BOISSONS ALCOOLIQUES, DANGERS DE LABSINTHE
ci-dessus indiques pour l'analyse des vins. Pour reconnaître la gommegutte, il faut évaporer en consistance d'extrait une partie de la liqueur, dissoudre dans de l'alcool à 85 degrés l'extrait obtenu, filtrer et évaporer de nouveau au bain-uiarie ; quand le produit est concentré, on ajoute de la potasse dissoute et l'on obtient, s'il y a de lagomine-gutte, une coloration d'un rouge vif. L'absinthe, préparée avec soin, ne laisse qu'un faible résidu après évaporaiion, tandis que les absinthes de mauvaise qualité sont pauvres en alcool et riches au contraire en matières extractives.
On consomme généralement l'absinthe mélangée à l'eau ; il est vrai que la pro{)ortion de cette dernière est singulièrement diminuée par (juciques consommateurs, ou bien le nombre de petits verres d'absinthe, employés pour la préparation successive d'un certain nombre « d'absinthes s'élevant outre mesure, le même individu absorbe une forte quantité de liqueur alcoolique. Dans ces conditions, l'absinthe agit par son alcool, mais d'une façon générale, elle emprunte bien plus son action aux huiles essentielles qui lui ont été incorporées.
L'effet de l'absinthe sur l'organisme peut être considéré dans ses consé- (luences immédiates et dans ses conséquences éloignées.
L'ingestion d'une petite quantité d'absinthe, d'un petit verre dans un verre d'eau, par exemple, détermine une sensation de chaleur légère à la région épigaslrique, bientôt suivie d'une stimulation générale des fonctions digestives; c'est à ce titre que l'absinthe a pu être dite apéritive, mais elle n'a point, il faut bien le reconnaître, cette qualité dans une plus forte proportion qu'une infinité d'autres substances excitantes. Cet effet n'est plus perçu, du reste, lorstjue l'usage de la boisson se répète ; il n'y a plus là qu'une question d'habitude physique ; tel individu a contracté l'habitude de prendre un verre d'absinthe avant le repas el, s'il ) manque, il lui semble (jne la digestion ne pourra s'opérer, peut-être même s'opérera-telle moins bien ; on sait, en effet, combien nos appareils organiques se prêtent à un fonctionnement régulier, mathématique jwur ainsi dire, el quel trouble jette dans leur mode d'activité le moindre écart apporté dans la régularité quolidieime. Peu de temps après son ingestion, l'absinthe fait sentir ses propriétés diurétiques, (jui sont très-manifestes.
L'ingestion successive de plusieurs petits verres d'absinthe, deux ou trois, quelquefois même celle d'un seul verre chez certaines personnes, détermine des phénomènes d'intoxication aiguë, simulant l'ivresse, mais ils ne sont pas dus à l'alcool, puisque la proportion ingérée n'en est pas considérable. Cette
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ivresse est évidemment due aux huiles essentielles, et Magnan, dans ses recherches sur l'inloxicalion absinthique, le prouve surabondamment (1). Si, sous une cloche de verre, on expose des cochons d'Inde à l'effet des vapeurs de l'absinthe, simplement déposée dans un récipient à côté de l'animal, on voit celui-ci manifester d'abord une excitation simulant l'ivresse, bientôt des convulsions épileptiformes et enfin succomber, si l'action se prolonge.
Chez beaucoup de buveurs d'absinthe, l'habitude émousse celle influence aiguë de l'absinthe, mais peu à peu l'on voit se manifester chez eux les formes les plus graves de l'alcoolisme, avec localisation spéciale des accidents dans les fonctions intellectuelles. L'intelligence et la mémoire s'alourdissent, à des périodes de stupeur succèdent des périodes d'une excitation de plus en plus vive; le buveur d'absinthe recherche sa liqueur favorite pour ces excitations mêmes, elles lui deviennent nécessaires pour que son cerveau travaille et que son intelligence puisse être appliquée à un labeur quelconque; bientôt cette intelligence elle-même ne fonctionne plus que par éclairs, pour ainsi dire, et passant par-dessus toules la série des phénomènes morbides de l'alcoolisme chronique, le buveur d'absinthe saule à pieds joints dans les accidenls ultimes, dans la folie, avec ses manifestations les plus dangereuses, le suicide ou le crime.
