‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 190 sur 241 · CUISINIERS' — RÉFECTOIRES · texte numérisé non relu

CUISINIERS' — RÉFECTOIRES

tant bien que l'on fasse quehiue chose pour lui : il faut entourer son repas d'un peu de confortable, cliercher à satisfaire son sens du goût, l'exciter parce moyen à ne pas abandonner la moitié de sa ration, comme il le fait souvent, dans son insouciance. A la rigueur, la ration est bien suffisante : ce qui manque, c'est précisément l'excitation à la manger, ce sont ces petites choses qui flattent les sens, qui excitent l'appétit, et par là môme favorisent l'accomplissement de la digestion, cet acte si important pour un homme qui travaille, pour celui qui n'a pas achevé son complet développement. Le peu que l'on fera dans celte voie, sera un innuense progrès pour l'hygiène un peu trop négligée, et pour la santé du soldat, qui doit être si précieuse à tout le monde.

IV. Réfectoires. — Dans nos casernes actuelles, les hommes mangent, nous l'avons déjà dit (p. 359), où ils peuvent, dans les chambres, les escaliers, les cours, assis sur les lits qu'ils souillent de détritus de nourriture, c'est un désordre matériel joint, pour certains, à une véritable souffrance Morale.

Quelque amélioration serait bien à désirer de ce côté. On a déjà fait beaucoup en substituant les gamelles individuelles aux gamelles communes (1852) ; mais ce n'est pas assez, et il faut aller plus loin. La création de réfectoires ou des « chambres de jour » (p. 378), est indiquée comme l'un des progrès indispensables à introduire dans les nouvelles casernes, mais, en attendant, et même dans les anciens locaux, rien ne serait plus facile que d'obtenir déjà quelque chose d'approchant, n'était le nombre insuffisant de tables et de bancs. Chaque escouade formerait une table, les marmites de campagne sei viraient à apporter séparément la soupe, la viande et les légumes pour les huit hommes ; les gamelles pourraient servir d'assiettes. Il n'y a donc qu'à compléter le nombre de tables et de bancs existant déjà dans les casernes, (jette dépense ne serait pas considérable et remplirait un double but, puisque ces meubles serviraient encore aux hommes pour lire et écrire.

Dans la marine nationale, les hommes ont des bancs et des tables (p. 359), même sur les plus petits navires, où cependant l'espace est bien restreint* — Dans les armées anglaises, américaines, suédoises, les compagnies prennent leurs repas dans des réfectoires, sur des tables peintes et fort propres. Cette /nesurc donne au repas du soldat un cachet de confort qui fait plaisir à voir. Il en est de même en Prusse, où les tables sont de dix hommes et présidées par un gefreite.

Nous serions liciu cnx de voir adopter en France celte mesure, acluellenicnt réclamée par tous les hommes désireux de voir le soldai français traité comme le sont ceux des autres armées. Les soldats se rappelleraient ainsi leur vie de famille, et la caserne y gagnerait en moralité. Mais ce ne serait pas là le seul avantage de cette institution : les hommes mangeraient à leur appétit; ils ne gaspilleraieni pas leur ration, comme ils le font si souvent, et ils pourraient en faire proliter ceux de leui's camarades pourvus d'un plus grand appéiii.

V. Variété du régime. — Le régime de notre soldat présente un autre défaut déjà plusieurs fois signalé et qui prête bien plus encore à la critique : c'est l'uniformité de la nourriture. En ciïet, rien de moins varié que la carte de notre pauvre troupier ; pendant trois cent soixanlecinq jours, il voit reparaître malin et soir la même soupe. Or chacun sait que noire estomac est capricieux; ses goûts sont nmltiplos et volages ; il se fatigue vite de la même nourriture, (^etle fatigue n'est pas seulement le résultat d'une simple indifférence du sens du goût; elle est aussi l'expression d'un véritable besoin, qu'il faut satisfaire, sous peine de voir survenir l'inappétence, ou lout au moins une cerlaine diminution dans l'activité digestivc. Le Conseil de santé a mis celle \érilé en lumière dans son Instruction du 5 mars 1850, en disant que l'usage persistant des mêmes préparations alimentaires amène graduellement, dans les organes digestifs, un état ou de langueur, ou d'irritation, et toujours de satiété, si ce n'est de dégoût, défavorable à la bonne élaboration des alitnenls, et par suite à la nutrition et à l'enlrelien des forces. Le conseil conclut qu'il est nécessaire : 1° de composer, aulant que possible, chaque repas d'aliments divers, en proportions convenables, connue viande, pain, légumes, poissons, etc. ; 2" de varier le régime de telle sorte que chaque jour ne ramène pas les mômes aliments. Ces préceptes sont loin d'être suivis dans l'armée française. Chaque jour, le soldat voit invariablement sa gamelle se remplir de la même façon ; cette effrayanle monotonie n'est interrompue que pour un repas sur dix ; on lui sert alors un mélange de mouton, haricois, pommes de terre ou macaroni. Et cependant, avec ((uel plaisir ne mange-t il pas cet informe ragoût désigné sous le nom de rata ! N'est-ce pas là encore une preuve de la nécessité urgente de varier le régime? C'est là un point de nature à frapper l'esprit de tous ceux qui s'occupent un peu de l'alimentalion de l'armée, et certes on doit convenir que toute amèlioraliun apportée de ce côté sera un grand pas de fait dans l'hygiène du soldat.

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