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COIFFURE

ARTICLE II. — Forme et disposition du vêtement du soldat.

§ I. — Coiifurc.

Les différents types de coiffures militaires adoptées dans les armées ont varié à l'infini ; jadis elle était uniquement considérée comme arme défensive, car les Grecs et les Romains ne se couvraient guère la tète qu'à la guerre et, même en marche, ils portaient leur casque suspendu, par sa jugulaire, à leur épaulegauche. En France, jusqu'à Charles VU, le haume de fer et le casque à cimier furent seuls en honneur; puis plus tard vint le chapeau de feutre, qui resta longtemps la seule coiffure militaire aux xvir et xviil^ siècles ; depuis on a multiplié les essais sans arriver jamais à une solution satisfaisante, car un modèle était à peine adopté que l'on s'empressait d'en étudier un autre. Sans remonter aux shakos en tronc de cône renversé des armées de l'Empire et de la Restauration, nous avons depuis vingt ans six types différents, dont le plus récent semblait toujours réaliser un progrès sur son prédécesseur; la cause de ces variations provient évidemment de ce que l'on n'est point parti de principes scientifiques, et que l'on a trop sacrifié à la mode qui s'impose, en France, même dans les choses militaires.

La coiffure militaire type est celle qui, aussi légère que possible, emboîte bien la tète du soldat, dont le centre de gravité se trouve sur la même verticale que celle du crâne, et dont le poids se répartit bien sur la circonférence et non en avant, comme dans les shakos inclinés sur le front, ou en arrière, comme dans les anciens casques de cuirassier ; elle doit le protéger du soleil et de la pluie, garantir de l'un et de l'autre son visage en avant, son cou en arrière, ses oreilles sur le côté, et cependant ne pas être trop large pour ne pas donner prise au vent. .Jadis elle devait encore lui servir d'arme défensive ; mais actuellement, au moins pour l'infanterie, celle indication peut être négligée, car on ne s'abordera guère à l'arme blanche; la cavalerie, en particulier, ne peut que rarement s'approcher de fantassins armés de fusil à tir rapide. Dans ces conditions, on arrive à construire une coiffure de forme à peu près hémisphérique, comme celle de la tète, avec un prolongement en avant sous forme de visière, un couvre-nuque en arrière, reliés entre eux par une aile latérale ; la forme fatalement imposée à la logique est donc celle d'un casque assez bas. L'armée allemande et l'armée russe possèdent seules ce modèle de coiffure pour l'infanterie ; malgré des modifications récentes dans ses dimensions, leur casque est encore un peu trop volumineux et alourdi par des ornements.

I. Coiffure de V infanterie. — Le casque porté par presque tous les corps de l'année allemande est en cuir et de forme légèrement ovoïde ; les

derniers modèles se rapprochent de plus en plus de la forme sphérique; il pèse 500 grammes, est muni de jugulaires métalliques , sa visière et son couvre-nuque descendent assez bas (lig. 92).

Les coiffures de l'infanterie auirichienne, belge, anglaise et française, consistent en shakos plus ou moins légers, plus ou moins adaptés à la tête. Noire modèle actuel, qui date de 1872, est bas; il est fait de carton et de cuir, recouvert de drap (fig. 93), et ne mesure que 11 centimètres de hauteur en avant, \.\x en arrière; son poids est de 6 25 à Zi35

Fig. 92. — Casque en cuir de l'armée allemande (modèle général).

grammes; la visière a élé, avec raison, inclinée de 15 degrés pour garantir les yeux, mais il lui manque un couvre-nuque. Il est vrai qu'il est recouvert

d'une toile imperméable que l'on peut abaisser en arrière en cas de pluie; il est d'expérience que le soldat n'use jamais de celte faculté. Les couvre- nuque flottants doivent en effet être très-longs, sans quoi pendant la marche, par suite du mouvement de va-et-vient imprimé par la tête, ils frottent sur le collet de l'habit et font bientôt remonter l'eau qui ne tarde pas à mouiller le cou ; ils sont alors plus nuisibles qu'utiles. De plus, ce couvre-nuque ne protège pas du soleil, car lorsque les rayons solaires sont ardents, il devient intolérable, en empêchant l'air de circuler autour du cou. Le couvre-nuque réellement utile doit être adhérent à la coiffure, assez long pour faire l'office de gouttière, assez relevé pour laisser l'air circuler en dessous, et disposé de façon à ne pas se heurter contre le sac de l'homme. A ce point de vue, le shako porté par la landwehr prussienne, par les

Fig. 93. — Shako de l'armée fruiKjaise (infanterie, artillerie, génie, etc. (modèle 1872).

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cliasseiirs, le train et (luelques autres corps, ne laisse pas que d'être plus avantageux. Ce shako (fjg. 9Zi) est en cuir, il est garni d'une visière trèsinclinée et d'un large couvre-nuque, prolongeant la coilTure en arrière. Il n'est pas plus lourd que le shako français.