On trouvera peut-être ce tableau trop chargé, il est de tous points exact, cependant ; en vain citerait-on nombre de personnes, de militaires surtout, qui, durant certaines périodes de leur vie, ont fait de l'absinthe cet usage régulier qu'une mode déplorable conseillait presque, il y a queUjues années. Que l'on recherche bien, les vivants sont ceux qui n'ont fait que toucher à cette passion funeste, sans s'y laisser entraîner; les autres sont morts, ou peuplent les maisons d'aliénés; les plus favorisés traînent une existence inutile à eux-mêmes et aux autres, l'animal subsiste en eux et fonctionne, mais, sous des dehors que l'éducation et l'habitude du monde peuvent améliorer, l'homme véritable, l'homme intellectuel s'est éteint pour jamais; encore ceux-là sont-ils du nombre de ceux qui se sont arrêtés, n'usent plus de l'absinthe que par accident et à des doses fort modérées.
Si tels sont les dangers de l'absinthe en elle-même, on peut juger de ce qu'ils deviennent lorsque l'absinthe renferme des substances caustiques,
(1) Magnan, Recherches de physiologie pathologique avec l'alcool et Vessence il" absinthe {Arch. de physiologie 7iormale et pathologique. Mars 1873).
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(les sels milioruiix toxiques; rempoisonncment tlevionl alors complexe cl la détérioration organique marche de pair avec la deslruclion inlollcctuclle; on frémit en pensant aux quantités de poison véritable qui se débitent ainsi tous les jours sur les comptoirs des marchands de \in, à raison de 30, 20 et même 10 centimes le verre d'absinthe, dans ces nombreux repaires, où se réfugient les déclassés de toutes les professions, les candidats des maisons centrales, du bagne et de l'échafaud!
Pendant une période d'une vingtaine d'années à peu prés, l'armée a l)ayé un certain tribut à la passion de l'absinlhisme; l'armée d'Afrique en a d'abord été atteinte, puis, par la contagion de l'exemple, l'habitude s'en est introduite en France; le nombre des militaires de tous grades ([ui se sont laissé entraîner n'a jamais été aussi considérable (jne certains ont voulu le prétendre, il a été suffisant cependant pour éveiller toute l'attention du commandement. Il est peu de régiments aujourd'hui où l'on tolère l'absinthe dans les liqueurs qui se débitent dans les cantines; les ofTiciers et les médecins doivent, à ce point de vue, exercer la surveillance la plus rigoureuse.
Sans aucun doute, en montrant à tous les dangers de cette liqueur, les hygiénistes ont contribué à en diminuer la consommation dans l'armée. La génération actuelle d'oniciers et de sous-ofïiciers se fait un véritable mérite d'avoir rompu avec cette dangereuse boisson et « l'heure de l'absinthe » ne sera bientôt plus qu'un souvenir, nous l'espérons du moins.
Aujourd'hui, l'abMiilhe trouve encore de fervents adorateurs, le mot n'est pas trop fort, et sa consommation ne diminue guère ; ce n'i si |)as dans l'amice, mais dans ces classes, moralement inférieures, que nous signalions tout à l'heure, où elle continue ses ravages avec d'autant plus de rigueur, qu'en raison des impôts apportés aux boissons alcooliques , on la sophisli(pic plus que jamais.
VI. Action générale des boissons alcool iq Lies. — Les boisuons alcooliques devant h la présence de l'alcool la majeure partie de leur action sur l'organisme, ce serait l'inlluencc de l'alcool lui-même qu'il faudrait d'abord envisager, si nous ne craignions point, en abordant ce sujet de physiologie, de sortir du cadre spécial de l'hygiène.
