lorsqu’elles sont refroidies, on dépose dans chaque cupule une ou deux gouttes des liquides à stériliser (cultures pures de différents microbes })athogcnes, crachats, pus); on laisse sécher, pendant vingt-quatre heures, à l’abri de l’enveloppe de papier. Au bout de ce temps on applique contre un mur quelques-unes des briquettes ainsi préparées et on les soumet, {lendant un temps donné, à la pulvérisation ; on laisse sécher pendant vingtquatre heures, toujours à l’abri du papier dans lequel chaque briquette est remise, aussitôt la pulvérisation terminée; on racle alors légèrement le fond de chaque cupule et on ensemence le produit du raclage dans du bouillon. Il est très facile d’ensemencer cette poussière en se servant du fil de platine en anse, après avoir trempé l’anse dans le bouillon.
Pour éviter de transporter dans les milieux de culture la petite quantité du désinfectant qui reste dans les cupules, on lave avec de l’eau stérilisée avant de procéder à l’ensemencement; s’il s’agit du sulilimé, on lave avec une solution de sulfbydrate d’ammoniaque, puis à l’eau stérilisée.
Nous avons fait nos expériences, tantôt avec des briquettes de plâtre nu, tantôt avec des briquettes recouvertes d’un badigeon à la chau.x, de peinture à l’huile ou de papier de tenture.
Les microbes choisis ont été les microbes pathogènes dont les désinfectants doivent assurer la destruction : B. d’Eberth, B. coli comrn., B. delà diphtérie, de la tuberculose. Spirilles du choléra, Strej)tococcus pyogcnes, Sta[»bylococcus pyogenes aureus. Bactéridie charbonneuse pourvue de spores, crachats desséchés; enfin, dans quelques cas, nous avons mis en expérience du vaccin desséché, dans le but d’ex|)éi'imenter sur un agent pathogène voisin de celui des fièvres éruptives.
Les pulvérisations ont été faites, dans une première série d’expériences, avec le pulvérisateur Vermorcl, qui mouille beaucoup, ou avec le j)ulvérisateur Geneste et llerscher grand modèle; dans une