EXPERTISES DES MATIÈRES VESTIMENTAIRES
colUraiie.Oue les Iluides développés de celle manière se distribuent à la périphérie du corps, et lui iinpriniont un certain degré de tension, ou qu'ils réagissent en se recomposant, ils exercent une influence peu marquée, mais réelle, qui fait partie des mérites ou des inconvénients des vêtements de laine ou des fourrures, et qui se traduit par des stimulations circonscrites et répétées sur l'élément vasculaire ei nerveux de la peau.
§ 11. — Expertises auxquelles peuvent donner lieu les matières vestimentaires présentées pour Parmée.
Les médecins ou les officiers de divers services sont fréquemment appelés à vérifier la qualité des étolfes destinées à servir pour la confection des vêtements militaires; en dehors des conditions de métrage, de poids, d'épaisseur, cpii sont facilement appréciées, de la résistance que l'on mesure au moyen d'un dynamomètre spécial , l'expertise peut avoir pour but de vérifier la nature même de la matière employée.
Les prix, éminemment (lifférents des matières textiles, amènent les fabricants à les mélanger entre elles , dans le but de combiner un tissu peu estimé ou à bon marché, avec une matière plus estimée ou plus chère, de manière que le premier soit aussi peu apparent que possible, et que, de cette façon, l'élofTe soit, à l'œil, semblable à un autre tissu confectionné avec une substance supérieure. Dans l'industrie et le commerce libres, ces procédés .sont parfaitement autorisés, lorsque l'acheteur est prévenu de la qualité de l'étoffe, mais au point de vue des fournitures n)ililaires, elles constituent un délit doublement criminel. En présentant une étoffe différente de celle que lui impose son cahier des charges, le fournisseur commet un vol, avec abus de conliance, au préjudice de l'État, et de plus, il compromet la santé et la vie des soldats eux-mêmes, qui ne trouvent plus dans leur vêtement les qualités protectrices qu'ils sont en droit d'en attendre.
La justice punit de semblables délits, l'opinion les llétrit sans doute, mais les pénalités prévues par les lois semblent hors de proportion avec le dommage causé, puis(ju'il peut se traduire par la maladie et la mon d'un grand nombre d'hommes. Aussi, sans vouloir émettre une opinion personnelle sur un sujet aussi grave, nous comprenons cependant les procédés de justice sommaire de quelques généraux qui, dans des circonstances semblables et, profitant des lois de la guerre, firent juger par une cour martiale et fusiller des fournis.seurs reconnus coupables de pareilles ma-
iiœuvres, assimilées par la cour martiale à une « lentalive d'homicide ». Dans le cas particulier, il s'agissait d'adultération de farines; mais que la fraude porte sur des vivres, des vêtements ou des souliers, le crime est le même.
I. Examen des tissus de laine. — Au microscope, la laine se présente
pas à brider lorsqu'on l'enlève de la flamme; elle s'éteint immédiatement et il reste, à l'extrémité brûlée, une masse charbonneuse noire, plus épaisse que la fibre elle-même.
II. Examen des tissus de coton. — Le coton se présente sous la forme de fibres longitudinales, diaphanes, rubanées, légèrement aplaties et un peu plus épaisses sur leurs bords qu'au centre (fig. 91 A), fréquemment enroulées les unes sur les autres en forme de tire-bouchon ; elles sont percées d'un canal central;, quelquefois rempli de matières extractives, mais généralement oblitéré. Quand on présente une fibre de coton à la flamme, elle brûle sans dégager d'odeur désagréable ; en la retirant de la flamme.
sous la forme de fibres, rondes, transparentes ou légèrement opaques, et semble constituée par une série de cornets s'emboîtant les uns dans les autres (fig. 90), dont la base est figurée par de petites stries transversales ; à leur niveau la fibre elle-même, est un peu plus large; d'autres stries, beaucoup moins prononcées, existent encore dans le sens longitudinal. Au centre de la fibre se trouve un canal, le plus souvent oblitéré. Lorsque la laine vieillie est usée par les frottements, les stries transversales, la forme en cornets, disparaissent presque complètement et la laine se présente alors sous forme de fibrilles, sans texture régulière, comme on peut le voir dans la partie gauche de la figure 90.
Fig. 90. — Fibre de laine, vue à un grossissement de 285 diamètres. (E.
Parkes.)
La fibre de laine brûle au contact de la flamme, en répandant une odeur spéciale bien connue, mais elle ne continue
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elle continue à brûler (luelque temps et no présente pas à son extrémité la masse charbonneuse (pie l'on trouve dans la laine.
