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ACCIDENTS PARTICUMERS AUX DIVERSES ARMES

carpien do la main droite, par suite de la pénétration prématurée de l'aiguille dans la cartouche, alors que le tonnerre n'est pas encore fermé. Col accideni, étudié par M. l'inspecteur Legouest(l), par Treille (2) et qucl- (jues autres observateurs, se produit lorsque l'aiguille, encrassée, ne rentre pas dans sa gaîne, ou lorsque la cartouche étant mal confectionnée, son calibre est nn peu supérieur à celui du canon. La transformation du fusil modèle 186G et l'adopiion de la cartouche métallique, actuellement (18 envoie d'exécution, font disparaître cette cause d'accidents.

Les anciens fusils, transformés pour le chargement par la culasse, suivant le modèle à tabatière, figureront encore (|uolque temps dans noti-e armement, au moins pour l'armée territoriale, les douaniers, etc. Ces armes sont sujettes à des crachements ipii peuvent déterminer des brûlures de la face, peu graves par elles-mêmes, mais suflîsautes co|)endant pour mettre le militaire hors d'état de continuer le feu. Ces accidents ont été surtout remarqués avec les fusils, dont la transformation avait été confiée à l'in luslrie civile.

IL Cava/ters (3). — Nous avons indiqué p. 905 quel([ues-uns des accidents ou indispositions que peut entraîner l'exercice du cheval; c'est en elTet au cheval et à l'équitation qu'il faut rapporter la plupart des accidents spéciaux, auxquels le cavalier est soumis.

Les rapports continuels, que les cavaliers ont avec leur monture, se traduisent par des coups de pied, morsures, accidents fréquemment observés pendant les pan.sagcs; la manutention des fourrages détermine quelquefois l'apparition d'éruptions spéciales aux bras et aux épaules, altribuables à la présence sur les végétaux de parasites, récemment étudiés

il l I,e(!;ouest. Des blesaures par le fusil Chassepot (Gaz. hebdomnd. de médec. H rhirnrg., 1869).

(2) Treille. Des causes et du mécanisme des accidents causés p.ir le maniement du fusil Chassepot {Bull. Réun. des officiers, iS72, p . 886 et 906).

(3) Voy. A. Piou. Dissertation sur quelques préceptes d'Iiyyiène relatifs aux troupes à cheval, Tti. de Stasbourg, 1808.— Aran, lissai sur rhématurie considérée ■spécialement chez les militaires à cheval. Th. de l'aris, 1811.— Baudens, Considérations d'hygiène relatives aux différents corps de cavalerie, Th. de Montpellier, 1826. Leuret, Considérations sur l'hygiène de la cavalerie légère en temps de paix, Th. de Paris, 183/i. — Dauvé, Essai s)'r l'srthymn dans l'armée et spécialement dans la cavalerie {Recueil de médec. militaire,^" série, t. V, 1862).— Josephson. IJeber Osteoûie in den AdductionsmvsliPhi von Cavallerisfen {Deutsche militair urztJirhe /eitsrhr.,'iP,l't. p. 53;.

922 LA VIE AIILlTAlRt;.

parles véiériiiaires mililaircs; ils y ont vu la cause des éruptions analogues sur le cou et la tête des clievauv.

III. Arlilleiin. — Soldats du train. — l/arlillcur, le soldat du train, sont, plus encore que le cavalier, exposés aux contusions et aux écrasements de membres, parles voilures et les pièces d'artillerie, parles travaux de force qu'ils doivent exécuter.

Avec les canons se chargeant par la bouche, il arrivait quelquefois que le pointeur négligeait de placer le doigt sur la lumière, pendant l'acte du chargement ; un violent courant d'air s'établissait alors dans la pièce, ranimait des culots de gargousse non entraînés par l'écouvillon, et la nouvelle gargousse prenait feu alors que les servants étaient encore en train de refouler, l'écouvillon à la main (1). L'arrachement de l'avant-bras, des brûlures fort graves résultaient de celte imprévoyance et de l'imparfaite exécution d'un commandement, précis cependant.

Avec les canons se chargeant par la culasse, cet accident n'est pas à craindre, mais il est arrivé quelquefois que l'obturation incomplète de la culasse, dans nos pièces de sept ou de cinq (système Reffye), ou un défaut de construction, aient amené la projection en arrière de la culasse mobile et par suite la mort du chef de pièce. Cet accident ne s'est produit, du reste, qu'avec les pièces construites par l'industrie privée pendant le siège de Paris, et n'a jamais lieu avec les canons construits aux ateliers de Tarbes.

