GYMNASTIQUE
faut pas non plus exiger d'eux, dans ce travail, une attitude strictement militaire qui les fatigue, sans utilité pour l'objet qu'on se propose, et ne pas réprimer avec trop de sévérité les éclats de gaieté et les élans de plaisir, auxquels il est heureux qu'ils se livrent pendant cet exercice, qui les y porte naturellement quand il est bien dirigé. Enlin, dans tout ce travail, qui n'a été militarisé en quelque sorte que dans le but de faciliter son étude et son application au grand nombre, il ne faut demander qu'une régularité, une exactitude, une perfection relatives.
Dans les armées étrangères, l'enseignement de la gymnastique occupe un rang très-important; en Angleterre, elle est enseignée d'après les principes développés dans une instruction spéciale émanée des bureaux de l 'état-major général (1), et fait partie de cet ensemble de moyens propres à développer la vigueur des jeunes soldats, auxquels on donne le nom de training t/ie recruits ; la gymnastique , continuée môme chez les hommes déjà entraînés, ne laisse pas que de les développer encore, principalement en augmentant la circonférence thoracique, ainsi que celle des bras et des cuisses. Il résulte des expériences faites par le major Hammersley, au camp d'Aldershott, en 1862, que les moyennes de ces accroissements ont été, chez 360 hommes exercés pendant deux mois, de :
Augmentation de la circonférence thoracique 41 millimètres.
— — de l'avant-bras 13 » »
— — du bras 16 » »
Abel est arrivé, en Allemagne, à des conclusions analogues (2) ; il a trouvé, 75 fois sur 100, la circonférence thoracique augmentée de 26 à 51 millimètres, celte dilatation portant à la fois sur la cage thoracique, sur l'augmentation du grand pectoral et celle des autres muscles ihoraciques ; le poids des individus entraînés avait augmenté d'environ 2 kilogrammes, quoique le tissu graisseux eût fortement diminué.
c. Chant, danse. — Le chant peut être considéré dans l'armée comme un véritable exercice; c'est à ce titre qu'il fait partie de l'enseignement professé h l'École de Joinville; il possède, en effet, sur le développement de la poitrine une remarquable influence, et peut accompagner, avec avantage, certains exercices spéciaux, desquels il concourra puissamment à marquer la
(1) Archibald Mac-Laren, A military system of gyrr^nastic exercices, Horse- Guards, 1862.
(2) Abel, Mi/it. Aerzii. Ztg., p. 237, 1861.
cadence et le rhyllime. Le chanl exerce aussi la plus heureuse influence sur le moral du soldat ; dans les marches, il soutient la cadence du pas, tout en faisant trouver la route moins longue et en portant l'esprit vers les choses gaies. Il est à désirer que, lorsque les circonstances le permettent, les chefs de corps encouragent dans les régiments la création d'orphéons, auxquels les chefs de musique, et certainement des officiers même, pourraient prêter un concours de direction. Dans quelques corps, on est arrivé de la sorte à des résultats remarquables. Lorsque le chant individuel ne dépasse pas les limites de la bienséance, il est bon que les officiers ne soient pas trop sévères sur la nature des chansons militaires, qu'au besoin ils ferment l'oreille, si même ils ne daignent sourire; lorsque le soldat chante, il oublie la fatigue et les ennuis du métier, souvent son esprit se reporte vers les souvenirs de la famille et du village ; ce sont là des sentiments que la discipline ne saurait vouloir réprimer.
La danse, en raison des mouvements variés qu'elle fait exécuter à un grand nombre de muscles, est un bon exercice de gymnastique militaire ; elle sert à donner de la grâce, à entretenir la force et la souplesse dans les membres. Enseignée théoriquement et pratiquement par les prévôts d'armes dans les régiments, elle fait partie intégrante des exercices du soldat ; pratiquée spontanément par ces derniers dans les camps, elle est une distraction salutaire, que le commandement doit encourager en lui offrant le concours de la musique du régiment.
d. Escrime. — L'escrime est sinon indispensable, du moins très-nécessaire au soldat; il doit pouvoir manier l'arme qui lui est confiée. Pour le cavalier surtout, qui porte un sabre comme arme d'attaque et de défense, ou ne saurait trop activer cette catégorie d'exercices; l'escrime lui donne celle individuahlé, que l'on n'acquiert pas dans les exercices d'ensemble, assouplit ses muscles en les développant, et augmente singulièrement l'effet utile qu'on doit demander à chaque homme pendant le combat. La pointe, la contrepointe, l'espadon, l'escrime à cheval, sont les différents genres d'escrime mis en pratique dans les corps; en vertu de circulaires récentes, les chefs de corps doivent y envoyer les jeunes soldats, dès qu'ils sont passés à l'école de bataillon ou d'escadron.
