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SOINS DES CHEVEUX, DE LA RARBE ET DE LA BOUCHE. 89Î

nellos, si glorieuseiiient portées par nos belles armées du llliiii el d'ilalie, ne laissaient pas que d'èlre une source de malpropreté, dé veruUue, d'accidents cutanés de toute nature. Il ne fallut rien moins que l'autorité, le prestige, et l'exemple personnel de l'empereur, pour faire tomber ces appendices, que les vieux grognards n'abandonnèrent qu'à regret. Il y aurait même une histoire curieuse à faire sur cette révolution intérieure, à laquelle beaucoup de corps de troupes firent une résistance acharnée. Victoire est restée à la loi et à l'hygiène; ne nous en plaignons pas.

Le port de la barbe fut aussi l'objet de nombreuses décisions, aujourd'hui presque oubliées, en ce sens que la moustache et la mouche, ou la moustache et la barbe au menton, connue sons le nom de barbiche, attribuées jadis connue faveur distinctive à certaines armes spéciales, sont entrées dans le domaine public de l'armée. Une seule prescription reste debout : elle interdit le port de la barbe entière à tous les militaires ; au poin t de vue de la pro prêté, cette mesure semble, au premier abord, excellente; elle est contestable cependant, en raison de l'obligation des rasages fréquents. Celte opération, pratiquée par le perruquier de compagnie ou de l'escadron, n'est pas sans danger; la promiscuité du rasoir entraîne la contagion des alîections dermiques parasitaires, des différentes dartres, pityriasis, eczéma^ lichen et autres, qui pullulent dans les casernes et nécessitent en somme de nombreuses journées de traitement. D'un autre côté, on ne saurait exiger que chaque iionmie se rase lui-même ; en campagne, il est de tradition de laisser les soldats libres de porter toute leur barbe. On pourrait donc, sans nuire à la discipline, comme le craignent quelques fanatlcjnes du règlement, autoriser le port de la barbe entière, à condition qu'elle soit très-courte et lavée tous les jours ; si certams individus manquent à celte ordonnance, on les punit sévèrement pour l'exemple, el l'habitude est bientôt prise. Enfin, ce serait une petite économie de temps el même d'argent, puisque les allocations, minimes, il est vrai, du perruquier, sont prélevées sur l'ordinaire. Les règlements doivent être faits dans l'intérêt des hommes et du service en général, et non pas dans celui delà mode; pénétrons-nous de ce principe.

La propreté de la bouche et des dents doit être surveillée avec attention parles officiers et les médecins; le règlement alloue une brosse à dents à chaque soldat ; il faut qu'il s'en serve et qu'elle figure dans son équipement autrement que pour les revues; les stomatites sont fréquentes dans l'armée, elles puisent souvent leur origine première dans l'absence de ces

soins quotidiens, sans lesquels le tartre s'accumule sur l'émail des dents et ne tarde point à irriter la gencive, à déterminer la chute de la dent ellemt'ine. C'est un des points sur lesquels doit porter l invesligation du médecin, lors des visites corporelles.

§ II. — li'cxercice et les exereîeeti militaires

I. Des exercices militaires en général. — Les Roiriains, nos maîtres en art militaire, avaient adopté un principe (juc l'on ne saurait trop conserver : La guerre doit être une méditation^ la paix un exercice. C'est résumer en quelques mots ce que doit être pour l'arméela période de paix : un temps de préparation continuelle, une mise en élude des faits dont la nécessité est démontrée par la guerre, un prélude à de nouvelles campagnes. Si l'on n'adopte point cette idée et qu'on ne l'applique pas à chaque heure, à chaque minute de la vie militaire, les armées permanentes sont une erreur; elles dévorent inutilement, au budget de la nation, dessonmies considérables, elles tiennent, sans raison, éloignée de leurs familles et de leurs travaux la partie la plus virile de la population.

