ACCIDENTS OCCASIOMNÉS PAR LES MARCHES
lièrciiienl exposés à des coui baluro'', des fatigues anormales, qu'iiiî cnlraîiieineiit préalable peut quelquefois éviter. Le froltcnieiit des pièces de l'équipement, le poids du sac sont autant de causes de soulTrance dont il y a lieu de tenir conq)le, en soulageant momentanément les hommes, soit par leur admission dans les voitures à bagages, soit en les autorisant à y placer leurs sacs. Au bout de quelques journées déroute, l'accoutumance s'établit, du reste, lorsque les étapes ne sont pas trop pénibles et que les circonstances sont favorables ; il en est de même des blessures causées par la chaussure, dont nous avons déjà dit quelques mots en traitant la question du vêtement. Les vieux soldais ont l'habitude de se graisser les pieds avec du suif, ou à défaut, tout autre corps gras; quelque répugnante que soit cette pratique, elle est néanmoins consacrée par l'expérience, et doit être approuvée, à la condition d'exiger aussi le lavage, à l'eau et au savon, une fois arrivé à l'étape. D'autres conseillent le tannage de la peau du pied par le savon et l'alcool ; ce dernier procédé a autant d'avantage que le premier, mais ne sera jamais mis en usage par les simples soldats, qui préféreront toujours réserver leur faible ration d'eau-de-vie pour l'usage interne; dans le fait, on ne saurait trop les en blâmer.
Un médecin allemand, le docteur Phœbus (1), frappé des nombreuses blessures qu'occasionne la chaussure pendant la marche, a proposé d'entrainer le soldat à marcher nu-pieds. En supposant qu'une pareille méthode soit acceptable, malgré nos habitudes de civilisation, elle serait inapplicable dans nos pays d'Europe, froids, humides, surnos routes cailloutées et dans nos rues, garnies de pavés à angles saillants.
b. Insolations et coups de chaleur. — Les plus graves accidents qu'entraîne inunédiatement la marche sont ceux qu'occasionne la chaleur. Depuis que les armées existent, on a eu à lutter contre l'action de la chaleur et l'impression des rayons solaires; aussi, l'histoire des accidents qu'ils délern)inent se confond-elle avec celle des campagnes. Aussi bien dans les armées de l'antiquité que dans celles de notre époque, on a vu des bataillons entiers, des corps d'armée momentanément désorganisés par cette influence : en citer des exemples serait trop long; du reste, il suffit d'avoir fait une marche militaire en été, d'avoir assisté à une revue, pour avoir été témoin d'un ou de plusieurs accidents de ce genre.
(1) Docteur Pliœbiis. Fim-KulLuv Ici dm Sohhtùn (Berliwer Klia. Woscf chrift, I8GG, p, 313).
Les accidenis causés par la chaleur pciivcnl se produire: l" par l'aclion directe des rayons solaires agissant sur le corps nu ou en partie recouvert par des vêtements; T eu dehors de l'action directe des rayons solaires, par le seul fait de l'élévation delà teinpéralure. Cependant cette dernière nosuiïitpas toujours pour les déterminer ; il est certain que la nature du sol sur lequel on marciie, nu ou couvert de végétation, rocheux ou garni de terre végétale, 1 état hygrométrique de l'atmosphère, la tension électrique, l'état de maladie ou de santé des individus, leur alimentation, le poids du chargement et enfin les idiosyncrasies sont autant de facteurs qui concourent à déterminer ou à diminuer l'impressionnabililé du sujet à l'action du calorique.
Jusqu'à ces derniers temps, on confondait les accidents dont nous parlons sous le nom générique de : coup de soleil, coup de chaleur, insolation, heat apoplexy, hitzsc/ilag, etc. , quoiqu'ils appartinssent à deux classes pathologiques, très-tranchées au point de vue de l'éliologie, comme à celui des symptômes et de la pathogénie.
A la suite d'une exposition prolongée à la radiation solaire, les militaires, alors surtout quMls ont pour coiffure des casques métalliques ou des schakos sans couvre-nuque, peuvent présenter subitement les symptômes de la congestion, ou plus simplement de l'hypérémie cérébrale ; après une période marquée par de la céphalée et des vertiges, l'homme ne peut bientôt plus rester debout, il tombe, la face rouge, vultueusc, les conjonctives injectées, la pupille rétrécie. Des vomissements, indice d'une excitation directe du bulbe, se déclarent ; en même temps, les battements du cœur diminuent, le pouls est dur et résistant. Le coma s'établit parfois et, dans la forme apoplectique, précède toutes les autres manifestations. La mort n'est point rare dans ces derniers cas. Cet ensemble de phénomènes constitue la congestion cérébrale classique, dont on retrouve les lésions l'autopsie ; quelquefois même de véritables foyers hémorrhagiques ont été déterminés par une congestion poussée à l'extrême.
L'autre forme d'accidents, à laquelle convient plutôt le terme de coup de chaleur, d'asphyxie de chaleur, est plus difficile à analyser au point de vue de la pathogénic. Quelquefois le coup de chaleur est précédé de symptômes prémonitoires d'une durée variable, décrits par Barclay (1) et
(1) Barclay. Statùticali su.niUmj and médical Army l\eporU^ for 1859, Loudon, 186J, p. 171.