IV. Ouvriers militaires. — Les ouvriers militaires, soit ceux des compagnies hors rang dans les corps de troupe, tailleurs, bottiers, selliers, etc., soit ceux des compagnies d'ouvriers, boulangers, serruriers, menuisiers, etc., sont, en vertu de leur profession même, exposés à certains dangers inhérents à cette profession, comme le sont leurs collègues civils. Les boulangers en particulier sont [fréquemment atteints d'afl'eclions thoraciques et de bronchites capillaires, les tailleurs d'anémie et d'hémorroïdes, etc.

V. Infirmiers. — Les infirmiers sont, de tous les militaires, les plus exposés h la maladie, car non-seulement leur travail est fort pénible, exige une grande activité, mais encore sont-ils directement mis sous le coup de toutes les chances de contagion. Celte situation se traduit par une mortalité beaucoup plus élevée chez les infirmiers que dans toutes les autres armes.

(1) Voy. G. Morache. Des accidents cotisé-t par la déflagration prémalurèe de la poudre dans le canon (Recueil des Méni. de méd. militaire, 3* série. 1862, vol. V, p. 176).

PROPRIIÎTÉS DU TABAC. 9*3

Aussi est-co avec beaucoup de raison que ces mililaires rcçoivcnl une alimenuuion plussubslanlielle, mieux préparée, comprenant une ration de vin.

§ V. — Habitudes ph^f siqucNi. - Tabac.

Il serait assez long et vraisemblablement presque inutile de rechercher ici quelles sont, parmi les habitudes physiques des soldats, toutes celles qui peuvent influer sur sa santé. Nous avons étudié en détail les principales d'entreelles, en tant(pi'elles se rapportent aux habitations, à l'alimentation, au \ètemenl, à l'entretien de soi-mcMnc.

11 en est une cependant dont il convient de dire quelques mots, car elle fait journellement l'objet de controverses et de discussions; celte habitude, c'est celle du tabac.

Le tabac. — Dillerenles variétés du Nicotiana tahacwn, originaires de l'Amérique, introduites en Portugal vers 1568, et^ en France, deux ans plus tard, par l'ambassadeur de France à Fisbonne, Nicot, sont actuellement cultivées sur tous les points du globe, jusqu'au 50" de latitude Nord. Kn Furope. ou cultive principalement le tabac commun ou de Virginie {iSicotinna fabacwn), le tabac du Maryland {Nicotiana macrophilla) et le labac rustique {Nicotiana rnstica), légèrement différents les uns des autres au point de vue botanique. Après la vigne, il n'est pas de plantes qui reçoivent, autant que le tabac, rinq)ression du climat, du sol et de la culture. Quelque perfectionnée que soit la culture du tabac en Europe, les (ueilleures qualités viennent cependant encore de l'étranger, en particulier de l'Amérique Havane, >Iaryland, Virginie, Porto-Rico, Brésil), de l'Asie (Syrie) et de la Malaisie (Java, Philippines, etc.).

D'après les aiialy.ses les plus'récenles, le tabac contient les corps suivants :

Baseorganiqw'. \ Nicotine.

Bases minérales .

l'otassc.

Chaux.

Magnésie.

Oxyde de fer ot de

manganèse.

Arides nv'nérnux.

Autres cot^ps minérnu.v

Ammoniaque.

Acide azotique.

\ — ciilorliydriquc i — sulfurique.

v — phosphorique, ( Silice.

\ Sable.

Acides organiques

Antres corps organiques . .

Acide malique {iaha-

ciqiie ?) Acide citrique.

— acétique.

— oxalique.

— pectique.

— ulmique.

Sif.itlianine.

Résine jaune et résine

verte.

Cire ou matière grasse.

Substances azotées.

Cellulose.

Parmi ces substances, il en est Irois qui paraissent propres au tabac : 1" la nicotianme, ou cainpbre du tabac, substance grasse, douée du parfum caractéristique du tabac; ce corps est encore incomplètement connu, on admet que les espèces en contenant le plus sont toujours les meilleures ; '2° la nicotine, base organique, soiublc dans l'eau^ l'alcool, les éiliers et les huiles, toxique, même à de très-faibles doses, par une action sur le système nerveux moteur, analogue à celle de la strychnine (5 milligrammes sufTisent pour tuer un chien de taille moyenne); 3° Vacide tabaciqm', Irès-voi' sin de l'acide malique, avec lequel il est peut-être identique.

