DU SOLDAT
SI- — Rèpartitiou de. In charge chez le fantaNiNin.
Au point de vue de l'hygiène, ce qui a une importance capitale, c'est nori-seuleineni de ditninuer le poids total de la charge du soldat, mais au.ssi de répartir cette charge suivant les lois de l'équilibre, de sorte qu'en dehors des eiïorls musculaires, nécessaires pour enlever tout le [)oids pendant la marche, il ne soit pas encore besoin d'autres eiïorls musculaires pour le maintenir. Enfin, il faut que les objets constituant le chargement, les liens ou courroies qui servent à les fixer ne portent pas de gêne aux libres mouvements d'amplialion de la poitrine, ne compriment ni l'abdomen, ni les gros vaisseaux superficiels de la région du cou ou des aisselles.
Les armes, représeniées par le fusil, le sabre, les gibernes ou cartouchières, sont de tous les objets de chargemeni les plus indispensables : le
'^I^ Vf-TF.MKNT F.T fiOUIPFMRNT DU SOrOAT.
lusil, placé dans les niaitis de l'homme, repose pendaiU la maiciic sur l'une on l'autre épaule. Taudis que, dans tontes les armées européennes, la position réglemcnlaire du fusil sur l'épaule est calculée de façon à l'y maintenir à peu prrs eu équilibre, l'arme reposant liorizonlalcmcui. par un point situé au voisinage de la capucine, l'ordonnance française oblige le fantassin à renverser le fusil, l'appuyer sur l'épaule du côté du canon, en un point tel que le centre de gravité ne correspond pas au point d'appui ; l'homme est forcé, dès lors, de faire un effort musculaire avec la main pour l'empêcher de basculer. L'adoption du fusil modèle 1860, dit chassepot, constitue un avantage réel; en dehors même de sa puissance balistique et de sa précision, ce modèle a sur ses prédécesseurs l'avantage de peser près del kilogramme de moins. 11 est encore l'un des pluslégers parmi les fusils en usage dans les armées européennes; radjonciion du sabre-baïonnette^ qui pèse 666 grammes, vient, il est vrai, modifier cette légèreté, mais on doit remarquer que le sabre-baïonnette n'est adapté au fusil ni pour les marches, ni surtout pour le tir. Lorsque l'Iiomme n'a pas de sac, la bretelle du fusil permet d'accrocher le fusil à l'épaule ou de le placer eu bandoulière. •
Pendant longtemps la giberne, le sabre et la baïonnette se trouvaient suspendus à de larges baudriers s'entre-croisant sur la poitrine; ces bau driers étaient fort lourds, comprimaient le thorax, servaient de cible à l'ennemi ; ils sont, partout aujourd'hui, remplacés, avec avantage, par le ceinturon fixé autour de la taille et prenant point d'appui sur les hanches. Il y a progrès, mais progrès relatif seulement , car lorsque la giberne renferme deux paquets de cartouches, la cartouchière trois, que de plus le sabre-baïoniîette pend sur le côté, l'honune doit serrer son ceinturon outre mesure, et l'abdomen peut s'en trouver comprimé. On a cherché à combattre cet inconvénient en reliant le ceinturon aux bretelles du sac au moyen de courroies dites contre-sanglons (voy. fig. 103).
Le sac constitue, en effet, la parlie capitale du chargement du soldat; c'est celle où I on doit s'efforcer d'apporter le plus d'améliorations. Qui ne se souvient, en effet, d'avoir vu de pauvres petits fantassins, chargés de cet immense attirail, pliant sous le poids du fardeau, obligés de marcher constamment courbés en avant, afin de conserver un semblant d'équilibre! Comment un homme, ainsi chargé, peut-il faire de longues étapes et quelquefois combattre une journée durant? Aussi arrive-t-il trop souvent qu'on est obligé, pendnnt le combat, de laisser les sacs à terre, avec l'espoir de
Fig. 102. — Sac de pfaii, en usage -flans l'armée française. A Sac fermé avec la lenle-abri roulée autour de lacouverlure, unpantalon, lespiquetsde tente etla gamelle individuelle. B Sac ouvert, pour montrer la disposition des paquets de cartouches et des vêtements.