Rappelons donc seulement que, jus(iu'à ces derniers temps, on admettait sans conteste la théorie allemande, d aj)rès laquelle l'alcool subirait dans l'organisme une combustion complète, une oxydation dont les dilTé-
rents degrés seraient marqués par sa transformation en aldéhyde, acide MORACUE. — Hyg. milit. 55
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acétique et enfin en acide carboni([ue et en eau ; dans ces conditions, l'alcool serait un véritable aliment, le type des aliments respiratoires, calorifiques. Sur cette théorie, s'étayait celle de l'alcoolisme, marqué principalement par une demi-coagulation du sang, due à la présence de l'acide acétique ; l'ivresse disparaissait à mesure que cet acide acétique s'exhalait, sous forme d'acide carbonique, par la voie pulmonaire, d'eau par la même voie et les diverses sources d'excrétion. — Des recherches plus récentes et sensiblement plus précises, dues à deux médecins militaires, iMM. Maurice Perrin et Ludger Lallemand (11, sont venues démontrer que cette transformation de l'alcool est entièrement hypothétique, que l'on ne trouve point d'aldéhyde ni d'acide acétique dans le sang des individus alcoolisés, mais tout au contraire de l'alcool en nature. Ce produit s'accumule, au contraire, en grandes proportions dans le foie, les divers parenchymes, surtout dans le système nerveux périphérique et dans le cerveau.
Un produit qui s'accumule ainsi en nature et qui est ensuile éliminé en nature par les urines et par les sécrétions, celle de la peau en particulier, ne peut donc être considéré comme un aliment; le propre de l'aliment, c'est de se transformer dans l'organisme , d'y perdre son identité, de devenir partie intégrante du sang. L'alcool, au contraire, par sa fixation sur les appareils nerveux, agit spécialement sur l'innervation, à la façon de tous les stimulants nervosiques, en déterminant d'abord une excitation, puis au contraire une réaction, sous forme de sidération. Suivant les doses, l'alcool serait donc un excitant, puis un stupéfiant.
D'un autre côté, les mômes expérimentateurs, d'accord avec quelques autres physiologistes, Edw. Smith en particulier, ont établi que, sous l'influence de l'ingestion d'une certaine proportion d'alcool, les combustions organiques diminuent d'intensité, ou du moins que leurs produits ne s'éliminent pas, car la quantilé d'acide carbonique exhalé tombe alors sensiblement j par contre, la quantité d'urée contenue dans les urines augmente plutôt qu'elle ne diminue. Pour ces auteurs, l'alcool devrait donc être rangé dans la catégorie de ces substances, que nous avons déjà signalées en parlant du café, du thé, de la coca, etc., auxquelles on assigne le rôle d'aliments d'épargne, en ce qu'ils modèrent, pour un temps, la somme des déperditions organiques (2).
(1) Ludger Lallemand, Maurice Perrin et Duroy. Du rôle de Valcool et des aucsthésiques dans V organisme ; Recherches expérimentales . Paris, 1860.
(2) A. Marvaud. Des aliments d'épargne ou antidéperditeurs, I*aris, 187/ii.
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Eli acceptaiil conipiéleniciil la première parlie de ces propositions, nous estimons qu'il faut peut-être se montrer un peu plus réservé pour la seconde, non pas dans la question de fait, mais dans celle de l'application. Considérer l'alcool comme un aliment d'épargne est une théorie grâce à laquelle on peut s'engager dans une voie dangereuse, en invitant positivement le public à faire usage de l'alcool ; or si l'alcool est un agent précieux, c'est aussi l'un des cléments les plus dangereux qui existent ; si l'on mettait en balance la somme des avantages que l'on en retire, avec les désastres physiques et moraux dont il est l'origine, peut-ôlre faudrait-il regretter son introduction dans notre régime et certainement excuser cet ancien empereur de la Chine, lorsque, dit la chronique asiatique, il fit jeter aux flammes celui qui, le premier, eut l'idée de distiller des li(iueurs alcooliques.