Les tabacs contiennent tous de la nicotine, sous forme de sel, mais en proportion très-dilTérenlc suivant l'espèce, la durée de la fermentation, l'état plus ou moins parfait de la dessiccation ; or un tabac, même desséché en apparence, contient encore 33 pour 100 d'eau. Les quantités de nicotine, contenues dans des différents tabacs, ont été évaluées par Schloesing ainsi qu'il suit :

Proportions de nicotine contenues dans différents tabacs.

/ Département du Lot. 7,96»/" j — de Lot-et-Ga- 7,3/i

Les tabacs sont très-riches en éléments minéraux, leurs feuilles en contiennent de 19 à 27 pour 100. Cent parties de la cendre d'un tabac, provenant du pays situé entre Nuremberg et Erlangen, et analysé par Merz, contenaient 26,96 de potasse, 2,76 de soude, 37,53 de chaux, 9,61 de magnésie, 9,65 de chlorure de sodium, 2,78 d'acide sulfurique, fi, 51 de silice, Zt,20 de phosphate de fer. Dans tous les tabacs, on trouve du nitrate de potasse, dont la quantité n'a aucun rapport avec la combustibilité du tabac, car le Kcntucky, qui en contient beaucoup, brûle mal, tandis que le Maryland, qui en renferme à peine, est cependant très-combustible.

Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des préparations que subit le

Taltacs: \ Kenlucky G, 09

néricnins \ MarylanJ 2.29

l Havane moins de 2,00

/ Virginie 6,87 "/o

des Haut- et Bas- Rhin

PUOPRIÉTÉS DU TABAC. "^Zô

tabac avant d'Otrc livré à la coiisoiDinatioii ; il s'y prcscnle cii vue (le trois (losiinniioiis: le labacà fumer, formé de feuilles cnliéros de tabac, hacliécs, ou enroulées en cigares, le tabac à chiquer en forme de cordes ou de ficelle, le tabac à priser, en forme de poudre.

L'usage de fumer est-il nuisible, est-il avantageux ? telle est la question qui s'agite journellement. Il est constant que le tabac fumé exerce une action très-réelle sur le système nerveux, action narcotique, en quelque sorte antagoniste de celle du café ou du thé. Cette action narcotique est rendue sensible, chez certains fumeurs, par une certaine lourdeur, succédant à l'abus des cigares plus encore qu'à celui de la pipe, par des intermittences dans les mouvements du cœur et par un véritable état nauséeux, même chez d'anciens consommateurs; à d'autres titres, il est également constant que des alfections chroniques de l'estomac, de la dyspepsie, des congestions de l'appareil visuel diminuent lorsque le malade abandonne l'usage de la fumée de tabac, ce qui tendrait à prouver qu'elle a été pour une part dans leur développement. Il est non moins certain que le ptyalisme excessif, auquel se laissent aller certains fumeurs, est une cause d'alfaiblissement; l'usage de pipes trop courtes, maintenant auprès des lèvres un foyer de chaleur et déversant sur la muqueuse un liquide acre et presque caustique, a pu favoriser le développement de tumeurs épilhéiiales de la région ; on ne saurait nier que l'habitude d'inspirer la fumée, comme le font certains fumeurs de cigarettes, ne soit une cause de vive irritation pour la muqueuse bronchi- (pie; tous ces arguments formulés en vue de proscrire le tabac, sont fondés, mais de là à lui faire jouer un rôle actif dans la déchéance de la race, ou dans celle de l'individu, il semble ([u'il y ail loin. Les pays où l'on fume avec le plus de persistance, l'Allemagne et les États-Unis, ne sont point des pays en état de déchéance intellectuelle, et si l'on peut citer des hommes illustres qui ne fument pas, on peut citer aussi des gens non moins intelligents, à l'esprit tout aussi vif, qui ont contracté et conservé celte habitude.