Les exercices militaires sont donc, avant toutes choses, la préparation aux exercices plus violents que nécessitera la guerre; bien entendu, ils sont encore un puissant moyen de maintenir la santé, de la fortifier, d'endurcir le soldat et d'éloigner de lui les sources morbifiques, car un corps endurci aux exercices corporels est infiniment moins susceptible d'être affecté par les maladies. Déjà, du temps des Grecs, la gymnastique était en usage pour préparer la jeunesse aux fatigues de la guerre et pour l'endurcir aux combats (1); si nous passons sans transition au plus grand tacticien, au premier général de l'antiquité, à César, ne voyons-nous pas ce chef illustre apprécier si bien la nécessité de l'exercice des armes et des travaux militaires, qu'il exerçait lui-même ses troupes, non-seulement dans leurs quartiers, mais encore dans le camp et en présence de l'ennemi. Hirtius rapporte que César, étant dans son camp retranché de Ruspine, avec l'ennemi sur les bras, ne laissait pas que d'exercer une partie de son armée pendant que l'autre travaillait aux retranchements (2). Les Romains, du reste, ne connurent et n'appliquèrent réellement bien qu'un seul art, celui des combats; enflammés par l'enthousiasme guerrier et l'amour de la gloire, il

(1) Homère. UùMle, liv. I.

(2) Polybe^ liv. I, chap. II.

DElà EXERCICES MILITAIRES EN GÉNÉRAL. 893

étaient tous soldats par leurs goûts et leur éducation; Rome entière n'offrait qu'un camp d'exercice, où tout respirait la guerre et où les jeux même des gladiateurs formaient de véritables combats. Ils s'exerçaient sans relâche dans le champ de Mars, à découvert quand le temps le permettait, à couvert quand il tombait de la pluie ou de la neige. Aussi Rome pouvaitelle fournir des légions, prêles à marcher à l'ennemi dès le lendemain de leur mobilisation; enfin, les Romains, outre leurs exercices militaires, prenaient la guerre pour base de leurs mœurs, de leurs usages, de leurs fêtes, de leurs jeux et de leurs institutions politiques et religieuses : voilà ce qui explique la supériorité de leurs armes pendant des siècles, et leur chute lorsque les mœurs s'amollirent au contact des civilisations de la Grèce et de l'Orient. — N'oublions point ces leçons, et sans faire ici d'inopportunes récriminations, demeurons convaincus que nos soldats seraient aussi solides que ceux de César s'ils étaient exercés, occupés et conduits de la même manière.

Dans l'histoire moderne même, ne trouvons-nous pas de semblables exemples; souvenons-nous des troupes réunies par Napoléon au camp de Boulogne en vue de la descente en Angleterre; quinze mois d'exercices et de travaux continuels suffirent pour former des hommes en état de supporter les plus violentes fatigues et constituer une armée invincible qui, en une seule campagne, dicta des lois au reste de l'Europe. Tel avait été encore le système de Frédéric P^ Ne pouvant se donner la supériorité sur ses nombreux et redoutables ennemis, ni par la quantité, ni par la qualité de ses troupes en partie composées d'étrangers, il résolut du moins de les surpasser par l'habileté et la célérité de ses manœuvres ; il réunit ses soldats dans des camps d'exercice, les fil manœuvrer avec beaucoup de soin et parvint de celte manière à former des armées lestes et manœuvrières, avec lesquelles il ne craignit pas de hasarder, sur les flancs de ses ennemis, ces mouvements hardis qui balancèrent si souvent les avantages du nombre et lui procurèrent plusieurs fois la victoire.

En tant que modificateur, l'exercice favorise et augmente l'action des organes du mouvement; le repos les affaiblit, et, par sa continuité, jette l'organisme dans l'inertie. Tous deux sont cependant nécessaires pour l'entretien de la santé; elle ne saurait se soutenir que par la régularité et par l'ha monie dans l'exécution des fonctions du système organique.

Lorsqu'on veut tirer de l'exercice tous les avantages qu'on peut en attendre pour la santé, il faut l'approprier aux forces de l'individu; or, un

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soldat, nouvellement arrivé sons les drapeaux, surtout celui dont la constitution n'est pas forte, ou celui qui est peu habitué aux fatigues corporelles, doit être initié peu à peu aux travaux militaires : il a besoin d'être ménage dans les exercices. Cette même mesure doit être strictement prise pour les militaires sortant de maladie. Lorsque l'individu ne fait qu'entrer au service militaire, il ne faut pas vouloir trop presser son inslruclion ; ses exercices doivent être modérés, et il iniporte de lui bien faire comprendre que l'exercice contribue h améliorer sa santé, à le rendre plus robuste et à le rendre digne de l'honneur qui lui est fait, de servir sa patrie.

L'homme est gouverné par l'induence de l'habitude; il est certain que le passage d'un genre de vie à un autre lui est quelquefois pénible et nuit souvent à sa santé; nous le constatons tous les jours dans l'armée en voyant la morbidité et la léihalité peser plus lourdement sur les premières années de service que sur les suivantes; il est donc important que les chefs usent toujours de précaution, même avec les jeunes gens fournis par les professions les plus rudes, comme celle des paysans, à plus forte raison avec les ouvriers des villes, avec ces représentants des classes industrielles, chez lesquels le développement du corps est loin d'être aussi avancé que chez les habitants de la campagne.

