‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 110 sur 241 · CHAUSSURE DU SOLDAT · texte numérisé non relu

CHAUSSURE DU SOLDAT

dites crùnéennes, des gilets et caleçons de llanclle, de grandes guêtres en feutre d'origine bulgare ; pendant la dernière guerre, les troupes de tranchées recevaient des justaucorps en peau garnie de poils, dont l'usage ne laisse pas que d'être assez antihygiénique. Ces fourrures, souvent mal préparées, contiennent encore de nombreux produits graisseux, odorants ; elles maintiennent autour du corps une chaleur excessive, à laquelle le soldat s'habitue et dont il ne peut plus se passer : de là des rhumatismes ou même des affections plus graves, lorsqu'il quitte accidentellement cette cuirasse.

D'une façon générale, les peaux d'animaux et fourrures ne sauraient entrer dans le vêtement du soldat, dont la laine doit faire tous les frais.

En temps ordinaire et en garnison, que l'on donne aux factionnaires ou autres individus exposés au froid et à l'immobilité, un vêtement supplémentaire comme le grand manteau réglementaire, rien de mieux; mais il faut que ce vêtement soit porté seulement pendant la duréf: de la faction ou du service extraordinaire, car sans cela l'homme ne le quitte plus et en retire plus d'inconvénients que d'avantages.

§ III. — Chaussure du soldat.

I. Chaussure de l'infanterie. — « Les souliers ont pour l'infanterie l'importance que les chevaux ont pour la cavalerie » , disait le maréchal Niel en 1868, dans un discours au Corps législatif; il résumait ainsi l'opinion formulée de tous temps par les militaires et les hygiénistes ; le maréchal de Saxe ajoutait même, avec raison, que l'armée, qui aurait donné à ses troupes la meilleure chaussure, posséderait sur ses ennemis un immense avantage, celui de toujours conserver ses hommes disponibles pour la marche.

La chaussure du soldat doit répondre à des conditions multiples; plus encore que pour tous les autres individus, il importe qu'elle soit souple, légère et solide, facile à mettre et à ôter, appropriée à tous les climats et à toutes les saisons, confectionnée de manière à laisser le pied sec et sain, à ne contrarier le jeu d'aucune de ses nombreuses articulations, à empêcher l'entrée du sable et de la boue. A toutes ces conditions, elle doit joindre l'avantage d'être peu coûteuse et de longue durée, enfin de pouvoir, par sa nature, être confectionnée à l'avance en grandes provisions, conservées dans les magasins de l'État, au même titre que le matériel de guerre, pour

être distribuées, au momenl de l'entrée en campagne, aux soldats que l'appel des réserves fait affluer en grand nombre dans les corps de troupe.

Dans la vie civile, chaque individu peut, en général, se faite confectionner des chaussures sur mesure, et, dans ce cas, il a des chances pour (ju'elles s'adaptent à peu près à son pied ; dans l'armée, il ne saurait malheureusement en être ainsi ; en temps de paix, les maîtres ouvriers des régiments peuvent, dans certaines limites, satisfaire à ces indications, quoique les ateliers des corps n'aient jamais pu suffire aux besoins instantanés qui se produisent lors de l'incorpoiation des jeunes soldats. Mais comment admettre qu'au moment des grandes mobilisations de troupes, il soit possible de confectionner sur mesure le nombre considérable des chaussures nécessaires? Aussi toutes les armées doivent-elle. posséder des approvisionnements suffisants pour ces éventualités, et en tout temps pour les demandes des corps de troupe. Sans doute, les chaussures faites à l'avance sont établies d'après un assez grand nombre de types différents, mais on trouve de ces pieds qui semblent ne rentrer dans aucun des types admis, leurs dimensions ne conservent pas entre elles les proportions ordinaires, ceux-là sont toujours mal chaussés et condamnés à des souffrances permanentes.

Voilà donc une première diiïiculté à laquelle il est bien difficile de parer. La seconde réside dans la forme la plus avantageuse à donner au soulier, en laissant en dehors la question , purement d'ordre économique, de la qualité même du cuir, qui doit réunir la souplesse et la résistance.

En France, de nombreux essais ont été tentés- à ce sujet, maintes fois étudié par des militaires, des médecins ou des spécialistes, et l'on ne semble point être arrivé à un accord, puisque, pour la vingtième fois peut-être une commission fut appelée en 1873 à statuer sur la meilleure forme des chaussures à donner au soldat. Il est vrai que ces conclusions laissent une certaine prise à la critique, puisqu'elles concluent à faire conserver le soulier actuel, si vivement attaqué cependant. Les principales objections qu'on lui adresse tiennent, soit à son mode de confection, soit à sa forme. Dans les ateliers de confection, loin de chercher à tailler l'empeigne et les quartiers suivant le sens du cuir, on se borne à porter un gabarit sur la peau et à chercher comment on en pourra tailler le plus grand nombre ; or les peaux, composées de surfaces courbes plus ou moins redressées par un tannage insuffisant, tendant à revenir à leur forme

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naturelle el primitive dès qu'elles ont subi l'action de l'huinidilé; on voit alors des empeignes s'tMargir, d'autres se rétrécir, des quartiers se recoquiller, toujours en dedans, et le tout produire alors de nombreuses écor • chures ou excoriations. De plus, les ouvriers ont l'habitude routinière de monter les chaussures avec des chevilles de bois ((ue l'on néglige généralement d'enlever, parce que ce n'est pas toujours chose facile ; si on les rase au niveau de la semelle, elles ne tardent pas à repousser, car incessamment pressées d'un côté par le sol, de l'autre par le pied, elles forment toujours saillie du côté de celui-ci, qui offre le moins de résistance. Ënlin, la coupe même est mauvaise ; on oublie de laisser dans l'empeigne une place suflisanie pour la saillie du gros orteil : aussi est-il souvent comprimé et facilement atteint d'ongle incarné ; on coupe la semelle trop en pointe h partir de la naissance du gros orteil, celui-ci est rejeté en dehors : de là nouvelle gène, nouvelle fatigue pour le pied.