^^-0 vRtement et équipi ment nu soldat.
les reprendre après l'action; mais si le régiment, entraîné par le combat, s'éloigne beaucoup de ses sacs, à plus forte raison s'il est obligé de battre en retraite, ces derniers sont perdus à tout jamais. Or, sans les objets contenus dans le sac, il n'y a plus de campement possible, plus de moyens de préparer les vivres; c'est un véritable désastre, que les officiers expérimentés clierchent à empêcber en forçant les hommes à ne jamais quitter ce précieux, mais bien lourd com|)aguon. La fig. 102 permet de se rendre compte de la forme du sac de l arniée française et de la disposition des objets qui y sont contenus. On peut constater la place énorme qu'y occupent les brosses et autres ustensiles dont on pourrait se passer.
Toutes les armées européennes, à l'exception de l'armée anglaise, possèdent un sac de forme carrée, en peau de vache garnie de poils, ou à défaut en toile imperméable, fixé sur les épaules au moyen de fortes bretelles. Cette disposition, consacrée par une longue expérience, est-elle avantageuse ?
Si l'on considère un adulte immobile dans la station debout, on voit que la verticale passant par le centre de gravité, situé, comme on le sait, à peu près au milieu du corps, entre le pubis et l'ombilic, tombe en avant de la tête du calcanéum. Le sac, porté sur le dos, se trouve donc bien en arrière de cette ligne et tendrait à renverser la colonne vertébrale en arrière, si celle-ci ne se trouvait maintenue par la contraction des muscles thoraciques, venant prendre point d'appui sur le bassin, par les grands droits de l'abdomen en particulier. Lorsque le poids du sac n'est pas trop grand, que l'individu est robuste, qu'il reste immobile, l'effort musculaire suffit; mais, dans le cas inverse, l'homme est obligé de porter le haut du corps en avant, pour rapprocher le chargement de la verticale passant par le centre de gravité. Les soldats, habitués à la marche, obéiront à cette indication en élevant constamment leur sac par un mouvement de secousse, afin de le faire porter sur la partie supérieure des omoplates et diminuer ainsi la pression des courroies sur la poitrine.
Il y a donc une véritable erreur de statique à ajouter au poids naturel du sac en y plaçant la (enie-tibri, la couverture, la capote, en le surmontant de cet échafaudage, qui a fait longlemps l'orgueil de nos soldats d'Afrique. Les Prussiens, au lieu de rouler la couverture autour du sac, portent leur capote en bandoulière (fig. lOk)', son poids est ainsi beaucoup mieux réparti et le centre de gravité abaissé d'autant.
Les courroies du sac venant passer en avant à peu près sur le tiers
RÉPARTlTlOiN DE lA CUAIJGK CHEZ LE FANTASSIN. 6'21
externe de la clavicule, coinprimeiil donc sérieuseiuetit celte région et tendeiil à écailer les deux épaules : aussi le soldat doil-il constafnmenl luaintciiir les muscles pectoraux en contraction pour chercher, au contraire, à résister à cet eiïort. C'est aussi pour diminuer celte pression qu'on a relié les courroies du sac au ceinturon au moyen de conlre-sanglons. Dans l'équipemenl allemand, il existe un véritable équilibre entre le sac, d'une part, cl les deux gibernes dont le fantassin est pourvu ; chacune d'elles est hxée en avant au ceinturon, i)récisément au point où s'accroche le contre-sanglon ; lors(ju'elles renferment quelques pa(]uets de cartouches à balle, leur poids est assez considérable. Dans l'équipetnentfrançais actuel, qui, nous l'espérons bien, s<'ra prochainement modilié, la giberne reste pendant la marche fixée à la partie postérieure du ceinturon; à droite seulement une carloucliière fait un peu équilibre au poids du sac, mais la charge n'en reste pas moins assez mal répartie.
En considérant les fig. 103 et lO-'i, il est facile de remarquer, au premier coup d'œil, la dilTérence qui existe entre le mode de chargement du fantassin français et celui du fantassin prussien.
