STATIQUE DE I, 'ORGANISME HUMAIN
vieniieni impossibles, la machine est mise au rebut, et sesdiiïérentes parties, après avoir été soumises à la fonte, vont servir à construire de nouvelles machines qui, elles aussi, auront leur période temporaire d'activité. Dans l'organisme humain, l'usure se produit aussi, mais la réparation est constante, nous portons en nous-mêmes les moyens d'y satisfaire; cependant, lors([u'un de nos organes se détériore trop gravement, les destinées de tout notre ensemble peuvent être compromises, c'est la maladie; un jour aussi, soit accidentellement, soit par suite d'une trop longue activité, la n\achine humaine ne peut délinilivement plus fonctionner : c'est la mort. De même que les pièces de la machine industrielle sont livrées au fondeur, de même les éléments ({iii nous constituaient rentrent dans la grande circulation des forces disponibles de la nature, pour aller faire partie de nouveaux êtres organisés.
A côté de ce parallèle entre l'organisme matériel et l'organisme animal, il y aurait, chacun le comprendra, de nombreuses différences à établir, ne serait-ce que la croissance, qui n'appartient qu'aux machines ayant vie. Nous n'avons tenu aucun compte de phénomènes primordiaux d'une haute importance, en particulier de cette force mystérieuse qui s'appelle la ine. Non-seulement elle sert de lien à toutes les parties de notre organisme, mais encore elle entretient en nous une autre propriété, la volonté, qui trace entre le règne animal et les autres règnes de la nature un abîtne jusqu'à présent inexploré. Sans entrer dans des discussions philosophiques, encore prématurées, car elles n'ont pour base que l'incertitude, restons dans le domaine de la matière et bornons-nous à voir comment fonctionnent ces appareils soumis à la vie.
§ I< — Statique «lo rorganismc humain.
La science moderne démontre que la chaleur constitue l'une des principales, sinon l'unique source du mouvement dans la nature ; nous avons vu la .nature industrielle transformer en travail le calorique développé par l'union du carbone de la houille avec l'oxygène de l'air; il en est de même dans la machine humaine, c'est encore la chaleur qui reste la source première et féconde de toute activité, et, comme dans la machine industrielle, cette chaleur provient, en plus grande partie, de la combinaison du carbone avec de l'oxygène, une autre partie se développant par l'union de l'hydrogène avec l'oxygène; ce sont toujours des oxydations, cest-à-dire des
<)3'l ALIMENTATION DU SOLDAT.
combiislions. — On peut donc prévoir déjà que l'entretien de la chaleur dans l'organisme humain nécessite l'introduction d'une forte proportion de carbone, et que si la combustion de ce carbone s'arrête, si l'on entrave la respiration, qui en est le foyer principal, la machine humaine ne pourra plus onctionner, de même que, lorsque dans une machine industrielle on ferme les prises d'air, le feu s'éteint et tout s'arrête.
D'un antre côté, nos tissus, organes du mouvement, composés d'un nombre relativement restreint de principes primitifs, contiennent en très grande proportion de l'azote ; ce corps y tient même la place essentielle, c'est aussi sur lui que porteront les plus fortes déperditions, normalement causées par l'activité vitale, par le travail. Les autres principes, le calcium, le sodium, le phosphore, le fer, le soufre, etc., quoique ayant une importance considérable, sont en général associés au carbone ou à l'azote, et, dans tous les cas, leur consommation est toujours proportionnelle à celle de ces principes essentiels.
Étant doiuié l'importance du carbone et de l'azote dans l'organisme, on comprend que c'est surtout sur leur consommation et sur leur remplacement que doivent porter les principales recherches de la physiologie, et de rhygiène, pour en déduire le rationnement alimentaire; l'organisme se trouve en effet soumis à une sorte de balance par r/o?V et avoir: il faut que la recette égale la dépense, le crédit ne peut être de longue durée, pour certaines dépenses il est presque nul.
Deux méthodes sont en présence pour fixer le rationnement de l'organisme, l'une fondée sur la quantité de matériaux excrétés journellement ou dépensés sous l'influence de circonstances spéciales, l'autre basée sur l'expérience acquise par l'évaluation des quantités habituelles de nourriture consommées dans la population. La première est essentiellement scientifique, la seconde plus philosophique; nous les verrons se combiner de la façon la plus satisfaisante et l'expérience confirmer pleinement les vues de la théorie.
I. Évaluation analytique des pertes de l'organisme. — Les sources de déperditions de l'organisme humain sont: d'une part, l'exhalation ncessamraent active sur la muqueuse pulmonaire, de l'autre les excrétions urinaircs, fécales, celles qui se produisent à la surface de la peau. En les évaluant, au moyen de procédés exacts, on peut donc pondérer la quantité de matières dépensées dans un temps donné.
La quantité d'acide carbonique exhalée en vingt-quatre heures par la surace pulmonaire, traduisant la proportion de carbone consommée par la
STATTOUF DF. L'ORGANISME Hl MAIN. 635
rcspiralioli a ûiû évaluée ainsi qu'il suit par les travaux d'Andral et Gavarrel (1) :
A;;c. l'oiil-, Ciirlioiu? iMi 2i lieines.