e. Natation. — La natation est un exercice militaire au même titre que la gymnastique; il est important que le soldat y soit exercé ; dans quelques cas, elle pourra devenir utile à l'homme de guerre en campagne, en outre elle lui permettra de sauver peut-être la vie à l'un de ses semblables. Les
L'ÉQUTTATION. ^^'^
peuples de l'anliquité, les Grecs, les Romains en particulier, ne laissaient pas que d'y attacher une grande importance et faisaient, en toute saison, franchir des rivières aux jeunes gens, après les exercices violents des champs de Mars. La natation est réglementée dans l'armée française suivant les vues du commandant d'Argy (instruction du 27 mai 1851). M. d'xVrgy part de ce principe que l'organisation de l'homme ne le rend pas spontanément propre à exécuter les mouvements simultanés des jambes et des bras, nécessaires pour la natation; suivant cet officier, il y a avantage à exercer l'homme en dehors de l'eau. A cet effet, avant d'être admis à l'école dans l'eau, les militaires sont soumis, pendant quelques séances, aux exercices préparatoires sur un chevalet à sangles. Lorsqu'ils ont acquis une habitude suflisante à sec, ils passent à l'école dans l'eau, où ils sont dirigés par des moniteurs et des auxiliaires choisis à l'avance. La plupart d'entre eux sont également moniteurs de gymnastique et ont passé par l'école de Joinville, où ils ont acquis leur brevet.
En tant qu'exercice, la natation ne saurait être assez recommandée par les chefs de corps et les médecins, car elle rend le bain beaucoup plus profitable i)our la santé, en multipliant les mouvements, en augmentant ainsi la léaction de l'organisme contre le froid. Une circulaire du maréchal Niel a prescrit, en 1868, aux corps de cavalerie d'exercer les hommes à franchir les rivières avec leurs chevaux, à exercer, par conséquent, les animaux à la nage, d'abord sans cavalier, puis enfin montés. Ceci rentre absolument dans les exercices militaires proprement dits; il est à désirer que cette instruction, trop négligée, soit reprise et poussée à fond, alors surtout que le rôle des cavaliers, comme éclaireurs, tend à prendre de plus en plus d'importance et doit les amener à franchir tous les obstacles, quels qu'ils soient.
V. L'équitation. — L'équitation constitue le principal exercice des cavaliers; aussi lui consacre-t-on un temps considérable, trop prolongé même au dire de quelques officiers, qui voudraient voir substituer, aux longues séances du manège, des exercices plus directement militaires et plus pratiques. Nos méthodes d'instruction auraient, disent- ils, pour effet de former tout au plus dix ou douze passables écuyers par régiment, en ne développant pas assez, chez les autres, cet esprit d'indépendance et de sécurité sans lequel on ne saurait être un bon cavalier militaire. A ceci, nous n'avons rien à répondre, et ne pouvons trancher les éternelles questions sur le mode de dressage, sur l'assiette à donner au cavalier, sur le travail indi-
viduel. Ce que nous pouvons constater, au point de vue de l'hygiène, c'est l'effet de l'équitation sur l'organisme.
Excellent exercice, recommandé avec raison dans beaucoup de cas, l'équitation peut être néanmoins une cause réelle d'accidents ou de maladies. En dehors des chutes et des blessures qui en résultent, elle expose tout d'abord le jeune soldat à des irritations de la peau des fesses et de la partie interne des cuisses, à des excoriations de l'épiderne et à des éruptions furonculeuses souvent longues et rebelles. C'est une période d'initiation à laquelle bien peu peuvent échapper, où quelques-uns même contractent un profond découragement. Certains vieux cavaliers, forts de leur expérience, conseillent aux recrues des onctions graisseuses, avec le suif classique des casernes; d'autres, au contraire, affirment que mieux vaut encore abandonner les choses à elles-mêmes; plus on cède, disent-ils, à la douleur, et plus on prolonge la période d'accoutumance; nous sommes un peu de cet avis. Sans doute, lorsqu'il y a ulcération ou furoncle, on doit proscrire pour quelques jours l'exercice de l'équilalion, mais pour le reprendre dès que cela devient possible. Peut-être trouverait-on quelque avantage à hâter le durcissement de l'épiderme et du derme, en pratiquant sur la peau des onctions avec un mélange d'alcool et de savon, additionné d'un peu de tannin ; cette préparation ne tarde pas à rendre la peau beaucoup moins souple et moins sensible.
Rarement ces premiers accidents ont une issue sérieuse; cependant, lorsque des furoncles ou de petits abcès se développent au pourtour de l'anus, une fistule peut en devenir la conséquence ; on observe également à leur suite des adénites inguinales, mais rarement avec tendance à la suppuration.
Le système de selle que l'on emploie dans les régiments de cavalerie a singulièrement varié dequis quelque vingt ans; dans leur construction, on a surtout en vue l'hygiène hippique, et beaucoup moins l'intérêt du cavalier lui-même.