Un médecin militaire français, le docteur Judée (1), a consacré de longues et consciencieuses études à la question de la répartition physiologique de la charge sur le soldat, aussi bien qu'à la composition même de son équipement. — Après avoir réduit au strict nécessaire le nombre des objets que l'homme doit emporter avec lui en campagne, il propose de remplacer la giberne ou les cartouciiières par une cartouchière ceinturon, sorte de ceinture Irès-souple, dans lacpiclle on peut loger à la rigueur deux sachets à cartouches, conlcnanl chacun 10 cartouches réparties dans cinq cases dilïérenies. — De la sorte, le soldat pourrait porter 100 cartouclies, sans avoir recours à son sac, ce qui peut être fort avantageux pour des expéditions de petite durée et des coups de mains. Cette charge serait uniformément répartie sur les hanches, au besoin pourrait -on même soutenir la carlouchière-ceinturon au moyen de bretelles. — Nous ne pouvons malheureusement re|)roduire ici toutes les propositions de M. Judée, mais nous tenions cependant à rappeler les recherches si remarquables aiixcjuelles il s'est livré, les travaux qu'il a publiés ; beaucoup d'idées, énuses par lui, sont aujourd'hui passées dans le domaine public, mais il a, du moins, eu l'honneur de les soutenir, l'un des premiers, et cela malgré les crilicpies, quelquefois injustes, qui ne lui ont pas manqué.
(ij Judée. Juc. cit.
6T2 VÊTtMENT LT ÉQUIPI-MEINT DU SOLDAT.
D*assez nombreux essais ont été tentés à l'étranger pour substituer, au sac ancien, un modèle plus rationnel, tout au moins pour mieux répartir la charge conformément aux lois de la statique. En Angleterre, le colonel
Fig. 103. — Soldats d'infanterie français en tenue de campagne, avec l'équipement réglementaire ; le petit bidon est d'ordinaire porté a droite.
O'Halloran, perfectionnant un modèle déjà préconisé par Berrington et par le colonel Spiller, a présenté un sac dont la partie inférieure est éloignée du tronc au moyen de deux tiges rigides venant s'adapter sur une large bande de cuir reposant sur les reins au-dessus du ceinturon ; il en résulte que l'effort porte surtout sur la partie supérieure des omoplates et sur la colonne vertébrale, sans que les épaules soient attirées en dehors. 11 en est à peu près de même dans un autre modèle, proposé par le colonel Carter et dans celui du docteur Parkes ; tous ont pour but de dégager autant que possible la poitrine et de faciliter la respiration ; ils y réussissent assez bien,
HÉt'AHllTlUN Dli LA CHARGE CHLZ LL FAiM ASSIK. 01^3
el le prix seul de cet équipement s est vraiseinblableineiil opposé à son adoption en Angleterre.
Panam d'un autre point de vue, sir T. Trowbridge a proposé de rempla-
Fig. lOii. — Soldats d'infanterie prussiens en tenue de campagne, avec l'équipement réglementaire.
cer le sac par une sorte de valise portée sur les reins el venant, au moyen de larges courroies, prendre point d'appui sur une manière de joug porté eu travers des épaules, et semblable à celui qu'ont adoj)té dans beaucoup de pays les portefaix on les laitières ; le poids est alors exclusivement supporté par les omoplaics et la nuque. Le système T. Trowbridge a été sérieusement pris en considération et expérimenté par une counnission, présidée par le lieutenant général H. Eyre et dont E. Parkes faisait partie; en dernier lieu, de toutes ces recherches, est sorti le système récenmicnt adopté pour l'année anglaise.
VÊTEMliNT ET ÉQUIPEMENT DU SOLDAT.
Col étiiiipeiiienl 'lig. 105) se compose essenliellenieni d'un sac-valise
l-'ig. 105. — Nouvel uquipenieul de l'année anglaise'. — Sac- valise.
UÈPAKTITIO.N DE LA CHARGE CHEZ LE FANTASSIiN. 625
peau, assez souple, coiileiianl les objets les plus indispensables au soldai. Il est fixé au niveau des reins el prend point d'appui sur la courbure du sacrum; il se trouve maintenu au moyen des bretelles, s'entre-croisant en arrière, |)assant au-dessus des épaules où elles s'élargissent notablement en venant enfin se fixer au ceinturon (fig. 105, 1 et 3); de petites courroies horizontales partant du sac viennent se boucler en avant aux bretelles et l'empcclient, par conséquent, de ballotter. La capote, pliée en forme de paquet rectangulaire et entourée d'une toile imperméable, est placée audessus du sac, sans prendre point d'appui sur ce dernier, elle se boucle sur les bretelles ; la gamelle de l'homme est accrochée sur le dos du sac-valise (fig. 105, /j). Si l'homme ne doit pas emporter le sac, mais qu'il ait besoin de la capote seule et de sa gamelle, comme pour une expédition ou une niarche de ([uelques heures, ces derniers objets peuvent être fixés isolément (lig. 105, 2). Le grand avantage île ce système consiste essentiellement dans ce l'ait, que le poids de la charge est placé très-bas, qu'on utilise autant que possible la forme concave de la région sacro-lombaire pour y prendre un point d'appui, qu'enfin l'effort porte uniquement sur les omoplates, en laissant le jeu de la poitrine parfaitement libre. En débouclant son ceinturon, aocjuclsont, du reste, adaptées deux cartouchières, comme dans l'équipement prussien, l'homme peut quitter tout son équipement, comme on ôte uri habit, sans avoir une courroie à défaire; il le remet aussi facilement.
