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ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR LES MARCHES

Longiiure (1), tels que nausées, coutraclioiis épigaslriques, émission cl même incoiilinence d'urines claires et obondiinles et abolition de la transpiration. Cet accident débute aussi d'emblée par la forme aiguë; dans une première période, le malade est pris de délire avec convulsions, pnis il tombe aiïaissé, avec pâleur de la face, accélération des battements du cœur et du pouls, et surtout [élévation extraordinaire de la température du corps, élévation appréciable des assistants, le thermomètre marquant /lO" (Taylor) (2), et hiCmiic /u'i"? (>Vood) (3). Presque immédiatement après, la respiration devient stertoreuse et se ralentit, des signes de congestion i)ul monaire apparaissent, évidents à l'auscultation, le pouls et les battements du cœur deviennent de plus en plus faibles, inlermitlenls, la peau se refroidit cl prend une teinte livide. Pendant ce temps, la température du corps augmente encore ^5") ; des convulsions cloniques, quelquefois de véritables crises épileptiformes ne précèdent la mort que de quelques minutes.

Cette succession de phénomènes s'explique en partie, grâce aux travaux modernes de physiologie relatifs à l'action de la chaleur sur les tissus vivants; elle est caractérisée d'abord par une excitation fonctionnelle, puis par la destruction de la propriété contractile des tissus musculaires; les nerfs scnsilifs perdent assez rapidement leurs propriétés spéciales, les nerfs moteurs les conservent au contraire plus longtemps.

iious l'influence de la chaleur, se manifeste d'abord une première période d'excitation des éléments musculaires du réseau artériel superficiel; les vaisseaux se contractent, d'où pâleur, décoloration des tissus, suspension des fonctions de la peau, et par suite augmentation rapide de la sécrétion uriuaire. L'excitation gagne les vaisseaux cérébraux, d où ischémie cérébrale avec accélération des battements du cœur et des mouvements respiratoires, ftlais la dépression ne larde pas à succéder à l'excilation, les muscles cardiaques perdent leur propriété contractile (à /jj" toute conlracliliié musculaire est abolie), la circulation devient stalionnaire, les viscères se congestionnenl, enfin le cœur devenant bienlôt absolument inerte, la mort ne tarde pas à être la conséquence fatale de ce processus. Le dia- |)hragme a |)erdu lui-même ses propriétés contractiles et la suppression do

(1) Longmore. Indian minais o/ médical science^ avril 1800, p. 396.

(2) Tajlcr. Lancel, 1859.

(3) Wood (H.-C). On Sunstroke {Amerimn journal of médical science 1863 p. 377). ' ' ' '

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cet énergique élément de racle respiratoire ne laisse pas que de jouer un rôle très-sérieux, dans l'arrêt de la circulation cardio-pulmonaire (Vallin) (1).

Dans un intéressant mémoire, soumis à l'Académie des sciences, !M. le médecin-inspecteur Guyon (2) a insisté sur le danger que présentent, au point de vue de leur contact avec le sol écliauiïé, les couches inférieures de Tatmosphère; aussi le cavalier est-il moins exposé que le fantassin aux coups de chaleur, et ce dernier ne doit-il jamais, pendant les haltes, être autorisé à se coucher sur le sol. C'est en eiïct pendant les haltes que ces accidents se manifestent plus particulièrement, et le maréchal Bugcaud dut y rendre les officiers attentifs, par un ordre du jour du 17 juillet 1866, en leur prescrivant de ne point laisser leurs hommes se coucher, mais de leur permettre simplement de déposer leurs sacs. Le danger de la haute température des couches inférieures de l'air est, du reste, bien connu des habitants des pays chauds ; en certaines contrées, comme à Batavia, les Européens ont dû s'interdire absolument la locomotion pédestre pendant les heures chaudes de la journée et recourir, pour ce fait, aux voitures. La couche surchauffée atteint dans ces régions, l'",20 à l'",50 de hauteur.

Au point de vue du traitement, il importe essentiellement de distinguer l'une de l'autre ces deux formes d'accidents. Dans l'insolation vraie, de larges ablutions froides sur la tête suffisent, avec le transport du malade .'i l'ombre. Dans le coup de chaleur, les ablutions froides doivent êire encore plus abondantes, afin de combattre l'élévation anormale do la température. Mm une indication au moins aussi importante consiste h favoriser la circulation par des frictions, des excitants, des dérivatifs puissants. Hutchinson a essayé les injections hypodermiques de morphine, afin de s'opposer au spasme des vaisseaux, en paralysant légèrement les fibres musculaires de la vie organique. De nouvelles recherches, basées sur la physiologie, sont nécessaires pour fixer la thérapeutique de ces accidents {?>).

(1) Vallin. Du mécanisme de la mort par la chaleur extérieure {Arch. gén. flemédec, décembre 1871 et janvier 1872); et Recherches expérimentales sur Vinsolation et les accidents produits par In chaleur [Arch. gén. de médec, février 1870).

(2) Guyon. Des accidents causés par la chaleur dans Vinfunierie en marche et de leur aggravation par la position couchée {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. LXV, p. -487, 1867).

