LA MAI\CHE
temps donné est réglé : 1° par la longueur de la jambe qui se porte en avant; 2° par la durée des oscillations qu'elle exécute. Or cette durée, comme celle du pendule, est proportionnelle à la racine carrée de la longueur de la jambe, abstraction faite de l'accélération que lui communique l'eiïort musculaire. Toutes choses égales d'ailleurs, la vitesse de la marche est donc une fonction de la taille, il y aura par conséquent, pour chaque individu, une vitesse qu'il ne pourra excéder sans gène.
Pour un homme de taille moyenne, cette vitesse njaximum a été évaluée par E. et G. "Webcr (1) ainsi qu'il suit :
Longueur du pas 0'",8656
Durée du pas 0" 332
Vitesse de déplacement ou espace parcouru en une seconde. 2™ G08
Chemin parcouru en une tieure 9389 mètres
Certaines personnes, entr-aînées à la marche, ont pu soutenir les vitesses considérables pendant un temps relativement assez long; c'est ainsi que Parkes cite l'exemple de célèbres pedestrians ayant parcouru le mille anglais (1609 mètres) en sept minutes, soit à la vitesse de 8 milles 1/2, 13 776 mètres h l'heure. Le capitaine Saunders, pedestrian renommé, a pu franchir 10 milles (16 090 mètres) en une heure trente-trois minutes, et 21 milles, soit 33 789 mètres en trois iieures.
Dans les armées où la marche est le principal mode de locomotion, on en est arrivé à des fixations emj)iriques qui, parle fait, sont le résultat de longues expériences.
Dans l'armée française, on divise les marches, au point de vue de la rapidité, en :
Pas ordinaire, de 66 cent, de long, à la cadence de 76 à la minute, S"*, 00 à l'heure. Pas de route. . 66 — — 90 — 3 56 —
Pas accéléré. . 66 — — 110 — /i /il —
Pas de charge. 75 — — 120 — 5 ZiO —
Pasgymnast.. 83 — — 165 — 8 lo —
Dans l'armée prussienne, le pas accéléré est de 73 centimètres, à la cadence de 112 à la minute, soit 41^,90 à l'heure; le pas de charge [Sturm- &chntt) de 0"',83, à la cadence de 120 à la minute, soit 5S97 à l'heure ;
(1) E. etc. Weber, Mécanique de lu. locomolion chez l'homme, in Enci/clupédic auatumiqtie, traduit par A. J. Jourdan, Paris, 1843.
le pas gymnastique {Laufschritt) de 0'°,83, à la cadence de 165, soit 8k,16 àl'heare.
Dans larmée anglaise, les différents pas sont divisés ainsi qu'il suit :
Slow time. . . 75 centimètres, à la cadence de 75 à la minute, soit 3'', 57 à l'heure.
Quicktime... 75 — — 110 — 4 95 —
Stopping eut. 82 — — 110 — 5 41 —
Double 90 — — 150 — 8 10 ~
Ces vitesses sont indépendantes des pauses, dont il y a lieu de tenir compte et dont nous aurons à parler plus loin.
Le pas dit « ordinaire » n'est employé que dans les exercices et pour rompre plus parfaiiement les hommes à la cadence de la marche, pour [leur faire prendre une bonne position et leur enseigner à produire exactement la quantité d'efforts nécessaires, mais rien en plus. Les mouvements réglementaires de la marche ne sont point identiques dans les différentes armées ; c'est ainsi qu'autrefois dans la garde russe, l'ordonnance de la marche prescrivait de lever la pointe du pied jusqu'au niveau du genou opposé, la cuisse et la jambe restant presque en ligne droite. L'effet pouvait être saisissant, mais il ne s'obtenait qu'aux dépens d'une grande fatigue. Dans l'armée allemande, les hommes sont exercés à fléchir assez fortement les genoux pour que le pied retombe carrément sur le sol; dans l'armée française, la pointe du pied doit, au contraire, venir toucher le sol un instant avant le talon, ceci dans le but de décomposer le choc par la flexion des articulations plantaires.
Du reste, le pas ordinaire paraît être abandonné dans nos exercices et remplacé en toutes circonstances par le pas accéléré. Certains officiers regrettent cette suppression, non point comme ennemis des nouveautés, mais parce que, suivant eux, le pas ordinaire constituait un excellent exercice gymnastique, une préparation à la précision des manœuvres. Nous sommes assez tenté de nous ranger à leur avis.
Quoi qu'il en soit, le pas de route ou le pas accéléré est le véritable pas de marche ; il permet à l'homme de franchir une distance de U kilomètres à l'heure, ce qui est une excellente moyenne militaire. Pour que la marche s'exécute sans trop de fatigue, il convient du reste d'abandonner le soldat à lui-même, de l'autoriser à rompre le pas, et même, si l'on ne craint point d'allonger trop les colonnes, de faire marcher les hommes en file des deux côtés de la roule. En campagne, lorsque tout un corps d'armée se