ANCIENNES RATIONS DU SOLDAT FRANÇAIS
avec une véritable largesse, surloui si l'on compare ces tarifs aux fixations actuelles; quant aux officiers, on doit remarquer que les rations, qui leur étaient attribuées, devaient également suffire à la nourriture des dômestiques, qu'ils devaient posséder pour leur service personnel, et dont le nombre était parfois assez considérable.
Si les fixations quantitatives étaient ainsi fort larges, la qualité même ne laissait pas que d'être assez favorable, surtout pour le pain, (|ni dans l'ordonnance précitée doit être entre bis et blanc et rassis, INéaiimoins, le pain de munition ne répondait vraisemblablement pas à ces indications officielles, car, à partir de 1788, on dut s'occuper spécialement de la ([uestion des farines destinées à sa fabrication.
En 1792, l'Assemblée nationale éleva le taux du blutage à 15 pour 100, et en l'an V de la République (1797), le ministre de la guerre demandait h l'Institut un rapport sur cette question. Parmeniicr, qui fut cliargé de la rédaction du rapport , conclut à l'élévation du taux du blutage à 18 pour 100. Sous l'Empire, le service des vivres fut abandonné aux fournisseurs généraux, et l'armée eut souvent à se plaindre, à moins qu'elle ne se trouvât dans des pays assez ricbespour que les entrepreneurs pussent facilement satisfaire leur cupidité.
En 1822, une ordonnance décida que le pain de munition serait fait avec de la farine de pur froment blutée à 10 pour 100. La farine de méteil (trois quarts de froment pour un quart de seigle) devait être blutée à 15 pour 100. En 1833, on établit pour la première fois une distinction entre les blés tendres et les blés durs : le blutage des premiers fut fixé à 10 pour 100, et celui des seconds à 2 pour 100. En 18^5, le blutage des blés tendres fut porté à 15 pour 100, et celui dos blés durs à 5 pour 100. De nouvelles améliorations furent encore apportées en 1851 et 1852; et enfin, en 1853, le blutage des blés tendres fut élevé à 20 pour 100, et celui des blés durs à 12 pour 100.
I. Rat/on actuelle du soldat français sur le pied de paix. — Depuis de longues années, la ration du soldat était demeurée fixée à 1000 grammes de pain et 250 grammes de viande, plus les légumes secs ou frais; une récente décision, applicable à partir du 1" juillet 1873, a porté la ration de viande à 300 grammes. Actuellement, la ration du soldat français est donc composée ainsi qu'il suit :
Ration journalière du soldat français, en garnison et à l'intérieur
Poids.
Azote.
Carbone.
Pain, 1 kilog. (750 gr. de pain de munition
l^ooo
Légumes frais (choux, carottes, etc.), ap-
proximativement, 100 grammes
Légumes secs (haricots, fèves, etc.), 30 gr.
ill ,30
En s'en rapportant aux fixations physiologiques que nous
avons indi-
quées plus haut, la ration du soldat paraît donc suffisante, puisqu'elle contient quelques centièmes d'azote et quelques grammes de carbone en plus de ce qui est rigoureusement indispensable. A ce point de vue, l'augmentation récente de la quantité de viande est un progrès très-considérable, car, avec 250 grammes de viande au lieu de 300, on n'obtenait que lOs»",?! d'azote et 3/il,80 de carbone. Néanmoins, déjà la ration militaire française était regardée par quelques hygiénistes c(>mme type de ration normale d'entretien , combinant heureusement les quantités de substances carbonées et azotées, tout en conservant une masse suffisante pour satisfaire les estomacs un peu grossiers, qui ont besoin d'être remplis et qui s'accommoderaient mal peut-être d'une nourriture plus réparatrice, mais n'occupant pas assez longtemps leur appareil digestif.
Telle était, en particulier, l'opinion de M. Bouchardat, qui déclarait dans son cours, professé en 1872 à la Faculté de médecine de Paris, la ration du soldat français parfaitement suffisante, tout en ajoutant qu'il serait à désirer de voir les matières grasses y figurer pour une plus forte part.
Il est vrai d'ajouter que l'opinion des partisans de la ration militaire aurait été un peu moins favorable s'ils avaient pu constater fréquemment de visu la nature de la viande autrefois délivrée aux soldats; les évaluations d'azote et de carbone ont été faites, dans les laboratoires, avec de la viande de premier choix, ne contenant que 1/5 d'os, à chair musculaire riche en matériaux protéiques. Cette viande, que l'on regarde comme la normale^ ne figurait presque jamais dans la ration militaire ; les 250 gramiTies de viande étaient bien distribués, mais ils étaient loin de représenter la valeur nutritive que l'on est en droit d'en attendre. Ce n'était plus un cinquième, mais un quart, un tiers ou plus de déchet qu'il y avait lieu de compter ; l'homme ne consommait pas 250 grammes de vraie viande, mais 180, 160 ; la pro-
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portion des éléments azotés diminuait sensiblement, !e total de la ration en subissait une perte équivalente.
