CHAPITRE XXII
DÉSINFECTION DES LATRINES, DES MATIÈRES FÉCALES, DES CRACHATS, DES FUMIERS
ASSAINISSEMENT DES CHAMPS DE BATAILLE
I. Désinfection des latrines. — Désinfection et stérilisation des matières fécales et des urines. — Désinfectants en usage ; sulfates de fer et de cuivre, chlorure de zinc, chlorure de chaux, eau de chaux, huile lourde de houille, crésyl, lysol. Valeur de ces désinfectants. — II. Désinfection des crachats par la chaleur et par les procédés chimiques. — III. Désinfection des fumiers. — Destruction des ordures, des objets de pansement, etc.
Assainissement des champs de bataille. — Danger de l’infection du sol à la suite des grandes batailles. — Conditions dans lesquelles doivent se faire les inhumations. — Crémation. — Procédés d’assainissement des champs de bataille. — Procédé Créteur, etc.
I. Désinfection des l.orines et des matières fécales — Lorsque les latrines sont bien construites et bien entretenues, lorsqu’elles sont garnies de siphons et de réservoirs de chasse, il n’est pas nécessaire d’avoir recours aux désinfectants. Si l’installation des latrines est défectueuse (latrines sur fosses fixes ou sur tinettes, sans siphons, ni réservoirs de chasse, etc.), on doit au contraire employer souvent les désinfectants pour combattre les mauvaises odeurs qui s’en dégagent.
Dans les hôpitaux, il est nécessaire de désinfecter les matières
I. E. Vallin, Traité des désinfectants, p. 617. — GEm.ocsKY, Versuchc über prakt. Desinf. Braunschwcig, 1889, et Wiener medic. Wochenschr., 1889. — Ukfelmann, Berlin, klin. Wochenschr., 1889, n“ 25. — Dbosshacii, Désinfection des fosses d’aisances, Wiener mecl. Presse, 1892. — Gartneh, La tourbe dans la désinfection des selles. Consid. gén. sur la désinf. des matières fécales, Zeiischr. f. Hygiene, 1894. — H. Vincent, Sur la désinfection des matières fécales. -Ina. de Vinst. Pasteur, 1895, p. i.
Sol
l’écales des malades qui sont atteints de dysenteiâe, de fièvre typhoïde ou de choléra; mais ici, il ne s’agit plus seulement de supprimer les mauvaises odeurs, il faut détruire les microbes pathogènes qui se trouvent dans les matières fécales.
C’est surtout dans l’étude de cotte question de la désinfection des latrines et des matières fécales qu’on s’aperçoit des inconvénients de la double acception donnée au mot désinfection.
En temps ordinaire, lorsqu’on fait usag’e des désinfectants dans les latrines, on se propose surtout <le supprimer les mauvaises odeurs, de même lorsqu’on prescrit de désinfecter les selles d’un malade; mais, comme il arrive souvent que les matières renferment des g'ermesqui peuvent servir à propager des maladies épidémiques (fièvre typhoïde, choléra), il est souvent indiqué d’employer pour leur désinfection des agents capables de détruire ces germes.
Le meilleur désinfectant des matières fécales serait celui qui, tout en supprimant les mauvaises odeurs, aurait des propriétés antiseptiques énergi(|ues ; mais ces deux j)ropriétés se trouvent rarement réunies dans un même corps, au même degré; certains antiseptiques énergiques ne détruisent pas les odeurs que répandent les latrines mal construites ou mal tenues, et d’autres corps, dont les propriétés antiseptiques sont faibles, sont au contraire très efficaces contre les mauvaises odeurs.
On s’explique ainsi le désaccord qui existe souvent entre les auteurs sur la valeur des désinfectants en question, les uns appréciant ces agents au point de vue de la destruction des mauvaises odeurs, les autres au point de vue de la stérilisation des matières fécales.
Lorsqu’on veut apprécier un produit destiné à la désinfection des latrines et des matières fécales, il faut évidemment l’envisager à ce double point de vue.
On doit tenir grand compte aussi du prix de revient; il importe de donner toujours la préférence aux produits les moins coûteux.
Les désinfectants des latrines et des matières fécales peuvent être classés ainsi qu’il suit :
1° Sels minéraux agissant par double décomposition sur les gaz auxquels donnent naissance les matières fécales et les urines en fermentation : sulfates de fer, de cuivre, de zinc, chlorure de zinc; (]uclques-uns de ces sels, le sulfate de cuivre en particulier, ont en outre des propriétés anliseptiipies énergiques.
2° Produits qui agissent sur les gaz des latrines et sur les microbes en donnant naissance à un dégagement de chlore : chlorure de
chaux OU liypochlorite de chaux, liypochloriles de soude et do potasse. Le procédé Hermite rentre dans cette catégorie.
3° Chaux, soude, potasse.
4° Acides, acide chlorhydrique en particulier.
Huile lourde de houille, crésyl, lysol.