VII. Les boissons alcooliques dans l'armée. —Ingérées en proportions restreintes, les boissons alcooliques agissent sur l'économie en produisant une slinmlation générale, agréable, utile dans beaucoup de cas; nous en avons déjà parlé en traitant de l'usage du vin. Dans le régime militaire, elles trouvent donc leur indication, car certes, dans beaucoup de circonstances, spécialement en campagne, l'effort à produire dépasse presque la limite des forces disponibles. Elles conviennent encore lors(|u'il faut donner un stimulus à l'organisme, pour réagir contre le froid, l'humidité. Les peuples du Nord doivent vraisemblablement à cette circonstance le besoin instinctif qui les pousse à faire un large usage des alcooliques; les armées, formées par ces races septentrionales, sont portées à faire entrer les boissons alcooliques pour une forte part dans leurs rations; le système nerveux peu excitable des hommes du Mord leur rend peut-être nécessaire cette continuelle stimulation, tandis qu'aux hommes des races plus méridionales, aux Latins en général, dont les nerfs sont facilement ébranlés, môme hors de mesure, l'excitation alcoolique est moins nécessaire ; on n'en doit faire usage que comme on emploie l'éperon chez un généreux pur sang pour le réveiller, le rendre plus attentif et lui faire donner tout l'clTort dont il est capable.
L'alcooi n'est pas directement une source de force, son action prolongée est une source de faiblesse, car peu à peu le système nerveux, ébranlé par ces excitations successives, tombe dans la torpeur et n'est plus capable de réagir et de fonctionner, et, d'autre part, l'irritation locale de l'alcool sur les nmqucuses digestives trouble profondément leurs fonctions et les rend inaptes à concourir régulièrement à la digestion. Le besoin d'ali-
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nienls, la faim s'émousseiil en même Icmps, la nulril'.on générale s'ap- |)auvrit et l'organisme toui entier tombe dans le marasme.
L'alcoolisme, c'est-à-dire l'intoxication ou l'empoisonnement par l'alcool, se montre en effet sous deux formes bien caractérisées : la forme aiguë, c'est l'ivresse brutale que tout le monde coimaît, la forme chroni(iue, qui ne succède pas toujours à une suite d'intoxications aiguës, mais s'établit peu à peu chez des gens qui n'ont jamais ou bien rarement fait d'excès, maisqui, tousles jours, ont consommé, sous des formes diverses, unequantilé d'alcool supérieure à celle que l'organisme peut supporter. ]1 serait presque vrai de dire que les gens atteints d'alcoolisme chronique ne sont point des ivrognes, dans le sens rigoureux du mol.
Dans l'armée, on rencontre l'intoxication alcoolique sous toutes ses formes et avec tous ses caractères. Le soldat fait, par accident, un excès de boisson, il s'enivre, c'est l'alcoolisme aigu, il est coupable sans doute, mais le danger est plus moral que physique. Le soldat plus ancien, le sousoflicier, Tofficier surtout se laissent moins aller à ces excès, la discipline et la raison aidant, ils ne s'enivrent point; mais certains militaires ne croient point faire d'excès en prenant, aupansageou à l'exercice du matin, le petit verre ou le vin blanc, le mêlé-cassis, où il n'y a [)resque que de l'alcool, un verre de vermouth pour se mettre en appétit, puis le café avec cognac, après le repas du matin et celui du soir, et deux ou trois chopes de bière dans la soirée. Avec ce régime alcoolique, que vient encore augmenter le vin con.sommé aux repas, Thomme le plus vigoureux marche vers l'alcoolisme chronique, auquel, si rien ne l'arrête, il arrive vers l'âge de quarante à quarante-cinq ans; mais que, chemin faisant, il ait rencontré quel que influence épidémique sérieuse, qu'un accident quelconque, maladie ou blessure, l ait jclé sur le lit et, au moment où toutes les forces de l'organisme devraient être employées pour réagir contre l'influence morbide, celte réaction ne se fait point, ou irrégulièrement, et bien souvent la guérison est indéfiniment retardée, si même elle se produit. C'est ainsi que l'on est surpris de voir dans l'armée des hommes de constitution;, vigoureuse en apparence, tomber sans résistatîce à la moindre influence morbide; si l'on recherche dans leur passé, on trouve l'alcoolisme chronique comme cause première du dés:islre.
