DÉSINFECTION DU CHAMP DE BATAILLE
bataille ; ce procédé de deslniclioii des matières organiques a du reste élé maintes fois employé dans l'antiquité et à des époques moins reculées même; en ISU, on a brùIé aux environs de Paris des milliers de cadavres d'hommes et d'animaux, et, pendant la guerre de 1870-71, ce procédé a éié mis en usage par fréteur dans la désinfection du champ de bataille de Sedan, par divers ingénieurs dans celle des champs de bataille autour de Paris. On peut, pour y arriver, adopter plusieurs procédés; le plus généralement employé consiste à élever de larges bûchers recouverts d'une forte couche de charbon de terre; les cadavres y sont disposés par rangées, entremêlées de couches successives de charbon, le tout est arrosé de goudron ou d'autres matières infiammables ; les propriétés comburantes du pétrole et des huiles minérales peuvent être utilisées en pareil cas.
Créteur, agissant plusieurs mois après l'enfouissement des cadavres, et craignant de les déplacer, a pu parvenir à les brûler dans les fosses mêmes. Il faisait enlever la terre, jusqu'à ce qu'on rencontrât la couche noire et fétide qui se trouve en contact direct avec les cadavres, arrosait cette terre avec de l'eau phéniquée, puis découvrait complètement la masse en putréfaction. Il la saupoudrait alors d'une couche de chlorure de chaux et y faisait couler du goudron, en cherchant autant que possible à l'infiltrer entre les dillorentcs rangées de cadavres. Le goudron se trouvait eiiHammé avec l'aide de paille humectée de pétrole et, au moyen de ce dernier produit, on étendait le feu à toute la fosse. L'intensité de la chaleur devenait bientôt telle qu'il était impossible d'approcher à plus de 5 mètres du foyer ; en une heure au plus, les fosses les plus remplies étaient réduites des trois quarts; les détritus de la combustion consistaient en os, pins ou moins agglomérés par une couche de résine concrète ; les terres voisines des cadavres, ayant subi l'action d'une température très-élevée, avaient perdu toute odeur cadavérique. Une fumée noire, très-épaisse, s'élevait de la fosse et déterminait sur les mains ou la figure des assistants la formation de phlyelènes, de même qu'elle détruisait des myriades de mouches on insectes attirés autour des fosses. Celte action irritante est due à la présence, dans cette fumée, d'une forte proportion d'acide phénique, résultant, dit (fréteur, de la réaction du chlorure de chaux sur le goudron. Après la crémation, les fosses étaient recouvertes de tumuli, sur lesquels on ensemençait de l'avoine.
l.A ME MILITAIRE.
L'incinération des cadavres n'est mallieureusenioiu pas encore entrée dans nos mœurs, niais elle ne semble pas pouvoir être proscrite, si l'on se place sur un terrain philosophique quelque peu élevé ; les peuples les plus respectueux pour la mémoire des morts l'ont pratiquée de tous temps, et ont su dégager l'idée du principe immatériel de lïune, survivant à la destruction de l'enveloppe. Que les éléments dont notre corps se compose soient jetés dans la grande circulation, à la suite d'une décomposition lente comme la putréfaction, ou d'une oxydation plus rapide comme la combustion, qu'importe? Ce n'est pas à un misérable amas de matériaux envahis parla putréfaction que s'adresse notre souvenir, mais à la vie elle-même qui l'animait jadis ! Cependant l'incinération ne s'oppose en aucune façon au culte légitime dont nous voulons entourer ceux dont nous pleurons la perte, surtout quand ils sont morts pour la patrie. Les cendres, les ossements, pieusement recueillis, seront conservés dans des monuments, qui marqueront la place oti sont tombés ces héros du devoir.
d. Constatation de V identité des décédés. — Quel que soit le procédé mis en exécution, inhumation ou incinération, les intérêts des familles doivent être sauvegardés par la constatation de l'identité des décédés. Cette opération ne peut, s'exécuter régulièrement que par l'adoption des cartes d'identité qui, portées par chaque individu, seront enlevées avec soin par les officiers ou les médecins chargés de présider à ces tristes fonctions. Ces cartes d'identité ont été pour la première fois adoptées en Amérique;, pendant la guerre de la Sécession, et consistaient on une petite carte en parchemin, conforme au modèle ci-joint :