La solution de sublimé à 1 p. 1000, mélangée à parties égales à des matières fécales, ne les stérilise pas et n’agit pas sur les mauvaises odeurs; à dose plus forte, le sublimé serait trop coûteux; le sublimé est donc un très mauvais désinfectant des matières fécales; il ne doit jamais être employé pour cet usage.
L’acide phénique est également un mauvais désinfectant des matières fécales. La solution d’acide phénique à 5 p. 100 mélangée, à parties égales, à des matières provenant de typhoïdiques, ne détruit les bacilles qu’au bout d’une heure (Uffelmann). En traitant les matières fécales par l’acide phénique à la dose de 10 grammes par litre, on n’obtient, au Ijout de 24 heures, qu’une stérilisation très incomplète (Vincent). L’acide phénique a d’ailleurs une odeur assez désagréable et son prix est assez élevé; l’acide phénique impur se vend, pris en gros, 0 fr. 40 le kilogr.
La tourbe a été rangée, à tort, par quelques auteurs au nombre des antiseptiques des matières fécales, la tourbe n’a pas de propriétés antiseptiques, c’est un absorbant qui empêche la décomposition des matières fécales et des urines, comme font la terre sèche et les poussières sèches en général. Nous avons déjà eu l’occasion de parler des avantages que présente la tourbe à ce point de A'ue- (p. 732).
1“ Sulfates de fer, de cuivre et de zinc, chlorure de zinc. — Ces. sels sont très employés pour la désinfection des latrines, ils enlèvent bien la mauvaise odeur que dégagent souvent les latrines et les urinoirs, odeur qui est due principalement à l’ammoniaque qui se forme par suite de la fermentation dos urines et à l’hydrogènesulfuré.
Le siUfate de fer, en présence de l’ammoniaque et du sulfhydrate d’ammoniaque, donne du sulfure do fer insoluhlo et du sulfate d’ammoniaque; avec les sulfates de cuivre et de zinc, il seproduit des réactions analogues.
Le sulfate de fer présente de grands avantages; on le trouve partout et à très bon marché (7 à 8 francs les 100 kilogr.); il esl d’un emploi facile, enfin il ne donne pas aux matières fécales depropriétés nuisibles au point de vue de leur utilisation agricole, contrairement à ce qui arrive avec les sels de plomb et de cuivre.
La désinfection au sulfate de fer est en usage dans rarniée fran- (•aise depuis 1852. l*our désinfecter par ce jirocédé une lalrine de caserne, on jette chaque jour dans cette latrine autant de fois 25 grainines de sulfate de fer que la caserne a d’habitants; de même pour les baquets des locaux disciplinaires.
Il ne faut pas diluer le sulfate de fer; il y a toujours trop d’eau dans la fosse, s’il s’agit de latrines à fosses fixes; et, s’il s’agit de lati'ines à tinettes filtrantes, le sulfate de fer dissous dans l’eau est trop vite entraîné.
Le sulfate de fer a l’inconvénient de produire sur le sol des taches noires de sulfure de fer, et ses propriétés antiseptiques sont très faibles, 50 à 60 kilogr. de sulfate de fer ne stérilisent ijue d’une manière très imparfaite l'““ de matières fécales.
Le sulfate de cuivre a des propriétés antiseptiques beaucoup plus acth'es que le sulfate de fer. D’après Gerlocsky, pour stériliser l'"'‘de matières de vidange, il faut employer 20 kilogr. de sulfate de cuivi'e; d’après Drossbach 16 kilogr. suffisent.
A la dose de 6 à 7 kilogr. par mètre cube, le sulfate de cuivre détruit, en 2i heures, dans les matières fécales, les bacilles de la fièvre typhoïde et le B. coH communis. Le bacille du choléra est détruit en moins do 12 heures avec une quantité de sulfate de cuivre égale à 4,5 p. 1000 (Vincent, o;j. cü'6) ; mais le sulfate de cuivre agit moins bien que le sulfate de fer sur les mauvaises odeurs et il coûte plus cher.
Le chlorure de zinc est souvent employé pour la désinfection des matières fécales ; le liquide de Saint Luc, en usage dans les hôpitaux militaires, a pour principe actif le chlorure de zinc. Au contact de l’ammoniaque et de l’hydrogène sulfuré, le chlorure de zinc se décompose et il se forme du sulfure de zinc et du chlorhydrate d’ammoniaque.
Le chlorure de zinc, très efficace contre les mauvaises odeurs qui se dégagent des orifices de chute des latrines, est un médiocre antiseptique.
2" Chlorure de chaux ou hu-pochlorile de chaux, hyqwchlorites de soude et de isolasse '. — Le chlorure de chaux est em[)loyé depuis très longtemps pour la désinfection des latrines et des urinoirs; il a été utilisé surtout pour supprimer les mauvaises odeurs qui s’en dégagent.
On sait que, sous le nom do chlorure de chaux, on désigne dans le