La pratique a répondu aux avantages que la théorie accordait à ce système, les différents corps de l'armée anglaise sont unanimes pour le préfél er à tout ce qui avait été essayé jusqu'à ce jour. Des expériences ont été faites en France pour constater da visu la valeur du sac-valise anglais : elles ont été concluantes; après une marche de 32 kilomètres, la plupart des soldats ne ressentaient aucune fatigue, ils étaient d'accord avec les officiers chargés de diriger l'expérience pour dire que « la poitrine se trouve complètement dégagée, qu'ils ne trouvaient point au sac-valise cette adhérence du sac au corps qui fatigue, harasse l'homme et l'empêche de respirer, qu'enfin l'équilibre est parfaitement maintenu au moyen de deux cartouchières et du sac à cartouches, en sorte que l'iionune peut conserver la station verticale, le centre de giavité se trouvant toujours sur la verticale passant par le centre. »
Il y a lieu d'espérer que ces renseignements ne seront point stériles pour l'armée française, et ((ue l'on n'hésitera |)as à modifier profondément MOUACHE. — Hyg. niilit. 40
f)2(i \ÊT1•ME^T ET ÉQUJI'EMENT DU SOLDAT-
le syslè.'iio acluel de réquipcniL'iil, dont nous croyons avoir montré les réels désavantages.
En raison de la grande mobilité que doivent posséder les troupes et de la nécessité de laisser les bagages tout à fait en arrière des colonnes, il paraîtrait logique de donner aux officiers un sac, plus léger peut-être que celui des soldats, mais suffisant pour contenir les objets de toilette ou de rechange les plus indispensables. Les officiers de la république et du premier empire portaient toujours un sac en campagne, il en est encore de même aujourd'hui dans les armées prussienne, suisse et italienne.
§ II. — Képartitiou de la charge chez le cavalier.
Fig. 106. — Cavalier français (dragon), avec l'cquipemenl de campagne et le filet remp
de fourrage.
Il v a peu d'observations à faire sur l'équipement du CcTvalier lui-même. L'un des points intéressants à signaler consiste dans le mode de suspension
RtPAUTITION DE FA CHARGE CIÏEZ M- CAVALILR. 6'J7
des armes; le sabie, que beaucoup d'olliciers vouilraieiil voir fixé à la selle et non au corps de l'homme, doit, dans ce dernier cas, être agrafé à un ceinturon passant au-dessous des vèlemetits extérieurs, sans quoi les mouvements du bras sont fort empêchés par la tension du drap; les chasseurs et les hussards, l'arlillerie, le train, en usent ainsi; les dragons et cuirassiers on encore conservé l'ancien système. La carabine ne devrait être portée à la grenadière (en bandoulière) que dans des cas tout particuliers; en effet, aux allures vives l'arme ballotte dans le dos, frappe sur la giberne et cause d'assez vives douleurs, tout au moins de la fatigue. En route, la carabino est généralement portée de la façon dite à la botte, c'est-à-dire le long de la cuisse droite. La giberne elle-même pourrait être remplacée par une cartouchière porlée à la ceinture; lorsqu'elle est remplie de cartouches, elle fatigue l'épaule de l'hounne, qui se trouve très-încommodément placé pour chercher les cartouches. En fait, la plupart des cavaliers en campagne laissent leurs gibernes vides et placent leurs cartouches partout ailleurs, dans leurs poches, où ils peuvent ((ig, 106).
Le matériel de campement, tente-abri, piquets, gamelles, eic, fait parlie du paquetage de devant; le fourrage est porté dans deux fdets ballottant sur les (lancs du cheval. Ces questions, quoicjue fort importantes, ne doivent pas, du reste, nous retenir trop longtemps, car elles font plutô partie de l'hygiène hippicpie, (juc de l'hygiène du soldat.
FIN DU I.IVUe lllOISlLML.