III. Examendes tissus de Un. — Au microscope la fibre de lin se présente sous la forme de cylindre (fig. 91 B), non aplati ; elle est caractérisée par une cavité intérieure et demeure plus droite et plus roide que la fibre de coton ; elle est marquée, à intervalles réguliers , d'étranglements et de nianières de nœuds. Lorsqu'elle a été tissée et qu'on l'examine en la développant, elle conserve en pîirtie 9i- - ^'^ ^"^ - \ i^'Uies tic coton
' préparées pour le tissage, grossissement de 400 oiamètres.
la disposition à s'enrou- — B. Fibres de lin avant le tissage.— G. Les mtSmeSj pro-
, , venant d'une étoffe tissée et ayant été développées. 1er, surtout lorsqu on
l'examine sous l'eau (fig. 91 C). Au contact de la flamme, la fibre de lin présente les mêmes phénomènes que la fibre de coton.
IV. Examen des f issus de soie. — Dans l'industrie et la pratique générale, la soie prend une importance de plus en plus grande, mais comme elle n'entre dans aucune partie du vêlement militaire, il semblerait inutile de s'y arrêter spécialement dans cet ouvrage. Disons cependant que la libre de soie est lisse, cylindrique, amorphe, de diamètre uniforme, sans cavité intérieure et sans rétrécissement; elle se distingue facilement du fil de laine d'un diamètre inégal, recouvert d'écaillés, et de la fibre de coton, qui est aplatie, rubanée et tordue. La fibre de soie brûle en dégageant son odeur spéciale, connue, et, retirée de la flamme, présente une petite masse charbonneuse comme la laine.
Déjà, on le voit, par la seule inspection microscopique et sans réactifs spéciaux, on peut résoudre le problème qui se pose à chaque instant dans les commissions militaires : tel tissu est-il uniquement composé de laine, n'olîre-t-il pas de fibres de coton, ou tel tissu présenté, comme de la toile, n'est-il pas mélangé de coton ou d'autres fibres végétales ? On peut, au
moyen de quelques procédés fort simples, acquérir un complément de certitude qu'il ne faut jam.iis négliger.
y . Mélange de laine et de coton. — Supposons d'abord un tissu de laine, suspect de mélange avec des fibres végétales. L'ébullilion dans une solution de potasse donne un résultat décisif : la laine se dissout, le coton et le lin, c'est-à-dire la cellulose, ne se dissolvent pas. En plongeant le tissu dans de l'acide azotique de 1,2 à 1,3 de densité, la fibre de laine se teint en jaune, mais non le lin ou le coton ; la solution aqueuse d'acide picrique donne également une coloration jaune à la laine et n'altère pas la fibre végétale. En faisant bouillir une dissolution de fuschinedans une lessive alcaline, on obtient un liquide qui d'abord laisse incolore le tissu de laine et de coton que l'on y plonge, mais si l'on met ensuite l'échanlillon dans l'eau froide et si on le lave bien, la laine prend une couleur rouge intense et le coton reste absolument incolore. L'azotate de proioxyde de mercure donne, avec les fibres animales, une couleur rouge intense, qui passe au noir par l'addition d'un sulfure alcalin métallique; le lin et le coton ne sont pas altérés par ces réactifs.
En combinant ces expertises avec l'examen microscopique, pratiqué avant et après l'emploi des réactifs, on pourra donc arriver à se prononcer sur la qualité d'une étoiïe de laine suspecte. Nous eng.igeons cependant les experts à pratiquer toujours une contre-expertise, destinée à rendre encore plus évidents, à eux-mêmes et à ceux qui les consultent, les pliénomènes caractéristiques qu'ils ont pu découvrir.
VI. Mélange de coton et de lin. — Les fibres de coton et de lin, fréquemment mélangées entre elles dans les tissus fournis par l'industrie, peuvent être diiïérenciées les unes des autres par les caractères microscopiques ci -dessus énoncés; il convient cependant de recourir à quelques expertises destinées à fournir un complément de certitude. Celte question, en fait assez délicate, a fait l'objet de recherches nombreuses, dont la variété même indique que l'on ne semble pas être arrivé de prime abord à une solution très-salisfaisanle. Aussi, voulant demeurer sur le terrain exclusif de la pratique, n'envisagerons -nous ici qu'un seul procédé, le dernier en date et le plus précis; il est actuellement connu dans l'industrie sous le nom de procédé Vétillart, du nom de son inventeur, qui l'a soumis à l'Académie des sciences le 23 mai 1870, ainsi qu'aux ministères de la guerre et de la marine (1).
(1) Consultez, à ce sujel^ 1 instruclion publiée par le ministère de la marine, sous
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Le procédé de Ri. Vélillart est basé sur l'examen microscopique, combiné avec ia coloration obtenue par l'acide sulfnrique et l'iode, coloration bleue (iodure d'amidon), ou jaune, due simplement à l'iode, suivant les dillérents lissus.
