RÙLE CIVILISATEUR DE L'ARMÉE
ravaiiceniciil;, dont on ne saurait disposer en faveur de tous ceux qui en sont dignes.
Telle est l'armée moderne ; dans ces conditions, elle constitue, pour un peuple, un élément capital de la civilisation, nous n'hésitons pas à le déclarer. En France surtout, dans ce pays que la nature a comblé plus que tout autre, qu'habite une race nerveuse, intelligente, apte à comprendre toutes les grandes idées, à se passionner pour elles, mais qui malheureusement paye ces qualités par des défauts presque aussi grands, l'équilibre manquant à nos idées et à nos actes ne se rétablira peut-être que par l'armée. Nous sommes une nation de soldats, dit-on, César déjà reconnaissait cette qualité à nos ancêtres, nous ne sommes pas une nation militaire ; le sentiment du devoir nous apparaît à certains moments, lorsqu'il se présente clair, nel, immédiat, mais nous l'oublions aussi vile. En sera-t-il de même lorsque des générations successives auront passé tout entières sous ce niveau de la discipline rigoureuse, implacable si l'on veut, mais qui devient la plus juste des lois, lorsque tous y sont soumis et qu'un grand devoir l'impose?
Tel est donc le nouveau rôle dévolu à l'armée dans notre société française, elle poussera à l'instruction, à la discipline, à la moralisation. Dans ces conditions, n'est-elle pas aussi destinée à exercer une influence capitale sur la santé du pays, sur son développement physique) il serait puéril d'en douter.
A côté de CCS grands résultats, n'y a-t-il pas des ombres au tableau? Oui sans doute. Il est des natures qui ne se peuvent plier à la vie commune, à la régularité, au mode d'activité spécial de l'existence du soldat, pour les- ([uels l'éloignement de la famille et des aiïections est intolérable. La nostalgie s'observera encore dans nos rangs, mais évidemment dans des proportions bien moindres qu'autrefois. Avec le service de sept ans, l'individu tombé au sort abandonnait son foyer pour de longues années, perdait l'habitude du travail auquel il s'était adonné, se trouvait transporté dans un milieu nouveau, dans un climat fort différent du sien. On comprend que la nostalgie pût être, pour quelques-uns, la conséquence d'un pareil état de choses. Déjà, depuis quelque dix ans, la facilité des communications, la diminution du temps de service effectif, rendaient cette maladie morale de plus en plus rare dans l'armée ; on peut dire qu'aujoui'd'hui elle n'existe plus, en temps normal. Habitué dès l'enfance à l'idée du service militaire qui l'attend dès qu'il aura vingt ans, convaincu qu'il ne restera que deux
OU trois ans au plus sous les (lra]ieaux, lejeuno homme arrange sa vie en conséquence, fait entrer ce temps de service dans ses calculs ; ce n'est |)lus qu'un incident et non plus, connue autrefois, un désastre.
La nostalgie reparaissant, par exception, chez un individu isolé ou même dans un groupe, rien n'est plus facile que de l'enrayer, dès ses premières manifestations; deux jours au plus, après une demande motivée, le jeune soldat peut se retrouver dans ses foyers, en possession d'un congé.
Les modificateurs intellectuels de la vie militaire moderne sont donc de ceux auxquels l'hygiéniste doit applaudir, car ils ne peuvent exercer sur la santé qu'une influence heureuse. Sur le moral ils n'ont pas moins d'action, car ils sont l'application constante d'un principe que l'on oublie trop souvent aujourd'hui : Le devoir.