CHAUSSURE DE LA CAVALERIE
II. Chaussure de la cavalerie. — La chaussure de la cavalerie, sans avoir autant d'importance que celle de l'infanterie, ne laisse pas que d'être sérieuse; le cavalier ne peut porter de souliers, la botte lui est indispen-' sable; elle doit être inunie d'éperons fixes, assez solides pour ne se point détacher facilement, assez courts cependant pour ne pas empêcher l'honune de faire des routes à pied, ainsi qu'il y est parfois obligé. Des écrivains militaires du plus haut mérite, le colonel Levval en particulier (1), étudiant à tons les points de vue la question des chaussures militaires, pensent qu'il serait possible de donner à l'armée une botte identique dans toutes les armes ; elle serait assez haute et assez large pour que le soldat pût y faire entrer l'extrémité inférieure du pantalon. Sans être absolument de cette opinion, nous admettons volontiers que cette mesure aurait d'incomparables avantages, au point de vue de la facilité des approvisionnements, mais nous craignons, ainsi qu'il a été dit plus haut, que la botte ne soit incommode au fantassin.
Dillérenis corps de cavalerie, les horse-guards et dragons anglais, les chevaliers-gardes russes (et naguère les cuirassiers et carabiniers de la garde française) portent encore la botte forte remontant jusqu'au niveau du jarret et le dépassant en avant; si cette mode a des partisans, plus amateurs du pittoresque que de la pratique, elle ne saurait être conservée cependant, car le cavalier, ainsi alourdi, est absolument incapable de faire une route à pied, le cheval est inutilement surchargé; en somme, la botte forte ne constitue (ju'une chaussure de parade. La botte souple, celle dite à l'écuyère, n'a point de tels inconvénients; elle ne gêne point la marche et snfTil pour donner au cavalier une meilleure assiette et augmenter l'action de ses jambes sur les flancs du cheval ; aussi doit-on applaudir à la récente mesure ((ui la donne à noire gendarmerie, en remplacenient de la botte forte. Les cuirassiers prussiens portent une grande botte de cuir très-souple, que l'on peut faire remonter et fixer jusqu'au niveau du tiers supérieur de la cuisse. Suffisamment large pour ne point gêner beaucoup les mouvements du genou, elle met le membre inférieur complètement à l'abri de l humidité et constitue même une véritable arme défensive. Ses avantages tendent à diminuer les inconvénients qui résultent de son poids.
Les chaussures militaires, aussi bien celles du fantassin que celles du cavalier, doivent être garnies de larges clous sous la semelle, et le talon
(1) Colonel Lewal. Lu Réforme de l'armée, p. 328. Paris, 1871.
même peut, au besoin, èlre garni d'un fer léger qui le protège très-efficacement et s'oppose à ces usures latérales si communes chez beaucoup d'individus, usures gênant singulièrement la marche et sollicitant sans cesse l'articulation tibio-tarsienne à fléchir dans le sens transversal.
§ IV. — liingc et effets accessoires.
I. Chemises^ caleçons. — L'usage du linge de corps est absolument exigé par l'hygiène ; il est représenté, dans l'équipement du soldat français, par trois chemises et deux caleçons. C'est une erreur que de persister à prendre une grande partie de chemises de toile au lieu de coton ; on en agit ainsi, dit-on, pour favoriser l'industrie des plantes textiles nationales, mais cet avantage, fait à la population, se traduit pour le soldat par de graves inconvénients. Lorsque le corps, en transpiration, est exposé au refroidissement, celui-ci se produit beaucoup plus rapidement si la chemise est en toile, meilleure conductrice du calorique, que si elle est en coton. Ce qui est vrai pour la chemise l'est également pour le caleçon, dont l'usage n'est pas moins indispensable. Le soldat prussien possède trois chemises de coton bleu ou rouge et deux paires de caleçons, de calicot gris. Dans l'armée anglaise, l'homme est tenu d'avoir trois chemises de calicot ou deux de flanelle, et, comme celles-ci sont plus coûteuses, il préfère en général les premières. Les hygiénistes militaires anciens et modernes sont généralement d'accord pour conseiller à l'armée l'usage des chemises de flanelle. Sans doute elles sont coûteuses, se salissent facilement, s'imprègnent des produits de sécrétion, et, ne trahissant pas par un changement de couleur leur état de malpropreté, surtout si elles sont teintes, exigent une surveillance très- attentive. Mais, à côté de ces défauts, quels avantages n'ontelles pas pour le soldat! que de pleurésies, de rhumatismes seraient évités s'il avait toujours sur la peau celte couche protectrice que constituent les tissus de laine! En Amérique, chaque militaire reçoit annuellement trois chemises et trois caleçons de flanelle.
En acceptant l'introduction de la chemise de laine, même unique, dans l'habillement du soldat, il serait inutile de lui donner en dessous une chemise de flanelle, le coton suffirait parfailement. De son côté, la chemise de laine, ne se trouvant point en contact avec la peau, se salirait plus lentement et n'exigerait ainsi que des lavages assez rares. On pourrait également supprimer la ceinture de flanelle, introduite dans l'armée française