Mieux vaut certainement ne pas fumer, mais une fois l'habitude prise par un individu, il y a peut-être des inconvéniens à le forcer à s'en déshabituer. Pour le soldat fumeur en particulier, la privation de tabac, dans le cours d'une campagne, serait réellement désastreuse, car son moral luimême en serait vivement induencé ; la tristesse et l'ennui sont des causes directes de maladie, ne l'oublions pas. Ouel est le militaire, quel est le fumeur qui n'a pas éprouvé ce sentiment de calme, de repos, que procure la fumée du tabac pendant une halte, ou dans maintes autres cir-

coiislancos? Il y a là autre chose qu'une simple salisfaclioii d'Iiabilude, il y a une action réelle, spéciale, sur le système nerveux, une accoutumance dont l'hygiéniste doit tenir compte.

Nous sommes tout prêt à reconnaître que l'homme ne fumant |)as, ou qui, ayant fumé, a spontanément renoncé à cette habitude, a eu raison d'en agir ainsi ; comme médecin nous l'approuvons, mais nous pensons aussi, ainsi que nous le disions à propos du vin, « quand une habitude se généralise sur une population tout entière, il est rare qu'elle ne réponde pas à un besoin. -> Il en est de ceci comme des croyances populaires, il y existe toujours un fonds de vérité.

On peut se demander quel est le mode de fumer le moins nuisible ; la réponse en est simple : c'est celui où la fumée arrive au fumeur à peu près refroidie, sans qu'il soit exposé à sentir remonter jusqu'à sa bouche ce liquide acre et brûlant qui se dépose pendant la combustion du tabac. La pipe, quelque vulgaire qu'elle paraisse, est donc le mode de fumer le plus salubre, à condition que le tuyau soit suffisamment long pour permettre à la fumée de se refroidir, et pas assez cependant pour exiger des mouvements d'aspiration trop prononcés. Le cigare met le tabac en contact direct avec la muqueuse labio-buccale et la fumée en est chaude, elle remonte vers le visage et va irriter la muqueuse conjonclivale ; les cigares sont aussi plus forts, c'est-à-dire plus acres, que le tabac à fumer, à moins de n'utiliser que des cigares de luxe, qui sont hors de prix. La cigarette est un diminutif du cigare, dans une faible limite les produits de combustion du papier joignent leur effet irritant à ceux du tabac. La cigarette a cependant un avantage réel ; il faut en fumer beaucoup pour consonmier autant de tabac qu'avec la pipe.

Quelque soit le mode dont il fasse usage, le fumeur doit s'habituer à ne point cracher et bientôt la sécrétion de !a salive ne sera plus augmentée, par suite la déperdition organique sera moindre ; enfin, il évitera d'aspirer la fumée et même de la faire passer par les voies olfactives, car, sous cette induence, la muqueuse pituitaire perd une partie de sa sensibilité spéciale. Le confinement dans une atmosphère chargée de fuméede tabac est funeste à tous les titres, et vraiscmblemcnt cette influence a-t-elle été confondue avec celle du tabac lui-même; Les habitués de café, de brasserie sont fumeurs, ils passent chaque jour un certain nombre d'heures, surtout après les repas, dans une atmosi)hère impropre à entretenir la respiration normale; ils boivent parce qu'ils fument, et fument parce qu'ils boivent. Ce

MUDIFICATEUHS INTliLLECTU Lil.S. 5)27

sont là Jiulant d'élénienls, dont la résultante, détestable pour la santé, ne doit pas être mise en entier sur le compte du tabac.

L'usage de c/iiguer est plus répandu dans la marine fpie dans l'armée, parce cpi'à bord des navires on ne |K'ut fumer dans toutes les parties du bâtiment ni pendant certains services. Les vieux soldats ne dédaignent pas non plus ce procédé d'user du tabac, mais le nombre en diminue tous les jours. Lu présence du tabac dans la bouche active singulièrement la sécrétion de la salive et expose à en avaler une certaine proportion, toute chargée des principes loxitpies du tabac; à piiori il semblerait que celte habitude devrait être particulièrement dangereuse, mais, en fait, il n'en est pas ainsi et l'on serait assez embarrassé de citer des cas positifs d'accidents chroniques, allribuables à l'usage de la chi(pic, tant est grande la propriété de l'organisme à s'habituer aux choses les plus hétéroclites.

L'usage du tabac à priser est rare dans l'armée ; il est en général l'attribut de personnes avancées en âge, auxquels il procure une sensation agréable, sans donner lieu à d'autres inconvénients qu'une hypersécrétion (le la muqueuse nasale.

