DE REPOS
Lever à 5 h. 30' ou 6 h
Parade et reprise du travail de 11 h. à 4 h. 30' .
La période d'activité aura duré de sept heures du matin à quatre heures trente minutes du soir, soit neuf heures trente minutes, sur lesquelles il y aura huit heures trente minutes de travail et une heure seulement de repos. Cela paraît peu, mais remarquons que cela se passe en hiver, où le travail matériel est beaucoup moins pénible qu'en été; tous les ouvriers font autant et même plus; enfin, il ne s'agit pas d'un travail continu mais alternant. Ce qui doit être exigé c'est l'activité physique et morale, l'absence de toute oisiveté. A cinq heures et demie du soir, le soldat aurait terminé son service, mais si l'on juge opportun de le laisser Ubre pendant les quelques heures qui le séparent de la retraite, on n'en doit pas moins exiger que ces heures de liberté soient employées pour son développement intellectuel ; c'est pourquoi tous les illettrés seraient envoyés à sept heures dans les écoles régimentaires, les hommes suffisamment instruits dans les salles de lecture, les bibliothèques, dont les casernes doivent être pourvues. Le commandement sera toujours libre de donner à ces derniers, mais à ceux-là seuls, des permissions de la soirée; en revanche, si, pendant la semaine, nous désirons voir le soldat complètement actif, nous voulons lui donner la libre et absolue disposition du dimanche, depuis l'heure du déjeuner jusqu'à celle du coucher; la permission de neuf heures serait accordée d'une façon générale et non pas celle de dix heures, qui force l'homme à se coucher trop tard et lui enlève plusieurs heures de sommeil.
On objectera à ces idées que l'on tendrait ainsi à transformer le soldat
en un véritable écolier; mais, en effet, c'est bien ainsi que nous voulons le traiter, et on peut le faire, avec des hommes de vingt à vingt-trois ans, comme le seront dans quelque temps tous les soldats ; d'autre part, peuton comparer cette vie, même avec toutes ses rigueurs, à celle du marin, qui passe de longs mois sur son navire sans voir la terre, qui, dans les relâches, n'obtient à peu près jamais la permission de descendre à terre, et fait souvent une campagne de trois ans sans y avoir mis les pieds quatre fois. La marine ne nous donne-t-elle pas, au contraire, l'exemple du courage, de la discipline ; n'est-elle pas le type de ce que devrait être l'armée ? — Cette dernière ne saurait, dans les sociétés modernes, former une classe à part ou plutôt une société dans la société, elle devient une grande école où tous les hommes passent à leur tour; ils y entrent jeunes hommes, ils doivent en sortir citoyens, aptes à défendre leur pays, à participer à sa vie politique, à devenir eux-mêmes chefs d'une famille, où ils sauront établir la discipline, parce qu'ils y auront été soumis pendant leur séjour sous les drapeaux.
Dans l'armée, il n'y a point que les soldats, c'est-à-dire des élèves, il y a encore les officiers, c'est-à-dire des maîtres. Les premiers ne doivent que passer dans l'armée, les seconds y faire leur carrière et par conséquent s'y intéresser et s'y plaire. C'est dire qu'il est impossible d'imposer à ces derniers la vie aussi régulière qu'aux simples soldats; déjà, par le fait des exercices qu'ils dirigent, des leçons qu'ils doivent être appelés à professer, plusieurs heures de la journée seront employées ; les autres doivent leur appartenir en propre. C'est par d'autres moyens qu'on peut les engager au travail; nous n'avons point à y insister ici, non plus qu'à tracer les principes suivant lesquels il est nécessaire de les associer tous à l'instruction de leurs hommes, et ne point, au contraire, les en dégager par l'adjonction, dans les régiments, d'officiers instructeurs. Tout officier doit être instructeur, sinon il abandonne la majeure partie de son rôle.
IIL Exercices militaires particuliers. — Les exercices auxquels le soldat est soumis sont, en première ligne, l'étude pratique de l'arme que l'on place entre ses mains, le fusil pour le fantassin, le canon pour l'artilleur, le sabre et le fusil pour le cavalier. Incidemment, on doit donner cependant à chaque soldat une teinte des autres exercices : le fantassin devra pouvoir, à la rigueur, servir une pièce; l'artilleur comballre en fantassin, la carabine à la main. Ces exercices sont les plus longs, ils sont continuels
car, alors que le maniement d'armes est parfaitement connu, la pratique
du lir ne l'est jamais suffisamment, puisque l'objectif du soldat est, en somme, de placer un projectile dans la poitrine d'un adversaire. A côté du maniement d'armes, la marche et les diverses formations sur le terrain ont, surtout pour le fantassin, une importance capitale ; cette étude s'étend depuis l'école du soldat jusqu'aux grandes manœuvres de division, de corps d'armée, où l'individu lui-même n'est plus qu'une minime fraction d'unité dans la main du général. Les exercices participent, de la gymnastique proprement dite; aussi est-ce avec raison qiie les premières leçons sont, dans quelques armées, consacrées à une sorte de débourrage tout à fait indispensable chez la plupart des recrues. — Voici ce qu'écrivait en 1817 le général comte de la Roche-Aymon : « La position du soldat sans armes ou avec ses armes, en rang ou en file, ne doit être ni forcée, ni contraire à l'organisation de son corps : on ne saurait assez répéter que la souplesse des mouvements et l'aisance du corps sont le premier but auquel on doit tendre. 11 serait peut-être à désirer, pour y parvenir plus sûrement, que l'on s'écartât de la routine habituelle. Avant de donner aux recrues les premiers principes de la position du soldat, il serait préférable de commencer parles débourrer et les assouplir en les faisant d'abord marcher, courir, sauter, remuer les bras sans aucune règle et de ne les amener aux premières leçons de la position militaire qu'après leur avoir ôté celte roideur, qui se rencontre toujours dans les recrues (1 ). »
IV. Gymnastique. — Ces principes sont mis à exécution dans l'armée française depuis 1847, époque à laquelle une instruction spéciale vint réglementer, dans les corps de troupes, ce genre d'exercice, que dirigent les inslrucleurs brevetés à l'École militaire de gymnastique de Joinville-le- Pont.
a. L'École de Joinvi(le-le-Phnt. — Cette école, fondée en 1852, sous la direction de M. d'Argy, élève du colonel Amoros, reçoit chaque année un certain nombre' de caporaux ou de sous-officiers de toutes armes, y compris ceux de la marine nationale. Les candidats sont choisis parmi les titulaires de ces grades, ayant encore trois ans de service à faire, afin de pouvoir être utilisés dans leurs corps, et présentant, avec une réelle aptitude physique, un goût spécial pour ces exercices. L'École de Joinville-le-Pont fournit une moyenne annuelle de 600 instructeurs pour la section degym-
(1) La Roche-Aymon, Des troupes légères, ou réflexions sur l'organisation, l'instruction et la tactique de l'infanterie et de la cavalerie légère ^ Paris, 1817, 1), 113.