RATIONS DU SOLDAT FRANÇAIS (PIED DE (;UERRE
achat de légumes frais ou d'autres aliments (1). Il serait peut-être avantageux de tenter, dans l'armée, une mesure analogue, en distribuant le pain par rations collectives de compagnie au lieu de le distribuer par homme ; les sous-otliciers tiendraient la main à ce que des abus ne se produisent pas et toute vente de pain à l'extérieur pouvant alors être punie, comme « détournement au préjudice d'un camarade », il est à supposer que bientôt l'habitude serait prise et qu'il en résulterait des avantages pour les hommes, aussi bien que pour l'Élat lui-même.
II. Bâtions sio- le pied de guerre. — Nous venons d'étudier le régime alimentaire du soldat français en temps de paix, et nous savons qu'il est à peine suffisant pour réparer les pertesd'un homme travaillant modérément. A plus forte raison, nous pouvons dire qu'il sera tout à fait insuffisant, quand il s'agira du soldat en campagne. En effet, à ce moment le soldat va être soumis à des fatigues incessantes : il n'a plus de repos, il exécute tous les jours des marches trùs-longueg, il essuie toutes les intempéries des saisons, campe dehors , quelquefois ne se couche pas du tout, soutient des combats; qu'il soit en rase campagne, ou derrière les murailles d'une place forte, il doit toujours fournir une somme de travail bien plus considérable que celle qu'il donnait en temps de paix et en garnison ; par consé- (|uent ses pertes sont bien plus fortes, et, pour que l'équilibre se maintienne, les recettes doivent augmenter dans les mômes proportions. Il est vrai qu'à ce moment interviennent d'autres éléments : le soldat est soutenu par son énergie, son enthousiasme ; mais cela ne durera qu'un certain temps ; à queU^ue degré que soient portés ces sentiments chez l'homme, il vient toujours un moment où la matière reprend ses droits et fait plier des organisations bien puissantes. Survienne une défaite, et l'on verra ces effets se produire bien plus vile et en nombre bien plus considérable. A ces influences, il faut ajouter celle des maladies spéciales qui, par le fait de l'agglomération, se développent très-rapidement et déciment les armées en campagne.
En se plaçant en dehors du point de vue humanitaire , et en ne considérant la question que sous le rapport militaire, on sent encore la nécessité de fournir une bonne alimentation au soldat en campagne. Qu'on nourrisse bien le soldat, et l'on obtiendra de lui des efforts surpre-
(1) Voyez^ sur celle question, J. B. Fonssagrives, Traité d'hygiè/ie navale, p. 02!) Paris, 1856.
nants. Qu'on le nourrisse mal, on le verra se décourager, s'aiïaiblir; il restera en arrière et quitiera son régiment pour entrer à l'hôpital. C'est là précisément ce que doit éviter un bon chef d'armée, car tout homme qui reste en arrière devient une non-valeur; il est perdu pour son corps, car il ne parviendra plus à le rejoindre, C'est un combaltnnt de moins qui, après sa guérison, ira grossir le nombre des isolés restés en arrière de l'armée. Or il importe de diminuer autant que possible le nombre de ces non-valeurs, aujourd'hui surtout que la tactique réclame de si grandes masses d'hommes. 11 est donc d'un intérêt majeur pour l'armée d'user do tous les moyens pour prévenir les maladies. Parmi ces moyens, le plus important est, sans contredit, l'alimentation. L'expérience en est suffisamment faite, et personne ne doute plus aujourd'hui.
En France, comme dans toutes les armées modernes, la ration réglementaire de campagne est supérieure à celle de paix. Nous venons de prouver que cela devait être, d'après les règles d'une hygiène bien entendue. Mais il y a lieu d'examiner un instant si celte augmentation peut porter indifféremment sur telle ou telle autre des parties de la ration, et s'il n'en est pas une qu'il convient d'augmenter plus spécialement. Si nous nous reportons à la première partie de cette étude, nous voyons, sous l'influence du travail , l'usure de l'azote augmenter , et la quantité de carbone éliminé ne subir qu'un léger accroissement : c'est sur cette base que sont formulées toutes les rations normales d'entretien. Ce sont donc les substances azotées qui devront être augmentées dans la ration de campagne, et, parmi elles, la viande au premier chef, car, de toutes les substances alimentaires, elle est celle qui répare le plus rapidement, et au prix de la moindre dépense organique, la substance musculaire usée par le travail. Si l'on appliquait ce principe dans toute son extension, on en retirerait certainement d'immenses avantages : diminution du nombre des cas de maladies, accroissement de la résistance à la fatigue, en un mot, augmentation de la puissance réelle de l'armée avec un même effectif.
Malheureusement, il est souvent difficile d'approvisionner de viande fraîche une armée en marche ; les transports sont entourés de grandes difTicuhés, et l'on n'arrive quelquefois, qu'avec peine, à pouvoir doimer aux troupes Icui s râlions. On a, dès lors, cherché à remplacer la viande absente par des aliments amylacés, riz, légumes secs, biscuit. Le chimiste peut êire satisfait de celle subslitution, mais non l'hygiéniste, car l'excès des aliments carbonés devient un inconvénient, en imposant à l'organisme