En résumé, nous dirons, on nous appuyant sur l'autorité d'un hygiéniste illustre. Michel Lévy, qui cependant n'était pas fumeur : A la vérité, l introduction du tabac dans les habitudes des peuples est un fait bizarre; tandis que la civilisation avance si lentement, une herbe fétide a conquis le monde en moins de deux siècles, mais son usage ne répond-il pas à ce besoin instinctif de sensations dont l'homme est tourmenté? Aussi le tabac s'élève-t-il au rang de modificateur moral ; il faut l'apprécier, non pas avec les seules données de la chimie et de la physiologie, mais au point de vue des réactions morales, qui jouent un si grand rôle dans l'hygiène hu* maine.

Dans l'arniée, depuis 1853, il est délivré, à prix réduit, du (abac de cantine, à raison de 10 grammes par jour, aux honmies qui en font la demande. I.e médecin doit recommander aux soldats fumeurs, plus souvent encore qu'aux autres personnes, de se rincer la bouche et de se brosser les dents.

ARTICLM II. Modificateurs intelli ctuels.

Lorsqu'on se place à un point de vue un peu élevé et qu'avec un esprit philosophique, on considère les rapports existant chez l'homme entre l'élément intellectuel et l'élément physique, on acquiert bientôt la conviction

(jue CCS clémenls oui Tun sur l'autre une iiilluence |)ern)auenle, toujours bien plus considérahlo qu'on ne se l imagine au premier abord. Dans l'arinéc, ces inllucnccs s'exercent comme dans la vie civile, plus encore peutêtre en raison de l'agglomération d'bommes de même âge, unis par une conununaulé de sentiments et d'intérêls.

.Jusqu'à ces dernières années, en France et dans la plupart des Étals militaires, les lois étaient ainsi faites, que l'armée consiiluail une sorte de société dans la société, où l'on entrait parfois pour la vie^ toujours pour de longues années. Il en résultait que le soldat pouvait former un type social à part, ayant ses mœurs, ses idées, ses penchants différents de ceux des autres lionunes. Par le fait, les choses étaient ainsi.

Aujourd'liui, l'Iîurope militaire a complètement abandonné ce système, elle marche vers un nouvel état de choses, proclamé progrès par les uns, recul social par les autres; celui de la militarisation de toute la partie virile de la population, mais non point de cette militarisation fictive qui, au monientdu danger, ne met entre les mains du chef qu'une agglomération d'individus et non point une armée de soldats, mais de la militarisation complète, absolue. Que la chose semble pénible, barbare même, le fait brutal n'en est pas moins présent; il demeure certain que dans l'Europe moderne l'existence d'une nation, en tant que nationalité, n'est assurée qu'à ce prix.

L'armée est donc, en temps de guerre, la nation entière, debout et en armes, prête à combattre; en temps de paix, elle en est l'école militaire où tous viennent , à leur tour, passer le temps indispensable à leur instruction.

Le soldat entre dans le régiment comme l'a fait la famille; au bout de trois années l'armée le rend à celle-ci, amélioré disent les militaires, amoindri disent les adversaires de l'ordre de choses actuel. Entre ces deux opinions, quelle est la vraie ?

Pour y répondre, il suffit de considérer l'armée, non pas seulement comme elle a été autrefois, mais comme elle le sera d'après les nouvelles lois, comme elle tend à le devenir tous les jours davantage. Gomment, pendant trois ou quatre années nous avons pris un jeune homme, nous lui avons montré tous les jours, que, dans la vie sociale, à côté des satisfactions matérielles que l'on recherche malheureusement de j)Ius en plus, à côté des inégalités résultant des différences de fortune, il y a quelque chose qui domine et devant lequel chacun doit s'incliner : la patrie et le devoir! il a pu voir lui-même mettre en pratique ces sentiments, dans ce qu'ils ont de

MODlFlCATliUnS INTtLLECTUKLS. 929

|ilus noble et ilc plus désintéressé; il a vu ses camarades ne jamais reculer devant le danger, se prêtera tous les dévouements, queIqucl"ois obscurs, qu'impose la vie militaire; il a vu que la vie n'entre jamais en ligne de compte, lorsqu'il s'agit de répondre à la conliance que la société place dans ses défenseurs, et l'on serait autorisé à dire, comme on l'entend encore trop souvent, que l'armée est une école de paresse, d'amoindrissement intellectuel !

