VÊTEMENT DES MEMBRES INFÉRIEURS
une gcMie, il serait logicjue de le modifier suivant les fonctions de chaque corps. A ce titre, le corps de santé de l'armée réclamerait, au moins comme tenue de service ou de campagne, un vêtement moins ajusté que la tunique dont il est pourvu, agrémentée d'un col et de parements maintenus rigides par leurs broderies. Avec cet uniforme, il est à peu près impossible d'examiner un malade, de le panser, et bien plus encore de pratiquer une opération. Aussi, les médecins sont-ils obligés de l'abandonner ou de le modifier pour le service d'hôpital ou celui des ambulances. Ils gagneraient à être pourvus d'un veston ou d'un dolman, très-souple, à larges manches, faciles à relever. Quant aux insignes du grade, les médecins les voudraient aussi simples que possible, mais de même type que ceux des autres officiers, afin que le dernier soldat reconnaisse immédiatement qu'il a affaire à un médecin, et à un médecin de tel ou tel grade.
III. Vêtement des membres inférieurs. — Le pantalon doit présenter les mêmes conditions de souplesse que le vêtement du tronc ; comme lui, il doit laisser aux artirulaiions toute leur mobilité, en particulier ne pas être trop adhérent au périnée, ni trop bas cependant de la fourchette, sous peine de gêner pendant la marche. Le pantalon demi-collant paraît convenir spécialement au fantassin ; mais, pour ce dernier comme pour le cavalier, Textrémité inférieure doit pouvoir être enfermée dans la chaussure ou dans la guêtre; sans cette disposition, l'air pénètre trop facilement entre le drap et la peau et vient refroidir celte dernière ; en été, ce serait sans inconvénient ; pour la marche, et toujours en campagne, le pantalon flottant sur la chaussure doit être proscrit, ne fût-ce que pour le soustraire à la boue qui le ronge.
Le pantalon du cavalier pourrait être en tout semblable à celui du fantassin, s'il était porté dans la botte ; s'il est, au contraire, garni de tiges de cuir, et retombe sur la chaussure, il devient nécessaire de lui donner un peu plus de longueur et de le garnir de sous-pieds. En France, nous avons renoncé aux pantalons garnis de cuir dans toute leur partie interne; avantageuse peut-être au point de vue de l'économie, cette disposition était nuisible au soldat lui-même; le cuir, incessamment ciré, ne lardait pas à perdre sa souplesse, et déterminait des excoriations, des furoncles; plus encore que le drap, il s'iniprégnait des produits de la transpiralion et exhalait une odeur repoussante. En le lavant, le soldat ne faisait encore que le durcir davantage, tandis que le drap ne perd pas beaucoup de sa souplesse. Cet inconvénient n'existe pas au même titre lorsque, comme
dans le pantalon aciuel, le cuir ne commence qu'au-dessous du genou. Les armées allemande et anglaise ont encore des pantalons avec garniture de cuir remontant jus(|u'au bassin; d'autres corps sont pourvus de grandes bottes en cuir gras, pouvant remonter jusqu'au tiers supérieur de la cuisse : nous en parlerons à l'article Chaussure.
Les pantalons de toile ou de coton n'offrent pas d'inconvénients sérieux pendant la saison chaude; de plus, ils sont, en tout temps, indispensables au cavalier pour le service d'écurie, et, à ce titre, doivent figurer dans sa garde-robe ; ils ne répondent à aucune indication suffisante pour le fantassin. Si, pendant quelques mois, leur usage offre certains agréments, ils exposent aussi au danger du refroidissement après le coucher du soleil ; il serait impossible de faire changer toute la troupe de pantalons à cette heure de la journée, aussi l'hygiéniste doit-il applaudir à. leur suppression pour les armes à pied, suppression prescrite par la décision du 2U mars 1860. Exceptionnellement, dans les pays chauds et en Afrique, les pantalons de coutil sont utilisables; aussi les zouaves et tirailleurs indigènes en sont-ils officiellement pourvus ; tenant compte de la nécessité de modifier le vêlement de la troupe suivant le climat, nous acceptons cette mesure; il paraîtrait néanmoins plus hygiénique de remplacer le coutil par la serge, tissu frais et léger, mais sûr prolecteur contre le rayonnement; quelques régiments anglais de l'armée des Indes possèdent des vêtements de celle nature.
Pendant plusieurs années, l'infanterie française a fait usage du pantalon dit à la turque, dont on paraissait faire grand cas comme moins chaud et de plus longne durée. Il exigeait l'emploi de guêtres et de molletière», dont les inconvénients furent bientôt tels qu'on dut les supprimer. La molletière était, en effet, fort incommode à divers titres ; elle maintenait une compression permanente sur la jambe et prédisposait aux varices ; rapidement durcie à la suite de lavages nécessaires, elle produisait des excoriations, et, en fin de compte, transformait le vêlement du membre inférieur en quatre pièces indépendantes : le pantalon, la molletière, la guêtre et la chaussure. Fort heureusement, ou se décida à la supprimer et, avec elle, le pantalon à larges plis.