J.es mesures nouvelles auront pour eiïet de rétablir à peu près cet é(|uilibrc, et la viande, actuellement fournie aux soldats en nature par l'État sera, nous l'espérons, de meilleure qualité que celle que l'on achetait dans le détail. Nous reviendrons sur cette question en parlant des 07'dinaircs en particulier; pour le moment, nous ne voulons parler que de la question des fixations de ration, en ce qu'elles ont de plus général.
Remarquons que si la ration réglementaire paraît suffisante, en quan- /iVt'pour le soldat livré à un travail très-modéré, elle ne semble plus suffisante lorsque l'on exige de lui un travail plus actif. L'homme qui fraoaille, avons-nous dit, a besoin, en moyenne, de 2li grammes d'azote et de 350 (jrammes de carbone \ la ration en temps de paix n'est donc plus applicable dès que l'on sort des conditions ordinaires de l'existence, lorsque le soldat est envoyé dans les camps d'instruction, ou simplement lorsqu'il manœuvre d'une façon suivie, lorsqu'il consacre sept ou huit heures par jour à des exercices, sinon fatigants, au moins assez énergiques, pour exiger une sur-activité mécanique. Dans certains corps, on a l'habitude d'augmenter la ration de viande pour les hommes de garde; c'est là une excellente mesure à généraliser, si faire se peut. Le service de garde ne paraît pas, à tout prendre, bien pénible, mais comme les tours se multiplient encore assez fréquennnent et que, dans la cavalerie, ils viennent s'ajouter aux gardes d'écurie, on doit admettre qu'il y a, dans ce fait, une cause réelle de fatigues et un ensemble de conditions dépressives. Beaucoup de soldats prennent, pendant la garde, le germe d'affections plus ou moins graves; ils sortent de l'atmosphère échauffée et méphitique du corps de garde pour monter la faction, et contractent des refroidissements; c'est donc le cas d'augmenter leur force de résistance par une alimentation plus substantielle.
Ln autre point de vue à considérer dans la composition de la ration est la proportion existante entre le pain cl la viande, 1 kilogramme de l'un et 300 granmies de l'autre. Il est certain que, pour beaucoup d'hommes, c'est une quantité de pain un peu forte, ils le gaspillent ou en vendent une partie. On a dit, à ce sujet, que la plupart des jeunes soldats sortent des populations rurales, que, habitués à manger beaucoup de pain, ils ont besoin d'une alimentation volumineuse qui remplisse et occupe leur estomac. Cela est vrai, mais à la campagne ils respiraient un air beaucoup plus
pur qu'à la ville et surtout à la caserne ; s'il y avait, dans leur alin)entation un excès d'aliments hydro-carbonés, l'oxygène destiné à les brûler ne leur manquait pas. Transportés brusquement dans un milieu tout autre, la digestion de ces principes carbonés leur est moins facile, nécessite une dépense de force organique plus grande et se fait incomplètement ; il en résulte une accumulation d'aliments hydro-carbonés sous forme de graisse, mais cet engraissement est, pour ainsi dire, de mauvais aloi, il ne constitue pas une caractéristique de la santé. Dans le soldat, comme dans le cheval de course, c'est un véritable entraînement que l'on doit produire; dans le cheval de course, on y arrive, entre autres, en augmentant la ration d'avoine, où se trouvent de fortes proportions de substances azotées ; pour le soldat, c'est à la viande qu'il faut avoir recours. La chair de l'animal reproduit dans notre organisme de la chair musculaire.
Il y aurait donc lieu de rechercher s'il ne serait pas possible de diminuer la ration de pain, pour augmenter proportionnellement la ration de viande, ou mieux encore de ne point diminuer le pain, mais d'augmenter encore la viande de 50 grammes environ. Il convient aussi de remarquer que, dans l'état de choses actuel, la ration est la même pour tous dans l'armée; elle est indépendante de la taille et du poids des hommes, elle ne tient pas compte de certaines organisations qui ont un besoin réel de consommer plus que d'autres. Pour les chevaux, le principe est admis, les quantités d'avoine et de foin varient avec la taille de l'animal, en sorte que le cheval de grosse cavalerie consomme une ration supérieure à celle du cheval de cavalerie légère. On conçoit, sans peine, combien il serait logique d'appliquer ce principe aux hommes eux-mêmes, soit en fixant une ration spéciale, par armes, soit, dans un môme corps, en tenant compte des besoins individuels. Dans la marine de l'État, on a remarqué que beaucoup d'hommes gaspillent leur biscuit parce qu'ils en ont trop, que d'autres au contraire se plaignent d'insuffisance de la ration, et le médecin, consulté à ce sujet, leur prescrit, s'il y a lieu, une ration supplémentaire. Pour obvier à cet inconvénient, on donne généralement ce (juc l'on nomme la liberté du biscuit; dans ces conditions^ il n'y a plus de ration individuelle et chaque homme peut puiser à volonté dans un caisson toujours rempli ; comme correctif à celte mesure, on punit très-sévèrement les hommes convaincus de gaspillage. Il est d'observation que les navires sur lesquels cette mesure est appliquée, pendant un espace de temps suffisant, finissent par avoir des économies de biscuit, que l'on peut ensuite transformer en