Les unes cependant sont disposées de telle sorte que l'homme repose fatalement sur le périnée, sur Venfourchwe en terme d'équitation ; d'autres au contraire plus larges, moins anguleuses, permettent au cavalier de reposer sur les fesses et la partie interne des cuisses. Les premières amènent beaucoup plus souvent des excoriations, des abcès périnéaux, des orchites, sans donner pour cela une meilleure assiette au cavalier. Les cavaliers qui portent encore le pantalon basané de cuir (heureusement il n'en existe plus
l'équitation. y^' en France) sont plus exposés aux excoriations qu'avec les pantalons de drap; encore faut-il que la peau soit séparée de ce vêtement par un caleçon bien ajusté, ne faisant pas de plis; la chemise doit être également bien tendue, ou mieux encore, un peu relevée, sans quoi elle ne tarde pas à se couper, à faire de gros plis qui se traduisent sur la peau par des vergetures et quelquefois par des excoriations.
Il est bon que les cavaliers possèdent un suspensoir ; l'usage de cet appareil peut prévenir les froissements du testicule qui se produisent parfois, surtout dans les temps chauds, alors que le scrotum est plus relâché que d'ordinaire.
L'allure du cheval joue un rôle très-important dans l'hygiène do l'équitation ; le pas, le trot et le galop constituent les trois allures de la cavalerie; du pas, il y a peu de choses à dire ; le trot, au contraire, esl l'allure la plus avantageuse pour le cheval, mais aussi la plus pénible pour le cavalier novice. Suivant que le cavalier prend un point d'appui sur lesétriers et s'élève, en accompagnant la cadence des mouvements de l'animal, ou bien que, fixé sur la selle par les cuisses vigoureusement ramenées en dedans, il participe directement aux secousses de sa monture, le trot est dit à V anglaise, ou à la française. Il est incontestable que le premier système est infiniment plus avantageux pour le cavalier, qui ne se déplace presque pas, et peut prolonger l'allure très-longtemps sans en éprouver aucune espèce de fatigue; le trot à la française communique à tout le corps une série de secousses, réellement intolérables pour les débutants, avec certains chevaux, les anglo- normands en particulier. L'agitation, les mouvements secs et saccadés que perçoivent les viscères abdominaux et ihoraciques se traduisent par du malaise, de la douleur, une congestion de plus en plus prononcée de la face, des troubles circulatoires, quelquefois des vomissements.
Malgré tous ces inconvénients, il a été convenu jusqu'à présent, dans la cavalerie française, que le trop à l'anglaise est éminemment disgracieux, nullement militaire et doit être proscrit de la façon la plus absolue. Les autres cavaleries européennes en font cependant usage, et les officiers français eux-mêmes y ont recours lorsqu'ils montent en dehors du service. Que le trot à la française donne au cavalier plus d'assiette et de solidité, nous n'avons pas à le discuter, mais s'il paraît acceptable dans les régiments montés en chevaux souples, aux avant-mains longues et flexibles, il devient quelquefois intolérable avec les grands et lourds chevaux de la grosse cavalerie.
On a maintes fois accusé l'équitation de produire l'obésité, en en donnant pour preuve certains oiïiciersde cavalerie devenus en eiïet fort obèses vers la fin de leur carrière; c'est là une erreur réelle. Les officiers de cavalerie, auxquels on fait allusion, montent au contraire fort peu à cheval, mènent une existence relativement sédentaire; quelques-uns ont un travail de bureau qui les maintient immobiles pendant une partie de la journée ; à côté de cela, ils font usage d'une alimentation beaucoup trop réparatrice pour le travail plus que modéré auquel ils se livrent ; tels sont les vraies causes de leur obésité, de la goutte et des liémorrhoïdes, que l'on a voulu considérer également comme conséquence directe de l'équitation.
Les Scythes, grands cavaliers, étaient, dit-on, relativement assez froids au point de vue des facultés génératrices; Brown a fait la même remarque sur les Mamelucks; on a signalé l'atrophie des testicules chez le roi Charles XII de Suède, qui passa sa vie à cheval. Nous ne possédons aucun moyen de vérifier l'exactitude de ces assertions; la dernière en particulier ne saurait constituer probablement qu'un fait de coïncidence. Toujours est-il que les militaires servant dans la cavalerie ne paraissent, en aucune façon, inférieurs à leurs camarades de l'infanterie, en temps qu'aptitude génésique. Sans doute, l'excès de l'équitation, la congestion permanente qu'elle détermine dans le bassin, la fatigue générale qu'elle entraîne peuvent déterminer un relâchement des sphincters des canaux éjaculateurs et, comme conséquence, la spermatorrhée, de même qu'elles entraînent parfois une dilatation du canal inguinal et des hernies, l'hématurie même; mais, quoi qu'en ait dit Lallemand, nous ne pensons pas que de telles infirmités soient beaucoup plus communes chez les cavaHers militaires que chez les autres soldats; on semble avoir été guidé, dans ces conclusions, bien plus par l'induction théorique que par l'observation exacte des faits.
§ III. — lies marehes.
En dehors des exercices ordinaires auxquels se livrent les troupes, et comme complément à ces exercices, comme préparation au service en campagne, les hommes sont exercés à la marche, d'abord pendant quelques heures et sans l'équipement complet, puis, avec toutes les fournitures de campagne, et pour accomplir la valeur d'une étape ordinaire, variable de 20 à UO kilomètres.