Soldat 28 ans. .S2'',00 239,71
Jeune homme 10 ">7 ,7.'} 224,37
Homme '.55 05 ,50 219,47
Femme 19 55 ,75 105,88
Prenons une moyenne sullisanimenl large, et, pour le soldat, lixons-la à 250 grammes, car il faut tenir compte de la suractivité respiratoire imposée par le travail le plus modéré.
D'un autre côlà, Payen, analysant les e.rcrelo (Vim homme qui accomplit un travail également très-modéré, est arrivé aux résultats suivants (2):
I rine excrétée en 2'i heures, 1450 grammes,
contenant sous forme d'urates et de sels. . . 14^,5 azote et 45 gr. de carbone,
txcrémenls solides, 160 gr., (V/em \ ^ ^ ,
. . , } 5 .5 — et 15 —
Mucus divers, exhalaisons cutanées, hlem.. . j
Total 20s,0 azote et 00 gr. de carbone.
En ajoutant à ces 60 grammes de carbone les 250 grammes provenant de la combustion respiratoire, Payen fixe la dépense quotidienne d'un adulte, exécutant un travail très -modéré, à 20 graimim d'azote et ;V10 grammes de carbone.
Les recherches entreprises par d'autres physiologistes permettent d'arriver à des conclusions sinon identiques, au moins très-voisines.
Smith (3), s'attachant à calculer la quantité de carbone consommée dans es différentes circonstances de repos et de travail, l'évalue à:
222s,5 par jour quand le corps est en repos ; 258 ,3 — avec un exercice modéré ; 305 ,7 — avec un travail considérable.
En prenant une moyenne, qu'il fixe à 2^i3 grannnes pour l'adulte, il admet
(1) Andral et Gavarret, Recherchex sur la quantiU't (l'ncide cnrbonit/ue e.r/inlé par II' pournoit (Inhx l'espèce humnine [Ann. de chimie et ilr phijsù/w, 1843, S*" série,
•t. VIII, p. 1291}.
(2) A. Payen, Précis théorique et pratique des substances alimentaires, p. 482, 2" édit. Paris, 1805.
(3) E. Smith, Practical déductions from on expérimental inquiry into the influence of food [Proceeding of the R. Med. and Chir. Soc, t. 111, p. 82, 1859, et Journ. de physiologie de Brown-Séquard, t. HI, p. 500, 032. 1800.
que, en y joignant la quantité de carbone contenue dans les excrétions, on arrive à 21'2^%2 soit 1^', 81 par livre, en supposant l'homme sain et adulte pesant en moyenne 6S kilogrammes.
Relativement à la quantité d'azote éliminé, Dumas (1) estime que la digestion doit restituer 1 gramme d'azote par heure, soit 24 grammes par jour.
II. Évaluation expérimentale des pertes de F organisme^ leurs rapports avec le travail produit. — Nous avons dit que l'évaluation des pertes de l'organisme peut se déduire de l'obiiervation des faits, en constatant quelle est la somme des réparations fournies par l'alimentation dans diiïérentes classes de la société. C'est ainsi que ÎM. de Gasparin (2), se basant sur de nombreuses observations faites sur des ouvriers des campagnes, établit que la ration alimentaire de l'homme doit se diviser en deux sections : la ration d'entretien destinée à subvenir seulement aux déperditions naturelles de l'organisme, et la ration de travail destinée à remplacer les principes transformés en force utile, et par conséquent consommés. Il établit alors les proportions suivantes:
Ration d'entretif n. Ration de travail. Total.
Azote 12e, 51 12^,50 25^,01
Carbone 26Zi ,00 ,00 309 ,00
Suivant Edward Smith, les agriculteurs anglais absorbent journellement dans leurs aliments, de h 22s%5 d'azote et 382'^^3 à lxhl^\1 de carbone, suivant les provinces; la moyenne pour tous étant de \^^\k d'azote et ^i25^',2 de carbone. — Mais ces fixations sont, de l'aveu même de E. Smith, un peu au-dessus des moyennes véritables, aussi Lethéby (3) conclut-il d'une longue suite d'observations et de moyennes établies d'après les déductions de Lyon Playfair {h), de Pettenkofer et Voit (5), que les besoins d'un homme adulte peuvent se chiffrer dans la proportion suivante :
(1) Dumas, Traité de chimie, t. VIII, p. Zi23.
(2) De Gasparin, Cours d'agrimltyre.
(3) H, Letlieby, Les aliments, r/uafre coiféretices faites devant la Société des Arts de Londres, traduites par l'abbé Moigno [Collection des actualités scientifiques. Paris, 1869).
(4) Lyon Playfair, On the food of man in relation to his usefid work {Med. Times and Gazette, 1865, t. I, p. 459, 485, 511).
(5) Pettenkofer- et Voit, Zeifsrhrift fUr Biologie, vol. II, p. 457, 571.