VÊTEMENT DU TRONC
à sa poitrine cet aspect rebondi que l'on s'imaginait agréable à l'œil. Que le vêlement soit fermé par une simple ou par une double rangée de boutons, ceux-ci ne doivent pas être en grand nombre, car ils constituent alors line véritable colonne rigide, grâce à laquelle l'homme ne peut se baisser sans diiïicullé. Il semble que la fermeture à deux rangs, donnant une épaisseur double au vêtement, précisément au niveau de la poitrine et de l'estomac, régions qu'il importe de soustraire aux refroidissements, soit pariiculièrement avantageuse, mais à la condition que le vêtement ne perde par là rien en souplesse. Les entournures des manches sont taillées avec le plus grand soin, garnies de pièces [de toile destinées à absorber la transpiration, et suffisanmient larges pour ne point irriter par le frottement les parois de l'aisselle. L'oubli de ces précautions est une cause fréquente d'adénites axillaires, affection assez commune dans l'armée, dont personne n'ignore la gravité.
Le vêtement militaire doit dépasser la ceinture, afin de proléger le ventre, mais ne pas atteindre la partie moyenne des cuisses, sans quoi le fantassin en serait notablement gêné, dans la manœuvre du tir couché ou à genou, et bien plus encore le cavalier; chez lui les basques s'engageraient, en faisant des plis, entre la selle et les cuisses.
Dans ces conditions, il n'est pas difficile d'établir un vêtement pouvant servir aux fantassins de toute aruïe et même aux cavaliers, ce qui simplifierait très- notablement les approvisionnements. Il est remarquable, en effet, (jue, dans le cours des campagnes, où l'on est obligé de laisser aux officiers une certaine tolérance, ceux-ci se hâtent d'abandonner leurs vêtements réglomenlaires pour adopter toujours le même type de vêtement, celui d'un veston plus ou moins long, plus ou moins large, mais dont il serait facile de faire un vêtement définitif et réglementaire. Il semble que rien ne devrait être plus logique que d'accepter, pour la guerre, le vêtement que tout le monde prend spontanément pour la chasse ou la marche à pied ; malheureusement, on semble retomber toujours dans les mêmes errements en sacrifiant la pratique à la tradition et le commode à une prétendue élégance.
Sous ce rapport, l'armée française est en progrès véritable ; il n'y a plus dans ses rangs que deux formes principales de vêtements : la tunique pour l'infanterie ou la cavalerie de réserve et de ligne, le veston militaire, sous le nom de dolman, pour l'artillerie, le train et la cavalerie légère. On se demande, il est vrai, pour quelle raison, dans celte même cavalerie légère.
destinée au même rôle pendant la guerre, certains régiments, les hussards, sont couverts de brandebourgs blancs, fort difficiles à entretenir propres, ruineux pour les officiers, s'ils les portent en argent, et disseml)lables à ceux de la troupe qu'ils commandent, s'ils les portent noirs, comme les chasseurs. On se demande également la raison de ces collets à couleur tranchante, jaune, blanc, écarlate, dont il n'est nul besoin pour distinguer les armes entre elles, un fantassin pouvant difficilement être confondu avec un dragon, ou un hussard avec un artilleur.
Les soldats de certaines armes conservent encore sur leurs épaules un appareil spécial, les épaulettes, vestige du nœud de rubans que portaient les officiers au xviii" siècle. Quoique illustrée par la légende, l'épaulette ne semble pas présenter un avantage réel. Elle ne peut être gardée sur la tu- Jiique quand le soldat met la capote, elle le gêne encore bien plus quand il veut se coucher. Si on la considère comme servant de coussin pour amortir le frottement de la bretelle du sac, elle serait avantageusement remplacée par une patte d'épaule, comme en portent toutes les armées, sauf l'armée française. Quant à l'épaulette de métal des officiers, elle est encore plus gênante, en raison de sa rigidité. Elle coûte cher, doit être souvent renouvelée et n'est pas nécessaire pour distinguer les grades, puisqu'on ne la porte qu'en grande tenue, et jamais en campagne. Si elle n'est donc qu'un ornement et une source de dépenses pour le budget si restreint de l'officier, elle ne saurait point être maintenue. Du reste, la plupart des armées européennes l'ont abandonnée.
L'armée allemande, presque tout entière, porte la tunique ; seuls les hussards ont conservé le dolman ; il en est de même des armées russe, italienne, espagnole; les Autrichiens ont adopté pour toute l'armée en campagne un vêtement plus pratique, sorte de blouse un peu ajustée. En France, la garde mobile avait reçu, lors de son organisation, une tunique calquée sur le modèle de la blouse autrichienne ; il est fort regrettable qu'elle n'ait pas été conservée pour l'infanterie, car jamais on n'avait connu vêtement plus commode. En Angleterre, l'infanterie, gardant toujours sa couleur nationale, possède également une tunique écarlate, admirable cible offerte aux coups de l'ennemi ; mais, malgré le respect du passé, qui fait loi en Angleterre, tout fait supposer que l'on en viendra prochainement à une nuance moins dangereuse et que les reds coats ne seront bientôt plus qu'un souvenir.
Le vêtement devant être, en principe, un moyen de protection et jamais