BLANCHISSAGE DU LINGE
par les troupes d'Afrique, qui la porlent d'une façon permanente. En Europe, nos soldats n'en possèdent point réglenienlairenient; ils en reçoivent en campagne et dans certaines conditions spéciales; malheiucusement, lorsqu'ils les ont à leur disposition, ils s'en couvrent continuellement et en perdent ainsi tout l'avantage. Il appartient au médecin de prescrire à quels moments la ceinture de flanelle doit être prise par la troupe comme tenue générale, et à l'autorité niilitaire de tenir la main à ce que les hommes n'en fassent usage qu'en cas de service exceptionnel, de garde de nuit, de corvées, ou enfin en cas d'indisposition.
II. Mouclioirs, gants, serviettes. — Le mouchoir est exigé par la propreté aussi hien que par la décence : nos soldats en possèdent deux, ce qui est sulFisant. Les gants ne doivent point être considérés comme un objet de luxe, niais comme un objet de nécessité ; dan^ ces conditions, nous ne voyons pas l'utilité absolue des deux paires de gants que possède le fantassin et dont il fait usage seulement le dimanche; une seule suffirait pour satisfaire à cette élégance d'habitude. En revanche, le gant de peau est nécessaire au cavalier, dont la main s'échaulTerait peut-être par le frottement continuel de la bride. Dans tous les cas, des gants de laine bien épais et bien chauds devraient être distribués aux hommes, en hiver, pour les factions en tous temps et plus encore en campagne. Les armées russe et allemande, habitant des climats plus rigoureux que le nôtre, n'ont eu garde d'y manquer, mais en France cette mesure n'a point encore été adoptée, à litre régulier; c'est un desideratum facile à combler.
De même, il serait véritablement indispensable que les hommes eussent, au moins en temps de paix, une ou deux serviettes de toilette, aussi grossières et résistantes qu'on le voudra, mais leur permettant au moins de s'essuyer la figure et les mains a|)rès le lavage. Dans l'état de choses actuel, nos soldats, ne sachant où s'essuyer lorsqu'ils font leurs ablutions, en sont réduits à se servir des draps de lit, ce qui n'est ni convenable ni surtout hygiénique.
Nos troupes possèdent une petite calotte de coton pour dormir la nuit : c'est une véritable snperHuité; l'homme doit être habitué à coucher tête nue dans les casernes. Si la température s'abaisse exceptionnellement, comme dans les baraques, sous la tente ou surtout au bivouac, il peut trouver dans son mouchoir, et mieux encore dans sa casquette, le moyen d'abriter son crâne contre le refroidissement. Du reste, on n'use pas de la calotte en campagne; il est inutile de l'avoir en temps de paix.
III. Blanchissage du linge. — Lo nettoyage du linge de la troupe doit être l'objet des plus sérieuses exigences de la part des officiers et des médecins. En campagne, clKupie homme doit recevoir du savon dans les distributions réglementaires, et saisir toutes les occasions pour opérer un petit savonnage et faire sécher son linge au grand air. Dans la marine de l'État, des règlements très -précis fixent cette branche du service; dans l'armée, elle est un peu abandonnée à la sollicitude des chefs. II importe que les officiers de compagnie se persuadent bien que nul détail n'est au-dessous de leur dignité, lorsqu'il s'agit de l'intérêt de la santé de leurs hommes. Du reste, en temps de paix, le blanchissage du linge de la Iroupe s'exécute en grand, par abonnement avec un entrepreneur, au moyen d'une retenue trimestrielle sur la solde, fixée à 0 fr. 55 c. par homme dans l'infanterie, à 1 fr. 05 c. pour les troupes à cheval (décret du 10 décembre 1853). Ces allocations sont minimes; elles n'assurent pas, en général, une propreté suffisante, car les chemises ne peuvent être lavées que tous les huit jours. Les hommes, soigneux de leur personne, sont obligés de donner à laver à leurs propres frais, et malheureusement la faible quotité de leur solde ne leur permet pas de bien grandes dépenses sur ce chapitre. Il y a évidemment lieu de faire h ce sujet de nouvelles études économiques, de rechercher, en particulier, si le blanchissage ne pourrait se faire par les soldats eux-mêmes, en installant dans chaque caserne un appareil à vapeur et en allouant une proportion suffisante de charbon, de carbonate de soude et de savon, d'après l'effectif du corps.
IV. Effets de petite moyiture. — Sous le nom d'effets de petite monture, le soldat possède un nombre considérable de brosses, fioles, boîtes à cirage et autres, dont il importe de retrancher une bonne partie. La suppression du cirage pour les chaussures et objets de cuir amènerait celle des deux brosses spéciales et de la boîte à cirage, remplacées par une petite boîte à graisse et un tampon de laine, certainement beaucoup plus portatifs. La fiole à tripoli, la patience, la brosse à astiquer disparaîtraient aussi, si, aux boutons brillants de l'uniforme, on substituait les boutons bronzés qui n'exigent aucun entretien et ne servent point, comme les précédents, de cible aux coups de l'ennemi. Dans la cavalerie, l'astiquage s'élève à la hauteur d'une institution : les armes, la bride et toutes les ferrures de l'équipement exigent un entretien constant, un matériel spécial. Cha([ue jour, l'homme est obligé de consacrer plusieurs heures au fourbissage de ces innombrables objets, il perd ainsi un temps précieux et alourdit
ÉQUlPEMl-iN'l" ET CHAUGE DU SOf.DAT. OUI
son intelligence en rattaclianl à dos objets aussi peu importants. Si l'on veut former rapidement les soldats, leur donner goût à leur métier, les élever à leurs propres yeux, il est urgent de faire disparaître tout ce qui n'a point pour but immédiat la culture de leur intelligence, l'application de leurs facultés au métier des armes. Nous ne sommes point ici critique décidé à trouver mauvais tout ce qui existe, mais, en réalité, nous ne pouvons qu'approuver les ofTiciers soucieux de l'avenir de notre armée, lorsqu'ils réclament ces améliorations de détail dont l'ensemble peut donner de grands résultats. En campagne, on est bien obligé de rabattre considérablement de toutes ces exigences surannées; pourquoi dès lors les maintenir pour le temps de paix? Des vêtements simples, sans surcharges inutiles, des buffleteries sans cirage, des armes et des ferrures bronzées comme les boutons n'empêcheront le soldat ni de s'instruire, ni d'être brave et discipliné. Laissons les amoureux du passé à leurs regrets, supprimons dans l'armée tout ce qui n'a pas trait au service de campagne, et, au risque de blesser cruellement la tradition, ne craignons pas d'introduire les innovations que tout homme sensé reconnaît utiles.