Le soulier est, en outre, le plus souvent trop étroit et trop court, et sa coupe ne lui permet pas de se prêter à l'augmentation ou à la diminution du pied. Il n'a du reste, par lui-même, aucun moyen d'attache et n'est maintenu en place que parles guêtres. Celles-ci sont de deux sortes, en toile pour l'été, en cuir pour l'hiver. Cette dernière, ouverte à sa partie interne, se trouve maintenue en place au moyen d'un lacet unique passant au travers d'oeillets; le sous-pied est également fixé à la guêtre au moyen d'un lacet. En général, les guêtres sont confectionnées avec un cuir mal tanné, devenu très-dur en magasin, en sorte que le modelage de la guêtre sur le pied se fait seulement à la longue, au prix de douleurs intolérables et souvent d ecorchures. De plus, cette guêtre ne maintient pas le pied d'une façon convenable ; pendant la marche, l'elfort se porte principalement sur la partie antérieure du cou-de-pied, le lacet cède en ce point, et s'étend, mais en se resserrant d'autant en haut, en sorte que la partie inférieure (le la jambe se trouve étranglée. Cette compression est encore augmentée lorsque les honmies engagent le pantalon dans les guêtres alin de le préserver de la boue; dans ces conditions, le pied se congesiionne et se fatigue avec la plus grande rapidité. La guêtre de toile a beaucoup moins d'inconvénients que la guêtre de cuir: mais elle ne prêle pas beaucoup, surtout lorsqu'elle est mouillée, et ne peut même être ajustée à la demande du moment, car elle se trouve li\ée au nioyen de boutons. Enfin, les souspieds de toile se déchirent très-facilement, la couture qui les réunit à la guêtre se brise et le soulier ne se trouve plus maintenu. MOKACHE. — Hyg. milit.

59a VÊTEMENT ET ÉQUIPEMENT DU SOLDAT.

Tous ces inconvénienls, que les médecins militaires ont maintes fois signalés, tendraient h faire rejeter le soulier actuel et la guêtre.

L'armée prussienne et l'armée anglaise fout usage de demi-bottes, assez lourdes, solides, il est vrai, et qui, plus ou moins imperméabilisées par la graisse, garantissent le pied de l'eau et de la boue ; elles semblent avoir d'autres inconvénients, tenant soit à leur prix plus élevé, soit surtout à la difficulté de trouver, pour chaque individu, une paire de bottes lui allant parfaitement; puis, une fois mouillées, elles deviennent beaucoup trop étroites, sont Irès-difUciles à ôter, plus encore à remettre. Si, dès l'abord, on prend, au contraire, une botte trop large, le pied ballottera de haut en bas et d'arrière en avant, d'où ampoules et excoriations. Quelques bottiers ont eu l'idée, pour empêcher ce ballottement, de placer au-dessus du coude-pied, une courroie, cousue h la partie interne de la botte et venant se fixer à une bande située à la partie externe. Théoriquement cette disposition paraît avoir des avantages ; mais, à l'usage, on a remarqué que la courroie plisse le cuir, qui blesse alors le cou-de-pied; la bande se remplit de boue et il devient très-diflicile de la faire mouvoir : enfin, entre la courroie et la botte, se forment à la longue des amas de boue et de gravier, qui, se desséchant, deviennent très-durs et finissent par blesser le pied.

Malgré ces inconvénients, l'emploi de la botte offrirait de réels avantages si elle n'était fatalement lourde et très-chaude en été ; elle constitue réellement la chaussure des armées pour les pays froids : aussi, la voyons-nous adoptée en Allemagne et en Ru,ssie. Nous n'avons pas la prétention de trancher ici une question aussi spéciale, mais simplement d'en signaler les difficultés et l'importance. Elle doit se poser dans les termes suivants : Trouver pour le soldat d'infanterie une chaussure à" la fois résistante, souple et relativement légère, remontant assez haut pour qu'il puisse se passer de guêtres, toujours longues à ôter ou à mettre, s'adaptant bien à la forme du pied et pouvant se prêter, en partie, au gonflement du membre sous l'influence de la marche. A la question des chaussures doit se rattacher celle des chaussettes, qu'il est malheureusement difficile d'introduire dans l'équipement ordinaire des soldats, en raison de leur détérioration très-prompte, de la nécessité des lavages fréquents ; deux paires de chaussettes ne suffiraient évidemment pas h chaque homme, un plus grand nombre augmenterait le poids dont il est chargé. Néanmoins, il y aurait de grands avantages à pouvoir lui en donner ; la question de la

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