Les exercices militaires n'ont pas seulement pour but de développer le physitjue du soldat et de le perfeclionner dans le maniment des armes, ils influencent encore son moral ; de là cet axiome bien connu « occupez le soldat, vous le rendrez sage »; il est certain que la discipline étant indispensable dans l'armée, l'un des moyens principaux de l'obtenir consiste à faire fuir aux soldats l'oisiveté, et môme à fatiguer leurs corps par des exercices non point immodérés, mais cependant sulTisanis. Tous les chefs militaires seront de cet avis et reconnaîtront l'influence heureuse de l'exercice sur le moral du soldat; mais si l'on dépasse le but, si l'on s'éternise dans les mêmes manœuvres, l'homme perd bientôt tout feu sacré, devient indiflerent, ne fait plus son devoir que par routine, et au lieu de l'assouplir on tend à l'abrutir. C'est dire qu'il faut introduire dans sou service une variété indispensable à sa bonne exécution, faire alterner le maniement d'armes avec la gymnastique, les exercices sur le terrain avec ceux de la chambre, la théorie militaire avec l'instruction générale.

II. Répartition du travail et du 7rpos. — Un point fort important à établir est celui de savoir combien l'on peut exiger d'heures de travail pour le soldat? quelle proportion doit-on lui laisser entre le repos et

l'activité? A ce point de vue, nous partageons absolument les vues d'un éminent écrivain militaire, le colonel Lewal (1), et convenons avec lui que l'on doit exiger des soldats une somme d'activité physique égale à celle (jue fournit un ouvrier travaillant pour gagner sa vie, sans tomber dans l'excès bien entendu; le service militaire ne doit pas être un temps de paresse, mais un temps d'étude, une période d'activité ; il importe que le soldat ne prenne point goût à la vie désœuvrée; il faut qu'en rentrant dans la vie civile il retourne avec plaisir au labeur quotidien, y trouve presque un adoucissement, qu'il rentre au village ou à l'atelier amélioré, rompu à la fatigue et satisfait de son sort. Jadis on désirait (jue le soldat prît goîjt à son métier, qu'il y prolongeât son existence ; le principe moderne doit être absolument inverse; il faut, au contraire, que le soldat souhaite d'abréger ce temps d'initiation, que son intérêt le porte à travailler beaucoup, à se livrer avec zèle à son métier; cet intérêt privé est également d'accord avec l'intérêt de l'armée, (|ui demande des hommes honnêtes, disciplinés, travailleurs, avec celui du pays qui nous a confié des jeunes gens et veut les retrouver citoyens.

On objectera, il est vrai, que, <lans les corps de troupes, les hommes sont actuellement très-occupés, qu'ils n'ont pas un moment h eux; le fait n'est pas exact; avec les tableaux de service actuels, on multiplie les revues, les théories dans les chambres, on coupe la journée de telle sorte qu'il y a une heure ou une demi-heure de perdue entre deux occupations, on n'a pas le temps d'en commencer une autre dans l'intervalle, on flâne en attendant. — « A quoi, dit le colonel Lewal, servent ces soins méticuleux pour disposer arlistement sur un mouchoir tous les effets d'un homme ? Quelle utilité trouve-t-on à ces pansages interminables où les cavaliers se rebutent à frotter indéfiniment des animaux depuis longtemps propres? Tout le monde sait que cela ne sert à rien, et cependant on continue toujours. Cela est bon, prétend-on, pour maintenir les hommes au quartier; voilà un motif contre lequel on ne saurait assez s'élever. iVc peut-on trouver des occupations profitables au lieu de travailler dans le vide? Pense-t-on que le soldat soit dupe et qu'il ne voie pas l'absurdité de la besogne qu'il lui faut accomplir? Cela n'est pas un système. C'est l'abrutissement au lieu du perfectionnement par le travail.

') Tout ce qui est inutile est nuisible. Il vaut mieux ne rien faire, laisser

(1) Cofonel Lewal, La réforme de l'armée, p. 519. Paris, 1871.

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les hommes se reposer plutôt que de les astreindre à des occupations sans but et sans profit.

