‹ Traite d'hygiene militaireChapitre 210 sur 241 · LA GUERRE DK SIÈGE. 94V · texte numérisé non relu

LA GUERRE DK SIÈGE. 94V

privations ; si l'on n'est pas décidé à les subir, il ne faut pas l'entreprendre.

En procédant de cette façon rigoureuse, non-seulement la durée de la résistance est prolongée, peut-être avec elle le saint du pays, mais on sauvegarde encore les intérêts mêmes de la population ; en assurant une juste répartition des vivres, on éloigne l'époque où la disette, commençant pour les classes les moins favorisées, les maladies suites fatales d'une alimentation insulfisanie se déclarent et se propagent aux classes qui ont encore des ressources. On fait donc de la bonne hygiène, sous la forme d'une mesure généralement qualifiée de tyrannique.

c. Période ubsidionale. — Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des sièges et des privations qu'ils entraînent, des famines qui s'y développent, des épidémies qui sont le double résultat de l'agglomération et delà misère ; chacun se souvient du rationnement de Paris pendant le siège 1870-1871, alors qu'en janvier 1871, la consommation moyenne ne s'élevait pas à plus de 25 (j/'ammes de viande de cheval et 300 grammes de joam(l) et d'un pain dans lequel la farine de blé n'entrait même pas comme un souvenir.

Ces privations entraînent évidemment une augmentation très-grande de la morbidité, morbidité qui se traduit;, au point de vue clinique, par une tendance générale à l'adynamisme que revêtent les maladies ordinaires, par une moindre résistance contre toutes les causes morbides, le froid en particulier, par une plus grande réceptivité pour les maladies infectieuses, telles que les fièvres éruptives, les atîeclions typhoïdes (fièvre typhoïde ou typhus), la dysenterie et en général toutes les maladies zymoliques.

Le typhus semble être la maladie obsidionale par excellence; dans la plupart des sièges de l'antiquité, on croit en apercevoir la trace, dans les guerres de l'empire, il sévit d'une façon à peu près permanente, et les places de Saragosse, de Glogau, de Dresde et de Mayence fournissent de tristes exemples de sa terrible nocivité; plus près de nous, Sébastopol a vu le typhus se répandre plus encore dans l'armée assiégée que dans l'année assiégeante; au contraire, dans la dernière guerre, il a fait absolument défaut, aussi bien à Metz et à Paris, qu'à Phalsboiirg, Belfort, Bilche et autres places dont les sièges durèrent plusieurs mois. Nous n'avons pas à discuter ici les origines du typhus, mais nous estimons que si ce fléau a

1) Journal officiel du 28 janvier 1871 .

manqué, en 1870-1871, à l'ensemble de nos malheurs^, il ne faut point voir nécessairement dans cette circonstance une preuve de notre inaptitude à créer le typhus parmi nous. A côté du typhus, on peut placer le scorbut comme type des maladies obsidionales ; dans quelques cas, il a dominé la scène pathologique, d'autrefois il se mélange pour ainsi dire aux autres affections, en leur communiquant un cachet spécial, ainsi qu'on l'observait en Crimée et même à Paris en 1870-187 J.

En dehors des maladies proprement dites, les affections chiruj-gicales provenant des événements de guerre tiennent une large place dans la morbidité des places assiégées; elles prennent également un cachet particulier d'adynamisme, se traduisant par une mortalité excessive chez les opérés, mortalité effrayante, de nature à désespérer le chirurgien le plus courageux.

La mortalité s'élève, dans les places assiégées, en raison directe : 1° de l'agglomération ; 2" du défaut d'alimentation suffisante; 3" du feu de l'ennemi; Zi" des influences morales tristes; 5" de la température générale, agissant comme cause morbifique ; 6" de la durée de toutes ces causes réunies. Celte mortalité a pu quelquefois atteindre des proportions effrayantes, amener la diminution du quart ou du tiers de la population générale, entraîner la nécessité de mesures de désinfection spéciales, enfin devenir la cause directe de la reddition de la place. A Paris, la mortalité totale des vingt-huit semaines {k septembre au 18 mars) que l'on peut, avec Sueur (1), regarder comme placées sous l'influence obsidionale, s'est élevée à 77 231 décès; dans les vingt-huit semaines correspondantes des années précédentes, la mortalité s'était élevée à 2/i928 décès; la population était restée à peu près la même, car les immigrations ont à peu près comblé les émigrations qui se sont produites avant l'investissement. H. Sueur a démontré que la mortalité a été influencée en grande partie : 1" par les privations ; 2° par l'influence des températures très-basses subies par des organismes débilités ; 3° par la propagation des maladies zymotiques, variole et fièvre typhoïde. Enfin, la reproduction elle-même de la population a été atteinte, par l'augmentation du chiffre des avorlements pendant la durée obsidionale et par la diminution des conceptions à la même époque, influence qui s'est traduite par un moins grand nombre de naissances, de juin 1871 à janvier 1872. Nous renvoyons au remarquable travail de M. Sueur pour les détails de ces différentes questions.

■ (1) li. Sue\xr. Etudes sur la tnortalité à Parù pendant le siégcy Paris, 1812. 1

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