(3) Consultez sur la question des marches W. Thurn. Die Enstelmmg von Kranhheiten nl<i directe Folge austrengender M<'lrsche , Marscli-krankheiten , Berlin,

TRANSPORT Dl'.S TROUPES EN CHEMI^S DI- FER, 919

Dans tout ce qui vient d'être dit au sujet des inarclies, nous nous soni' mes constamment placé au point de vue du service en campagne, car ce service constitue le type de la vie militaire. Les marches entreprises en temps de paix, soit dans un but de simple exercice, soit dans les changements de garnison ou les grandes manœuvres, doivent être réglementées comme les marches en campagne ; leur exécution est cependant beaucoup plus facile, on le comprend aisément, mais les mêmes déductions leur doivent èlrc applifiuées. Sur les routes ordinaires, en France, la marciie n oITre aucune difficulté, la longueur des étapes appelle seule l'inlérêt ; du reste, il est dérègle de donner aux hommes un jonr de repos sur cinq, ce qui permet aux plus fatigués de se remettre complètement.

V. Transport des troupes en chemins de fer. — Le lrans[)()rt des troupes par voies ferrées est, au point de vue militaire, une variété du service des marches, mais il en diffère totalement au point de vue de l'hygiène. Tout ce qu'elle est en droit de réclamer, c'est que les hommes ne i-oientpas trop entassés dans les compartiments, que la ventilation soit entretenue sans être excessive et que les distributions d'aliments soient opérées régulièrement. L'usage est de placer neuf hommes par compartiment de dix places dans les wagons ; la dixième place est réservée pour les sacs; cèlic fixation n'est pas tout à fait sulïisante, car les armes, le campement occupent un espace considérable, et les hommes, plus ou moins resserrés, trouvent difficilement un sommeil réparateur; aussi, à la longue, ce mode de transport ne laissc-t-il pas que d'être fatigant, sans présenter néanmoins de dangers sérieux. Il faut cependant tenir compte de ce fait, et, à moins d'exceptions, ne pas demander aux soldats une longue marche, après qu'ils viennent de passer en chemin de fer un, deux ou trois jours, comme il arrive fréquemment lors des grandes coticentrations. On doit aussi leur laisser le temps de préparer un repas chaud, qu'ils n'ont pas eu l'opportunité de faire pendant le voyage.

La création des buiïels militaires, organisés dans les principales gares, où les trains de troupes, signalés à l'avance par télégranmie, trouvent un rejias tout préparé, doit figurer dans l'organisation militaire des chemins (le fer. Pendant la dernière guerre, les Allemands en ont retiré de grands avantages. La question de l'utilisation des chemins de fer dans la mobilisation des armées prend, de jour en jour, une importance plus consi-

i <S72, et Jacubash, Der IlUzschlof/ [Deuixrhe militnirarztlidie T^eitsclirift^ 1873,

920 r.A VIE MII.lTAIRl'.

(U-rablc, el l'iiygioiiisle militaire ne doit pas négliger de s'en préoccuper d'une façon loule spéciale (1).

§ IV. — Accidents dus ù. certain!^ services spéoiaii:i:.

Le fantassin, le cavalier, l'artilleur et, en général les hommes de tous les services sont soumis en principe aux nicMues influences, aux mômes causes morbides; cependant, en raison môme de /eur service spécial, ils peuvent être exposés à des accidents caractéristiques, que les médecins voient se produire avec une persistance égale à celle de leurs causes.

I. Fantassin (2). Dans l'infanterie, qui forme la majeure partie de l'armée, les principaux accidents sont ceux dérivant de la marche; nous avons parlé delà surcharge résultant du port du sac et du maniement du fusil. Au chapitre où l'équipement et la charge du soldat ont fait l'objet d'une mention spéciale (p. 606), on a pu constater condiien celle qui est actuellement imposée au soldat français paraît excessive. Lorsque le soldat n'a |)as atteint un développement physique très-prononcé, il lui faut longtemps pour s'habituer au port du sac, même incomplètement garni ; les bretelles lui coupent les épaules, la position, inclinée en avant, qu'il doit prendre, gône sa respiration, bieniôt il est absolument épuisé.

Avec le temps, celte sensation disparaît et l'habitude s'établit, mais les inconvénients d'un chargement excessif se reproduisent dès que les marches se prolongent, surtout lorsqu'elles se succèdent, comme en campagne, par tons les temps, et souvent avec une alimentation moins réparatrice que de coutume. Cette question de la charge du soldat cesse presque d'appartenir à l'hygiène, pour s'élever au rang d'une question tactique de premier ordre.

Le maniement des armes à feu, soit en exercices, soit en campagne, est une cause fréquente d'accidents. En dehors des cas malheureux, où l'imprudence en est la cause directe, il en est d'autres spéciaux ; le médecin militaire ne doit point les ignorer. C'est ainsi que le fusil modèle 1860 détermine parfois une blessure toujours identique chez l'individu qui le manie, à savoir, la fracture, quelquefois l'arrachement du premier mêlait) Voyez F. .lacqmin, /e? Choiiim de for pendant la guerre de 1870-71, 2'' éd. Paris, 187^.

(2) Voy. Déliée. Quelque.i ronsidérationft sur l'Ju/giène du fantassin, Th. de Paris 1852. — Canon^e, Considérations sur Vliygiène de r infanterie ù l' intérieur , Th. de Paris, 1809.

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