Sans doute l'ouvrier, qui vient servir pendant quelques années, perdra un peu de ses habitudes; il ne gagnera point, en tant que spécialité industrielle, mais ne gagne-l-il rien en compensation? Dans le désarroi général où s'agitent les sociétés européennes, n'est-ce donc rien que de pouvoir s'isoler des discussions stériles, d'appartenir h une grande famille, où tout marche avec précision, avec ordre et méthode, où la place de chacun est marquée d'avance, où le devoir devient facile parce qu'il est pour ainsi dire à l'ordre du jour?

L'instruction est la base du progrès social, l'armée la déverse largement sur les siens; depuis un demi-siècle, les écoles régimenlaires fonctionnent avec un ensemble de plus en plus remarquable ; comme exemple, prenons une des dernières années normales, au point de vue militaire, l'année 1866. Pendant cette année,

72,805 hommes ont suivi dans leurs régiments les cours du premier degré

28,008 ceux du second.

17,Û7A hommes ne sachant rien ont appris à lire

14,670 — — — et à écrire.

10î573 — — — — cl à calculer.

12,773 sacliantlire et cciire ont aiipris à calculer.

Comme le fait si bien remarquer .Michel Lévy, voilà donc, en une seule année, plus de bU 000 hommes auxquels le séjour dans l'armée a procuré le bénéfice de l'instruction primaire, instruction qu'ils n'eussent pas reçue, s'ils étaient restés dans leurs fovers !

El depuis la guerre, depuis les instructions qu'elle nous a fournies, avec quelle activité ne s'est-on point mis au travail dans les régiments; les hommes sont journellement occupés pendant huit ou neuf heures, non pas aux exercices militaires i^culement, mais aussi aux études théoriques en rapport avec leur instruction.

L'armée est et deviendra tous les jours davantage une école de moralisalion et d'instruction, elle sera de mt'me une école d'amélioration phy- MoRACHE, — Hyg. milit. 59

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sique à mesure que les règles de l'hygiène prévaudront davaulagc ; l'impulsion est donnée aujourd'hui, elle ne s'arrêtera pas, nous en avons l'intime conviction. L'armée, recrutée dans les conditions delà loi de 1832, était évidemment un obstacle sérieux à l'accroissement de la population : cette question a été suffisamment débattue pour ne point devoir être reprise ici même ; du reste, ce n'est plus que l'histoire du passé. Avec le service obligatoire qui n'impose actuellement que quatre ans et quehjues mois de service, et qui bientôt peut-être ne sera plus que de trois ans seulement, cette objection tombe d'elle-même; l'homme pourra se marier à vingt-qu atre ans, c'est-à-dire à l'âge que les hygiénistes s'accordent à regarder comme le plus favorable.

La discipline militaire, dont on invoque parfois la dureté, est cependant essentiellement juste et nécessaire ; elle s'exerce de grade en grade jusqu'aux plus hautes positions de la hiérarchie, et le soldat, en voyant ses chefs se soumettre, apprend la nécessité de l'obéissance. N'est-ce pas là aussi une vertu morale? Si celte discipline était agressive, si elle s'exerçait sur des détails inutiles, peut-être serait-elle contestable; mais, en examinant les règlements militaires, on peut s'assurer qu'il n'en est rien. Sans doute, les hommes ne sont point p:irfaits et certains chefs compromettent l'autorité qu'ils ont entre les mains; doit-on pour cela incriminer la loi elle-même.

Les pénalités militaires sont excessives dans quelques cas, et paraissent disproportionnées aux délits, mais c'est ainsi qu'on évite de les prononcer trop souvent; véritablement on se demande s'il n'y aurait pas lieu d'introduire les mêmes sévérités dans les lois civiles. Pour les faits qui intéressent le salut commun, quoi de plus juste que de punir de mort celui qui manque à son devoir et expose la vie de ses camarades, peut-être le salut de l'armée? L'autorité du chef doit être immense dans l'armée, cette autorité, il ne peut l'acquérir légalement que s'il en est digne, il ne l'exercera du reste fructueusement que dans ce cas ; il faut donc l'entourer d'une grande considération, et regarder comme digne des peines les plus sévères celui qui lui porte atteinte ; de là, les sévérités du code militaire.

A côté des peines prescrites contre les mauvais soldats, l'armée offre des récompenses spéciales à ceux qui s'en montrent dignes; la plus grande de toutes est celle de l'avancement, car elle augmente les devoirs de ceux qui en sont revêtus. Les distinctions honorifiques, les mises â l'ordre du jour, les décorations, les médailles viennent ajouter leurs ellets à celui de

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