Avant de procéder à l'expertise, les fibres éo^tœs doivent être préalablement tenues pendant une demi-heure dans une dissolution faible de carbonate de soude, puissécbées; les libres apprêtées sont traitées par une eau bouillante légèrement alcaline ; les fibres teintes doivent être décolorées autant que possible. On dispose alors sur le porte-objet du microscope (juel(|ues fibres de 6 h 8 millimètres de longueur, en les imbibant de glycérine pour les rendre plus transparentes, et on les recouvre du verre mince.
Si l'on veut essayer la réaction à l'iode, on a, au préalable, plongé les filaments dans une solution d'iodure de potassium au 1/100, légèrement additionnée d'iode ; après quelques minutes d'imbibition, les filaments ont été un peu desséchés sur du papier à filtre, et enfin placés sur le porte-objet et recouverts avec le verre mince.
L'acide sulfnrique est alors mis en contact avec les filaments, en en déposant quelques gouttes sur l'un des côtés du verre ; trop concentré, cet acide décomposerait la cellulose en la gontlaiil, il faut donc l'étendre d'eau ou de glycérine. M. Vétillart propose un mélange de 2 volumes de glycérine, 1 volume d'eau distillée et 3 volumes d'acide sulfuriqueà 66 degrés.
Si l'on veut examiner les coupes transversales des fibres, on solidifie ces dernières en les plongeant dans une colle liquide à base de gélatine, et lorsqu'elles sont assez résistantes , on les enchâsse dans le coupe-objet puis l'on pratique des sections aussi fines que possible.
Les caractères fournis par les différentes fibres apparaissent alors avec une précision remarquable, et permettent de les distinguer facilement entre elles. Voici quels sont ces principaux caractères : Il s'entend que les colorations eont toujours obtenues par l'iode et l'acide sulfnrique.
Lin. — Filaments formés de fibres de 1 à 6 centimètres, lisses, réunis en faisceau, faciles à séparer au moyen d'une aiguille. Diamètre uniforme, colorés en bleu, quelquefois en lie de vin. Canal fin au centre, coloré en jaune.
le titre de Manuel ou exposé de la méthode pratique à suivre dans l'examen des nia-' tières textiles d'origine végétale t procédé Vélillart. Paris, 1872; — et Roucher, Dus filaments végétaux emploijés dans l'industrie, procédé de M. Vétillart (Ann. il'hyg. etdeméil. légale, '2*^ série, t. XL, p. G/i. 1873).
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Coupes transversales polygonales, colorées en jaune au centre, en bleu sur les bords.
Chanvre. — Fibres fortement agrégées, de même longueur que celles du lin, mais plus grosses et moins lisses. Extrémités grosses et courtes en forme de s|iatule. Coloration bleue ou bleu verdàtre.
Coupes transversales sous forme de fibres enchevêtrées, très-adiiéreutes. Chaque fibre colorée en jaune près du bord, le reste en bleu.
Coton. — Fibres isolées, tortillées, rubanées, plissées au milieu, extrémités larges. Coloration bleue. Coton longue soie, fibres de 25 à ZiO millimètres, courte soie de 10 à 20 millimètres.
Coupes transversales isolées, arrondies, forme de rognon. Coloration bleue avec teinte jaune à l'intérieur et à l'extérieur.
Jute. — Fibres adhérentes, bords ondulés, difficiles à séparer, de 1 ,5 à 5 millimètres. Canal central, large, inégal, vide, extrémités plates. Coloration jaune.
Coupes transversales adhérentes, polygonales, coloration jaune, plus foncée sur les bords du polygone.
China-grass, — Fibres longitudinales isolées, de 5 à 12 centimètres, grosseur variable, canal central souvent rempli d'une matière jaune, grenue. Coloration bleue.
Coupes transversales, irrégulières, à angles rentrants, coloration bleue, la matière en jaune.
Phormhim tenax. — Faisceaux vasculaires des feuilles, divisibles à l'aiguille en fibres roides, régulières, de 5 à 12 millimètres, bords enroulés, extrémités fines, s'amincissanu Coloration jaune.
Coupes transversales comme celles du jute, à angles un peu arrondis. Cavité large, arrondie. Coloration jaune.
Malgré la précision de ces indications, nous engageons cependant le lecteur à étudier lui-même ces différentes réactions par des essais personnels, et à consulter les planches très-remarquables que l'on trouvera dans le manuel précité, publié par le ministre de la marine, et qui sont reproduites dans les Annales d'hygiène (1).
(1) G. Roucher, Méni. précité.