» Les manœuvres ou exercices, à heures fixes pour tous, sont une des plus funestes habitudes que nous ayons. Rien n'écœure davantage, rien ne stérilise plus l'instruction pratique. On va sur le terrain à la même heure; on se disperse en classes ou en pelotons, et sur tout le champ de manœuvre on exécute la même leçon : on ne peut pas faire autre chose.

« L'ensemble est énervé par cette monotonie ; les soldats aussi bien que l'officier, chacun bâille et consulte sa montre; c'est un ennui mortel qui attiédit tout le monde. Personne n'a de goût à la besogne, ce n'est plus une école d'instruction, c'est une corvée, un supplice. On rentre enfin, et c'est fini pour la journée ; on a exécuté à peu près pour éviter les punitions, on n'a montré ni goût, ni zèle, ni dévouement. On ravale le métier à ses rudiments les plus vulgaires ; on use le temps mais on ne fait rien pour donner un peu d'attrait au service, varier les occupations, y attacher un but ou un intérêt.

« Grâce à ce système, qui se caractérise par deux mots : routine et insouciance, les officiers savent peu leur métier, les soldais encore bien moins, et on les rend à leur famille, paresseux, débauchés et mauvais citoyens. ')

Peut-être y a-t-il dans ces dernières paroles un peu d'exagération, en tous cas, qui veut prouver le moins cherche à prouver le plus, et c'est en montrant les dernières conséquences du système suivi jusqu'à présent que M. Lewal voudrait y faire renoncer pour jamais. Nous ne saurions le suivre dans les détails pratiques qu'il propose pour l'emploi du temps et n'en retenons ici que le principe, celui d'occuper le soldat pendant un temps égal à celui de l'ouvrier travaillant manuellement, soit neuf à dix heures, coupées par quelques repos, et en admettant encore dans les travaux une alternance indispensable à tous les points de vue. Telles sont, du reste, les exigences du service dans l'École militaire, où l'on ne reçoit que des jeunes gens dedix-huit à vingt ans, n'appartenant pas en général aux professions manuelles et auxquels on impose chaque jour, et cela pendant dix mois, du gymnase, de l'équitation, quatre heures d'artillerie, deux heures de bataillon; ils ont, en outre, un travail de tête assez considérable et cependant le régime est loin de leur être mauvais.

D'après le règlement du 2 novembre 1833, sur le service intérieur dans les corps d'infanterie et de cavalerie, le réveil a lieu : pour l'infanterie, à

cinq licures dans les mois de mai, juin, juillet et août, à six heures en mars, avril, septembre et octobre; à sept heures en novembre, décembre, janvier et février. Dans la cavalerie, le réveil est sonné à quatre heures trente minutes en mai, juin, juillet et août, à cinq heures en mars, avril, septembre et octobre; à six heures en novembre, décembre, janvier et février. La retraite varie également entre sept heures et huit heures et demie du soir. L'appel au quartier a lieu une demi-heure après la retraite, et l'extinction des feux à dix heures. On doit fournir au soldat sept heuies de sommeil ; en supposant qu'il se couche à neuf heures, il aura donc toujours le nombre d'heures suffisant pour se livrer au repos. Dans les régions chaudes, comme dans le midi de la France, et surtout en Algérie, il faut lui accorder en été deux heures de repos pendant les heures médianes de la journée ; le règlement le veut ainsi ; dans ces garnisons, la retraite est battue à dix heures et demie du malin et le réveil à deux heures et demie du soir ; pendant ces quatre heures, les hommes doivent être présents à la caserne, où ils restent libres de l'emploi de leur temps.

En laissant à l'homme une demi -heure au plus pour sa toilette et les difléietits soins de propreté, on peut commencer le service, en élc, à cinq heures; en hiver il sera peut-être nécessaire de le relarder jusqu'à sept heures ou sept heures et demie. Sur ces bases, voici comment on peut employer les heures de la journée, aussi bien dans l'infanterie que dans la cavalerie ou les autres armes :

PÉRIODE d'été.

EUPLOI DU TEUfS.

l'IiHlODE Di: TRAVAIL.

l'iimoui;

I)U IIKPOS.

Travail de 5 h. à 9 h. 30'

Parade et reprise du travail de 11 h, à 12 h. 30'

Repos de 12 h. 30' à 2 h

Travail de 2 h. à ;") h

De cin(j heures du mathi à cinq heures du soir, le soldat aura donc eu MORACHE. — Hyg. milit. 57

neuf heures de travail coupées par trois heures de repos ; c'est moins que n'en font les élèves des lycées.

PÉRIODE d'hiver.

piiuioui;

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