Nous croirions être coupable en n'exprimant pas ici toute notre pensée sur un sujet aussi grave, sur lequel nous pensons avoir sérieusement observé et médité. L'alcoolisme a été pendant longtemps l'un des vices
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radicaux des militaires, non pas seulement des mililairos français, de ceux-là moins que d'autres peut-être, niais de ceux de loules les armées. Un grand nombre de causes concouraient à \ pousser, et dans l'armée française, la plus importante résultait du remplacement et des réengagements avec primes. Le soldai, mis en possession de sommes assez considérables, dissipait entièrement celles qui lui avaient été payées en espèces, il gaspillait en crédits chez les cantiniers celles qui devaient lui revenir un jour. I.a possession d'une haute-paye, les chevrons venaient augmenter peu à peu sa solde quotidienne ; s'il arrivait au grade de sousoilicier, elle était plus élevée encore, en même temps qu'une plus grande liberté d'allure lui permettait de se livrer sans difliculiés à sa passion. Kl cependant, de tels hommes ne s'enivraient jamais, servaient relativement bien, mais à trente ans ils avaient l'allure d'hommes de quaranie-cinq, à I rente-cinq ils étaient presque décrépits.
Chez l'olTicier, l'alcoolisme, lorsqu'il existe, suit une marche en app.irence plus lente, parce que les excès sont moins continuels et surtout parce ([ue la vie matérielle meilleure fournit plus de matériaux de réaction, mais il n'en existe pas moins et se traduit par ce nombre, relalivement considérable, d'alTections du système nerveux moteur, de par^ilysics générales, de folie auxquelles les anciens officiers fournissent un contingent malheureusement trop nombreux.
Nous n'avons point, on le voit, cherché à dissimuler la situation, nous aurions d'autant moins lieu de le faire qu'elle va en s'améliorant tous les jours davantage. Avec la nouvelle loi du recrutement, les jeunes gens, venus sous les drapeaux pour s'instruire des choses militaires, devenir aptes à défendre leurs foyers et acquérir ainsi le droit de se dire véritablement citoyens d'un grand pays, se trouvent dans des conditions absolument opposées aux anciens soldais de la loi de doialion, aux remplaçants; les sous-ofTiciers ne restent plus dans l'armée à litre indéfini, mais seulement pour concourir aux grades d'officier, qu'ils acquièrent par le travail ou pour avoir des droits à un emploi civil. Les officiers, de plus en plus éclairés sur leurs devoirs et sur leur situation réelle, sur les dangers auxquels les excès les exposent, s'attachent à donner à leurs troupes rexenq)Ie d'une vie sobre, laborieuse, austère comme celle d'hommes attachés à un grand devoir.
Aussi voyons-nous tous les jours les cas d'alcoolisme aigu, d'ivrognerie, devenir de plus en plus rares, dans notre armée française et, en proportions,
grandir au contraire la discipline et l'instruction ; l'alcoolisme chronique ne pourra trouver place dans cette vie d'entraînement à laquelle l'armée doit s'astreindre; par ce remarquable exemple donné au pays, par les principes que tous les jeunes hommes viendront chercher à leur tour dans les régiments, l'armée deviendra pour la nation entière une grande école de discipline et de moralisalion.
Au point de vue militaire et, en ce qui regarde l'armée française, nous regardons les boissons alcooliques comme devant entrer dans les rations quotidiennes, mais non pas sous la forme de l'eau -de-vie qui abrutit et qui lue, mais sous la forme de ces vins, dont notre pays a été si généreusement doté, où l'alcool, le sucre, les sels minéraux se trouvent réunis par les forces de la nature, que celles du chimiste ou du distillateur ne peuvent jamais imiter.
A titre très-exceptionnel seulement et, en campagne, des rations d'eaude-vie peuvent être distribuées aux troupes, à condition de la mélanger au café, qui demeure la boisson militaire par excellence (1).