‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 201 sur 241 · MARCHES MILITAIRES · texte numérisé non relu

MARCHES MILITAIRES

trouve engagé sur une seule route, ce dernier principe n'est pas toujours applicable.

II. Les marches militaires. — La quantité maxinuim de marche que l'on doit exiger du soldat varie singulièrement suivant la charge qu'il transporte, suivant la saison, l'heure de la journée, l'état des routes, l'alimentalion dont il fait usage, enlin suivant la longueur même des colonnes engagées sur une même route. Les étapes de 20 à 25 kilomètres consliluent une bonne moyenne qui peut être soutenue plusieurs jours de suite, sans inconvénient. Un régiment ne mettra pas moins de six à sept heures pour la faire, en comprenant les pauses indispensables, une division huit ou neuf heures. Nous touchons ici à l'un des plus difficiles problèmes de la science de la guerre, celui du calcul des marches, dans lequel doivent entrer une fouie d'éléments, parmi lesquels la vitesse même de la marche ne joue pas le rôle capital. Le temps nécessaire pour la formation de la colonne, puisa la lin de la route, le temps indispensable pour que la queue arrive au point qu'occupait la tête, l'ordonnance parfaitement régulière du convoi, les intervalles indispensables à maintenir entre les différents corps pour éviter les arrêts suivis de marche plus rapide, en terme technique les à-coups, tous ces éléments doivent être pris en sérieuse considération par les officiers chargés de régler l'ordre de la colonne.

Les tacticiens regardent comme un excellent résultat d'obtenir d'un corps d'armée une marche quotidienne de 20 kilomètres. Le colonel Lewal (1) voudrait que l'on pût arriver à Ih kilomètres ; en y joignant les mouvements de bivouac, au départ et à l'arrivée, les hommes n'auraient pas fait moins de 28 kilomètres. Les campagnes les plus rapides n'ontpas donné des résultats plus élevés, et, lorsqu'on parle de marches de 10 lieues et plus, ce sont des faits absolument accidentels et le plus souvent exagérés. Le relevé de toutes les campagnes de 1796 à 1815, de la guerre d'Italie, 1859, de la guerre de Bohême, 1866, ne donnent pas des moyennes supérieures à 25 kilomètres ; la moyenne générale est de 21's89. Les Romains, du reste, passés maîtres dans l'art de mobiliser les troupes, ne parcouraient pas de l)lus grandes distances ; dans la première campagne des Gaules, César, pressé de s'opposer à l'irruption des Helvètes, fait des marches de Ik à 25kilomètres ; il avait avec lui cinq légions, soit environ 30000 hommes ; pendant la guerre, il ne fait plus que 20 kilomètres. Dans une autre cir-

(1) Colonel Lewal, Conférence sur la marche (l'un corps d'année. Paris 1870.

constance, ce général quille les Séquanes pour aller combattre les Belges; il se rend de Besançon h Vitry-!e-Français en quinze jours, soit en tout 330 kilomètres, ou 15'',30 par jour.

Dans les marches forcées de 1815, Napoléon ne put jamais obtenir plus de 36 kilomètres (le 15 juin), et encore d'une fraction seulement du deuxième corps; les autres corps n'en firent que 30 en moyenne. Dans la dernière campagne, nous avons souvenir de marches de 32 à 36 kilomètres, mais également par des fractions de corps, qu'un pareil effort surmenait au delà de toute expression. De pareilles marches peuvent être commandées dans de graves circonstances, mais on est bientôt obligé de donner un jour de repos absolu à la troupe, et l'on perd ainsi le bénéfice de la rapidité que l'on avait cru obtenir.

Le colonel Lewal, calculant mathématiquement la distance occupée sur une route par un corps d'armée à deux divisions, en ne laissant entre les diverses parties (avant-garde, gros, réserve, convoi et arrière-garde) que le minimum indispensable, fixe cette distance à Ui kilomètres, la troupe marchant parle flanc, les voilures par une sur la roule; en doublant les voitures, c'est-à-dire en les faisant marcher par deux de front, on gagne 10 kilomètres; si les corps marchent en colonne serrée, par demi-seclions d'infanterie et les voitures par deux, le corps tout entier n'occupe plus que 25 kilomètres. Il en résulte que la queue de la colonne ne se meitra en marche que cinq ou six heures, souvent bien plus encore, après l'avanlgarde. Si l'on prescrit le rassemblement de tout le corps avant la mise en route, les hommes de la réserve, du convoi et de l'arrière-garde, privés de repos pendant tout ce temps, ne prendront point d'aliments chauds, seront déjà fatigués avant d'avoir fait un kilomètre.

Une élude sérieuse de ces questions de tactique et l'application des principes qui en découlent sont, on le voit, d'une haute importance au point de vue de l'hygiène des troupes en campagne.

III. Précautions hygiéniques à prendre pendant les marches. — Les colonnes une fois engagées sur la roule, il convient d'ordonner des pauses de 10 minutes, tous les 4 kilomètres; elles sont indispensables à l'homme pour se délasser un instant, soulager ses épaules du poids du sac, rectifier son chargement ou satisfaire ses besoins naturels. Il importe également que la sonnerie « halte, » qui signale la pause, soit immédiatement transmise de la lèlo à la queue de la colonne, au moins pour chaque régiment, et que l'on ne fasse point serrer la colonne ; sans celte précaution, lorsque

l'HÈCAUTlONS li\GlÉ:iMQljliS A PlŒiNUhl- PliNDAM LLS MAHCHES. Ulo

lis dernières compagnies arrivent au point voulu, le temps de la halte esi expiré, la marciie reprise pour la tète de colonne; ces compagnies n'auront jamais l'opportunité de poser le sac à terre et de se reposer un instant. C'est, du reste, ce qui arrive le plus souvent, au grand préjudice des soldats, ainsi fatigués bien inutilement.

