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DÉSINFECTION DU CHAMP DE BATAILLE

même pour leurs nationaux, presque impossible pour les cadavres de l'armée ennemie.

Si le nombre des morts n'est pas trop nombreux, si les fosses sont suffisamment profondes, qu'une couche minimum de 2 mètres de terre recouvre les cadavres, en un mot si le travail est exécuté avec intelligence et sans trop de précipitation, le procédé de l'enfouissement peut être recommandé ; du reste, c'est celui que l'habitude a fait généralement conserver.

Malheureusement il n'eu est pas toujours ainsi. Lorsque sur un champ de bataille sont tombés dix ou vingt mille morts, ([uelquefois encore beaucoup plus, lorsque, comme par exemple, autour de iMetz, les combats se sont succédé très-rapidement (journées des l^i, 16 et 18 août 1870), on peut dire que, quelque bonne volonté que l'on apporte au service des inhumations, la tâche est au-dessus delà possibilité. Il ne s'agit pas seulement des cadavres humains, les chevaux sont aussi tombés par milliers, des animaux de boucherie ont été immolés pour les besoins de l'armée, souvent ont succombé eux-mêmes à des épizoolies infectieuses (le typhus des bêtes il cornes s'observe fréquemment dans les trou|)eaux à la suite des armées, campagnes de 1812, campagne de 1870-1871). Si les sentiments de la piété la plus élémentaire engagent à s'occuper d'abord des cadavres humains, l'intérêt des vivants exige aussi que l'on ne néglige pas les cadavres d'animaux qui, plus volumineux que les hommes, constituent des foyers do méphilisme plus abondants.

Aussi, dans l'imnjense majorité des cas, l'enfouissement des morts est-il exécuté dans des conditions telles que bientôt il devient presque illusoire. Les cadavres, séparés de l'air par une trop faible couche de terre, sont en partie mis à nu, ou tout au moins déga^'cnt en abondance des gaz méphiti(|ues; les tumuli, mal construits, s'effondrent, leurs bords s'écroulent sous le poids des terres, ou bien, placés sur des terrains eu pente, ils sont entraînés ou détruits lorsque quelques pluies se produisent. Le méphitisme, un instant dissinmlé par ces procédés d'enfouissements incomplels, ne tarde pas à éclater dans foute sa force, et des épidémies meurtrières, des maladies infectieuses de diverses natures sévissent sur les populations voisines de ces tristes localités.

IJilTérenles circonstances activent ou retardent le développement du niéphitisme sur le champ de bataille : la saison, en premier lieu. On sait en elîet que le froid est un puissant moyen de conservation des substances

organiques; en hiver, les champs de bataille poiirroiudoiic demeurer relalivemeiil assez peu iiocibles, mais au priiilemps et l'été suivant, la déconiposition reprendra toute sa force. La sécheresse agit en sens inverse, et, toutes choses égales d'ailleurs, la rapidité de la putréfaction reste proportionnelle à la quantité d'eau hygroniélrique de l'atmosphère. La nature du sol n'a pas une action moins marquée; sur le champ de bataille de Sedan, Créteur a pu vérifier, une fois de plus, les faits plusieurs fois signalés déjà, en particulier parOrfila, puis par Tardieu, Les terrains argileux ont la propriété de former avec les cadavres une masse com|)actc qui se des^ sèche trés-rapidement et ne laisse plus pénétrer ensuite ni les insectes, ni l'humidité; dans le sable elles terrains sablonneux, la putréfaction des cadavres est également fort lente, tandis qu'elle est active dans les terrains friables, déjà chargés de détritus organiques. Les vêtements agissent comme enveloppe protectrice et retardent la putréfaction, en particulier le drap et la laine ; en exhumant les cadavres du champ de bataille de Sedan, on a pu constater que, sur un même corps, les mains et la figure étaient déjà méconnaissables, tandis que le tronc et les jambes étaient parfaitement conservés ; à côté et dans les mêmes terrains, les cadavres provenant des ambulances, et enveloppés dans leurs suaires, présentaient une décomposition bien plus complète.

La poudre, en raison de l'hydrogène sulfuré qu'elle dégage au contact de l'humidité, agit comme activant de la décomposition ; à Sedan, à Gravelolte et sur les dilîérents points où l'on a exhumé les cadavres, on a pu remarquer que ceux qui avaient été enterrés pêle-mêle avec différents débris de guerre, des gibernes garnies de cartouches en particulier, étaient beaucoup plus décomposés que les autres. L'eau semble avoir une action conservatrice, ou du moins la putréfaction y est un peu retardée; aux environs des champs de bataille, les différents cours d'eau, les étangs, les puits eux-mêmes contiennent, en général, des cadavres que l'on y a précipités pour les faire disparaître dans le premier moment ; à Sedan, la Meuse en avait reçu un assez grand nombre que l'on (?) avait éventrés pour les empêcher de rctnonter à la surface, lorsque les gaz venant h dilater l'abdomen, le poids spécifique du sujet, sensiblement diminué, serait devenu plus léger que celui de l'eau.

c. Incinération des cadavres et désinfection du sol. — En présence de la difficulté des enfouissements, on comprend qu'un grand nombre d'hygiénistes militaires proposent l'incinération des cadavres sur les champs de

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