Le carton, le drap, le cuir, ont Hé employés pour la confection de la coiffure militaire; la seule indication que l'hygiéniste réclame est la légèreté, jointe à l'imperméabilité; il y aurait lieu de rechercher si le feutre imperméable et suffisannnent foulé ne saurait être convenablement employé, ^.^^ 9,,.„ shako de l'armée prus-

car le carton et le drap, collés l'un sur sienne (iandwehr, train, chasseurs, etc.

l'autre, finissent à la longue par se désunir; l'humidité ijénètre bientôt entre les deux couches, la légèreté et l'imperméabilité sont alors compromises. Une autre indication hygiénique indispensable est la ventilation de la tête, que l'on obtient, plus ou moins suffisamment, en perçant le shako de deux orifices situés l'un en face de l'autre, à sa partie supérieure, et que l'on garantit au moyen d'un petit grillage métallique sous forme de bouton (fig. 93). — Le casque allemand est également ventilé au moyen d'un dispositif assez ingénieux; àceteiïet, la pointe du casque (fig, 100) est formée à sa base de deux cylindres, s'emboîlant à frottement dur, et présentant latéralement des ouvertures qui peuvent être mises en rapport, entre elles ou avec le plein du cylindre. En faisant tourner plus ou moins ces deux cylindres l'un dans l'autre, on ouvre ou l'on ferme à volonté les bouches d'appel (1).

L'armée espagnole, suivant en cela les lois de la physique, a adopté pour coiffure un petit shako assez léger, de forme du reste peu logique, car le centre de gravité est trop en av.mt, mais entièrement recouvert d'élofl'c blanche, ce qui paraît avantageux au point de vue de l'absorpt ion dos rayons solaires. De tous temps, les armées employées dans les pays chauds ont fait usage de coiffures blanches; nos soldats, en Algérie, au Mexique, en Chine, ont reçu des coiffes ou couvre-nuques floltants en coton blanc, et lorsqu'ils n'en avaient point, ils y suppléaient au moyen de leurs mouchoirs placés entre la tète et le képi, les bouts demeurant llotlanis. Aux Indes,

(1) E. F. Kavencz, De l' Iwbillcinrnl arhwl ,l„ snhlnl. Tli. de l'ari.s, 187/i. MORACHE. — Ilyg. iiiilil. 37

l'armée anglaise fait usage d'un casque léger en moelle d'aloès avec couvrenuque, recouvert tout entier d'élolFe blanche. En Cochinchine, les troupes de la marine ont le salacco, large chapeau en forme de champignon, emprunté aux troupes espagnoles des Philippines. Dans ces dernières coiffures, la tête se trouve emboîtée par un disque sur lequel repose le fond du chapeau, au moyen de petites tiges cylindriques, en sorte que l'air circule librement autour de la tête. Le docteur Judée a proposé un modèle de couvre-nuque et une coiffure basés sur ces principes, et composés essentiellement par une calotte d'étoffe se terminant par deux longs bouts flottanis ; la calotte serait placée entre la tête et la coiffure, et absorberait la transpiration ; ce système n'est autre chose que la réglementation de l'usage adopté par les soldats de placer le mouchoir sur la têle; il n'y aurait que des avantages à distribuer les couvre-nuques du docteur Judée aux troupes destinées à agir dans les pays chauds.

En Europe, les rayons solaires sont rarement assez intenses pour que la coiffure type soit créée en vue seulement de leur résister ; elle doit, avant tout, protéger de la pluie et rester cependant assez légère pour que le soldat ne s'en débarrasse pas, dès le début de la campagne, comme il a fait des shakos et surtout des bonnets à poil en Grimée, en Italie et pendant la campagne 1870-71. Plus logique que le règlement, il sentait parfaitement que ces coiffures le gênaient plus qu'elles ne le protégeaient, et les officiers, partageant les mêmes sentiments, devaient fermer les yeux. Le soldat doit avoir une coiffure dont il apprécie les avantages, et celle-là, il la gardera, à coup sûr.

En dehors de la coiffure permanente, il est généralement admis que le soldat doit en posséder une seconde, plus légère, beaucoup plus souple, qui lui serve aussi bien la nuit pour se garantir du froid, que le jour pour faire les corvées. Primitivement, cette seconde coiffure n'était en France autre chose que le classique bonnet de coton, devenu bonnet de laine sous la République et l'Empire ; il enveloppait la têle entière pendant la nuit, le

jour on le repliait d'une certaine façon ; il devint, par transformation, le classique bonnet de police aplati, coiffure presque ridicule qui ne tienl pas sur la têle, ne la

iMg. 95. -Képi de larmée française, g^^'^^^it ni du soleil, ni dc la pluie, ni du ancien modèle. froid, qui n'est bonne ni le jour ni la

nuit. Nos guerres d'Afrique ont introduit l'usage de la casquette, que l'on

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