Sauf exceptions, les marches sont toujours commencées dès le matin, à une heure plus ou moins avancée, suivant les saisons; en été, il convient de mettre la tète de colonne en route vers quatre heures au plus tard, si l'étape doit être très-longue, et de régler la marche pour que les derniers hommes aient atteint le bivouac avant midi. En campagne, en raison de la longueur des colonnes, il est difficile d'atteindre ce résultat. En Algérie et dans les pays chauds, il faut cependant se soumettre absolument à ces prescriptions, sous peine de voir se produire des accidents très-sérieux.

Quel(|uefois il est possible de couper la route en deux parties inégales, en faisant une grande halte de quatre ou cinq heures au milieu de la journée; à titre exceptionnel et pour de faibles colonnes, ce sytème peut être accepté, quoique pendant ces quelques heures les hommes ne puissent pas toujours goûter un repos véritable; ils préféreront toujours faire un effort un peu plus prolongé et arriver de meilleure heure à l'étape délinitive.

Lorsque les marches de nuit ne sont pas commandées par les circonstances de la guerre, il convient de les éviter avec soin, même dans les pays chauds, pour les([ucl^ on les croirait cependant préférables. Privé de sommeil aux heures où la nature engage tous Ic5j animaux au repos, le soldat se met en marche d'abord sans déplaisir, mais, à mesure que la nuit avance, il perd de sa gaieté, son moral subit l'influence des ténèbres qui l'environnent; le sens delà vue, auxiliaire indispensable de la marche, lui fait en partie défaut ; il ne mesure plus le pas qu'il va exécuter, se heurte contre les cailloux de la route, et, en résumé, arrive au gîte beaucoup plus fatigué qu'après une marche de jour. Ue véritables dangers l'attendent, du reste, pendant ces marches de nuit, si, comme il arrive souvent dans les pays chauds, il traverse des localités humides précisément à l'heure, où les vapeurs miasmatiques se condensent au niveau du sol.

Le Règlement sur le sc?'vice en campagne de 1832 dit, article 122 : « Les jours de marche, la soupe est, autant que possible, mangée avant le départ. » Cette prescription est excellente; il convient en effet qu'avant de demander à l'organisme un effort considérable, on lui fournisse des niaté- MORACiiE. — Hyg. milil. 58

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riaux li ansformablcs en force ; il ne viendrait à l'idée de personne de vouloir faire marcher une machine sans enalimenler le fourneau, mais l'organisalion animale est si bien ordonnée qu'elle peut puiser de la force dans les réserves qu'elle a accumulées ; c'est néanmoins une propriété dont il ne faut pas user trop souvent.

Lorsque le départ de la tète de colonne est effectué de très-boime heure, les iroupes, (pii devront s'ébranler dans les deux heures consécutives, ne peuvent prendre autre chose que le café ou tout autre aliment de préparation rapide, soupe au saucisson de jiois, conserves, etc. ; comme elles arrivent à l'étape de bonne heure, il n'y a point d'inconvénienl. Les autres corps peuvent, au contraire, préparer le repas ordinaire; au besoin, les cuisiniers seront éveillés sans bruit une heure avant leurs camarades. Pendant la roule, les hommes pourront avoir recours à leurs petites réserves de biscuit et ne négligeront pas de remplir leur gourde d'eau, ou mieux d'un mélange d'eau et de café, avec ou sans eau-de-vie, ce qui constitue la meilleure et la véritable boisson du soldat en roule. En revanche, les onicicrs et sous-officiers veilleront à ce que les hommes ne quittent point les rangs pour se précipiter sur les sources, fonlaiiH's ou flaques d'eau saumâire que l'on pourra rencontrer. Le cas échéant, on placera même un factionnaire à ces prises d'eau, afin d'en interdire l'accès d'une façon absolue, ou de ne permettre que d'y remplir les gourdes. Les médecins devront être consultés à ce sujet, et, s'il y a lieu d'autoriser l'accès d'une source, feront disposer par (juclques hommes, armés de pelles ou de pioches, un petit bassin pour que la prise de l'eau devienne plus facile et plus rapide. On ne perdra point de vue que les diarrhées, les embarras gastriques, les dysenteries mômes, qui sévissent sur les colonnes en marche, reconnaissent souvent pour cause une hifractionk ces régies d'une hygiène, cependant élémentaire, mais que l'autorité la plus sévère ne parvient pas toujours à imposer.

Lorsque les marches s'accomplissent sous des températures particulièrement chaudes, que le soldat reste exposé durant de longues heures à l'influence des rayons solaires, il convient de multiplier les pauses et de ralentir sensiblement la vitesse de la marche ; ceci nous enlraîncj du reste, à dire quelques mots des accidents que cet exercice peut déterminer.

IV. Accidents occasionnés par les marches. — a. /Jlcssures. ~ Tout d'abord, par le fait seul de la locomotion, les jeunes soldats sont particu-

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