‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 129 sur 241 · DÉTERMINATION DES RÉGIMES ALIMENTAIRES · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DES RÉGIMES ALIMENTAIRES

l'âge, le tempérament, le climat, la quantité d'efforts et de travail qu'il aura à fuire.

Ces principes, déduits de la physiologie, sont entrés dans le domaine vulgaire; chacun sait que plus on mange de viande et plus on a de forces; on peut donc ériger en principe cette conclusion formulée par Liebig ;

« La force de travail qu'un homme peut dépenser chaque jour peut se mesurer par la quantité de matières plastiques qu'il consomme dans le pain et dans la viande... Le foin, l'avoine, les ponunes de terre produisent dans le corps de l'homme de la chair et du sang ; mais aucun de ces aliments ne reproduit la chair avec la mC*me rapidité que la viande et ne restaure la substance musculaire, usée par le travail, au prix d'une aussi petite dépense de force organique... Les animaux carnivores sont, en général, plus forts, plus hardis, plus belliqueux que les herbivores qui deviennent leur proie (1). »

L'homme a, par instinct, une telle appétence de viande que souvent il ne recule pas devant le crime pour s'en procurer. L'anthropophagie existait autrefois dans presque toutes les îles de l'Océanic, mais on la rencontrait surtout dans les îles, comme la Nouvelle-Calédonie, où l'absence de tout quadrupède, la rareté des oiseaux, la mauvaise qualité des poissons, excluaient presque absolument les aliments animaux du régime des populations. Les tribus se faisaient la guerre aftn de se procurer de la viande. Dans les pays moins disgraciés de la nature, où la pêche est abondante, comme dans les îles de la Société, aux îles Sandwich, l'anthropoi^hagie était une rare exception, c'était une vengeance, presque un luxe. Partout elle tend à disparaître avec l'introduction des espèces animales, bœufs, cochons ou volailles, et cela, en dehors môme de toute religion, de toute civilisation. L'anthropophagie était, pour les Kannakes, l'expression d'un besoin, d'une nécessité. Dans les sociétés moins primitives, n'a-t-on pas vu des cas d'anthropophagie se produire dans des moments d'extrême disette, dans des circonstances heureusement fort rares, il est vrai, comme certains naufrages célèbres, comme la famine d'Algérie en 1868 et 1869, en a été un nouvel exemple. Évidemment, nous ne voulons pas excuser un crime, nous constatons un fait et rien de plus.

Il importe donc, lorsqu'on s'occupe de fixer un régime pour une classe de la société, pour le soldat en particulier, d'y faire entrer la viande pour

(1) Liebig, Nouvel/es lettres sur la chimie, p. 130, 202 et 241, Paris, 1852.

une très-forte part, surtout lorsqu'on demande une dépense de foice Irèsgrande, comme en campagne, par exemple. Ne craignons pas de voir la proportion de viande atteindre un total trop élevé; il faudrait en donner de bien grandes quantités pour que l'estomac ne pût la digérer, et posons de suite en principe que : le meilleur régime militaire sera celui ou la viande entrera pour la plus forte part.

Nous avons précédemment établi qu'un adulte, en activité, a besoin, en moyenne, d'un régime alimentaire contenant au minimum 20 grammes d'azote et 310 grammes de carbone, ceci établi, quelle serait la ration alimentaire la plus simple? A la rigueur, on pourrait la composer de 3 kilogrammes de lait, renfermant lO^^S d'azote et 2^0 à 250 grammes de carbone; mais, à part cette exception, montrant combien les éléments nutriiifs sont heureusement combinés dans le lait, on ne trouve pas une substance qui, employée exclusivement, pourrait constituer une ration physiologique. Voudrait-on prendre le pain, par exemple, il faudrait près de 2 kilogrammes de cet aliment pour fournir 18 à 20 grammes d'azote, mais on aurait en môme temps près de 600 grammes de carbone, c'està-dire presque le double de la quantité nécessaire.

Si l'on choisit la viande de bœuf comme aliment exclusif, 700 grammes suffiraient pour fournir les 21 grammes d'azote, mais on n'aurait guère que 80 grammes de carbone, et, pour arriver à en assurer 300 grammes, il faudrait 2''''-, 700 de viande, ce qui donnerait alors 81 grammes d'azote, c'est-à-dire un excès, dont l'assimilation dans l'organisme ne larderait pas à amener des accidents uriques.

Tous ces faits démontrent bien, avec ce que nous avons déjà dit du régime qualitatif, qu'il faut nécessairement associer plusieurs substances pour constituer une ration alimentaire physiologique.

En voici une des plus simples que l'on puisse formuler :

Azote.

Carbone.

Viande de bœuf . .

Pain de munition , Beurre ou graisse

5006 (désossée 400). 126,00 800 9 ,60

Totaux

Cette ration aurait l'inconvénient d'être un peu coûteuse; atteint tout juste le taux physiologique, de plus, elle contient une proportion de pain

Page 1