Le pantalon peut être mainienu par des bretelles ou par une ceinture adaptée au vêtement lui-même, et prenant point d'appui sur les hanches. Si ce dernier système a l'avantage de laisser plus de liberté aux mouvements des membres supérieurs, il a l'inconvénient de nécessiter une
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assez forte constriction, précisément au niveau de l'abdomen, constrictiori que les militaires ont une funeste tendance à augmenter pour faire valoir la finesse de leur taille. L'usage de bretelles élastiques semble, en définitive, très-avantageux ; elles permettent de faire remonter le pantalon un peu plus haut , de protéger davantage la région abdôminale et d'éviter l'enlre-bàillement, qui se produit très-facilement entre la ceinture du pantalon et celle du vêtement.
L'usage des bretelles est réglementaire dans les armées française, anglaise et allemande.
IV. Vêtement de dessous ou de corvée. — Outre la tunique et le pantalon, les soldats doivent posséder un vêtement plus léger, destiné, soit à être porté seul pour les corvées, exercices ou dans certains services spéciaux, soit à pouvoir être mis en dessous du vêtement principal, en hiver, et pour les factions de nuit. Dans l'armée française, ce vêtement est représenté par une veste, de coupe à peu près identique dans toutes les armes; elle s'arrête à la taille et ne protège que la poitrine et les bras : c'est un défaut capital que l'on corrigerait facilement en prolongeant le vêtement, sous forme de basque de 10 centimètres au plus; l'artillerie française vient, du reste, de recevoir des vestes taillées sur ce modèle. L'armée anglaise possède des vestes analogues ; l'arujée allemande n'a pas un modèle uniforme de vêtement de corvée pour toutes les armes.
11 semble que la veste, destinée à être à la fois le vêtement de corvée et le vêlement de dessous, pourrait être avantageusement remplacée par la chemise de laine. Les marins de tous les pays en font un usage constant, l'armée américaine l'avait adoptée pendant la guerre de la Sécession, l'infanterie de marine française en est pourvue pour le service colonial et à bord des navires. La chemise de laine, vêtement chaud et souple, se lavant facilement, d'un prix moins élevé que la veste, en ce qu'elle exige moins de façon, pouvant se porter en dedans du pantalon ou par-dessus sous forme de blouse, serait éminemment utile comme vêtement d'intérieur pour la caserne, et serait précieuse en campagne. Le soldat la mettrait sous la tunique ou sous la capote, vêtement dont il nous reste à parler.
Y. Vêtement de par-dessus. Capote-mantean. — Dans presque toutes les armées, on a reconnu la nécessité d'un vêtement plus chaud et plus ample que l'habit ordinaire, pour servir de pardessus. La plu|)art des armées ont adopté un vêtement à peu près identique, la capote, plus ou moins longue, plus ou moins ample, destinée à être portée par-dessus les
autres vèiemenls. La nécessité a forcé de modilier légèrement les formes de ce vêtemeni pour les cavaliers ; cependant, en Allemagne et en Autriche, les cavaliers font usage d'une capote très-voisine de celle des fantassins ; en France , au contraire, la capote ne ressemble guère au manteau des cavaliers ; ce dernier est à pèlerine et à manches, tandis que la capote, toujours de forme un peu étriquée, ne possède ni grand collet, ni capuchon, ni pèlerine. On vient de donner récemment un pardessus-capote identique aux officiers de toutes les armes ; il serait à désirer que l'on n'eût également qu'un seul modèle pour toute la troupe, qui fût aussi celui des officiers ; la facilité des approvisioimements gagnerait beaucoup à cette simplification. Nous avons un peu perdu de vue en France les indications du vêtement de par-dessus en diminuant son ampleur, en l'ajustant à la taille ; il s'est peu à peu transformé en vêtement pour tout faire; en Crimée, en Italie, les troupes ont laissé leurs tuniques en magasin et fait campagne avec la veste et la capote. Si la tunique est jugée superflue pour le service de guerre, elle doit disparaître comme inutile, car on ne saurait admettre que le soldat possède des vêtements de garnison et d'autres de campagne. En remplaçant la veste actuelle par la chemise de laine, en donnant à la tunique une ampleur suffisante pour que cette chemise pût être portée en dessous, on pourrait emporter le tout en campagne. Pour les marches et lorsqu'il ferait beau, le soldat porterait la tunique et la chemise de laine, ou la tunique seule ; la capote, redevenue véritablement vêtement de pardessus, ne serait mise qu'en cas de pluie, de froid ou pour les services de nuit ; en route, le soldat la porterait roulée autour du sac ou en bandoulière ; la surcharge de poids qui en résulterait serait compensée par la suppressiou de la tente-abri et de ses piquets, que nous proposons de faire disparaître de l'équipement, au moins pour les guerres européennes.
Il est à remarquer, en effet, que dès qu'il fait froid ou qu'il pleut, le soldat n'est pas suffisamment protégé, lorsqu'il n'a pour tout vêtement que la veste et la capote ; il ne possède aucun vêtement de rechange, c'est un desideratum qu'il faut corriger, sans cependant augmenter la charge, déjà excessive comme nous le verrons plus loin.
Dans des conditions spéciales, suivant la nature des services ou des campagnes, l'autorité militaire doit apporter des modifications dans les vêtements du soldat ; on a du reste agi de la sorte en tout temps. En Crimée, la troupe et les officiers ont reçu 'de vastes capotes à capuchon